«

Fév 16

Imprimer ce Article

Emmanuel Macron, ou la passion de la postvérité

Tribune parue dans Le Figaro du 17 février 2017.

Nos démocraties occidentales traversent une crise profonde, qui est d’abord une crise de confiance dans ce qui constitue leur outil essentiel, le langage. Le relativisme omniprésent nous ayant conduit à l’ère de la « post-vérité », la parole publique ne semble plus renvoyer à rien, et dénuée de toute consistance elle perd sa signification. Dans la campagne que nous vivons pour l’élection présidentielle – campagne qui témoigne de la difficulté que nous avons à parler ensemble du fond des problèmes que notre société rencontre, Emmanuel Macron semble assumer et incarner cette inconsistance du langage.

Il y a quelques jours en Algérie, Emmanuel Macron déclarait que la colonisation avait été un « crime contre l’humanité. » Soit un plan concerté pour exterminer par tous les moyens les populations vivant sur les territoires colonisés… Tout cela n’a aucun sens. Que l’histoire de la colonisation ait été marquée par des crimes, nul ne peut en douter. Mais qu’il faille mettre le projet colonisateur sur le même plan que la Shoah, qu’on puisse assimiler Jules Ferry à Hitler ou Lyautey à Eichmann, voilà qui constitue une double et inacceptable insulte. Insulte à tous ceux qui – Juifs d’Europe, Arméniens d’Anatolie, chrétiens en URSS, Tutsis au Rwanda… – sont morts broyés par la haine, par une folie destructrice qui ne poursuivait aucun autre but que leur seule extermination : comment mépriser ce que leur souffrance eut d’unique, unique au point que pour la décrire le droit international a formé cette expression de crime contre l’humanité, qu’on ne devrait employer qu’avec soin quand il nous faut dire le passé ?

Comment mépriser en même temps, dans la facilité confortable du regard rétrospectif, les générations de Français qui, dans la confusion des intérêts nationaux et des illusions historiques, ont pour beaucoup cru aux bienfaits de la colonisation ? Bien sûr, nous savons aujourd’hui toutes les erreurs commises, toutes les blessures causées, et la violence coupable à laquelle une telle entreprise ne pouvait manquer de conduire. Mais nous pouvons reconnaître les égarements de ceux qui nous ont précédé sans pour autant les insulter. La colonisation n’était pas un projet de destruction, elle portait dans son principe la volonté de cultiver qui lui a donné son nom – en fait, le grand paradoxe, c’est qu’elle constitue plutôt l’une de ces tragédies auxquelles a conduit cette foi aveugle dans le progrès dont le même Emmanuel Macron se revendique aujourd’hui… Pour cette raison d’ailleurs, c’est la gauche progressiste qui avait largement épousé l’idéologie coloniale. Nous pouvons aujourd’hui dire les conséquences tragiques de cette erreur historique, sans insulter ceux qui y crurent. Ceux qui ont laissé leurs noms sur nos monuments aux morts n’ont pas donné leur vie dans un crime contre l’humanité, et il est révoltant de voir aujourd’hui un candidat qui prétend présider notre République venir cracher sur leurs tombes par opportunisme électoral.

Car c’est bien là le fond du problème. Lorsque la parole ne renvoie plus au réel, lorsqu’on dit tout et son contraire, quand la vérité ne compte plus, c’est que seule importe l’efficacité – en termes de calcul politique, de voix rapportées, de cibles touchées. La démocratie se dissout dans le marketing, et ainsi on détruit un peuple aussi sûrement que par la censure. C’est là la faute grave dont Emmanuel Macron est en train de se rendre coupable. Car qui ne voit la ficelle grossière dans cette surenchère mémorielle délirante ? La cible, en l’occurrence, ce sont des millions de binationaux, héritiers de cette histoire douloureuse. Mais si la cible est touchée, la victime sera la France.

Connaissant, pour y avoir enseigné, certains quartiers qui s’embrasent aujourd’hui, comme tous ceux qui ont vécu ou travaillé en banlieue, je mesure l’ampleur de la tragédie que la parole d’Emmanuel Macron contribue à entretenir. Des générations de jeunes Français, nés en France et qui vont y construire leur vie, sont entretenus par nos dirigeants dans la haine de leur propre pays… Qui ne voit combien sont graves ces mots absurdes, irresponsables ? « Crime contre l’humanité » : l’erreur historique est aussi une faute morale, car ces mots deviennent le ferment de la violence, de la vengeance et de la division.

