Sauver l’école, pour tous !

Tribune publiée dans le Figaro daté du 7 juin 2016.

L’enseignement privé va bien : c’est ce qui ressort du dernier congrès de l’APEL (Association de parents d’élèves de l’enseignement libre), qui s’est conclu ce dimanche dans une ambiance d’optimisme quasi unanime. Tout semble réuni pour favoriser le secteur privé sous contrat, à commencer par l’effondrement de l’enseignement public. L’échec manifeste des dernières réformes scolaires constitue la principale clé de l’attractivité des établissements privés, qui ont la chance d’éviter les mesures que l’Etat impose à leurs voisins du public. Ils ont ainsi été à l’abri de la calamiteuse réforme des rythmes scolaires, et leur liberté de recrutement constitue dans bien des territoires un échappatoire au piège de la carte scolaire. L’apparente santé du privé est donc essentiellement la conséquence de la descente aux enfers que subit l’enseignement public.

Cette situation devient un scandale lorsque, non contents de bénéficier de cet état de fait, les dirigeants du privé encouragent les réformes qui minent l’enseignement public, pour trouver ensuite dans leur autonomie les moyens d’en amortir chez eux les effets dévastateurs… Les dernières évolutions imposées par le ministère (réforme du collège et réforme des programmes) ont eu, on le sait, peu de partisans enthousiastes. La quasi-totalité des syndicats enseignants comme beaucoup de parents d’élèves, de nombreux intellectuels de premier plan et le Conseil supérieur de l’éducation lui-même s’y sont opposés. Il aura fallu que ce soit l’enseignement dit « libre » qui donne de la voix pour soutenir le ministère, plutôt sur le mode de l’enthousiasme spontané que du soutien argumenté. L’APEL a dit « accueillir avec beaucoup d’espoir la volonté de la Ministre de réformer le collège » – et pour fonder tant d’espoir, s’est contentée d’un lien sur son site internet renvoyant à l’argumentaire du gouvernement. Pour une telle « liberté », que ne nous ôte-t-on tout à fait la peine de penser, aurait dit Tocqueville… Alors que la contestation montait, la présidente de l’APEL a décidé, en guise de concession aux parents mécontents, de créer, cela ne s’invente pas, des « comités de suivi » de la réforme du collège – est-ce pour « suivre les réformes » qu’une mobilisation historique a sauvé l’école libre en 1984 ?

Sur le terrain, si le privé suit toujours le ministère, il le suit pourtant de loin. À la rentrée prochaine, de nombreux établissements privés proposeront aux familles toutes les options que la réforme du collège a pu supprimer avec la bénédiction de l’APEL… L’incohérence n’est pas d’offrir le meilleur enseignement, mais de le garder pour soi après avoir encouragé sa destruction pour les autres. Les classes bilangues ? Le latin et le grec ? Proposés en option hors contrat, c’est à dire de façon payante, en plus des frais d’inscription. La baisse des dotations horaires attribuées par le ministère ? On trouvera toujours une solution pour la compenser sur fonds propres s’il le faut. Et naturellement, les nouveaux dispositifs pédagogiques, comme les fameux enseignements pratiques interdisciplinaires, seront adaptés pour se conformer à la vigilance des parents, soucieux de l’acquisition des savoirs fondamentaux par leurs enfants, et capables de les accompagner pour cela – y compris financièrement, en recourant au business en pleine croissance des cours supplémentaires… Les équipes pédagogiques de ces établissements ont bien raison de rivaliser d’inventivité pour continuer d’offrir le meilleur à leurs élèves. Bien sûr, ce ne sera pas possible partout : bien des établissements privés accueillent dans des secteurs paupérisés des jeunes de tous les milieux. Sans moyens conséquents, ils subiront le désastre comme les autres. Mais partout ailleurs, combien de collèges privés trouveront dans ces dernières réformes l’occasion de capter pour de bon toutes les familles un peu favorisées, prêtes à payer pour éviter à leur enfant un naufrage qui condamne définitivement les élèves du public – auxquels on retire tout ce qui pouvait constituer des occasions de survie scolaire ?

