mar 21

Audition au Sénat

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Le 19 mars 2015, j’ai été sollicité pour être auditionné par la Commission d’enquête parlementaire portant « sur le fonctionnement du service public de l’éducation, sur la perte de repères républicains que révèle la vie dans les établissements scolaires et sur les difficultés rencontrées par les enseignants dans l’exercice de leur profession. »

J’ai tenté de dire combien le refus de transmettre notre propre culture est directement responsable de la crise que nous vivons… En espérant que ce dialogue franc et direct contribue à une prise de conscience !


Auditions de François-Xavier Bellamy puis de… par publicsenat

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mar 16

« Dire qui nous sommes n’est pas exclure. »

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Entretien paru dans La Libre Belgique le 6 mars 2015, à l’occasion d’une conférence à Bruxelles. Propos recueillis par J. B. d’Otreppe.

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logoMain-560Dire qu’il y a un refus délibéré de transmettre la culture, n’est-ce pas un peu exagéré? Nous n’avons jamais inauguré autant de musées, on accompagne toujours les élèves dans les théâtres…

Je serais plus mesuré sur le constat. Oui, on fait sans doute des efforts, mais ils restent ponctuels face à une indifférence de plus en plus générale vis-à-vis de notre patrimoine culturel. En fait, nous croyons nous intéresser à la culture, mais on ne l’envisage plus que comme un divertissement, que comme quelque chose qui viendrait « en plus », une forme d’agrément. Elle n’est plus jamais considérée comme quelque chose de nécessaire, d’essentiel à notre existence et à notre accomplissement personnel. On pense la culture sur le mode de l’avoir. On évoque à la suite de Bourdieu le « capital culturel » ; on demande à l’école de fournir aux élèves un « bagage culturel ». Ces métaphores sont très explicites : le bagage est quelque chose d’utile, mais d’encombrant, qui gêne la liberté de mouvement. Ces images nous laissent supposer que la culture nous est infligée comme une adjonction à notre personnalité, un bagage dont nous pourrions nous séparer. Au contraire, la culture est le passage nécessaire par où s’accomplit notre personnalité. Elle n’augmente pas ce que nous avons, mais ce que nous sommes. Et, en cela, elle n’est pas accessoire, mais essentielle.

Si l’on vous suit, comment expliquer que tant de grands intellectuels aient pu penser une opposition entre la transmission des savoirs d’un côté, et la liberté de se construire par soi-même de l’autre ?

Cette opposition nous renvoie à la définition que nous donnons à la liberté. Aujourd’hui, dans nos sociétés occidentales, nous partageons l’idée que la liberté est d’abord une négation de la contrainte. Nous devons donc nous délivrer de tout ce qui nous précède, de tout ce qui vient avant nous. Cette liberté, c’est la liberté d’écrire soi-même sa propre vie, à la manière du self-made-man qui se fait tout seul. L’homme vraiment libre serait celui qui ne doit rien à personne, et que rien ne précède. Cette définition de la liberté conduit inévitablement à la rupture de la transmission : pour nous inventer une liberté nouvelle, nous déconstruisons tout héritage, nous nous libérons de nos héritages familiaux et culturels. Cette définition de la liberté est profondément incomplète, mais c’est celle que nous partageons aujourd’hui. (…)

D’où, expliquez-vous, la nécessité de retrouver le sens de notre identité. Est-ce possible ? Une identité est-elle définissable ?

Là encore, ce qui peut nous libérer est l’exigence de la vérité. Nos pays, parce qu’ils ont des histoires différentes, ne viennent pas de nulle part. Ce ne sont pas des productions à chaque instant nouvelles. Ils ont des racines, et leur identité vient de leur histoire et de leurs racines. Reprenons conscience de cette histoire. Reconnaissons que nous sommes redevables d’un héritage : nous le connaissons, nous sommes capables de le nommer et d’évoquer l’apport singulier qu’il transmet à notre présent et à notre avenir. C’est sans doute à partir de là que nous pourrons redéfinir une identité qui ne soit pas une fiction ou un mythe, et qui ne soit pas non plus synonyme d’exclusion. Malheureusement, nous considérons souvent l’identité comme l’occasion d’une discrimination. Affirmer une identité, dire qui nous sommes, ce serait exclure ; c’est d’ailleurs la difficulté que nous rencontrons aujourd’hui dans le rapport de nos sociétés européennes à l’islam. Mais au contraire, c’est à partir de l’affirmation de notre identité que nous pouvons accueillir. Comment accueillir l’autre si vous ne savez pas qui vous êtes ? On peut reconnaître son histoire sans en faire une occasion de mépris. Ce n’est pas parce que vous aimez particulièrement et singulièrement votre mère que vous détestez toutes les autres mères !

Que peut-on dire alors de l’idée de tolérance ?

Tolérer veut dire supporter, ce qui est d’une grande pauvreté pour les relations interhumaines. Ce qui compte, ce n’est pas de supporter l’autre, mais c’est de le rencontrer, de s’intéresser à lui, d’engager un dialogue qui nous conduise à nous émerveiller de ce qu’il a à nous transmettre singulièrement. Pour cela il faut d’abord pouvoir le reconnaître comme un autre ! Si vous considérez que tout le monde est identique, dans un monde d’individus uniformes, alors vous ne pouvez plus vous intéresser à rien. Notre idée de la tolérance nous porte à croire qu’il n’y aurait entre les hommes, entre les cultures et entre les identités aucune différence. C’est un immense appauvrissement, et c’est même un ferment de violence, car à force de nier les différences on ne s’intéresse plus à elles, et finalement on ne les comprend plus.

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Le texte complet de cette double page (cliquez sur l’image pour agrandir) :
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mar 04

Gleeden, ou la société de la solitude

Bandeau Alliances

Transcription d’un entretien pour Radio-Vatican. Propos recueillis par Manuela Affejee.

Quelle est votre réaction par rapport à cette affaire Gleeden ?

D’abord, c’est triste parce que devant une situation comme celle-ci, on est condamné à apporter une mauvaise réponse. Les AFC (Associations Familiales Catholiques) ont entrepris une action très louable pour mettre un terme à cette campagne de promotion, qui ne peut qu’avoir des conséquences néfastes sur la vie des familles et sur l’équilibre des couples. Malheureusement, en intentant une action de cette nature, on prend toujours le risque de faire à ce site une publicité gratuite, ce dont finalement il rêve. Je regrette donc cette « affaire » au sens où, effectivement, je crois qu’il était nécessaire d’agir de façon juste et adéquate pour témoigner de la dimension néfaste de cette campagne ; et en même temps, c’est vrai que cela contribue paradoxalement à la promotion de ce site, et on ne peut que le regretter.

Pour les promoteurs, les responsables de ce site, il est normal de poursuivre cette campagne au nom de la liberté d’expression. C’est donc la liberté d’expression qui est invoquée ici, dans la suite des attentats contre Charlie Hebdo. Est-ce selon vous un argument recevable ?

