mai 30

L’Atelier de la Philo, invitée exceptionnelle

Petit rappel pour la dernière séance avant l’été !

Ce soir, le premier cycle de l’Atelier de la Philo se termine par une rencontre qui sort de l’ordinaire. Pour réfléchir sur le rapport d’Internet au savoir, sur la relation nouvelle que le Web instaure entre l’individu et la connaissance, nous accueillerons une invitée exceptionnelle : Adrienne Alix est directrice des programmes de Wikimedia, organisme qui porte tous les projets de la Fondation du même nom, parmi lesquels, bien sûr, Wikipedia, mais aussi Wiktionary, Wikiquotes, Wikibooks, Wikimedia Commons, etc…

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Historienne de formation, elle est au coeur de ce projet inédit, qui repose sur le principe de la libre contribution, et dont le succès planétaire (Wikipédia se classe parmi les quelques sites les plus visités au monde) constitue un véritable bouleversement pour les institutions traditionnelles de médiation du savoir (école et université, édition, journalisme…). Même ceux qui le contestent admettent ce fait : Wikipédia a déjà transformé notre rapport au savoir, et à notre environnement, proche ou lointain : en perpétuel développement, l’encyclopédie a d’ailleurs récemment conclu un partenariat très novateur avec le Château de Versailles.

On ne pouvait donc espérer un intervenant plus ajusté pour venir échanger sur le dernier volet de notre enquête. Le web est-il une belle promesse pour l’économie de la connaissance ? Accomplira-t-il le vieux rêve de la bibliothèque universelle, accessible à tous et de partout, ou menace-t-il au contraire de dissoudre le sérieux de la connaissance dans un océan d’erreurs, d’imprécisions et d’approximations ?

A l’issue de cette rencontre, qui conclura le cycle inaugural de l’Atelier de la Philo, nous aurons l’occasion de faire le bilan de cette première expérience autour d’un verre, avec le public déjà nombreux qui a suivi les précédentes séances, et tous ceux qui nous rejoindront ce soir !

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L’Atelier de la Philo, 20h30, 8 rue Saint Simon. Entrée libre.

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mai 06

C’est maintenant.

Échappé quelques instants du bureau de vote que je tiens aujourd’hui pour aller remplir mon devoir électoral, je profite de ce très court répit pour mettre par écrit quelques brèves réflexions sur la campagne qui se termine.

Nous n’avons pas renoncé à la politique ; et l’élection présidentielle, qui a gardé une importance singulière, nous le rappelle tous les cinq ans. Cette journée ressemble à un rendez-vous régulier, quoique rare, de la France avec elle-même. Il semble flotter sur elle comme une atmosphère étrange de solennité et d’excitation mêlées, de curiosité inquiète, d’impatience fascinée. C’est le jour où l’indifférence n’a plus de sens, et l’ironie plus de prise, elles dont nous sommes pourtant si coutumiers.

Cette fin de campagne me laisse un regret, cette espèce d’amertume que l’on ressent après un rendez-vous manqué. Au lieu que la parole politique, si écoutée en ce temps d’élection, ait été tournée vers un dialogue contradictoire et salutaire, il me semble qu’elle s’est épuisée en d’inutiles invectives. Ce serait d’ailleurs trop facile d’en faire porter la responsabilité aux seuls candidats et à leurs équipes : j’ai été affligé de voir les réseaux sociaux, dans les dernières semaines, se transformer en une vaste cour de récréation, où fusaient les demi mensonges et les mauvaises blagues, où l’on se moquait tour à tour du « flamby » et du « nabot ». Il y a une leçon à retenir, pour chacun d’entre nous : tant que nous répondrons par la caricature à des propositions qu’il faudrait contester par la raison, tant que nous nous refuserons à l’effort d’un dialogue respectueux, sérieux et honnête, il ne faudra pas nous plaindre de la médiocrité de nos dirigeants.

Tout cela est habituel, me direz-vous. Peut-être ; je n’ai pas assez de recul pour en juger. Et je voudrais ne jamais m’y résigner. Car cela ne change rien, au contraire : c’est l’occasion de comprendre l’essentiel.

Et voilà ce qui me semble essentiel.

Quelque soit le résultat de ce soir, il est au moins une chose certaine : le changement n’est pas pour aujourd’hui. Le changement profond que nous attendons, que j’essayais de décrire en ouvrant ce blog, il ne viendra pas d’en haut. Ceux qui croient qu’à lui seul, un président, quel qu’il soit, peut apporter un changement – ou une rupture, sont voués à déchanter demain – si tant est que cette élection ait vraiment beaucoup enchanté jusque là.

Le changement viendra de nous. Il viendra si nous avons la volonté de porter sur la vie politique, dans laquelle nous sommes tous embarqués, un regard plus lucide, plus exigeant, plus authentiquement préoccupé du bien commun. Il nous reste, me semble-t-il, à convertir le regard que nous portons sur notre société, à considérer avec courage notre avenir commun, pour rejeter fermement tout ce qui le met en péril : les discours qui fragilisent notre unité, les décisions qui menacent le lendemain, les choix qui altèrent la qualité morale de la culture que nous partageons. Toutes ces facilités, le plaisir d’un propos que l’on sait schématique, le soulagement de rejeter la faute sur les autres, la paresse d’une vision à court terme, il faut nous en libérer, maintenant.

Le changement peut venir demain, si cette conversion est pour aujourd’hui !