Si loin de l’aspiration des parents et du travail des professeurs, qui se battent avec raison pour garder un enseignement de qualité, les représentants du privé auront donc essentiellement contribué à noyer encore un peu plus les collèges publics, qui perdent là leurs derniers leviers d’attractivité. C’est un scandale pour tout citoyen ; ce devrait être aussi un scandale pour tout chrétien, car l’idéal de l’enseignement catholique est à l’évidence profondément dévoyé lorsqu’il multiplie les propositions commerciales pour faire un marché de tout l’héritage dont il a lui-même encouragé la déconstruction. Les élèves issus d’un enseignement public en ruines, à l’exception de quelques sanctuaires intouchables, semblent désormais définitivement empêchés de vaincre leur relégation scolaire, culturelle, sociale, à cause d’une réforme imposée au nom de « l’égalité » par des responsables politiques de gauche, avec le soutien de cet enseignement privé où beaucoup d’entre eux inscrivent d’ailleurs leurs enfants, parce qu’il consolide comme jamais son monopole en matière de reproduction des élites.

C’est de l’avenir de la société qu’il s’agit – et aussi de l’avenir de l’enseignement libre, car l’hypocrisie risque de devenir si intenable qu’elle conduira tôt ou tard à l’explosion d’un système si manifestement injuste. Le ministère doit tirer des leçons de la situation, non pas en tentant par la coercition d’empêcher le privé de sauver le latin ou de contourner les EPI, mais en rendant cette chance à tous les élèves. Il est encore temps de retirer ces réformes : l’enseignement public peut et doit être un lieu d’excellence, partout, au service de tous les élèves, et pour accompagner toutes les formes de réussite !

Il est urgent aussi que l’enseignement privé se ressaisisse : derrière l’autosatisfaction de façade, il y a le versant intérieur de ce scandale démocratique – l’incroyable monopole statutaire d’une association de parents qui, dans une fiction de démocratie, se protège de sa base derrière ses statuts, et prend position au nom des centaines de milliers de familles qui la font vivre sur le terrain sans même les avoir consultées… Puisque le renouvellement ne vient pas de l’intérieur, l’espoir vient des périphéries – par exemple de la fondation d’une nouvelle association de parents d’élèves authentiquement attachés au sens pédagogique de la transmission, ou du développement des écoles Espérance Banlieues qui, retrouvant l’inspiration et l’audace perdues par les administrations jumelles du public et du privé, remettent une liberté pédagogique authentique au service des plus déshérités.

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18 réponses
  1. Margot
    Margot dit :

    Bonjour,

    Je partage habituellement vos opinions sur l’état de notre système éducatif mais je suis un peu navrée de lire ces propos sur l’enseignement privé.

    Je doute que l’association des parents d’élèves de l’enseignement privé ait cette force d’ influence sur les décisions de notre gouvernement. Personne n’a d’ailleurs pu contrer l’enthousiasme entêté de notre ministère? Je précise par ailleurs que l’APEL représente exclusivement les parents d’élèves et non l’enseignement privé dans sa diversité d’acteurs.

    Il me semble opportun de rappeler que les établissements privés sous contrat embauchent des enseignants rémunérés et inspectés par l’éducation nationale qui ont donc le devoir d’appliquer cette réforme au même titre que leurs homologues du public, qu’ils l’approuvent ou non.
    N’oublions pas l’objet premier de cette réforme :la restriction budgétaire.Et les pressions subies chaque année pour justifier des effectifs d’élèves et avoir les dotations horaires suffisantes ne permettent pas de s’affranchir des règles, n’en déplaise aux colporteurs de fantasmes sur la pseudo-liberté de l’enseignement privé (il garde néanmoins une certaine marge de liberté quant au rythme scolaire des élèves).
    La réforme n’est donc pas contournée, elle appliquée et adaptée au caractère de chaque établissement, dans le public comme dans le privé. N’était-ce pas là le but? de pouvoir proposer un enseignement varié en fonction des différents profils d’établissement? Bien éloigné de cette utopie de collège unique, je vous l’accorde.