Il y a deux choses à en dire. La première, c’est que dans nos pays occidentaux, et peut-être singulièrement en France, une forme de nihilisme partagé fait que la liberté d’expression n’est jamais reconnue qu’à des discours qui détruisent, qui dissolvent – à des discours corrosifs. C’est vrai évidemment de Charlie Hebdo, qui en était l’incarnation. Cette liberté d’expression n’est mise qu’au service de la dérision. Exactement de la même façon, Gleeden revendique aujourd’hui une liberté d’expression, mais qui n’est mise qu’au service de la destruction. On retrouve d’ailleurs dans la campagne de promotion de Gleeden exactement la même forme d’ironie, l’humour corrosif qui vient remettre en question ce à quoi vous accordiez une valeur, votre couple et l’amour que vous avez pour votre conjoint. Cette ironie vient dissoudre la solidité, la stabilité de votre famille. Au fond, la liberté d’expression n’est jamais mise qu’au service de l’esprit critique, c’est-à-dire de la mise en crise permanente de tout ce qui voudrait demeurer solide dans la vie de notre société.

Mais quand on prétend critiquer cet humour corrosif, cette obsession qui consiste à tout dissoudre, à tout défaire au nom d’une liberté nihiliste – à ce moment-là, la liberté d’expression ne vous est plus reconnue. A ceux qui critiquent Gleeden, on ne reconnaît pas le privilège de la liberté d’expression ; c’est toujours par la caricature qu’on leur répondra. Par conséquent, cette liberté d’expression ne va jamais que dans un seul sens. Elle n’est que la liberté du vide, et non la liberté de construire ; la liberté de détruire, et non pas celle de fonder. C’est la première chose qu’on peut dire.

Et puis la deuxième chose, c’est que la liberté d’expression, à l’intérieur d’une société, ne peut jamais être pensée sans limites. C’est impossible. A force de promouvoir sans cesse une liberté d’expression qui ne se veut pas responsable, qui ne s’accompagne pas de limites pensées et fixées en commun, on ne peut en réalité que la détruire de l’intérieur. C’est d’ailleurs ce que l’on a parfaitement vu en France, dans le débat qui a suivi les attentats atroces perpétrés contre Charlie Hebdo : on a parlé de liberté d’expression sans arrêt pendant un mois, en défendant une liberté absolue et irresponsable ; mais finalement, la seule réponse à laquelle parviennent les pouvoirs publics, c’est une suite de mesures qui imposent une coercition nouvelle dans le discours, dans la publication, dans la pensée. C’est une évidence que la liberté d’expression doit nécessairement s’accompagner de limites, et du sens de la responsabilité à laquelle engage tout acte libre. Par voie de conséquence, il ne peut jamais être question de l’invoquer comme un principe définitif qui mettrait fin à toute discussion.

On promeut ouvertement certains comportements comme l’infidélité ; ceux qui s’y opposent sont taxés de ringardise. Selon vous, que révèle cette affaire et ses corollaires de notre société ?

Il faut rappeler que cette campagne révèle une situation, mais aussi la produit… La campagne de Gleeden n’est pas simplement un symptôme, elle sera cause elle-même de souffrance. En voyant ces affiches, je pense à tous les couples qui seront brisés, à toutes les familles qui seront déstabilisées, et tout simplement à tous les conjoints qui se laisseront inquiéter par une forme de méfiance. Car ce que Gleeden propose, il faut le rappeler, c’est une solution pour tromper son conjoint sans aucun risque, en étant mis en relation avec des personnes qui sont toutes dans l’intention de mentir et de se cacher. Et par voie de conséquence, il devient impossible de faire confiance à celui ou celle avec qui, pourtant, on a choisi de partager tout de sa vie, et de construire toute sa vie.

On voit bien que Gleeden contribue à la désagrégation de la société contemporaine, et l’entreprise est de ce point de vue-là à la fois un symptôme et une cause, un accélérateur de cette désagrégation. Nous vivons dans une société individualiste, une société de la défiance, au point que toute relation à l’autre devient difficile. Et on le voit jusque dans cette relation pourtant la plus intime, celle qui se noue au sein du couple – ce lieu où, justement, la confiance devrait pouvoir être certaine et s’établir dans la durée. La fidélité que se promettent les époux est en fait le même mot que celui de confiance, il a la même origine latine ; mais dans une société d’individualisme absolu, même cette confiance la plus essentielle se trouve fragilisée de l’intérieur. La conséquence de cette désagrégation, c’est évidemment une très grande solitude des individus. Nous vivons l’accomplissement de ce que le sociologue Zygmunt Bauman appelle « la société liquide », ou « l’amour liquide » : une société où plus aucun lien ne se constitue de manière solide, où plus aucune relation ne peut s’établir de façon durable, une société liquide où les individus sont atomisés et isolés, chacun étant toujours ramené à son propre intérêt, à son plaisir individuel. Ils sont séparés les uns des autres et ne peuvent plus faire confiance à personne, y compris à leurs conjoints, à la personne avec laquelle pourtant ils ont choisi de partager tout de leur vie. Dans cette dissolution qui rend individualiste même l’expérience amoureuse, il n’y a d’ailleurs plus de conjoints, il n’y a plus que des « partenaires ».

Le résultat de cette évolution, c’est le grand drame de la solitude contemporaine qui nous menace. Après avoir détruit toutes les solidarités familiales, il ne servira à rien de déplorer le sentiment d’insécurité – sociale, économique, affective… – qui panique nos contemporains. Il ne servira à rien de dénoncer la solitude qui gangrène nos sociétés, et de regretter son coût politique. Car il y a un coût énorme, pour la société, de l’explosion des foyers, de la dissolution des familles et même de l’incapacité de beaucoup de jeunes aujourd’hui à fonder une famille, à s’engager vraiment dans leur vie affective avec confiance. Ce n’est pas la peine de critiquer la défiance généralisée, et de s’en plaindre, si nous passons notre temps à faire la promotion, sur les murs de nos métros, dans nos bus et dans toutes nos villes, à portée de tous les regards, d’une solution sûre et sans risque pour soi de tromper celui à qui pourtant on a promis la plus absolue des confiances, la fidélité dans l’amour – au nom d’un bonheur qui ne serait que celui d’une consommation individualiste, sans souci de vérité dans la relation à l’autre.

Gleeden est-il le symptôme d’une société qui n’a plus de valeurs ?

A titre personnel, je me méfie beaucoup de ce mot de « valeur », parce qu’il peut servir à désigner tout et n’importe quoi. Après tout, l’individualisme absolu est aussi une valeur et il accorde une valeur à certains comportements, à certaines actions. Vous savez, les valeurs sont très relatives. Elles sont le produit d’une évaluation. Tout le monde n’accorde pas aux choses la même valeur. D’ailleurs, l’entreprise Gleeden, sur son site, revendique le fait d’avoir des valeurs : il y a des « valeurs » de la « communauté Gleeden ». Évidemment, ces valeurs sont le respect du secret comme condition du mensonge et de la trahison… Vous le voyez, il faut donc se méfier beaucoup de ce terme de « valeur ».