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mai 05

L’Atelier de la Philo

La programmation de l’Atelier pour ces deux premiers mois d’activité a été dévoilée jeudi soir par François de Mazières, devant un public nombreux d’habitants, de commerçants du quartier, et de curieux, parmi lesquels beaucoup de jeunes. Vous pourrez la retrouver ici ; il y a de quoi combler tous les goûts !

Je publie ici le programme des trois rendez-vous de l’Atelier de la Philo, que j’animerai à partir de ce mercredi 9 mai (pour éviter toute inquiétude, je précise que j’interviens bénévolement).

Il s’agit de trois conférences sur un thème d’ensemble, qui seront rythmées par des échanges et des témoignages extérieurs. Les soirées commenceront à 20h30 ; vous pouvez bien sûr participer à l’une de ces rencontres sans avoir été aux autres. L’entrée est libre et gratuite.

J’espère vous y retrouver nombreux, pour ceux qui habitent en région parisienne, et avoir ainsi l’occasion de prolonger les échanges qui se nouent sur ce blog !


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L’Atelier de la Philo

Premier cycle : Réinventer le monde

L’Atelier numérique est une fenêtre ouverte sur un siècle en révolution. L’apparition du web a marqué les dernières décennies, et le développement de ses usages est en train de transformer en profondeur notre rapport au monde, aux autres, à nous-mêmes. Les problèmes qui hantent depuis toujours la culture, l’art et la philosophie, se trouvent reposés d’une façon nouvelle. A l’occasion de ces premiers rendez-vous de l’Atelier de la philo, nous nous appuierons sur cette histoire pour envisager les nouveaux défis qui se posent à l’aventure humaine.
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9 mai 2012 : Devenir soi-même

« Connais-toi toi-même » : cette première devise de la philosophie trouve une nouvelle actualité à l’heure où les réseaux sociaux transforment notre rapport aux autres et à nous-mêmes. Qui suis-je derrière les apparences ? Mon histoire dit-elle ma personnalité ? Suis-je déterminé par mon rapport aux autres ? Les questions très concrètes de l’identité numérique font resurgir des inquiétudes profondément enracinées dans la conscience humaine.

16 mai 2012 : Apprendre à parler

Le phénomène Internet est d’abord celui d’une prodigieuse prolifération de la parole. Publier, commenter, discuter : la participation signe l’entrée dans l’ère « 2.0 », et une révolution dans l’usage classique du langage. Sur cette nouvelle agora planétaire, comment repenser l’expression de chacun ? Quelle éthique adopter pour que le web, au lieu de dissoudre la parole, donne un nouvel essor au dialogue ?

30 mai 2012 : Connaître le monde

Le savoir universel à portée de clic : Internet semble sur le point d’accomplir l’utopie millénaire de la bibliothèque universelle. Mais le réseau qui promet de rendre la culture accessible à tous et partout bouleverse aussi la fiabilité de notre rapport traditionnel à la connaissance, et perturbe les équilibres fragiles de la création culturelle. Internet, promesse ou menace ?

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avr 30

Un anniversaire

Ce soir, le site JVersailles.fr fête ses trois ans. L’anniversaire est discret, mais il permet de mesurer le chemin accompli à Versailles depuis trois ans, dans l’action de la Ville au service de ses jeunes.

Lancé le 30 avril 2009 par un concert sur la Place du Marché, ce site s’est peu à peu imposé dans le paysage versaillais : il a reçu un peu plus de 260 000 connexions à ce jour, et la fréquentation ne cesse d’augmenter, doucement mais sûrement. Construit sur un modèle participatif vraiment innovant, dans l’esprit d’un web 2.0 de qualité, il s’appuie sur l’engagement d’une équipe de jeunes rédacteurs qui contribuent à l’alimenter, pour faire apparaître tout ce qui est fait par et pour les jeunes de Versailles.

La deuxième version du site est en cours de préparation… En attendant son lancement, je ne peux que vous conseiller de passer régulièrement sur JV pour ne rien manquer des richesses insoupçonnées de l’actualité versaillaise !

JV sur Facebook – sur Twitter – sur Dailymotion

 


JVersailles, le site des jeunes de Versailles par JVersailles

 

Au moment du lancement du site, Nathalie Kosciusko-Morizet, alors Secrétaire d’Etat à l’Economie Numérique, nous avait accordé un interview intéressant, sur les usages du web dans le cadre de la démocratie locale, que je reproduis ici.

Vous êtes à la fois maire d’une commune d’Ile de France et secrétaire d’Etat à l’Economie numérique : selon vous, en quoi Internet peut-il intéresser les collectivités locales ?

Je crois que les collectivités locales peuvent aller encore beaucoup plus loin dans l’utilisation d’Internet. Dans ma ville, je développe cet outil pour proposer des consultations sur des sujets spécifiques ; c’est un procédé encore assez nouveau à Longjumeau. Il ne faut pas utiliser Internet de manière exclusive, bien sûr, mais on peut en faire un extraordinaire outil de proximité. A travers le développement de fonctionnalités de service et d’information, les collectivités locales peuvent améliorer et faciliter de manière importante la vie quotidienne des habitants dans leur environnement proche. J’ai pu voir en Corée, à l’échelle d’une grande ville comme Séoul, combien Internet pouvait rapprocher les citoyens de leurs services municipaux, et des pouvoirs publics en général, par des applications simples qui répondent aux questions de tous les jours. Ce qui intéresse les gens, dans l’utilisation d’Internet, c’est d’abord ce qui les concerne, et donc ce qui peut les aider dans leur environnement proche, dans leur ville par exemple. On dit toujours qu’Internet est le média global par excellence ; en fait, il est avant tout un prodigieux média local !

