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Reniements sur le nucléaire : qui peut croire un seul instant que c’est la cause du climat qui progresse ?

Tribune co-signée par Bernard Accoyer, ancien président de l’Assemblée nationale, initialement parue dans le Journal du Dimanche.

En France comme en Europe se multiplient les décisions qui condamnent à moyen terme la source de plus de 70% de notre alimentation électrique.

Français si vous saviez… En ce début d’année 2021, des choix décisifs se jouent, à Bruxelles comme à Paris, qui engagent tout l’avenir de notre approvisionnement énergétique – sans susciter le moindre débat, au milieu du fracas des polémiques liées à la crise sanitaire actuelle. Si celle-ci doit nous enseigner une leçon essentielle, c’est bien l’impératif de garantir sur le long terme notre autonomie dans des secteurs stratégiques, condition de notre résilience face aux crises de demain. Mais nos dirigeants l’ont-ils compris ? Il y a quelques jours, France Stratégie, agence liée à Matignon, indiquait que les choix énergétiques actuels conduiraient à des « pénuries d’électricité permanentes » dès 2030. En France comme en Europe, se multiplient en effet les décisions qui, à contresens de l’histoire, condamnent à moyen terme la source de plus de 70% de notre alimentation électrique, l’industrie nucléaire. En sacrifiant notre indépendance énergétique, nos dirigeants sont d’autant plus coupables que, à travers ce choix irréfléchi, ils oublient ce que notre impuissance actuelle sur le front sanitaire aurait dû au moins leur apprendre…

Avec l’énergie nucléaire, nous héritons pourtant d’un atout majeur : le parc de centrales existant produit une électricité pilotable, dont le coût faible constitue un rare élément de compétitivité pour notre industrie, et alimente les ménages sans peser sur leur pouvoir d’achat – autant de critères qui devraient être déterminants à la veille d’une crise économique majeure. C’est aussi un atout crucial pour relever le défi climatique, comparativement à des énergies renouvelables qui restent actuellement intermittentes, et ne peuvent être déployées sans le complément de centrales à gaz, ou à charbon. Le GIEC lui-même, référence en la matière, affirme qu’il n’y a aucun scénario pour limiter le réchauffement sans recours à l’énergie nucléaire ; et, des démocrates américains jusqu’à une partie des écologistes allemands, cette prise de conscience n’a cessé de progresser.

Que se passera-t-il quand nos voisins, eux aussi engagés dans des transitions absurdes, ne pourront plus nous fournir ?

Tout cela, le Président de la République l’a reconnu dans son discours du 8 décembre dernier, lors de sa visite à l’usine Framatome du Creusot. Mais, comme souvent dans le « en même temps » macronien, il n’y a que bien peu de rapport entre les mots et les actes… Avec la fermeture de Fessenheim, Emmanuel Macron restera le premier président à avoir condamné une centrale que l’Autorité de Sûreté Nucléaire considérait comme apte à fonctionner, et « l’une des plus sûres de France ». Après s’être félicitée de cet arrêt, la ministre de l’écologie (car nous n’avons plus de ministre chargé de l’énergie, symptôme de ce vide stratégique) prévenait sur un plateau de télévision que des coupures d’électricité pourraient désormais survenir ; et de fait, RTE a formellement demandé aux Français, en cette période de froid hivernal, de réduire leur consommation pour éviter une surcharge… Entre-temps, nous avions pourtant remis en fonctionnement quatre de nos vieilles centrales à charbon – charbon qui, rappelons-le, doit être importé, tout comme l’électricité que nous achetons désormais à l’Allemagne, quand nous l’exportions jusque-là. Que se passera-t-il quand nos voisins, eux aussi engagés dans des transitions absurdes, ne pourront plus nous fournir ? L’Allemagne perdra encore 15% de sa production énergétique dans les deux prochaines années ; nous entrerons alors en terre inconnue… Dépendance énergétique, perte de résilience, inflation des coûts, retour au charbon : le naufrage est total. Un tel suicide n’a qu’une seule raison : Emmanuel Macron a choisi de persévérer dans la voie tracée par François Hollande, qui avait sacrifié Fessenheim par pur calcul politicien, marchandant le soutien des verts au prix de cette aberration. Le président a beau railler les Amish, il poursuit une politique qui, pour sauver la gauche plurielle, condamnait toute la France au déclassement inévitable que ne peut manquer d’entraîner cette idéologie aveugle.