Ce qui est certain, c’est que Gleeden contribue à cette dissolution de ce qui, dans la société, a objectivement une valeur, c’est-à-dire la famille. La famille est une valeur ajoutée pour la société. Elle est même la valeur ajoutée sur laquelle se fonde toute société. On peut définir cette valeur ajoutée : fonder une famille, c’est construire une unité qui est plus que la somme des individus qui la compose, s’engager dans une aventure féconde, et qui constitue ce lien élémentaire d’où naît toute société. C’est dans les familles que se structure la vie de la société d’aujourd’hui ; c’est en elles aussi que se prépare son avenir. Par voie de conséquence, la famille n’est pas une valeur parmi d’autres : elle est ce sur quoi repose toute la société. Elle est, pourrait-on dire, ce qui a de la valeur, objectivement, pour chacun d’entre nous, indépendamment même d’ailleurs de notre propre situation familiale. Elle est notre bien commun, notre valeur partagée la plus absolue. Par voie de conséquence, dissoudre la famille ou contribuer à sa dissolution, c’est nécessairement mettre en danger très concrètement notre vie en société.

Pensez-vous qu’il y a une faille dans la transmission de ce bien commun ?

On ne peut que le constater. Il suffit de considérer la difficulté que beaucoup de jeunes ont à s’engager dans une vie de famille, à s’engager dans une vie de couple durable et stable, pour comprendre que le sens de l’engagement n’a peut-être pas été transmis, que la certitude de la possibilité et de la fécondité de cet engagement n’est pas venu jusqu’à la jeune génération. Et pourtant, ils y aspirent tellement ! Maintenant, il serait parfaitement inutile et stérile de chercher interminablement des « coupables » de cette rupture de la transmission ; ce serait complètement absurde. Mais arrêtons-nous peut-être simplement sur ce point : je crois qu’il est urgent, pour aujourd’hui et pour demain, que les parents, que les grands-parents aussi, puissent à nouveau parler à leurs enfants, à leurs petits-enfants, de cette valeur infinie de la famille dont on s’émerveille si peu souvent, dont on n’a plus l’habitude de s’émerveiller. La fin du vingtième siècle a répété le mot célèbre de Gide, « Familles, je vous hais », comme une longue déclaration de guerre à la famille, considérée comme une forme bourgeoise, dépassée, dégradée et dégradante ; mais le résultat, nous le voyons, c’est la détresse absolue des individus désormais abandonnés à eux-mêmes, à leurs pulsions, à leurs calculs, à leurs intérêts – abandonnés à une solitude absolue, incapables de construire des relations confiantes, authentiques et vraies, dans la durée. Si nous poursuivons ainsi, cette génération est condamnée à vivre dans la solitude, et – pire que tout – à vieillir, à souffrir et à mourir dans cette solitude. Il n’est pas besoin de chercher plus loin la cause des nombreuses difficultés politiques et sociales que nous rencontrons aujourd’hui. Il n’y a qu’une seule solution : je crois qu’il est urgent et nécessaire de transmettre à nouveau le sens de la famille, le sens de sa valeur et de sa fécondité, et la soif du bonheur que l’on peut trouver dans la belle et difficile aventure d’une vie de famille.

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Ecouter l’interview en podcast :

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fév 13

Il faut redire ce qu’est la France

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Tribune publiée dans le Figaro du 13 février 2015.

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L’élection législative partielle du Doubs aura-t-elle joué le rôle d’une répétition générale, deux ans avant le rendez-vous de 2017 ? Il est encore trop tôt pour le dire, bien sûr. Mais une chose est déjà certaine : si la droite veut jouer un rôle dans ce rendez-vous, il faudra d’abord qu’elle soit capable de parler à ceux qui veulent encore espérer. Et rien n’est moins acquis aujourd’hui…

Il faudra qu’elle soit capable de nommer vraiment les problèmes que notre pays rencontre, de les désigner par leur nom, avant même de proposer un catalogue de solutions. Il faudra qu’elle soit capable, surtout, de parler de notre pays, car c’est sans doute l’urgence première.

Qu’est-ce que la France ? A cette question, la gauche répond par le vide, la vacuité de ces « valeurs de la République » dont on ne sait ni d’où elles proviennent, sur quoi elles se fondent, ni qui a droit d’en établir la liste exhaustive pour y « former » les citoyens de demain. Une liberté d’expression vidée de toute signification, et dont chaque jour permet de mesurer les évidentes asymétries. Une laïcité superstitieuse, plus proche de la pensée magique que d’un principe raisonnable de vie commune. L’incantation de l’unité nationale, brandie de manière coercitive par ceux qui depuis des années ont transformé en progrès tous les caprices solitaires d’un individualisme inconséquent. Que fonder encore sur des « valeurs » qui sonnent si creux, et depuis si longtemps ?

Aux illusions qu’entretient la majorité, il n’y a que l’opposition qui veuille croire encore… Quelle tristesse de la voir faire allégeance à ce discours du vide que la gauche a consacré – discours ressuscité, comble de l’ironie, à la faveur de la catastrophe qu’il a contribué à produire ! C’est parce que, depuis un demi-siècle, nous ne savons plus dire ce qu’est la France, que de jeunes Français finissent par se retourner contre elle, pour avoir trouvé ailleurs une raison d’être et une cause à servir. C’est parce que nous leur avons trop bien appris à détester leur pays qu’ils en arrivent à le trahir.

Face à cela, la droite semble condamnée au mutisme. Quel drame que ses dirigeants s’autocensurent, par peur sans doute de déroger aux conformismes du moment, quand tous les Français leur crient un besoin de cohérence, de sens et de clarté ! Les revirements tactiques incessants des responsables de l’UMP, sur des questions aussi décisives que le mariage, la filiation, la nationalité, ou la place du travail dans notre société, ne sont que le symptôme du même vide : comment espérer alors qu’une majorité un jour adhère à ce qui fluctue sans cesse au gré des diktats d’une pseudo-modernité ? Si l’on préfère, plutôt que de poser des fondements stables et clairs, se « positionner » sans cesse par rapport au FN ou au PS, on les laisse définir les termes mêmes du débat, et il faudra bientôt s’habituer à n’avoir plus d’autre rôle à jouer que celui de spectateur impuissant, réduit au ridicule du « ni-ni. » A ceux qui ne savent rien affirmer, il ne reste plus bientôt que d’inutiles négations.