Le web permet d’ouvrir la communication en ouvrant la possibilité d’une participation du public concerné ; quels sont les enjeux en matière de démocratie locale ?

Il faut faire attention à ne pas tomber dans un excès technophile : l’expression démocratique ne peut pas se réduire à l’immédiateté du web 2.0. Il ne faut pas déresponsabiliser les élus : ils ont reçu un mandat, il ne doivent pas utiliser Internet comme un référendum numérique permanent qui empêcherait de penser sur le long terme. Internet permet d’abord un accès à l’information 24h/24 et 7J/7, ce qui n’est pas rien.  Une avancée démocratique très significative tient dans la participation. A Versailles, vous avez choisi de proposer à des jeunes de contribuer au site internet qui leur est destiné ; ils sont ainsi à même de participer directement à l’information. Ils vont peut-être inventer de nouvelles fonctionnalités, de nouvelles orientations, en fonction de leurs besoins.

Offrir à des jeunes la possibilité de participer à l’animation d’un site d’envergure comme à Versailles… L’expérience Internet peut-elle jouer un rôle en matière d’insertion professionnelle ?

Le secteur de l’économie numérique a un potentiel de développement immense, il offre déjà et offrira toujours plus d’emplois dans des domaines très variés. Mais ce qui me frappe, c’est qu’il est souvent très difficile pour les jeunes d’accéder à ces emplois : au moment où vous postulez, on vous demandera toujours vos références, votre expérience. Et pour celui qui veut se lancer, c’est souvent un obstacle très lourd. Animer et travailler au développement d’un site institutionnel de l’ampleur de celui que vous lancez à Versailles, tout en expérimentant le dialogue, l’interactivité, la prise de décision, c’est un challenge et un atout. Les jeunes versaillais qui travailleront sur ce site auront peut-être des idées de nouveaux usages et de nouvelles applications issues de cette expérience, qu’ils pourront valoriser ensuite, en rejoignant ou, pourquoi pas, en créant une entreprise. Mettre en œuvre ce projet innovant, c’est vraiment donner une chance importante aux jeunes pour leur avenir et leur intégration professionnelle. Cela correspond aussi à mon rôle, qui est de mettre en place des dispositifs pour accompagner ceux qui souhaitent s’engager dans cette voie : trop de jeunes talents sont aujourd’hui sous-employés ou partent à l’étranger.

Pour conclure, quelques mots pour encourager ce projet… ?

Mais c’est surtout les jeunes qui participent à ce site que je voudrais encourager et féliciter ! C’est une vraie aventure dans laquelle ils se sont engagés ; je veux leur dire que le numérique est un secteur passionnant, un secteur créatif et créateur d’emplois et de services. En rendant ainsi service à la collectivité, ils vont pouvoir relever un défi important. Je crois que c’est un projet excitant et passionnant qui leur est offert !

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avr 29

Pour continuer la discussion

 

.Voilà, je me doutais bien que mon dernier billet susciterait des réactions contrastées. Je réponds ici brièvement aux dizaines de messages, reçus par mail, en commentaire, ou via les réseaux sociaux. Merci à tous ceux qui ont écrit, pour acquiescer ou contester ! Comme le dit Mélenchon lui-même, « voilà un débat qui nous élève. »

Pour prolonger notre échange, je voudrais préciser quelques points. Mon raisonnement s’appuie sur deux caractéristiques du Front de gauche, dont je m’étonne simplement qu’elles n’indignent personne.

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1) Son rapport à l’histoire : ce mouvement, qui intègre le PCF, n’a jamais eu le courage de rompre avec une histoire pourtant douloureuse – le mot est faible. Le symptôme que je rappelais en est clair : qui a entendu Jean-Luc Mélenchon tonner contre ceux qui arboraient le drapeau de l’URSS dans ses meetings ? Et pourtant, des millions d’innocents sont morts sous ce drapeau, ont été torturés, assassinés, déportés en son nom ! C’était il y a vingt ans encore : les aurions-nous oubliés au point de s’accommoder d’une telle nostalgie chez nous, aujourd’hui ? Que tout ceux qui m’ont parlé d’un détail, par pitié, relisent Havel, Koestler, Soljenitsyne et tant d’autres ! Il en va de notre devoir de mémoire. Et, en ce jour du Souvenir de la déportation, je m’effraie de nous trouver si anesthésiés, si peu capables de révolte, sur un détail aussi terrible.

On pourrait discuter des heures pour savoir si le projet communiste doit être condamné au nom de ses réalisations historiques ou contemporaines. Mais ce n’est même pas le débat ici : lorsqu’un drapeau de l’Union Soviétique s’exhibe dans un meeting, la réprobation devrait être spontanée, unanime, absolue ! Ce serait une faute morale que de s’enfermer dans les indignations sélectives d’un conformisme paresseux.

Le simple silence de Jean-Luc Mélenchon et de son mouvement à ce sujet, sa complaisance affligeante à l’égard de Cuba, suffisent donc à me le rendre inquiétant, et à jeter le soupçon sur le rapprochement que François Hollande assume dans sa direction. Dans l’ « hommage au communisme » de ce dernier, il y a d’ailleurs sans doute, hélas, plus de facilité coupable que de conviction erronée…

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2) Son projet pour l’avenir : plusieurs messages me reprochent de jouer sur les peurs, et de caricaturer le discours du Front de Gauche. Soyons sérieux : je sais bien que les chars soviétiques ne sont pas aux frontières du pays, et je ne crois pas avoir excité des inquiétudes que je n’éprouve pas ! « La révolution n’est pas pour demain, le Front de Gauche n’est pas dangereux », me disent beaucoup : à ce compte-là, Marine Le Pen ne le serait pas non plus, qui ne risque pas de prendre l’Elysée avant un bon moment.