Ce petit calcul politique est d’autant plus médiocre et dangereux que, hélas, il dure depuis trop longtemps déjà… Comme beaucoup de Français et de jeunes en particulier, j’avais regardé avec intérêt le renouvellement qu’Emmanuel Macron semblait apporter à notre classe politique. Quelle désillusion aujourd’hui ! Cette stratégie électorale recycle la schizophrénie des élites qui depuis quarante ans tentent de sauver leur lien avec les jeunes issus de l’immigration, à coup d’histoire biaisée et de tribunes dans Libé, en leur expliquant qu’ils sont les victimes de leur propre pays – leur interdisant ainsi de s’y reconnaître et de s’y intégrer… Ce petit calcul irresponsable est précisément ce qui nous bouche le chemin d’un avenir commun, et ce qui provoque aujourd’hui la poussée de violence qui traverse nos banlieues, dans la coupable complaisance de dirigeants installés dans l’échec du mensonge victimaire. Quand il affirme qu’il n’y a pas de culture française, quand il insulte à l’étranger le pays qu’il prétend diriger, Emmanuel Macron montre qu’il n’est que la nouvelle voix de la vieille haine de soi qui a conduit la France au bord d’une division irréversible. Mais nous refuserons de le suivre en marche forcée vers le vide. Le mensonge est trop vieux.

Le véritable renouveau consiste à reconquérir les mots, et à leur redonner leur sens. Si Emmanuel Macron a travaillé avec Paul Ricœur pour son dernier grand ouvrage, La mémoire, l’histoire, l’oubli, il devrait se souvenir de l’avertissement qu’il y lançait : « l’histoire manipulée » est toujours dangereuse pour l’avenir, car « la projection du futur est solidaire du regard sur les temps passés. » Il n’y a pas de vrai progrès sans passion de la vérité ; on ne peut se dire philosophe et choisir d’incarner la dangereuse vacuité du langage pour les calculs sophistiques de l’ère de la postvérité.

.

Lien Permanent pour cet article : http://www.fxbellamy.fr/blog/2017/02/16/emmanuel-macron-ou-la-passion-de-la-postverite/

(34 commentaires)

Passer au formulaire de commentaire

  1. Arnaud Dernoncourt

    Merci cher François-Xavier, pour ces mots si justes !

    A bientôt,

  2. DUBOIS

    Bien dit! A trop parler , on s’égare. Mais là Macron a commis une grave erreur.

  3. Bough

    Un crime contre l’humanité n’est pas un génocide. Vous faites un grave amalgame. Macron ne reproche pas à la France d’avoir eu des velléités genocidaires, mais seulement d’avoir pu commettre à l’occasion de la nécessairement colonisation, des crimes contre l’humanité (torture, segregation, etc.). C’est très différent. https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Crime_contre_l'humanité

    1. admin

      Merci pour votre commentaire. Réponse ci-dessous…

  4. Jerome

    Le probleme c’est que vous confondez deux notions differentes: Crime contre l’humanite et genocide. Vous appliquez a l’un la definition de l’autre. Du coup c’est votre discours qui n’a plus de sens.

    1. admin

      Merci pour votre commentaire. Réponse ci-dessous…

  5. Olivier du Chéné

    Bellamy président!

  6. LaurentG

    Quelle surprise de lire un quelque chose d’aussi exagéré de votre part ! C’est vous qui limitez le crime contre l’humanité aux plus grandes exactions de l’histoire récente. Alors que sa définition inclue également le viol, la torture, la déportation.
    Et ce n’est pas les intentions initiales dernière la colonisation qui est attaquée par cette expression. C’est les fruits malheureux de la guerre. Et là, il n’y a pas d’exagération.

    1. admin

      Merci pour votre commentaire. Réponse ci-dessous…

  7. Camus Didier

    Merci pour cette excellente et puissante analyse.

  8. Swann

    Crime contre l’humanité : « violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux d’un individu ou d’un groupe d’individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ».
    Quand on s’approprie par la force des territoires peuplés et qu’on y impose une culture, un mode de vie, une religion, on viol les droits fondamentaux de ses occupants.