C’est cette même idéologie qui conduit au scandale scientifique majeur de la taxonomie européenne sur la finance verte : chargé de répertorier les énergies durables, ce règlement, supposément orienté par une évaluation neutre fondée sur le critère essentiel des émissions de carbone, réussit la performance improbable d’exclure le nucléaire, et d’inclure… le gaz. Loin d’être une évaluation sans incidence, ce texte conditionnera les investissements publics et privés pour de nombreuses années : la France laisse donc, sans réagir, condamner son principal outil énergétique. Il faut dire qu’Emmanuel Macron a signé sans sourciller les conclusions du dernier Conseil européen, qui déjà citaient le gaz pour seul exemple d’énergie verte. Avec une remarquable cohérence, les députés LREM du Parlement européen, comme ceux du RN, ont voté pour que le Fonds européen de transition écologique puisse financer de nouveaux projets gaziers… tout en excluant, une fois de plus, le nucléaire. Le discours de Framatome n’était décidément qu’une fiction.

Avec de tels reniements, qui peut croire un instant que c’est la cause du climat qui progresse ? La disqualification de l’énergie nucléaire est le résultat du lobbying intense d’intérêts très déterminés, et de concurrents de la France qui rêvent de lui retirer sa dernière carte maîtresse. Derrière les belles publicités pour les énergies renouvelables, il y a les fournisseurs de gaz qui se rendent indispensables pour pallier leur intermittence – et tant pis pour le carbone qu’ils émettront, s’ils y trouvent leur profit… Il y a nos dépendances accrues à l’égard de ses producteurs, la Russie au premier rang, et des exportateurs de terres rares, nouveau terrain d’assujettissement à la Chine. Il y a l’impact dévastateur de l’éolien et du solaire, désormais bien mesuré, sur la santé, l’environnement, la biodiversité. Il y a des paysages vandalisés et des filières sacrifiées, comme la pêche, victime de l’effondrement des espèces marines constatée partout où l’éolien en mer a été développé – on frémit en imaginant que notre gouvernement compte multiplier par dix nos installations actuelles en la matière. Et tout cela pour quoi, en fait ?

La disqualification de l’énergie nucléaire est le résultat du lobbying intense d’intérêts très déterminés, et de concurrents de la France qui rêvent de lui retirer sa dernière carte maîtresse.

Il faudra encore bien des Fessenheim pour qu’Emmanuel Macron tienne sa promesse absurde de faire baisser à 50% la part du nucléaire dans le mix énergétique français. Rarement dans l’histoire, on aura vu des dirigeants organiser avec autant de constance l’affaiblissement de leur propre pays. Il n’est pourtant pas trop tard : si le président ne prend pas au sérieux les mots de son propre discours, il est urgent que toutes les forces vives de la France se mobilisent à sa place, pour gagner en particulier la bataille cruciale de la taxonomie verte en Europe. Nous le devons à notre avenir, et à l’équilibre à retrouver pour le monde de demain.