    Conformément à la réforme, j’enseignerai donc le latin dans mon établissement privé dans le cadre des EPI cette année, sans que mes élèves ne paient un quelconque supplément forfaitaire. N’allons pas alimenter cette idée que le latin serait réservé à une élite fortunée qui serait la seule à bénéficier de la culture. J’ajoute par ailleurs que le niveau général de mes élèves latinistes ainsi que leur origine sociale en surprendrait plus d’un (même dans le privé!).

    De plus, le succès du privé n’est pas le résultat de fins stratégiques mais n’est dû qu’aux choix malheureux engagés par notre ministère. Que d’inégalités dans ces écoles publiques où des enfants, d’une commune à l’autre, peuvent découvrir le jeu d’échec, l’origami, l’escalade ou les percussions quand d’autres sont parqués dans la cour de récréation en attendant que leurs parents, forcés de travailler jusqu’à la fin de la journée viennent les récupérer. Peut-être ces parents qui décident de payer une école privée à leurs enfants font-ils ce sacrifice parce que le salaire unique dans une famille ne permet pas de survivre? et qu’il est souvent impossible de récupérer ses enfants à l’école à 16h ? ou de payer une garde d’enfant périscolaire?

    Il me faut aussi contrer une idée reçue, le privé n’aura toujours qu’un succès limité puisque l’évolution de ses effectifs ne peut être que proportionnelle à ceux du public. Quant à la différence entre l’enseignement privé et l’enseignement public, elle ne tient pas qu’à l’application ou non d’une réforme mais elle découle d’un ensemble de facteurs. Et j’écarte de suite l’idée selon laquelle l’enseignement fonctionnerait si bien dans le privé parce que les élèves seraient issus de classes sociales aisées et instruites – lieu commun qui ne reflète pas la réalité du terrain. J’écarte également une autre fausse idée qui voudrait que l’enseignement soit de meilleure qualité dans le privé que dans le public. Les enseignants sont les mêmes d’un côté comme de l’autre! J’ai été formé aux côtés de mes collègues et amis du public avec qui je partage régulièrement les mêmes problématiques.

    Finalement, les enseignants du public comme du privé s’efforceront de transmettre et d’instruire, en dépit des réformes et des gouvernements successifs, en s’accommodant tant bien que mal des changements formels récurrents. Après 13 ans d’enseignement et n’ayant pas voulu croire mes aînés, je réalise aujourd’hui à quel point ils avaient raison quant à la vacuité du travail engagé par chacun, systématiquement remis en cause, défait et refait par les différentes réformes.

    Heureusement, mon amertume et ma désillusion n’altèrent pas mon enthousiasme et ma détermination au contact des élèves. Et cette année encore, j’enseignerai avec mes propres convictions dans le but unique de capter au mieux leur attention et de leur apporter ce qu’ils voudront bien recevoir.

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  2. Pierre-Henri
    Pierre-Henri dit :

    Vous êtes bien généreux, en attribuant un tel esprit stratégique, pour ne pas dire machiavélique, à l’APEL et au secrétariat général à l’enseignement catholique. Leur soutien à la réforme du collège, en réalité, a des motivations beaucoup plus simples : l’habitude, la routine intellectuelle. Ils pensent par slogans, par formules toutes faites, répétées jusqu’à l’étouffement depuis plus de 30 ans : mettre l’élève au centre, donner du sens, en finir avec les cours magistraux, laisser l’élève construire son propre savoir, citoyenneté, compétence, interdisciplinarité… j’en passe, vous les connaissez tous. Il suffit de dire les bons mots dans le bon ordre, et ils applaudissent. Que ces mots signifient quelque chose, nul ne s’en soucie.