Qu’est-ce que la France ? Il y a quelques semaines, je recevais un message émouvant de Ladji, un jeune malien de 22 ans. Depuis son pays, il me disait sa passion et sa reconnaissance pour la culture française, « mélange subtil d’Homère et de la Bible. » Voilà ce qu’il faudrait donner à nouveau à aimer, par l’école, par la politique culturelle, par une vision bien établie de l’homme et de la société qui irriguerait ensuite la cohérence de nos choix collectifs. Voilà ce que nos politiques devraient, avant tout, s’employer à reconstruire – et l’héritage sur lequel la France peut reconstruire son avenir.

Mais de cet héritage même, la droite a-t-elle encore conscience ? Sait-elle encore le recevoir, le travailler, le proposer ? Quelle tristesse de voir Gérald Darmanin, l’un de ses porte-parole, déclarer sans nuances qu’ «il y a un problème avec toutes les religions dans la République, » et que le catholicisme en fait partie… A-t-il oublié que la France doit à l’Eglise l’idée même de laïcité ?

Une fois l’émotion de janvier passée, il faut le redire aujourd’hui, de manière apaisée mais claire. Non, la France n’est pas Charlie ; elle n’est pas née de l’ironie corrosive qui défait tout ce que d’autres ont construit avant nous, et pour nous. Elle n’a pas d’avenir si elle croit trouver sa liberté dans la négation agressive, obsessionnelle et stérile, de sa propre identité.

De l’alliance de la tradition judéo-chrétienne avec la raison antique est née notre culture, notre conception du monde, le regard que nous portons sur la famille, sur l’égalité des sexes, sur le sens du temps du travail, sur la responsabilité politique, sur la dignité de l’être humain, sur la liberté de conscience, sur la valeur infinie de la vie. La droite, qui devrait se distinguer justement par son sens de l’héritage, doit avoir le courage de redire maintenant ce qui est, ce qui a fait la France. Non pour exclure, mais pour rassembler : car aucun d’entre nous ne peut se proclamer propriétaire de ce pays qui nous précède. Chaque Français, en revanche, quelle que soit son histoire personnelle, doit pouvoir s’en sentir héritier. Si nos gouvernants continuent de se plier à l’injonction du déracinement, nous paierons très longtemps notre incapacité à dire qui nous sommes.

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fév 04

« Une certaine idée de la gratitude »

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François Hollande a confirmé ce matin qu’il voulait faire de l’école une « arme » pour lutter contre la menace que nous pressentons, celle de la désagrégation de la France.

L’école est capable, c’est certain, de contribuer à l’unité de notre pays. Mais elle ne le peut que si elle renoue avec l’enseignement de sa langue, de sa culture, de son histoire, qui doivent redevenir notre priorité concrète – comme j’ai tenté de l’expliquer dans l’Opinion récemment.

Depuis la publication des Déshérités, j’ai reçu de très nombreux courriers. L’un d’entre eux m’a particulièrement marqué : c’est le message d’un jeune malien de 22 ans, avec qui je suis resté en relation depuis. Sa réaction montre bien que c’est la transmission de notre culture, indépendamment de toutes les origines – et même au-delà de nos frontières ! – qui peut seule susciter l’adhésion passionnée à la France.

Si tous les jeunes Français pouvaient exprimer ce que vit, pense et ressent Ladji à l’égard de la France – et s’ils pouvaient l’écrire aussi bien que lui ! – il ne fait aucun doute que notre pays ne vivrait pas les déchirements et les angoisses qu’il traverse aujourd’hui.

Avec son autorisation, je reproduis ici son magnifique témoignage. Dans une très belle langue, il dit ce qui doit nous réunir, et nous appeler à transmettre l’essentiel : « une certaine idée de la gratitude. » C’était le titre de son message… Le voici :

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Bonjour Monsieur,

Je m’appelle Ladji Samba K., né au Mali en 1992, et élevé dans l’admiration de la France. D’une certaine idée de la culture Française. D’où mon immense gratitude envers votre livre, cet éloge de la modestie, donc de la transmission.

J’ai connu la France par les livres, par un professeur de Français admirable qui nous faisait lire La Fontaine, Baudelaire, Balzac… Je ne crois pas que je vivais sous Louis XIV, ni dans le Paris du XIXème siècle, encore moins en Touraine. Cet éloignement, ce grand voyage que notre professeur nous proposait, nous plongeait dans un bonheur extatique. Il nous transmettait, nous faisait sentir des choses très éloignées de nos quotidiens.

À ce titre je me considère comme un héritier de la culture Française, héritage au sens que lui donnait Charles Péguy. D’où qu’on vienne, on avait accès à cet héritage, à quinze siècles d’histoire, au mélange subtil de Homère et la Bible. Je fus étonné de voir la grande défiance de certains à l’endroit de cet héritage vu comme encombrant et anachronique. Votre livre m’a réconforté, m’a réconcilié avec l’idée que je me faisais de la culture Française, de sa transmission. Grâce à vous je pourrai dire comme Sartre que « je suis Français par la langue ».

La transmission de cet héritage, dont j’ai bénéficié, devrait être l’urgence nationale, bien avant les préoccupations économiques passagères. Que ne fut pas mon grand étonnement d’entendre de jeunes gens nés en France me reprocher de « faire mon français » alors que je ne le suis pas. Ah ! mon professeur de français croyait, le « suranné », qu’en nous faisant lire « Le Cid », on ne nous obligeait pas à renier pas ce que nous sommes, mais qu’on nous permettait de goûter à ce que l’humanité a de meilleur. Bien loin des « valeurs de la République », on apprenait ce qu’est la France avant tout, c’est-à dire un pays littéraire qui a nourri avec sa langue un rapport charnel. Mon père, qui n’avait jamais été à l’école et avait connu la colonisation, n’écoutait qu’une seule radio, Radio France Internationale. Non par rejet de ce qu’il est, mais parce que disait-il, « la culture française nous est commune ; et la transmission du savoir est le devoir de toute civilisation ».

L’arrogance de l’époque veut qu’on rompe avec le passé. Voilà une chose curieuse : qu’est-ce que l’instruction, sinon l’enseignement du passé ? En tout cas, c’est ce que nous disait notre professeur de français : « la langue française est un trésor que chacun peut s’approprier, et avec elle la culture française. »

À quinze ans, ce même professeur de français m’offrait « L’étranger » de Camus. Camus écrit ses plus belles pages, dans « Le premier homme », sur son professeur, Monsieur Germain. Camus parle de lui comme un enseignant d’exotisme. Je peux dire que cet héritage lointain m’a également nourri. Votre livre est le plus bel hommage au monde qui nous a précédé, et à tous les « Monsieur Germain » de la terre, dont mon professeur de Français. Je vous en sais gré infiniment. »

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Albert Camus. Après avoir reçu le Prix Nobel de littérature, il le dédie à son ancien instituteur. Il écrira de lui, dans Le premier homme :

« Dans la classe de M. Germain, l’école nourrissait chez les élèves une faim plus essentielle encore à l’enfant qu’à l’homme, et qui est la faim de la découverte. (…) Dans la classe de M. Germain, pour la première fois, ils sentaient qu’ils existaient, et qu’ils étaient l’objet de la plus haute considération : on les jugeait dignes de découvrir le monde. »

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jan 27

Ecole : sans savoirs, pas de « valeurs »

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Voici le texte d’un long entretien paru en dernière page de l’Opinion, le 26 janvier 2015, à propos des défis éducatifs lancés à la suite des attentats à Paris, et du plan proposé par le gouvernement.