Et pourtant ces deux mouvements, quoique sans comparaison possible pour tout le reste, sont effectivement une menace pour notre avenir, me semble-t-il, et pour une même raison : ils ont en commun d’opposer les Français les uns aux autres. Les uns contre les autres. Le FN joue sur la défiance entre Français « de souche » et Français issus de l’immigration. Mais nous sommes tous Français, et nous avons tout à perdre des divisions qui viendraient se créer entre nous ! Jean-Luc Mélenchon a d’ailleurs su le dire, avec force, tout au long de cette campagne. Pourquoi alors être tombé dans le même travers – oui, le même ! – qui consiste à opposer les Français en fonction d’autres critères ? Salariés contre patrons, démocrates contre journalistes, peuple contre gouvernants : voici, non pas la critique (qui est normale et saine), mais la guerre, la lutte à laquelle Jean-Luc Mélenchon n’a cessé d’appeler avec virulence, créant dans une même communauté de destin des conflits d’intérêts d’ailleurs largement fantasmés. Voilà ce qui est grave.

Qu’on n’aille pas me dire qu’il n’y avait pas de la violence là-dedans. Et là encore, que personne ne se réfugie dans l’excuse trop facile. La lutte des classes, que Mélenchon a ressuscitée, c’est la tradition communiste, je le sais bien. Mais cette tradition est mortifère. Elle a détruit, elle détruit, elle détruira encore si nous cédons à son schématisme enivrant. Il est peut-être difficile de le reconnaître, car cette vision du monde est fascinante dans sa belle cohérence ; mais elle porte indéniablement à la haine et à la rancoeur. Cela n’a rien d’anodin.

On m’écrit d’ailleurs que je suis mal informé. J’ai pourtant suivi tous les discours de Jean-Luc Mélenchon, et lu régulièrement son blog – encore une fois, avec l’admiration certaine que j’ai évoquée. Il y était effectivement question, et de belle manière, de fraternité, de tendresse et d’amour. Mais tout cela, entre les ennemis d’une même classe… Car il y a bien, pour le Front de Gauche, un adversaire de classe, un ennemi de l’intérieur. N’ayant pas le temps de faire une compilation, je viens de reprendre l’un de ces discours, au hasard – vous ferez l’expérience à votre tour. J’y trouve le passage suivant :

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 C’est pourquoi il faut réquisitionner, chaque fois qu’ils essayent de s’échapper. Il faut maintenant que nous les menacions (en gras dans le texte). Je vous préviens ! Lorsque le Front de Gauche dirigera ce pays, l’article 410-1 du Code pénal prévoit que ceux qui conspirent contre les intérêts fondamentaux de la Nation en matière économique, environnementale ou financière seront pourchassés, et passibles de peines de prison et d’amendes. Je vous préviens : si vous conspirez avec des fonds de pension, vous relevez du Code pénal ! Si vous conspirez avec des gens qui décident de fermer l’unique usine d’acide acétique du pays, vous serez pourchassés ! Si vous laissez fermer la seule usine qui produit de l’insuline dans notre pays, vous serez pourchassés !

Discours au meeting de Besançon, 24 janvier

 

Si cela n’est pas un jeu dangereux avec la haine, je ne sais pas ce que c’est. La mise en scène de ce ils, par qui que ce soit, quelle que soit la classe politique ou sociale qu’il recouvre, sert à créer cette fracture dont nous pourrions bien ne jamais nous remettre. Il y a des patrons délinquants – comme il y a des immigrés délinquants, et tous les délinquants doivent être punis. Mais on ne saurait jeter l’anathème sur ce ils anonyme, entretenir la haine des patrons ou la haine des immigrés, sans compromettre gravement l’unité de notre pays. Voilà ce qui doit être dénoncé, aussi fermement à droite qu’à gauche, même et surtout si cela demande du courage !

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Je conclus par là : encore une fois, je ne conteste pas la générosité profonde qui a animé bien des militants du Front de gauche pendant cette campagne. Mais je voudrais que nous dépassions ensemble toutes les facilités, toutes les superficialités, pour regarder les faits en face, et les choix collectifs qui s’ouvrent à nous.

Comme je l’ai déjà écrit ici, en déplorant avec la même franchise une dérive de l’autre bord, nous avons un avenir à sauver. Notre génération va devoir faire face à des défis qui compteront parmi les plus grands qu’un pays, qu’un continent, ait jamais surmontés. Divisés, nous n’y parviendrons jamais. Ceux qui prêchent la guerre entre nous, quels qu’ils soient, fragilisent donc notre avenir commun.

Car le seul avenir possible nous est commun ! Faire croire que nous aurions quoi que ce soit à gagner dans le fait de lutter les uns contre les autres, c’est là un jeu irresponsable et dangereux. Voilà le seul et unique sens de mon précédent billet : comme j’aimerais que nous sachions résister avec autant de force à la tentation mortifère qui nous guette des deux côtés…

Et comme j’aimerais, demain, pouvoir travailler avec ces jeunes attirés par le Front de gauche, quand ils renonceront à une lutte inféconde, pour tenir ensemble nos fronts communs – pour rechercher avec eux toutes les formes de justice et combattre, avec eux, toutes les formes de pauvreté !

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avr 28

Indignez-vous !

