«

»

Juin 29

Imprimer ce Article

Les Soirées de la Philo, saison 1

Flyer PhiliaIl y a quelques mois, je vous annonçais sur ces pages le lancement des Soirées de la Philo. Cette proposition toute simple, lancée en novembre dernier, a fait son chemin, semaine après semaine… Sans aucune publicité, et sans médiatisation, les Soirées de la Philo ont attiré pour leur premier cycle plusieurs dizaines de participants réguliers ; au total, plus de trois cents personnes auront participé à l’expérience cette année. Une immense majorité nous ont dit leur désir de poursuivre l’année prochaine.

Ce résultat dépasse de très loin ce que nous aurions pu prévoir, ou espérer, lorsque nous avons imaginé ce projet. Toutes les rencontres qu’il a suscitées constituent un grand signe d’espérance : alors que « le désert croît », dans l’obsession individualiste et relativiste du profit individuel, il faut s’étonner et s’émerveiller d’être ainsi réunis par le besoin le plus essentiel qui soit : la recherche de la vérité.

Les Soirées de la Philo reprendront en 2014 / 2015 ; les informations seront disponibles fin août (pour être tenus au courant, abonnez-vous à la page Facebook de Philia). D’ici là, toutes les conférences de la première année sont en ligne sur le site www.philia-asso.fr.

.

Et pour conclure, voici quelques réflexions sur la place de la philosophie dans le monde contemporain, dans un interview réalisé par le Figaro, à l’occasion du début du baccalauréat, le 15 juin dernier.

« En 2014, dans un monde où les valeurs d’efficacité, de productivité, de rapidité sont seules valorisées, est-ce encore utile d’enseigner la philosophie ?

Sans doute est-ce plus utile que jamais, précisément dans la mesure où la philosophie ne répond à aucune recherche d’efficacité : elle suspend la préoccupation exclusive de la rentabilité, de la performance, de l’hyperactivité qui obsède notre époque. Il est bon que nous préservions un espace de gratuité, où les jeunes puissent prendre le temps de se poser les questions essentielles de leur vie. La philosophie arrête l’action pour lui redonner un sens ; en ce sens, elle est indispensable précisément dans la mesure où elle ne sert à rien.

Certes, mais n’est-ce pas une matière superflue pour une jeunesse préoccupée par son avenir ?

Une société s’honore d’offrir aux jeunes générations un temps et un espace pour prendre du recul et se dégager de ces contraintes. L’expérience de la philosophie augmente notre liberté ; c’est là le plus grand service qu’elle puisse rendre.

Et cette expérience nous concerne tous : au fond, tout le monde est directement intéressé par la philosophie – c’est d’ailleurs une immense chance de pouvoir l’enseigner. Qui ne rencontre pas, à un moment de sa vie, ces questions décisives : qu’est-ce que le bonheur ? La vie a-t-elle un sens ? Existe-il une justice ? L’intérêt d’enseigner la philosophie, c’est d’éviter que ces questions ne meurent, noyées dans le flux ininterrompu des préoccupations du quotidien, et que nous ne finissions par vivre artificiellement, passivement, à la surface de nos propres vies.

N’avez-vous pas parfois le sentiment que malgré ce caractère essentiel, la philosophie est un archaïsme éducatif menacé de mort ?

Extérieurement, il ne semble pas que la philosophie soit menacée. Tout le monde aujourd’hui veut faire de la philosophie : elle correspond à un besoin profond, la soif de retrouver le sens de notre expérience personnelle et collective. La philosophie est sans doute davantage menacée « de l’intérieur », par l’incapacité grandissante que nous avons à prendre le temps de recevoir ce que les philosophes peuvent nous transmettre. Privés de cette capacité d’écoute, nous laissons sombrer la promesse de la philosophie dans le bavardage de l’opinion commune. Voilà le vrai danger : la déconstruction systématique de la transmission, qui constitue le dogme absolu de la postmodernité, nous a retiré l’humilité nécessaire à toute recherche authentique de la vérité.

Magazines, émissions… : aujourd’hui, comme vous le dites, la philosophie est partout. Mais ne craignez-vous pas que cette démocratisation ne se conjugue avec vulgarisation ?

Mais cela ne constitue pas un problème, au contraire ! La philosophie est par nature démocratique : les interrogations qu’elle porte appartiennent à tous les hommes. En ce sens, elle est un signe très fort de l’universalité de la condition humaine : elle a d’ailleurs constitué l’une des premières disciplines de l’histoire qui ait rassemblé des personnes de toutes conditions, faisant ainsi peu à peu progresser la conscience de la dignité de tout être humain. Pensez à l’école stoïcienne, dont les deux grandes figures, Epictète et Marc-Aurèle, sont un esclave affranchi et un empereur de Rome ! Il ne faut donc pas craindre que la philosophie ne s’abaisse : partout où elle est authentiquement vécue, c’est elle qui élève l’homme. C’est au contraire lorsque le dialogue rationnel devient impossible, comme nous l’observons aujourd’hui dans bien des débats d’actualité, qu’il faut se demander si nous sommes à la hauteur de notre propre humanité. »

Propos recueillis par Eugénie Bastié

.

Lien Permanent pour cet article : http://www.fxbellamy.fr/blog/2014/06/29/philo-saison-1/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>