    S’offusquer de l’emploi de ce terme, qui est plus qu’approprié, quand on voit les méfaits de la colonisation (colonisation = moment où l’on conquiert, par la force on est d’accord)… C’est vraiment être à coté de la plaque.

    1. admin

      Merci pour votre commentaire. Réponse ci-dessous…

  9. Ambroise

    Voilà enfin une analyse claire, qui va au fond des sujets.
    Plus de Philosophes et moins d’éditorialistes serait une solution…

    bravo pour la concision de votre article , j’en ai posté quelques fulgurances sur twitter !

  10. Martine

    Merci ! Comme cela fait du bien d’entendre ces paroles pleines de sens et de vérité !
    Oui il nous faut reconquérir la force des mots , base de la confiance entre nous tous .
    C’est de la plus grande urgence.

  11. Paule

    Il aurait été utile aussi de mentionner que juste après, E. Macron a dit exactement la même chose que vous :

    « Il faut sortir de la culture de la culpabilisation sur laquelle on ne construit rien ».

    Et il avait auparavant mentionné que les intentions coloniales étaient complexes et souvent humanistes, aussi.

    Voilà. Rien que de très proche de vos propres affirmations, et du souhait de ne plus utiliser la colonisation comme prétexte au refus de l’appartenance à la France, et dans les pays concernés comme parapluie de gouvernements dictatoriaux pour refuser toute critique vis à vis de leurs propres violations des droits de leurs populations.

    Mais bon si vous aussi vous extrayez une phrase pour en faire la critique qui vous arrange…

    1. admin

      Pour tout vous dire, ce qu’il a pu dire sur le sujet par ailleurs est d’autant plus accablant. Comment oser évoquer un crime contre l’humanité et dire en même temps qu’on veut sortir de la culture de la culpabilisation ?? Comment se permettre de mentionner les « intentions humanistes » d’un crime contre l’humanité ? Une telle inconsistance, dans l’usage de termes aussi forts, est proprement scandaleuse, et j’ai du mal à comprendre comment on peut la justifier…

      Fxb

  12. admin

    Merci pour vos commentaires. Plusieurs indiquent que j’aurais confondu crime contre l’humanité et génocide ; ce n’est pas le cas. Dans tous les cas reconnus comme tels par les tribunaux pénaux internationaux, le crime contre l’humanité porte en lui-même l’intention, pour reprendre le terme employé par Laurent G., d’une destruction érigée en seul objectif. C’est exactement ce que j’ai écrit. Sans minorer en rien leur importance, il faut reconnaître de ce point de vue que tout meurtre, tout viol, et même tout crime de guerre, n’est pas un crime contre l’humanité au sens propre du terme ; dire cela encore une fois ne signifie en rien que l’on minimise l’horreur. Mais employer le terme de crime contre l’humanité a simplement un sens précis, qu’il faut respecter, ce que M. Macron n’a pas fait. C’est bien de son côté que se trouve l’exagération…

    Et cette exagération est coupable, je le maintiens : car la différence entre crimes de guerre et crimes contre l’humanité est précisément celle qui différencie les horreurs très réelles commises à l’occasion de l’entreprise coloniale, des crimes nazis par exemple. Les Français en Algérie ont tué et torturé, c’est un fait, et loin de moi de défendre cela. Mais ils ne sont pas allés en Algérie pour tuer et torturer, ils y sont allés en pensant apporter le progrès et la civilisation ; ce projet leur venait largement d’une forme de croyance positiviste dans l’accomplissement historique dont l’Europe aurait été dépositaire au milieu du reste du monde. Jules Ferry avait tort de penser que le devoir des races supérieures était de civiliser les races inférieures – et ce tort était d’autant plus coupable qu’à cette suffisance erronée se mêlaient aussi beaucoup d’intérêts politiques et commerciaux. Mais Jules Ferry et ses contemporains n’ont pas choisi la colonisation comme un projet de destruction. Sinon elle n’aurait jamais compté aussi, malgré ses pages les plus noires, de vrais engagements de développement, et tout ce qui a fait finalement que les territoires colonisés, comme l’a montré Christophe Charle, ont coûté plus d’investissements à la France qu’ils ne lui ont bénéficié.