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Chers lecteurs,

Jusque là, vous l’aurez sans doute remarqué, je m’étais abstenu de publier toute analyse sur les élections présidentielles en cours. Le sujet suscite une littérature assez abondante pour que j’évite d’y ajouter un commentaire supplémentaire. Mais aujourd’hui, en conscience, je ne peux plus tenir cette résolution. Il se passe quelque chose de trop grave dans notre pays.

Un parti a obtenu, dimanche dernier, un score jamais atteint dans les dernières décennies de notre histoire électorale. Un parti pas comme les autres. Un parti qui appelle à la haine entre les Français, qui tient un discours de violence à peine réfrénée, qui excite les peurs et les rejets. Un parti qui jette en permanence le soupçon sur les institutions et les médias qui font vivre notre démocratie.

Plus grave encore : il s’agit d’un parti qui n’a jamais explicitement rompu avec l’idéologie totalitaire la plus meurtrière du XXème siècle. Dont les responsables se sont affichés aux côtés de responsables politiques internationaux notoirement hostiles à la démocratie. Dont les meetings ont vu arborer souvent les drapeaux d’un régime qui a compté parmi les plus inhumains de l’histoire. Des images existent. Des vidéos ont été diffusées, au grand jour, sur les principales chaînes de télévisions. Sans que jamais ce parti ne réagisse, ne condamne ou ne prenne ses distances.

Ce parti a fait un score à deux chiffres. A deux chiffres. En France, en 2012.

Mais il y a pire encore : dans cette période d’entre-deux tours propices à tous les calculs, il semble que l’un des deux finalistes soit prêt à tout pour s’accommoder les faveurs de ce parti, avec lequel aucune tractation ne devrait pouvoir être possible.

Voilà pourquoi je prends la plume ce soir. La démocratie est en danger dans notre pays ; parce qu’un parti extrémiste, aux frontières du respect de notre république, a réussi à attirer des millions de Français en jouant sur les exaspérations légitimes nées de la crise. Et parce que, plutôt que de dénoncer l’archaïsme insensé, l’idéologie haineuse et les complaisances coupables de ce parti, l’un des candidats du second tour, susceptible donc – quand on y pense ! – d’obtenir un prochain mandat présidentiel, semble résolu à pousser l’indignité jusqu’à faire les yeux doux à ce parti pour se rallier ses électeurs.

Oui, vous avez bien lu. François Hollande pactise avec le Front de Gauche. Il a déclaré hier soir qu’il était prêt à gouverner avec des ministres issus de ce mouvement. Il a déclaré ce soir vouloir « rendre hommage à la culture communiste. » Un peu de recul historique, un peu de lucidité politique, un peu de bon sens, enfin, devraient nous faire mesurer toute la facilité scandaleuse, toute la compromission honteuse d’un tel propos !

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Bon, quelques lignes et je suis déjà épuisé de jouer l’incantation de la grande conscience morale… Venons-en au fait : ce petit laïus n’avait d’autre but que de montrer l’incroyable dissymétrie dans le traitement réservé aux deux candidats, notamment dans leur rapport aux extrêmes. J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt la campagne de Jean-Luc Mélenchon – et, je dois le dire, avec beaucoup d’admiration. Il y avait chez lui une vision cohérente, un propos fondé et approfondi, une indéniable énergie, la capacité à créer une fraternité dans l’engagement et, qualité hélas de plus en plus rare, un art de la parole qui a fait honneur comme rarement à notre langue.

Mais enfin, bien que je n’aie pu retenir une certaine estime pour le candidat, les faits sont là : le discours de Mélenchon ne joue que sur les haines et les rancoeurs. Il est à l’évidence dangereusement irréaliste dans ses promesses, et donne de fausses réponses à de vrais problèmes. Il crée la division, opposant plusieurs fois le drapeau rouge au drapeau tricolore, qui porte « ces couleurs que nous n’aimons pas. » Il appelle à l’insurrection, contestant explicitement les institutions républicaines. Il témoigne d’une complaisance répétée à l’égard de régimes connus comme des dictatures meurtrières. Il est candidat du parti communiste, enfin, le seul qui n’ait pas changé de nom, ni de sigle, ni d’hymne, ni de journal, ni d’idéologie, depuis son affiliation à l’Internationale de Lénine en 1920, assumant ainsi l’histoire la plus sanglante qui ait traversé le siècle dernier. Et voilà le mouvement que M. Hollande voudrait intégrer à son gouvernement ? Voilà la « culture communiste » à laquelle, ce soir du 27 avril 2012, il cherche encore à rendre hommage ?

 Je sais, vous pensez sans doute que Marine Le Pen est vraiment méchante, elle, et que le camarade Jean-Luc a quand même un côté sympa. Vous allez me reprocher cette critique, parce que parler des ravages que le communisme a laissés derrière lui au XXème siècle, c’est déjà un peu douteux, hein. Cela étant, je ne doute pas, moi, de la sincérité, de la générosité de l’engagement de nombreux militants du Front de gauche ; mais aucune générosité n’est suffisante sans le courage de l’honnêteté intellectuelle. Parlons franchement : attaché à la démocratie comme à l’une des conquêtes les plus précieuses de notre histoire encore récente, comme à l’une des plus coûteuses aussi aux générations qui nous ont précédées, je ne peux pas ne pas trouver le propos de Jean-Luc Mélenchon dangereux, et la manoeuvre électoraliste de François Hollande irresponsable et immorale, de la part d’un candidat à la présidence de la République.