Propos recueillis par Ludovic Vigogne et Irène Inchauspé.

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Qu’a t-on appris sur l’école à l’occasion des attentats terroristes de début janvier ?

L’opinion a appris ce que beaucoup d’enseignants savaient déjà : ces événements ont servi de révélateur, ils ont fait apparaître la crispation de beaucoup de jeunes, la difficulté de dialoguer avec eux pour résoudre les tensions autour des questions de religion, d’identité, qui se font de plus en plus vives… Ces difficultés sont souvent occultées dans le débat public, mais elles touchent déjà beaucoup d’établissements. Cette rupture devient glaçante, lorsque des élèves refusent, au-delà de tout désaccord, de s’associer à la simple expression du respect des morts, et lancent en classe de véritables déclarations de guerre.

N’a-t-on pas découvert aussi l’impuissance des enseignants ?

Pour parler ensemble, il faut une langue commune… Quand l’école n’a pas transmis aux élèves les moyens de former et de nourrir leur réflexion, ils sont facilement piégés par des raisonnements simplistes, manichéens. Dépourvus de mots, ils sont abandonnés à la puissance des images mises en scène sur le web, qui alimentent ce qu’il y a de plus irrationnel – le complotisme, la fascination pour la violence. Les professeurs sont démunis pour engager avec eux un dialogue raisonné. Ce n’est pas tant le signe de leur impuissance, que celui de l’échec global de l’école… En 2012, une enquête ministérielle comptait 21% de collégiens incapables de « donner sens à une information » ou « d’exploiter des textes même simples. » En 2013, un jeune majeur recensé sur cinq est illettré. Comment s’étonne-t-on encore du résultat ?

Qu’ont appris, eux, les politiques de ces événements ?

Peu de choses… Les responsables politiques sont informés depuis longtemps de l’état de l’école. Nous avons tous sous les yeux les statistiques officielles : en 2013, la dernière enquête PISA recensait en France 22% de collégiens en échec, considérés comme incapables de prolonger leurs études et de « participer de manière efficace et active à la vie de la société. » La même année, notre système scolaire est devenu le plus inégalitaire des pays de l’OCDE. Les politiques savent tout cela !

Que n’ont-ils pas compris ?

Ils n’arrivent pas à faire le lien entre transmission du savoir et intégration à la vie de la société. Contrairement à ce qu’affirme Najat Vallaud-Belkacem, on ne transmet jamais des « valeurs » : aucune contrainte n’obligera la jeunesse à croire aux valeurs de la République. Cela ne marchera jamais. Ce n’est qu’en apprenant à lire, à écrire, à se situer dans l’histoire, à réfléchir à partir de savoirs communs, que l’on construit son lien à la société. L’école peut bien sûr éduquer, mais seulement en instruisant. Faute de l’avoir compris, elle va devenir de plus en plus coercitive… Le plan proposé par la Ministre ne s’intéresse même pas à la transmission du savoir ; c’est le projet d’une école qui, ayant renoncé à former les élèves, décide de les formater. La stratégie qui consiste à leur faire des cours de morale, auxquels ils devront adhérer sous peine d’être « signalés », est à la fois contre-productive et inquiétante ! Je crois que l’école ne remplira profondément sa mission éducative, sa fonction d’intégration, que par son travail propre, qui est la transmission du savoir et de la connaissance. Sa mission est d’apprendre à lire, écrire, compter, raisonner. Remettons tout à plat pour y arriver.

De quand datez-vous l’entrée dans ce cycle infernal ?

J’ai tenté de l’expliquer dans Les Déshérités. L’un des moments décisifs a été le travail de Bourdieu, qui a structuré la formation des enseignants. Il ne fallait pas transmettre notre savoir, nos connaissances, parce que c’était faire violence aux élèves. On retrouve cette vision dans le débat sur la notation, que la Ministre considère comme traumatisante. Ce débat est symptomatique : une génération est en train de détruire l’école par laquelle elle est passée, et qui pourtant ne l’a pas trop desservie… Peut-on sérieusement dire que les millions d’adultes qui ont vécu hier l’expérience de l’apprentissage et de la notation en sont ressortis traumatisés ? Depuis les années 70 pourtant, cette condamnation de la transmission règne sur l’école. Et aujourd’hui, nous nous lamentons des conséquences de nos propres décisions… En refusant de transmettre une culture commune, nous avons suscité la désagrégation que nous constatons maintenant. Et nous n’avons même pas rendu nos élèves plus libres, au contraire : seule la connaissance libère. Tant que l’école renoncera à la transmettre, nous abandonnerons les jeunes à toutes les formes d’oppressions.

La ministre de l’Education veut une fois encore revoir la carte scolaire, est-ce une bonne idée ?

Nous passons notre temps à parler d’organisation, de structures, de moyens ; mais nous ne parlons plus jamais du but de l’enseignement. On demande d’ailleurs aux enseignants de faire tout et n’importe quoi : combattre le sexisme, faire de bons citoyens, lutter contre les inégalités et même contre le réchauffement climatique…Bref, on leur demande de réformer leurs élèves pour résoudre tous les problèmes de la société. Il faudrait revenir encore une fois, avec pragmatisme, à la mission première de l’école : transmettre un savoir. Tout le reste procède de cela. Savoir mettre des mots sur ses difficultés évite la violence, apprendre la littérature et la poésie aide à s’émerveiller de l’autre, maîtriser les principes de la biologie conduit à devenir responsable…

Y a-t-il encore une approche de l’école différente à droite et à gauche ?

Là encore, le débat ne porte plus que sur les moyens : d’un côté, la création de 60 000 postes supplémentaires et, de l’autre, des bureaux pour les enseignants dans les établissements… Mais qui propose encore une vraie vision de l’acte éducatif, du rôle de l’enseignant, de la valeur du savoir ? Tout cela est bien en-deçà des enjeux. Les responsables politiques sont d’ailleurs très éloignés des salles de classes ; ils passent peu de temps dans les établissements scolaires.

Que pensez vous des autres idées : distribuer des livrets de la laïcité, faire chanter la Marseillaise ?

Tout cela sera inutile si on ne se penche pas d’abord sur l’essentiel. En décembre 2005, après les émeutes en banlieues, Gilles de Robien, alors ministre de l’Education, avait expliqué que le premier impératif à en retirer était de remettre au point l’apprentissage de la lecture. C’était pour moi la bonne réaction ; c’est celle qu’il faudrait avoir aujourd’hui. Malheureusement, ce chantier avait été reçu de façon très polémique par les instances pédagogiques, et l’on s’est empressé de le refermer.