    Le plus stupéfiant est que cette réforme est conçue, entre autres, par l’UNSA… un syndicat qui veut ouvertement la destruction de l’enseignement catholique. Les responsables de l’école libre participent donc à l’influence de gens qui veulent les anéantir. La magie du verbiage pédagogiste va jusque là. On se sent plus proche d’un ennemi mortel, pourvu qu’il manie le langage à la mode, que de ses propres professeurs — des professeurs relégués à l’état de simples exécutants, à qui on ne feint même plus de demander leur avis.

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  3. Anne-Sophie
    Anne-Sophie dit :

    Nous aurions tant aimé que des voix s’élèvent à la tête de l’enseignement privé pour apporter un peu de réflexions de fond sur cette réforme. Le décalage entre la tête et les acteurs de terrain que nous sommes, semble se creuser.
    Mais pourquoi se remettre en question ? Les effectifs augmentent ! On laisse aux établissements privés le soin de faire de leur mieux pour composer avec ces réformes et on utilise l’énergie de leurs professeurs pour trouver des solutions sur le terrain.
    De plus, les parents de l’APEL de nos écoles, plus centrés sur le quotidien de leur établissement, n’ont pas forcement pris le temps de réagir à ce qui se disait au sommet. Il faudra à l’avenir poser la question de l’adhésion à l’APEL, ou bien de fonctionner avec une association différente.
    Mais je vous rassure, si pour l’instant le privé semble tirer son épingle du jeu, cela ne va pas forcement durer ! Car la bonne volonté des professeurs ne va pas suffire à compenser cette baisse de niveau qui s’observe un peu plus chaque jour. Car nous devons, malgré tout, suivre un minium les programmes qui restent toujours aussi mauvais. De plus l’enseignement catholique ne nous pousse pas suffisamment à la réflexion pédagogique, nous nous contentons de suivre en bon petit soldat.
    Il semblerait que le seul sujet susceptible de faire réagir l’Enseignement Catholique, soit le développement des établissements hors contrat, qui ont le mérite de lancer une véritable réflexion de fond sur l’école.

    Au final, en tant qu’enseignante du privé, je trouve qu’à notre tête les acteurs sont bien tièdes et manquent d’une véritable vision assumée pour notre école. Quant à savoir quoi faire pour faire évoluer les choses… A mon niveau, je cherche toujours !

    Merci pour vos réflexions.

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  4. Philippe Gorre
    Philippe Gorre dit :

    Je pense comme vous que les enfants des milieux défavorisés seront les premières victimes d’une réforme prétendument faite en leur faveur Je ne crois pas en revanche à une intention machiavélique de l’enseignement catholique.
    Pascal Balmand, Secrétaire général de l’enseignement catholique a fait ce choix malheureux parce qu’il voit sincèrement dans la réforme du collège un moyen de « Réenchanter l’école », pour reprendre le titre de la campagne qu’il a lancée il y a quelque temps.
    L’Apel l’a soutenu sans consulter sa base, selon sa déplorable habitude. Il est clair à mes yeux que consultés les parents se seraient prononcés contre la réforme et qu’il leur revenait de le faire, en tant que « premiers éducateurs de leurs enfant » et en vertu du principe de subsidiarité.
    Ayant vécu en 1984, déjà en tant que délégué d’Enseignement et Liberté, la lutte contre le projet Savary, je pense que cette lutte aurait échouée si les parents n’avaient fait bloc autour de l’Apel. Il a fallu pour cela, et le problème est le même aujourd’hui, que la base force la main d’une direction timorée ou complaisante.

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  5. Gastal Philippe
    Gastal Philippe dit :