On se bornera à constater qu’on fait à Nicolas Sarkozy un procès bien plus acharné pour un rapprochement bien moins évident avec Marine Le Pen. M. Sarkozy a beau répéter qu’il ne gouvernera pas avec le FN, qu’aucun accord ne se fera pour les législatives, qu’il n’a aucune estime pour le combat que mène sa candidate, on s’obstine à le dénoncer comme un crypto-fasciste, et des élus socialistes – oui, des élus ! – ont poussé le triste ridicule jusqu’à l’assimiler à Hitler. Malgré tout ce que j’ai écrit ici, je n’assimilerai pas M. Mélenchon à Staline. Les raccourcis historiques sont malhonnêtes, lorsqu’ils sont à ce point infondés qu’ils finissent par insulter les véritables victimes du totalitarisme en banalisant, dans un sens comme dans l’autre, l’idéologie qui les a broyées ; ils sont doublement malhonnêtes, qui plus est, lorsqu’ils fonctionnent si évidemment à géométrie variable…

 

Je reviendrai dans les prochains jours sur cette campagne d’entre-deux tours, qui, me semble-t-il, rend si difficile le choix qu’il nous reste à faire…

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avr 25

« Une belle histoire »

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Au milieu du flot des commentaires politiques qui accompagnent l’entre-deux tours de la présidentielle, j’ai une belle histoire à vous raconter qui nous change, pour un instant, des querelles partisanes…

C’est l’histoire d’un service rendu qui, par la force d’une coïncidence, se transforme en service reçu – à la vie, à la mort !

Juin 2011. Christophe est élève en Première S au lycée Hoche, à Versailles. Comme d’autres lycéens, il participe à l’Opération Bac. Ce projet que j’ai lancé en 2008, juste après les élections municipales, mobilise des étudiants ou des enseignants qui, pendant la période de révision du bac, donnent des cours particuliers bénévoles à des lycéens à l’approche du bac. Les enseignants n’ayant pas le temps d’accompagner personnellement chacun des élèves dans la dernière ligne droite, beaucoup d’entre eux, nous le savons, se tournent vers la solution des cours particuliers ; mais payer un prof ou une agence, c’est un investissement souvent très lourd. Pour tous les élèves dont les familles ne peuvent supporter ce coût, nous avons crée l’Opération bac : grâce aux dizaines de bénévoles qui s’y sont associés depuis quatre ans, chaque année, dans notre ville, la solidarité prend le relais du système scolaire pour aider tous les élèves à réussir.

Christophe prépare cette année-là l’oral du bac de français. Le premier jour de l’Opération bac, il rencontre Monsieur G., professeur de littérature et de culture générale en classes préparatoires, qui lui consacrera plusieurs heures de son temps, après ses propres cours, pour l’entraîner à l’oral, le conseiller, l’encourager, compléter avec lui ses lectures et ses connaissances. En juillet, Christophe décroche un 14 à l’examen ; il envoie aussitôt un message pour transmettre la bonne nouvelle à son professeur et à M. G., remerciant ainsi son éphémère compagnon de route.

Novembre 2011, cinq mois après. Christophe croise M. G., passé au Lycée Hoche à l’occasion de l’inauguration de la chapelle, merveille d’architecture religieuse tout juste restaurée. Quelques mots échangés, quelques nouvelles. Une heure plus tard, M. G. s’effondre, à la station de bus Europe, victime d’un arrêt cardiaque. Quand il se réveille, miraculeusement indemne après plusieurs jours passés dans le coma, les pompiers qui l’ont secouru lui racontent qu’il ne doit la vie qu’à l’intervention décidée, et décisive, d’un anonyme qui, passant par là, a donné efficacement l’alerte avant de procéder à un long massage cardiaque. M. G. sait que sa vie n’a tenu qu’à un fil, pendant plusieurs longues minutes ; et que ce fil infime n’a été préservé que par un mystérieux passant…

Lundi de Pâques, 9 avril 2012, il y a quelques jours. A l’occasion de la première Messe dans la chapelle restaurée, Christophe retrouve M. G., qui lui apprend qu’il est en congés maladie et lui raconte son accident. Bref instant de stupéfaction : Christophe n’a pas oublié, il n’oubliera jamais, ce jour du 25 novembre où, appliquant avec anxiété les techniques apprises pendant son brevet de secourisme, il a pratiqué un massage cardiaque sur un homme qui s’était écroulé près de lui. Le rapprochement est vite fait. Obnubilé par le massage cardiaque, Christophe n’avait pas reconnu le bon samaritain de l’Opération bac, qu’il venait de quitter et dont il devenait, sans le savoir, le sauveur. Stressé par l’urgence, il n’avait pas dévisagé cet inconnu, détaillé les traits défigurés par le malaise ; il ne s’était pas demandé qui était tombé avant de se jeter à terre pour lui porter secours. Et quand les pompiers étaient arrivés, le lycéen s’était effacé discrètement, afin de ne pas gêner l’intervention qui emmenait vers la vie cet éphémère compagnon de route. Aujourd’hui encore, il raconte cela avec beaucoup de simplicité, ne se considérant que comme l’un des maillons d’une chaîne d’entraide et de secours.

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M. G. m’a raconté la nouvelle, encore sous le coup de l’émotion après ces retrouvailles si inattendues et si intenses. J’ai reçu ce matin Christophe, avec qui nous avons parlé longuement de cette « belle histoire », comme il l’appelle, de ces étonnantes coïncidences, et de leurs enseignements. « J’ai reçu, me dit Christophe, et j’ai donné ; et en donnant j’ai reçu encore. » La vie est faite pour cet échange, gratuit – et si inattendu ! On ne dira jamais assez que l’important est de se préparer soi-même à servir, toujours plus et mieux. « L’occasion n’arrive jamais quand on l’imagine, reconnaît Christophe ; ce qui compte, c’est d’être prêt. » Et pour s’y disposer, me dit-il, il faut faire l’expérience de la responsabilité. Christophe est engagé dans le scoutisme. Ce brevet de secourisme qu’il a passé, et qu’il venait de « recycler » en prenant le temps de se remettre à jour, a sauvé une vie.