Le retour de l’autorité est aussi prôné…

Nous assistons à un retournement absolu ! Pendant des années, on a expliqué aux enseignants que l’idée d’assumer une autorité trahissait seulement leurs problèmes psychanalytiques, que l’autorité du maître était une oppression pour les élèves… « Il faut, écrivait Bourdieu, ramener toute autorité pédagogique à sa réalité objective de violence. » Voilà ce qui a structuré la formation des enseignants. Aujourd’hui, on redécouvre subitement la nécessité d’une autorité… mais en restant dans l’ambiguïté : la Ministre demande aux enseignants d’imposer avec autorité les valeurs de la République, tout en organisant en permanence des débats dans la classe. C’est une injonction contradictoire ! A l’école, les élèves ne viennent pas pour parler, pour exprimer leur opinion : lorsqu’ils n’ont encore rien appris, elle se résume à ce qu’ils ont entendu à la maison ou sur les réseaux sociaux… A l’école, ils viennent recevoir les moyens de former une pensée vraiment personnelle, les connaissances qui nourriront progressivement leur liberté de conscience. En cela, le savoir de l’enseignant fait autorité : il fait grandir.

Les enseignants ne sont-ils pas eux-mêmes réticents au changement ?

Beaucoup d’enseignants voudraient aujourd’hui réfléchir à ces questions. Il y a des expériences, des initiatives, des méthodes qui fonctionnent, qu’il faudrait savoir reconnaître et mettre à contribution. Mais le débat éducatif reste encore piégé par des crispations idéologiques, et le dialogue avec les enseignants est biaisé par une représentation syndicale faussée.

Leur faible rémunération alimente-t-elle aussi ce malaise ?

Il y a d’une manière générale une grande souffrance du monde enseignant, et un sentiment profond de déclassement. Bien souvent, les élèves eux-mêmes perçoivent négativement ce métier. Si les conditions matérielles y contribuent, cela vient d’abord, je crois, du fait que nous avons collectivement perdu le sens de la fécondité essentielle du savoir qui se transmet à l’école.

Etes vous optimiste ?

Non ; mais je ne suis pas pessimiste non plus. L’histoire n’est jamais écrite d’avance. Les récents événements nous l’ont révélé, nous sommes à un tournant décisif : la suite maintenant dépend de nous. Notre école peut relever le défi ; elle l’a d’ailleurs déjà fait. Après 1870, elle a démontré sa capacité à rassembler une France exsangue, profondément divisée par un siècle d’affrontements. Mais aujourd’hui comme hier, ce n’est qu’en faisant de l’école un lieu d’apprentissage efficace que nous pourrons redonner à notre pays la possibilité de l’unité, de la paix et de la liberté.

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Un article à retrouver sur le site de l’Opinion.

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déc 19

Le règne de l’inculture

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Analyse publiée dans le Figaro daté du 19 décembre 2014, et sur le site Figaro Vox, en dialogue avec un texte de Julien Dray.

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Quand s’achèvera le quinquennat de François Hollande, parmi tous ceux auxquels il aura laissé le goût amer des espoirs déçus, il faudra compter le monde de la culture et de l’éducation… Nous étions pourtant habitués à ce cliché, que la droite aime l’argent et que la gauche soigne l’esprit – répartition si installée, que beaucoup avaient cru, en 2012, voir arriver une majorité animée d’une véritable vision sur ces sujets. A mi-mandat, quelle déception ! Le 10 décembre, le Syndicat National des Entreprises Artistiques et Culturelles (Syndeac) réunissait, au Théâtre de la Colline, de nombreux artistes, parmi lesquels de très grands noms du théâtre et du cinéma, pour lancer un appel pressant : « De véritables dangers, alertaient-ils, menacent les équipes artistiques, les lieux de création et de représentation, les théâtres, les centres d’art… L’effritement est déjà visible. »

Mais le plus inquiétant n’est pas là, dans les difficultés que traversent les lieux de patrimoine et de création de notre pays. Il est, avertit le texte, dans l’absence de toute vision, qui fait perdre son sens à l’action publique en matière culturelle : « Aucun dessein, aucune volonté, aucune ambition ne s’annoncent pour garantir et relancer la création artistique, ni en France, ni en Europe. » Dans un courrier à la Ministre, des dizaines de grandes figures de la vie culturelle française précisaient : « Les établissements culturels, qui, en vérité, ont comme mission de faire fructifier le sens du beau, le sens de l’humain, se voient demander de (…) trahir l’objectif initial pour lequel ils ont été nommés. » En lieu et place d’un vrai projet, l’Etat ne sait plus que produire « une accumulation de règles froides, inopérantes, inefficaces, tétanisantes, incompréhensibles », et les politiques « un agenda de concertations caduques, où ne nous est servi qu’un argumentaire résigné usant de la seule rhétorique économique. » La profession concluait son communiqué d’une simple phrase, lourde de sens : « Cet appel est une alarme avant qu’il ne soit trop tard. »

Quelques heures plus tard, la Ministre de la Culture répondait par… trois tweets : « C’est le choix qu’a fait le Gvt (sic) en préservant le budget de la culture pour les 3 ans à venir. » – Il est donc maintenant établi que le seul principe cohérent qui guide l’action de nos gouvernants, c’est d’humilier avec constance ceux qu’ils sont sensés servir, dans tous les domaines ! La désinvolture de Fleur Pellerin vis-à-vis des professionnels de la culture n’a d’égale que celle de Najat Vallaud-Belkacem à l’égard des élus locaux sur qui est tombée la délirante réforme des rythmes scolaires, ou de ces parents qui, depuis des semaines, campent dans l’école de leurs enfants pour l’alerter sur la difficulté des conditions d’enseignement.

Mais le plus grave, c’est que la gauche a montré qu’elle n’avait finalement aucune vision de la culture et de l’éducation, qu’elle ne comprenait pas le sens de cet héritage vivant qu’il nous appartient de protéger, de valoriser et de transmettre. « Aucun dessein, aucune volonté, aucune ambition » : ces mots du SYNDEAC pourraient tout aussi bien décrire l’état actuel de l’(in)action publique en matière de sauvegarde du patrimoine, d’accompagnement de l’enseignement supérieur, de politiques de recherche, de reconstruction pédagogique au service de la transmission des savoirs… Alors que 18 à 20 % des jeunes majeurs français sont totalement ou partiellement illettrés, d’après les statistiques officielles de l’Etat, Najat Vallaud Belkacem se passionne pour l’évaluation avec des points verts, jaunes et rouges… Et au moment où nos monuments les plus emblématiques peinent à financer leur entretien, Fleur Pellerin prépare une loi pour défaire la protection du patrimoine historique par les règles d’urbanisme, au nom d’une « créativité » soudainement inquiétante. N’est-ce pas perdre le sens de l’essentiel ? N’y a-t-il pas d’autres urgences ?