    Féfé

    Bonjour,
    Je suis principal d’un collège public. Je partage globalement votre crainte vis à vis de la fracture privé-public qui risque fort de s’accroître. Effectivement ce n’est ni très chrétien, ni très fair-play que de jouer la reforme vis à vis du ministère et de montrer aux parents qu’on peut s’en affranchir. Pour nombre de mes collègues, chefs d’établissement, ce double jeu n’est pas admissible.
    Par ailleurs, sur la réforme, à trop vouloir expliquer ou convaincre vous caricaturez un peu.
    Dans le collège où j’exerce, l’équipe pédagogique qui n’est pas très enthousiaste sur la réforme a pris le parti de sacrifier le moins possible sur les apprentissages fondamentaux, en ne donnant pas une importance exagérée aux EP. Ils sont nombreux à apprécier le fait de devoir plus travailler en petites équipes. Ils ont mis au point des projets interdisciplinaires qui ne sont pas des tartes à la crème, du type de ceux que vous présentez. C’est construit, cela reprend des chapitres des différents programmes, sans que ce soit chronophage, et cela peut représenter un réel intérêt pédagogique.
    Selon moi, une réforme qui ne verra pas le jour serait de faire de la 6eme et de la 5ème un cycle avec moins de matières et moins d’enseignants. On passe de 1 ou 2 instituteurs dans le primaire à dix dés le début du collège. Des apprentissages si morcelés ne permettent pas les remédiations nécessaires. De mon point de vue quatre enseignants polyvalents, travaillant en équipe pourraient accomplir un bien meilleur travail, et probablement bien plus gratifiant pour eux-mêmes. Il serait probablement nécessaire d’augmenter le temps de présence dans l’établissement scolaire, ce à quoi le ministère aimerait arriver un jour.
    En revanche je suis beaucoup plus circonspect sur l’efficacité de l’aide personnalisée en collège. Tous les professeurs peuvent y etre soumis en relation avec leur discipline. Je crains qu’une fois passé les éternels travaux sur la méthode et l’organisation on s’éloigne de l’aide vraiment PERSONNALISÉE.

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  6. helene
    helene dit :

    Ben le privé a tout à fait raison d’agir comme ça! Ils ont compris ce que NVB proposait la mort du système éducatif public, de l’éducation nationale, de ce qui fait la richesse de notre école. Puisque le public va mourir il faut bien qu’il y ait une éducation, une culture, des apprentissages dispensés par d’autres. Il faut bien que le privé résiste et accomplisse cette mission puisque le public ne pourra pas le faire et que eux ont cette liberté que nous n’avons pas! Il faut dire merci à cette ministre car c’est elle qui par ses actes proclame le succès du privé et l’échec du public.

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    • admin
      admin dit :

      Si le privé a raison de sauver l’éducation, la culture et les apprentissages qui sont retirés au public, pourquoi, alors, a-t-il soutenu cette réforme ? C’est cette incohérence qui est grave. Et pour ma part, je ne me réjouis pas des succès qui ne s’obtiendront que par le sacrifice des innocents, dont les dirigeants du privé se seront faits les complices, quand grâce à leur soutien à cette réforme les enseignants du public n’auront plus les moyens de transmettre l’essentiel.

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  7. helene
    helene dit :

    Ben le privé a tout à fait raison d’agir comme ça! Ils ont compris ce que NVB proposait la mort du système éducatif public, de l’éducation nationale, de ce qui fait la richesse de notre école. Puisque le public va mourir il faut bien qu’il y ait une éducation, une culture, des apprentissages dispensés par d’autres. Il faut bien que le privé résiste et accomplisse cette mission puisque le public ne pourra la faire et que eux ont cette liberté que nous n’avons pas! Il faut merci à cette ministre car c’est qui par ses actes proclament le succès du privé et l’échec du public.

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  8. Coco
    Coco dit :

    Quelle tristesse de voir une analyse aussi pauvre de la situation. Il y a une vraie méconnaissance de comment les choses se sont passées. Vous oubliez de citer que la PEEP et la FCPE ont voté pour la réforme du collège. Il a été demandé à toutes ces associations de se prononcer sur le sujet avant même que la réforme ait été finalisée.Tout s’est passé très vite et ils n’avaient sûrement pas le temps de consulter la base. Je vous accorde que la communication à ce sujet a été très mal faite… L’Apel a reconnu que certains points de cette réforme se pratiquaient déjà dans les établissements catholiques. Ils ont affirmé leur désaccord sur le retrait des classes bilangues, du latin et du grec. Ils ont été obligés de voter avant de connaitre en détail ce qu’il y aurait dans les nouveaux programmes Le collège est en piteux état. Il faut faire quelque chose.