Crédit photo : A.Morin/A.Soubigou/EDF

En métropole ou au milieu du Pacifique

Dimanche aura lieu un événement dont l’importance est trop souvent passée sous silence : la Nouvelle-Calédonie votera pour décider de son avenir. Notre passé, lui, nous relie de manière indissoluble : nous avons vécu ensemble bien des jours heureux et bien des épreuves, et je ne doute pas que nous ayons encore plus de pages à écrire de cette grande histoire commune. Nos aînés ont travaillé côte à côte, ont mené les mêmes combats, ont pour beaucoup donné leur vie au nom d’une seule et même patrie. La Nouvelle-Calédonie n’est pas un territoire lointain que les hasards de l’histoire auraient associé à la France, elle n’est pas dominée par la France, ni même protégée par elle : elle est la France. Et c’est ensemble que nous pourrons faire face à tous les défis qui nous attendent, résister avec le même esprit de liberté aux menaces qui, en métropole ou au milieu du Pacifique, entourent notre pays ; c’est ensemble que nous pourrons retrouver, avec le sens de ce qui nous unit, la confiance et l’espérance dont la France peut partout dans le monde rayonner de nouveau demain.

Cette unité n’exige pas que soient méprisées l’histoire et la singularité des territoires qui font la France, bien au contraire : la Nouvelle-Calédonie doit être assurée du respect de la nation pour cette terre unique au monde et pour tous ceux qui l’habitent, pour ceux qui nous ont précédés, pour les coutumes qu’ils ont léguées et qui sont l’âme de l’archipel. Dans une région où la Chine montre chaque jour plus clairement qu’elle rêve d’écraser toute singularité qui oserait lui résister, la France doit retrouver son unité, non par l’oppression et l’uniformisation, mais par l’adhésion et la liberté.

Ce dimanche 4 octobre, amis Calédoniens, allez voter pour témoigner de notre immense espoir commun !

Explication de vote (état de droit en Pologne)

Depuis quelques heures circule sur les réseaux sociaux une analyse absurde du vote de notre délégation française sur un rapport concernant l’état de droit en Pologne. Des captures d’écran faussées ont même été diffusées, pour faire croire que j’aurais voté en faveur de certains amendements pourtant totalement opposés aux idées que j’ai toujours défendues… Pour dissiper tout malentendu, je publie ci-dessous mon explication de vote sur ce rapport.

Au-delà de ce document formel accompagnant le scrutin, je voudrais seulement ajouter deux réflexions plus personnelles.

  1. Qu’on soit ou non d’accord avec moi, chacun peut reconnaître que je n’ai jamais varié dans les convictions que je défends, et qu’il a fallu parfois bien du courage pour tenir sur le terrain politique ou médiatique une ligne souvent durement combattue. Il me semble bien léger de me reprocher de manquer de courage à la première occasion venue (surtout quand on publie sous pseudonyme…). Poser des questions est bien normal, et nous avons le devoir de rendre compte ; mais une incompréhension, ou même un désaccord, ne devrait autoriser personne à passer tout de suite à l’accusation et à l’insulte.
  2. La session plénière qui vient de s’achever a donné lieu à plus de trois cents votes. Il est possible aussi à ceux qui twittent de ne pas s’exprimer que sur le seul vote qu’ils ne comprennent pas, et de dire de temps en temps s’ils ont un peu de temps pour cela leur accord avec les lignes de vote solides et courageuses que notre délégation prépare avec soin et tient avec rigueur. Nous continuerons de travailler avec autant d’exigence et d’énergie, même si je sais par avance, et je souris en l’écrivant, qu’il ne faut décidément s’attendre qu’à peu de confiance et de reconnaissance pour certains commentateurs qui se contenteront toujours de critiquer… Il faudra bien faire sans eux, et réussir j’espère à faire avancer malgré eux les idées qu’ils disent défendre.

Voici donc mon explication de vote sur le rapport concerné.

 

« Ce rapport concerne la proposition de décision du Conseil relative à la constatation d’un risque de violation de l’état de droit par la Pologne. Il s’agit d’un rapport intermédiaire qui n’a aucune incidence législative et n’implique aucune sanction.