    Tout cela, Emmanuel Macron le reconnaît d’ailleurs lui-même lorsqu’il parle des apports bénéfiques de la colonisation, ou de ses aspects positifs – qui oserait sérieusement parler des aspects positifs d’un crime contre l’humanité ? Comment soutenir honnêtement une telle inconsistance de langage ? Oui, la colonisation a causé des crimes, de part et d’autre d’ailleurs ; elle a sans aucun doute été une erreur historique, et notre monde se porterait mieux sans les déséquilibres qu’elle a causé. Mais on ne peut la qualifier de crime contre l’humanité. Voilà ce qu’il fallait sans doute rappeler.

    Fxb

    1. Valin Guillaume

      « Dans tous les cas reconnus comme tels par les tribunaux pénaux internationaux, le crime contre l’humanité porte en lui-même l’intention, pour reprendre le terme employé par Laurent G., d’une destruction érigée en seul objectif. »

      A cela, Monsieur, je ne ferai que reprendre les mots d’un auteur qui en connaissait un rayon sur la question.

      «On me parle de progrès, de « réalisations », de maladies guéries, de niveaux de vie élevés au-dessus d’eux-mêmes.

      Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées.

      On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer.

      Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse.

      Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme.» Aimé Césaire.

      L’objectif de la France a bien été de détruire, donc, pour vous reprendre dans votre citation, il s’agit donc bien d’un crime contre l’humanité.

      1. admin

        Merci pour votre réponse. Je suis bien en désaccord avec vous quant à votre conclusion : non, l’objectif de la France n’était pas de détruire. On peut faire l’inventaire de toutes les pages sombres de la colonisation, bien sûr ; mais il est historiquement totalement inexact, et d’ailleurs absurde, d’affirmer que la colonisation avait pour but la destruction.

        1. Thierry VERDIER

          Fils, totalement décomplexé de colonisateur, envoyé par la France, je confirme que celui-ci y est allé dans l’objectif d’apprendre des Africains, les moyens de les aider à construire et à développer leur pays…., dans l’intérêt de l’Empire, il le reconnaissait!…Certes, avec beaucoup de paternalisme et une certaine autorité (Mais est-ce qu’on ne retrouvait pas le même fonctionnement, à cette époque, dans nombre d’entreprises françaises ?) Mais jamais, je peux en témoigner, ni en méprisant, ni en assujettissant les hommes et les femmes de ces pays, auxquels il s’était profondément attaché!
          D’ailleurs, quand il s’est agi d’assurer, le moment venu, la transition vers l’indépendance, il l’a fait, également avec le même engagement, convaincu que la France avait tout à gagner à conserver avec ses anciennes colonies, des liens économiques et culturels forts. C’est ce que j’ai répondu à un jeune Yougoslave formé à l’époque de Tito, qui me demandait, alors que je travaillais dans son pays, si nous n’avions pas étés, ma famille et moi, culpabilisés de vivre là-bas, comme ça, à cette époque.
          Je me souviens que mon père, qui ne s’est jamais considéré comme un bienfaiteur venu civiliser ce continent, nous disait qu’il avait beaucoup appris des Africains, sur la relation à la nature, la sagesse de l’homme la solidarité tribale, le respect des anciens…etc. Il a reconnu, plus tard, alors que je l’accueillais à Brazzaville, devenues capitale de la République Démocratique du Congo, les nombreuses erreurs faites….Par lui, par la France, et même par un certain nombre d’Africains avec qui il avait travaillé et qui ont pris ensuite les rennes de leur pays… par contre, je peux vous le garantir: Quand il parlait de ce continent, et de ceux qui y étaient nés, il y avait à la fois un profond respect, une grande estime… mais également, le sentiment douloureux de ne pas avoir réussi à favoriser l’émergence de dirigeants suffisamment intègres et amoureux de leur pays pour offrir des conditions de vie décentes à leurs citoyens.