    L’enseignement catholique n’a pas besoin de mettre par terre le public pour récupérer des élèves. D’abord, il n’a pas les moyens de tous les prendre (problème de place). Ensuite, cela fait des années que le public va tellement mal que les parents se dirigent vers le privé, sans convictions religieuses d’ailleurs. Arrêtons d’accuser l’Apel de tous les maux et regardez plutôt d’où vient le malaise dans le public. Interpellez la Peep et la Fcpe. Les associations de parents ont voté pour le changement. Il n’est pas au top, je vous l’accorde.
    L’Apel a plusieurs fois négocié avec le ministère pour essayer de garder les classes bilangues, le latin et le grec. D’après les chefs d’établissement, leur autonomie aurait été réduite avec cette réforme. Entre continuer comme avant ou chercher à évoluer, que vaut-il mieux ?

    D’habtude, j’apprécie vos écrits, mais là, il y a trop de parti pris. Menez votre enquête pour rétablir la vérité.

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    • admin
      admin dit :

      Mais je vous rassure, l’enquête n’est pas difficile à mener…

      Sur les associations de parents d’élèves du public, ce que vous dites est simplement faux : la PEEP s’est prononcée immédiatement contre la réforme. Quant à la FCPE, qui est quasiment dans l’orbite du Parti socialiste, même elle a fini par voter une motion défavorable à la réforme du collège. Il est vrai que ses congrès sont des exercices plus démocratiques que celui de l’APEL, association dont le monopole en matière de représentation des parents est rendu plus problématique encore par l’absence totale de dialogue et de concertation en son sein. Plusieurs associations de parents d’élèves, dont la PEEP, avaient d’ailleurs trouvé le temps de consulter les familles avant de se prononcer.

      L’APEL aurait manqué de temps et n’avait pas eu les textes, si je vous lis bien. Mais alors c’est encore plus coupable… Personne, surtout quand il représente près d’un million de familles, n’est obligé de se prononcer sur une réforme sans la connaître et sans avoir travaillé. C’est pourtant, semble-t-il, ce qui s’est effectivement passé.

      Que le public aille mal, c’est un fait (ce n’est pas toujours beaucoup plus réjouissant dans le privé, d’ailleurs). L’APEL n’y est pour rien, je vous l’accorde. Elle se rend cependant complice de cet effondrement quand elle en encourage aussi manifestement les causes. Il ne sert à rien de se rattraper APRÈS COUP en s’opposant à la suppression des classes bilangues, c’est trop facile de tenter trop tard de prouver son indépendance d’esprit en s’élevant contre une répartition si manifestement inégalitaire desdites classes bilangues sauvegardées qu’elle fait passer la société aristocratique d’ancien régime pour un kolkhoze soviétique.

      Qu’il faille changer quelque chose au collège, c’est une certitude aussi. Mais quand on est au bord du précipice, le principe n’est pas de courir pour courir : pour s’en sortir, il vaut mieux courir dans la bonne direction. En l’occurrence, le vrai changement serait peut-être de commencer à réfléchir avant de réformer, d’échanger avec ceux qui travaillent sur le terrain, et de rompre enfin avec l’appauvrissement de l’enseignement et la multiplication des usines à gaz qui détruisent notre école depuis quarante ans maintenant. Mais cela, bien que presque tout le monde l’ait compris, c’était peut être trop difficile pour les vrais conservateurs enfermés dans leur logique qui dirigent le ministère… et, apparemment, l’APEL. Quelle tristesse, je vous l’accorde.