Nicolas Sarkozy s’était attiré les foudres unanimes du quartier latin pour n’avoir pas aimé La Princesse de Clèves ; Fleur Pellerin, elle, en est encore bien loin : elle ne lit plus. « Un ministre de la culture, en 2014, n’est pas payé pour lire des livres », assène-t-elle. Comme s’il fallait être payé pour prendre le temps de lire des livres ! Cette formule est, à elle seule, un symptôme : en fait, nos gouvernants ne comprennent pas la nécessité essentielle de la culture, de la gratuite et indispensable fécondité des savoirs, de l’art, de la littérature, sans lesquels il n’est pas de liberté ni même d’humanité pour les hommes. Voilà la véritable menace, cet écroulement intérieur – dont on peut craindre qu’il soit irréversible. Car lorsque la culture a perdu jusqu’à sa signification, et quand le savoir n’est pas même transmis, sur quoi pourront reconstruire les générations déshéritées qui succèderont à nos abandons ?

L’écroulement intérieur est si manifeste, et si rapide… Il y a exactement cinquante ans, en décembre 1964, un autre Ministre de la Culture – André Malraux, accueillait Jean Moulin au Panthéon ; et son discours manifestait la force de la responsabilité politique, seule capable de rassembler dans un combat commun tout ce qui fait vivre un pays : proposer une vision d’ensemble, un sens partagé de la culture qui nous réunit, « lorsque la nation est en péril de mort – la nation, cette donnée invincible et mystérieuse – c’est proclamer la survie de la France. » Cinquante ans plus tard, nos politiques en sont-ils capables ?

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déc 09

Le déclin du courage

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Chronique parue dans le dernier numéro du Figaro Histoire à l’occasion de la réédition par les Belles-Lettres du Discours de Harvard, d’Alexandre Soljenitsyne.

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Figaro HistoireLe 8 juin 1978, l’Université de Harvard accueille en grande pompe un écrivain de renommée internationale, invité à prononcer le discours de clôture de l’année universitaire. Alexandre Soljénitsyne a reçu le Prix Nobel de littérature huit ans plus tôt, et publié en 1973 L’Archipel du Goulag, révélant au monde entier l’ampleur de la répression politique et du système concentrationnaire en Union Soviétique. L’année suivante, obligé de fuir la Russie, Soljénitsyne s’est installé en Suisse, puis aux Etats-Unis. C’est donc un dissident poursuivi par son pays, réfugié sur le continent américain, qui se présente en cette fin d’année dans l’une des plus prestigieuses universités occidentales. Toute l’assistance connaît son combat contre le communisme, dont il a payé le prix fort, en déportation et en exil… Et l’on s’attend donc, logiquement, à voir l’écrivain rendre hommage à l’occident qui l’accueille, et faire l’éloge de la liberté qui y règne.

Pour qui a déjà connu des cérémonies de cette nature, avec leur caractère protocolaire et compassé, il est aisé de deviner la stupéfaction qu’éprouvèrent les auditeurs de cette conférence. Au lieu du compliment habituel, des politesses de rigueur, Soljénitsyne développait une longue méditation historique et philosophique sur le déclin de l’occident. Le public espérait des douceurs, l’orateur lui promet « l’amertume de la vérité. » On attendait Philinte, et c’est Alceste qui vint.

C’est pourtant « en ami » que parle Soljénitsyne. Un ami venu de l’Est, avec le recul que lui donne son regard – un regard sans concessions, et sans facilités. Dans la complexité du monde, il faut refuser les choix binaires ; et ce n’est pas parce qu’on lutte contre le communisme que l’on doit regarder le libéralisme occidental comme le meilleur modèle possible. En somme, affirme Soljénitsyne, les deux systèmes sont deux symptômes d’un même déclin : le bloc soviétique est « une société sans lois », où règne la violence d’un Etat qui opprime les consciences. Le bloc occidental, quant à lui, est traversé par « un juridisme sans âme » ; et si les esprits y sont aliénés, c’est par l’individualisme matérialiste dans lequel il trouve son unique acte de foi.

Deux blocs adversaires, mais au fond deux formes concurrentes d’appauvrissement de l’humanité à l’intérieur même de l’homme, deux formes de menace contre toute vie spirituelle. Et par conséquent, deux royaumes qui ne peuvent, avertit Soljénitsyne, que s’écrouler tôt ou tard, faute de pouvoir susciter un authentique courage chez leurs dirigeants et leurs citoyens. Dans les renoncements successifs de l’occident, le sage russe discerne déjà les signes avant-coureurs de la décadence d’une civilisation. Pour lui, ces renoncements s’appellent Cuba, ou le Vietnam ; pour nous, sans doute s’appellent-ils Mossoul, Kobané et Alep. A chaque fois, nos vieux pays abandonnent le terrain par lâcheté à leurs ennemis mortels, faute de croire encore que la liberté qu’ils ont reçue mérite le courage du sacrifice.

L’avertissement de Soljénitsyne à l’occident qui l’avait accueilli fut reçu comme une insulte, et valut à l’écrivain un long et durable ressentiment. Mais en le relisant, à quelques années de distance, on ne peut qu’être saisi de son caractère prophétique. C’est pourquoi les éditions des Belles Lettres ont fait œuvre utile en rééditant ce discours sous la forme d’un bref opuscule, qu’il est absolument urgent de relire et de méditer… En cette période marquée par la commémoration de la chute du Mur de Berlin, il devient clair en effet que la victoire apparente du monde occidental n’a en rien empêché son déclin ; et l’évidence de sa crise contemporaine, sous toutes les formes qu’elle prend, nous reconduit à une source unique. L’effacement des repères essentiels de la civilisation, la désagrégation de la société dans le consumérisme individualiste, la dissolution de la culture dont nous étions les héritiers au profit des communautarismes divers, et la fragilisation de notre modèle économique dont l’efficacité semblait pourtant incontestable, tout cela provient finalement d’une seule et même cause – de cet écroulement intérieur qui engendre partout « le déclin du courage. »

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sept 22

Retour au réel

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Texte publié dans Le Figaro du lundi 22 septembre 2014.