M. G. avait mis son savoir au service de la fragilité d’un jeune qu’il ne connaissait pas ; Christophe a pris le temps d’apprendre ce qui allait secourir l’extrême vulnérabilité d’un prochain au seuil de la mort.

Ainsi vont les solidarités humaines. Ce que j’avais déjà tenté de décrire dans un précédent billet, M. G. et son élève l’ont vécu pleinement : chacune de nos vies repose sur celle des autres. L’indépendance est un leurre, l’individualisme un échec. Et la ville, humble échelle de nos existences, peut être le lieu où se reconstituent, contre la solitude anonyme d’une société de consommation globalisée, les solidarités de proximité qui font que l’homme résiste encore à la mort – à la mort biologique, parfois, et plus sûrement encore à la mort intérieure.

Dans cette expérience se révèle la mesure de l’enjeu de l’action municipale, et l’importance de cette intuition qui guide nos projets.

Christophe me lit le message qu’il a envoyé à M. G., juste après leurs retrouvailles inattendues : « La vie est précieuse, belle et fragile, et je suis si content que vous en profitiez encore. » Je ne saurais trop lui dire combien je suis admiratif et reconnaissant de son témoignage, humble et discret !

L’Opération Bac, elle, reprend dans quelques semaines. M. G., que je sais fidèle lecteur de ce blog et qui se reconnaîtra, a promis d’y participer de nouveau…

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François de Mazières avec Christophe, ce matin à la Mairie.

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avr 13

Ouverture de l’Atelier numérique

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C’est avec un peu de retard encore que je reviens sur un évènement majeur, l’inauguration de l’Atelier.

Dès 2008, François de Mazières repère un site dont la ville avait la propriété, sans en avoir l’usage. Deux salles spacieuses et élégantes, quelques bureaux, et même un petit jardin : bref, un lieu exceptionnel, auquel une grande verrière donnait une lumière et un cachet très singuliers. Ce lieu est alors en triste état, mais François de Mazières voit très vite qu’il pourrait devenir un lieu central de la vie culturelle à Versailles. Il me propose alors de travailler avec lui à l’élaboration de ce projet.

Peu à peu va émerger, de nos échanges permanents avec lui et Sylvie Piganeau, adjointe à la vie des quartiers et aux associations, le projet de l’Atelier. La gestation n’est facile : par définition, un lieu vraiment singulier suppose un projet ajusté sur mesure. Il faut un lieu vraiment nouveau, tourné vers la création, la culture, la réflexion, un lieu de vie aussi, où l’on puisse passer librement. Les étudiants, qui sont si nombreux à Versailles à chercher un endroit pour travailler, lire, se poser un instant, ont particulièrement besoin d’un tel espace – à l’intersection de la bibliothèque universitaire, du café et du jardin.

Un tel lieu est inédit ; mais ce n’est qu’en innovant qu’on se place à la hauteur de Versailles et de son histoire ! Tout au long de la maturation du projet, François de Mazières a porté cette intuition, dont l’Atelier porte singulièrement la marque.

Pendant ce temps, une équipe de jeunes architectes remarquables, Adélaïde et Nicola Marchi, travaille sur le site pour lui offrir une nouvelle vie. Leur projet s’oriente autour du bois clair, qui devient la patte architecturale du lieu. Un mobilier original est crée pour l’occasion, permettant de reconfigurer rapidement les salles. Le jardin est débroussaillé puis replanté. Une obsession partagée par le Maire et les architectes : la beauté de cet endroit. J’assiste régulièrement aux réunions de chantier hebdomadaires, admirant la qualité de la vision qui se déploie peu à peu dans ces salles.

Ainsi est né l’Atelier : résolument tourné vers le numérique, qui ouvre ce petit espace sur l’immensité du continent internet, ce lieu désormais ouvert propose des services variés. Il est accessible gratuitement au public en journée, pour utiliser un PC ou un Mac, une tablette, une liseuse, pour travailler sur des logiciels ou des références sous licence, ou simplement pour passer, lire la presse et boire un café… Des formations spécialisées y seront organisées. Et le soir, une programmation culturelle très diversifiée devrait permettre de satisfaire les curiosités les plus éclectiques : master classes de théatre ou de musique, lectures, poésie, philosophie bien sûr, mais aussi architecture ou design… Des rencontres,  des conférences, des expériences variées, permettront aux habitants de mieux connaître l’incroyable richesse culturelle du tissu universitaire, artisanal et associatif local. Une institution qui, à peine lancée, fait déjà référence !

En attendant de découvrir l’Atelier, regardez déjà quelques images…

 

L’Atelier numérique, 8 rue Saint Simon

Ouvert du mardi au samedi de 13 heures à 19 heures. La programmation sera relayée sur le site de la ville et le site www.jversailles.fr.

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avr 09

« Le livre fait grandir votre liberté ! »

Après quelques semaines de silence – silence du deuil partagé, silence de la nuit de Pâques qui rappelle, depuis la libération du peuple juif, que la mort et l’oppression ne peuvent avoir le dernier mot – je reviens, dans quelques billets qui se succéderont, sur quelques évènements importants de notre ville.