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  9. antoniutti
    antoniutti dit :

    L’image donnée ici de l’enseignement privé est tristement caricatural.
    J’enseigne dans un collège et un lycée privé, où toutes les classes sociales sont représentées au sein des élèves. L’Apel n’hésite jamais à financer entièrement la scolarité d’élèves aux revenus trop modestes, voyages scolaires compris, en toute discrétion.
    Nous avons été nombreux, parents et enseignants, et équipe de direction à faire grève et manifester contre cette réforme absurde qui nivelle par le bas, au nom de tous les élèves, ceux du public comme ceux du privé. Le privé est toujours prêt à tendre la main au public, qui lui ferme souvent la porte. Un enseignant du privé ne peut, par exemple , se syndiquer dans un syndicat du public.
    Quand la France aura fini de raisonner en termes parti, corporation, mon petit groupe et pas les autres, quand on sera tous solidaires, on pourra avancer. Les profs du public regrette le prof-bashing, mais certains se livrent à du prof-du-privé bashing. Nous sommes tous profs, et nous travaillions tous très dur. Nous avons tous des élèves à problèmes, des élèves en colère, violents, inadaptés au système scolaire, en retard, parlant une langue étrangère, en souffrance, abandonnés, précoces, avec des besoins spécifiques, handicapés, dyslexiques et tout le reste, dans des familles perdues, mal informées, recomposées, alcooliques, absentes, superficielles, mal élevées, injustes, ingrates…
    Blâmer le privé pour les problèmes du public n’a pas de sens.
    Travailler ensemble pour trouver des solutions à nos problèmes en aurait plus.
    Mais peut-on lutter contre la nature humaine?
    J’en doute.

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    • admin
      admin dit :

      Je suis entièrement d’accord avec vous, et je suis désolé si je me suis mal fait comprendre. Comme je l’ai écrit, les enseignants du privé – comme ceux du public – veulent le bien de leurs élèves, et puisque leurs établissements ont la chance d’avoir un peu de souplesse, ils ont bien raison « d’employer des trésors d’inventivité » pour « offrir le meilleur enseignement possible » à leurs élèves. J’ai également écrit que beaucoup d’établissements privés accueillent des publics très variés.

      Ce que je déplore profondément, ce sont les décisions des dirigeants de l’enseignement catholique et de l’APEL, qui ont soutenu et ainsi facilité cette « réforme absurde », pour reprendre vos mots, contre laquelle pourtant nous nous avions été si nombreux à nous élever ensemble.

      En soutenant cette réforme, c’est d’abord l’enseignement public qu’ils vont ainsi fragiliser ; et reconnaissons que, dans beaucoup d’endroits, cela ne pourra qu’accélérer la fuite des familles favorisées vers le privé sous contrat. Malgré toute la bonne volonté des enseignants de ces établissements, qui n’ont jamais été consultés par leurs supposés représentants, le risque est donc immense de voir s’accroître encore le sentiment d’une éducation à deux vitesses, sentiment qui ne peut que rallumer à terme une absurde et destructrice guerre scolaire.

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  10. Bodi
    Bodi dit :

    Tout à fait d’accord avec vous. La position de l’APEL est absolument incompréhensible. Nous avons ainsi la preuve que les syndicats et fédérations (et les partis politiques ?) ne représentent que l’idéologie de leurs dirigeants et non de leurs adhérents. Comment ne pas constater la perte de confiance de tous les citoyens de quelque bord qu’ils soient en leurs représentants ?

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  11. Antoine
    Antoine dit :

    Il est possible que l’APEL n’ait pas eu le choix de suivre le ministère. D’après la loi Debré de 1959, les écoles catholiques sous contrat ont l’autorisation de pratiquer la religion mais doivent suivre les mêmes programmes que les écoles publiques. Ce qui est étonnant, en effet, c’est le zèle donné par les représentants de l’APEL pour suivre le ministère de l’Education nationale alors que tous les autres syndicats s’opposent à la réforme. On peut se demander qui a la volonté de sauver l’Ecole.

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  12. Remito
    Remito dit :

    Après cette trahison ou du moins cette compromission, la direction de l’APEL a pourtant été renouvelée dans son mandat. La solution est-elle de ne plus adhérer à cette association censée représenter les parents d’élèves ?!
    Pour ma part je ne vois pas comment je peux continuer à soutenir et à adhérer à cette association.

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