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Figaro

Nicolas Sarkozy revient. Pour le téléspectateur ordinaire des chaînes d’information continue, l’événement pourrait ajouter au désespoir ambiant, au spectacle de l’absurde : sitôt la nouvelle annoncée, la valse des petites phrases se multipliait, artifices dérisoires d’un petit monde centré sur lui-même. Les vrais enjeux sont si loin de cela…

La véritable urgence, en fait, c’est le retour du réel dans la vie politique de notre pays. La crise que nous traversons vient du mensonge qui a pénétré tous les interstices de notre vie publique : elle vient de l’écart évident entre ce que nous savons être vrai et ce qu’il est convenu de dire, entre les mesures que nous savons être nécessaires et celles qui sont finalement prises. Ce climat de mensonge permanent a subverti l’exercice du débat, empêché les décisions les plus urgentes, et vidé de son sens jusqu’à la parole d’Etat. La politique a abandonné le sens du réel au profit des positionnements tactiques et des stratégies personnelles. Dans la banalité du mensonge, comment s’étonner qu’un fraudeur ait été ministre du budget, ou qu’un faussaire soit aujourd’hui à la tête du parti majoritaire ? Ils ne sont que les symptômes d’un problème qui les dépasse. Après sa chute, Jérôme Cahuzac posait cette éloquente question à son camp : « Qu’est ce qui est le plus grave, mentir quelques minutes devant cinq cent députés, ou mentir pendant des années sur la situation réelle de la France ? »

Dans ce climat de mensonge, en effet, le plus exposé à la vindicte publique est encore celui qui ose désigner le réel et nommer les vrais problèmes. Le pauvre Emmanuel Macron ne connaissait sans doute pas la règle du jeu : dans l’univers ouaté des opinions admises, parler de l’illettrisme est inconvenant. Et si, chez les plus jeunes, le niveau scolaire ne cesse de baisser, il suffira de condamner les notes pour que la question soit réglée : quand le réel vous gêne, faites-le disparaître.

Quelques décennies de ce réflexe collectif ont abouti à la crise que nous traversons. Et pour en sortir, rien ne sera plus nécessaire que de nous réconcilier avec le réel. D’apprendre, de réapprendre à parler ensemble, avec de vrais mots, pour répondre à de vraies questions. Si nous en sommes capables, nous avons toutes les raisons d’espérer ; car aucun des problèmes que nous rencontrons n’est insurmontable. Étrange situation que celle d’un pays en paix, encore prospère, doté d’institutions solides, riche d’une histoire exceptionnelle et d’une multitude de talents, et qui semble pourtant plongé dans une dépression collective… Ce qui constitue nos difficultés, ce n’est pas l’absence de solutions ; c’est seulement que nous n’arrivons pas à les nommer clairement. Ce qui désespère les Français, ce n’est pas l’effort qui leur est demandé, mais l’écart toujours plus absurde entre ce qu’ils vivent au quotidien et ce qu’en dit le monde politique. Voilà ce mensonge entretenu, cette fuite du réel qui, en retour, laisse tant de place aux outrances et aux excès.

Il faudrait nommer l’injustice tragique de notre système scolaire, devenu le plus inégalitaire d’Europe ; le mensonge, c’est de prétendre libérer nos élèves en organisant des ateliers pour déconstruire les stéréotypes, quand nous ne sommes même pas capables d’apprendre à chacun d’entre eux à lire, à écrire et à compter… Le vrai changement serait de redonner à l’enseignement son rôle essentiel, celui de transmettre la culture, et de choisir sans idéologie les meilleures méthodes pour y parvenir.

Il faudrait nommer l’épreuve que vivent ceux qui contribuent, au prix d’un effort toujours plus pesant, à maintenir en état une économie déséquilibrée et paralysée par l’inflation normative et le poids de la fiscalité. Le mensonge est de s’écrier : « J’aime les entreprises ! », lorsqu’on a, en deux ans, augmenté de plus de 30 milliards d’euros les prélèvements qui pèsent sur elles. Le vrai changement serait d’assurer avant tout stabilité, sécurité et simplicité à ceux qui s’engagent pour faire vivre l’emploi dans notre pays.

Il faudrait nommer l’angoisse que traversent tous ceux que laisse sur le bord de la route une société qui, avec la complicité de l’Etat, perd ses repères les uns après les autres : les familles fragilisées par l’individualisme consumériste, les enfants privés de leur filiation par des fictions devenues lois, tous les déshérités de la mondialisation et de la marchandisation du monde. Si nous voulons réellement construire une société plus juste, le vrai changement serait de commencer par prendre en compte avant tout le bien des sans-voix, des plus petits, des plus fragiles.

Sur tous les terrains, il faudrait ainsi retrouver une même exigence de lucidité et de vérité. Le retour de Nicolas Sarkozy suscitera un vrai espoir, s’il permet le retour du réel en politique. Voilà la seule urgence : rompre avec les mots vides et les phrases convenues, pour retrouver les conditions d’une parole qui ait du sens. La jeune génération en particulier, qui sait qu’elle assumera demain les conséquences de nos mensonges trop longtemps entretenus, veut s’engager pour sauver le réel ; elle attend ce renouveau, et elle est prête à y contribuer.

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août 27

Les Déshérités

Les DéshéritésA la veille de la publication des Déshérités, c’est une grande joie de pouvoir vous présenter ici cet ouvrage.

Au nom de quoi éduquer ? La responsabilité de l’adulte envers l’enfant a-t-elle une légitimité, un sens, une valeur ? Peut-elle avoir une fécondité ? La réponse à ces questions ne va plus de soi ; nous l’avons tellement perdue de vue que nous avons tout simplement cessé de transmettre. La crise de l’éducation, la faillite de l’enseignement, la fragilisation profonde de la famille, sont autant de symptômes d’un même vide : nous ne savons plus quoi transmettre, et pourquoi.

C’est pour tenter de comprendre les causes initiales de cette crise, et pour apporter une réponse aux défis qu’elle nous lance, que je me suis lancé depuis plusieurs années dans un travail de recherche, qui aboutit aujourd’hui à la parution de cet ouvrage. Il se présente comme une enquête, sur les traces d’un séisme dont les conséquences sont multiples – de la déconstruction du genre à l’utopie numérique… Cinquante ans après Les Héritiers de Bourdieu, je voudrais simplement tenter de montrer combien est nécessaire l’héritage culturel, intellectuel, spirituel que nous avons tant déserté, et combien la jeune génération, si souvent abandonnée à elle-même, a besoin d’adultes qui acceptent de lui offrir ce qu’ils ont eux-mêmes reçu de meilleur.

Parce que rien n’est plus urgent que de rompre avec l’ingratitude de notre temps, je voudrais que cet ouvrage soit un humble acte de reconnaissance envers tous ceux qui, parents, enseignants, éducateurs, assument la belle et difficile mission de faire grandir les enfants qui leur sont confiés. A la veille d’une rentrée scolaire particulière, alors que l’éducation se trouve une fois de plus abandonnée aux contingences d’une crise politicienne et à la désinvolture de nos gouvernants, alors que nos écoles sont sans cesse instrumentalisées au service de l’idéologie du moment, je serai vraiment heureux si ce modeste travail permet de remettre en lumière l’effort quotidien et silencieux de tous ceux qui préparent l’avenir en offrant à la génération qui vient l’héritage qui accomplit en chaque homme sa propre humanité.

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Les Déshérités, Editions Plon, 240 pages ; parution le 28 août 2014

Pour suivre toute l’actualité de l’ouvrage et prolonger votre lecture, rendez-vous sur le site dédié au livre : www.lesdesherites.fr.

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