La finale de la quatrième édition des Olympiades de la Lecture a vu, comme chaque année, dix enfants de CM2 tenir pendant une heure la scène du Théâtre Montansier, en lisant chacun à leur tour des textes qu’ils avaient choisis pour l’occasion.

Voir les photos.

Voir l’article du magazine Versailles sur la finale.

Les Olympiades veulent donner aux enfants l’occasion de renouer avec une pratique largement tombée en désuétude, celle de la lecture à haute voix. Ce programme, lancé par François de Mazières en 2008 et que je porte depuis la première édition, est unique en France ; cette année, plus de 600 élèves y ont participé. Partager la joie de lire un texte qu’on a découvert, en faire vivre les images et la musicalité, ne pas lire seul ni pour soi seul – réapprendre à écouter aussi, à entendre, et à s’émerveiller : voilà le projet des Olympiades de la Lecture. Cela correspond en fait à la pratique la plus ancienne du livre. Comme le rappelait le Recteur d’Académie, désormais fidèle de cette finale, la lecture n’est devenue un exercice essentiellement silencieux qu’autour du XVIIIème siècle.

Les Olympiades sont surtout une façon d’offrir aux élèves, à la fin du cycle primaire marqué par cet apprentissage fondamental, la possibilité de vivre une nouvelle expérience de la lecture. Je recevais il y a quelques jours les enseignants des classes qui ont participé à cette quatrième édition ; leurs témoignages sont souvent extraordinaires, et confirment chaque année que des élèves en difficulté de lecture peuvent trouver dans ce petit projet ludique l’occasion d’un autre rapport aux textes, et d’un véritable déclic. L’entraînement pendant l’année, le travail avec des comédiens, la rencontre d’autres classes, mettent au jour des talents jusque là bien discrets. Chaque année, des élèves parfois timides, réservés, rarement mis en avant, se trouvent encouragés par un jeu qui dépasse l’obstacle de la mémoire ou de la répartie pour exercer la sensibilité et l’attention.

Pour moi, chaque finale est un moment réellement magique : voir ces enfants de dix ou onze ans entrer dans la lumière pour venir, dans un silence recueilli et avec le soutien extraordinaire de leur classe, lire un texte qui leur tient à coeur, raconter des histoires drôles, surprenantes ou émouvantes à ce parterre de parents, est une expérience singulière, et difficile à décrire. C’est un moment à la fois simple et marquant, dont l’enjeu dépasse largement un simple concours académique. Elisabeth Gentet-Ravasco, dramaturge et présidente du jury cette année – après Michel Zink ou Xavier Darcos, a insisté très justement sur ce message qui lui tenait tant à coeur : « N’oubliez pas l’importance de la lecture ! Le livre fait grandir votre liberté. »

Le même jour avait eu lieu, dans toutes les écoles de France, la minute de silence à la mémoire des drames de Toulouse et de Montauban. Il y avait, dans le silence des écoles et dans la voix de ces enfants, comme une double et invincible réponse de la culture à la barbarie, du coeur humain à l’inhumain.

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mar 19

Toute la France veille à Toulouse.

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Cette nuit, toute la France veille à Toulouse.

La mort a pénétré dans une école, dans ce lieu où l’être s’éveille à la vie.

Bien des enseignants en font l’expérience : une école est toujours un foyer, le lieu qui par nature résiste à la barbarie. Dans les espaces les plus hostiles du monde et jusque dans notre pays, au milieu de la pire violence, une école est toujours un signe singulier, l’appel à ce qu’il y a de meilleur en l’homme. En France comme dans le monde, l’école ne reste jamais indemne des conflits qui l’environnent ; mais lorsque la brutalité l’envahit, c’est à chaque fois un sanctuaire qu’on profane.

La mort a pénétré dans une école et elle a frappé des enfants.

Rien au monde n’est plus scandaleux, au sens biblique de ce terme, que le massacre des innocents. Rien n’est plus révoltant que la mort, que la souffrance d’un enfant. Il y a là l’injustice inexplicable, le deuil inconsolable. Une fois de plus, le peuple juif porte dans sa chair cette indicible détresse. Premier pas nécessaire vers l’espérance, l’immense émotion qui traverse le monde entier est signe que les peuples sont prêts à porter ensemble le poids de cette tragédie.

J’y vois en particulier un signe pour nous. Notre pays semble, singulièrement en cette période, si prompt à la division, si rétif à l’unité. Ce drame doit nous permettre au moins de saisir l’importance de ce qui nous rassemble. Il y a bien quelque chose d’essentiel, quelque chose qui aujourd’hui a fait taire les intérêts, les querelles, les ambitions et les bassesses.

L’essentiel, c’est au moins le refus profond de cette souffrance du plus petit, du plus fragile, du plus vulnérable. Ne le perdons jamais de vue, ni de coeur. Nous le devons à Myriam, à Gabriel, Arieh et Jonathan, que nous veillons ensemble ce soir.

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Job prit la parole et dit : Oh! s’il était possible de peser ma douleur,

et si toutes mes détresses étaient sur la balance,

elles seraient plus pesantes que le sable de la mer…

Quelle est ma force, pour que j’attende ?

Quelle est la durée de mes jours, pour que j’aie patience ?

Ma force est-elle la force des pierres, et ma chair est-elle d’airain ?

Ne suis-je pas dénué de tout secours, et tout espoir de salut ne m’est-il pas enlevé ?

Mais celui qui souffre a droit à la compassion de son ami…

 

Livre de Job, chapitre VI

 

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