Ce long texte soulève certains points de préoccupation très légitimes : le dernier scrutin présidentiel a été en particulier l’objet de tensions très vives, le gouvernement polonais ayant initialement décidé de le maintenir alors que la crise du coronavirus avait empêché la campagne de se dérouler normalement. Il a fallu l’intervention de tous les anciens présidents polonais, parmi lesquels Lech Walesa, figure de la lutte anti-communiste, pour qu’un report soit obtenu. L’OSCE, dont la Pologne est membre, a relevé de nombreux biais dans le déroulement du processus électoral.

A titre personnel, j’ai vivement dénoncé le gouvernement maltais (socialiste) ou le Président tchèque (libéral) pour des manquements graves aux principes démocratiques : ces principes sont au coeur de l’héritage de la civilisation européenne, et doivent être garantis de manière inconditionnelle. L’honnêteté intellectuelle impose de montrer la même exigence en toute situation quand ils sont en jeu.

J’ai en revanche voté contre de très nombreux passages de ce rapport, qui portent des accusations politiques totalement infondées ou illégitimes concernant des choix qui relèvent pleinement de la souveraineté de la Pologne. Comme je l’ai déjà exprimé au cours des derniers mois, à propos de la Pologne comme de la Hongrie, le Parlement européen viole lui-même l’état de droit lorsqu’il prétend imposer à certains pays une politique migratoire, sociale, ou familiale, qui ne relèvent que des compétences des Etats. J’ai voté contre toutes les résolutions passées qui allaient en ce sens, et contre tous les passages de ce rapport qui commettaient la même faute. Cela ne disqualifie pas pour autant les questions légitimes qui constituaient l’objet de ce texte. »

 

Débat chez « Zemmour et Naulleau » avec la secrétaire d’État aux affaires européennes

François-Xavier Bellamy était l’invité d’Anaïs Bouton sur Paris Première dans l’émission Z&N le 3 juin 2020, avec Eric Zemmour et Eric Naulleau. Il débattait notamment avec Amélie de Montchalin, secrétaire d’État aux Affaires européennes. Extraits.

François-Xavier Bellamy chez Zemmour et Naulleau – Extrait n°1

« Il faut dire la vérité aux Français : pendant qu’Emmanuel Macron parle de souveraineté, il veut créer une dette commune européenne, qui n’est qu’une manière de transférer notre responsabilité budgétaire. »

#ZENPP • Débat entre François-Xavier Bellamy et Amélie de Montchalin chez Zemmour et Naulleau (1)

Il faut dire la vérité aux Français : pendant qu'Emmanuel Macron parle de souveraineté, il veut créer une dette commune européenne, qui n'est qu'une manière de transférer notre responsabilité budgétaire.

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Jeudi 4 juin 2020

François-Xavier Bellamy chez Zemmour et Naulleau – Extrait n°2

« Si l’Union européenne ne change pas son rapport à la mondialisation, si nous continuons d’imposer à nos entreprises une concurrence déloyale permanente, alors cette nouvelle dette que vous faites peser sur les générations futures ne servira qu’à aider la relance chinoise. »

#ZENPP • Débat entre François-Xavier Bellamy et Amélie de Montchalin chez Zemmour et Naulleau (2)

Si l'Union européenne ne change pas son rapport à la mondialisation, si nous continuons d'imposer à nos entreprises une concurrence déloyale permanente, alors cette nouvelle dette que vous faites peser sur les générations futures ne servira qu'à aider la relance chinoise. #ZENPP

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Jeudi 4 juin 2020

François-Xavier Bellamy chez Zemmour et Naulleau – Extrait n°3

« Il y a de quoi être révolté par ce double discours permanent : derrière les belles postures d’aujourd’hui, vous créez les grands problèmes de demain, y compris pour l’Europe que vous dites défendre. »

#ZENPP • Débat entre François-Xavier Bellamy et Amélie de Montchalin chez Zemmour et Naulleau (3)

Il y a de quoi être révolté par ce double discours permanent : derrière les belles postures d'aujourd'hui, vous créez les grands problèmes de demain, y compris pour l'Europe que vous dites défendre. #ZENPP

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Jeudi 4 juin 2020