  13. SLD IDE

    Le « pas d’amalgame » serait de bon ton ici aussi : si les immigrés en France ne sont pas tous des terroristes ou des voyous, les coloniaux n’étaient pas tous des criminels ou des pilleurs. Mes ancestres sont partis en Algérie avec l’espoir d’une vie meilleure. Ils y ont travaillé et y ont élevé leurs enfants dans le respect des locaux, de leurs coutumes et de leurs traditions. Un de leur fils a voulu servir son pays et le représenter partout dans le monde ; il est donc rentré dans l’armée coloniale. À travers elle, il a permis la construction de ponts, de barrages, de routes, d’écoles, d’hôpitaux. Il a pacifié des régions entières où les tribus locales s’entretuaient, violaient les femmes et enlevaient les enfants pour les vendre comme esclaves. Il a voyagé dans beaucoup de pays du monde pour conseiller des hommes d’Etat et les aider à gagner des batailles contre des barbares. Je descends de cet homme et je suis fiere de ce qu’il était et de ce qu’il a fait. Au temps des colonies, les dictateurs n’étaient pas encore au pouvoir, affamant leur population, massacrant leurs opposants et obligeant le reste à se réfugier en Occident. Non monsieur Macron, tous les coloniaux n’ont pas été de méchants blancs profiteurs et criminels et il serait de bon ton de ne pas dire n’importe quoi à de seules fins électoralistes !

  14. Bernard Debain, Maire

    A François-Xavier Bellamy,
    Philosophe, Maire-adjoint à Versailles.

    Cher Monsieur, Cher Collègue,

    Suite à la parution de votre tribune dans le Figaro du 17 février sur l’odieuse accusation proférée en terre étrangère par Emmanuel Macron, je tiens à vous faire part de mes réflexions.

    Si la colonisation en Afrique du Nord (je dis Afrique du Nord, car il faut englober la Tunisie et le Maroc) ne fut pas exempte d’erreurs, de spoliation et pour certains pays d’exaction, il ne faut pas laisser croire que la France est à ranger aux côtés de l’Allemagne Hitlérienne et sa solution finale anti-juive, anti-homosexuelle et anti-tzigane, au même rang que la Turquie contre le peuple Arménien, que la sauvage extermination des Tutsis au Rwanda, que les 2 millions de morts de Pol Pot au Cambodge, sans oublier de la Russie avec la politique d’extermination stalinienne de 10 millions de Koulaks.

    Nietzsche a écrit que L’homme de l’avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue. Assurément, Emmanuel Macron en manque cruellement et se disqualifie. Assimiler la colonisation française à un crime contre l’Humanité, c’est assimiler François Guizot, créateur de l’enseignement primaire, Jules Ferry, farouche partisan de la colonisation, puis plus tard les militaires le Maréchal Lyautey, critiqué pour sa gestion trop pacifique au Maroc ou Henri de Bournazel, les politiques Pierre Mendès-France et même François Mitterrand, Ministre de l’Intérieur aux pires hommes que l’Histoire ait enfantés, symbole du Mal absolu, Adolf Hitler, Joseph Staline, Amin Dada et Pol Pot.

    Certes, nous pouvons considérer que la colonisation a été conduite au nom d’un culte du progrès imposée aveuglement et au nom de l’universalisme des valeurs d’émancipation qui sombrent dans l’échec si le peuple n’y est pas associer, mais de là, par mépris et méconnaissance de notre Histoire, Emmanuel Macron témoigne de la duplicité et de l’inconstance de ses propos, affirmant à Alger le contraire de ce qu’il disait à Paris à l’automne à Paris. Avec fierté, nous pouvons dire que la France a apporté l’instruction publique avec ses écoles, la santé avec ses hôpitaux, la création des Instituts Pasteurs, modernisé l’agriculture et l’élevage, irrigué les territoires par les routes et les chemins de fer, la France a également mis fin au carcan moyenâgeux et à la soumission des populations envers les sultans et les cadis. Quand la France a quitté l’Algérie, celle-ci était l’un des pays les plus développés pour l’époque, riche d’installations portuaires, aéroportuaires, pétrolières et gazières. La mainmise du F.L.N, sa tutelle sur l’économie du pays ont contribué à sa paupérisation et à l’exil des milliers d’habitants, y compris sur notre rivage. L’Algérie est encore la première victime expiatoire aujourd’hui de ce discours moralisateur et bien-pensant.

    Non ! La France ne peut pas être accusée de cet crime horrible et un homme politique, jeune, inexpérimenté et jamais élu par le Peuple, mais qui rêve de présider aux plus hautes destinées de notre pays ne peut s’avilir à proférer de telles accusations contre sa propre Patrie, à l’étranger et pour de basses considérations électorales et clientélistes. Emmanuel Macron semble sous l’emprise de sa propre lovelangue, au service d’un révisionnisme historique pour servir de viles ambitions politiciennes. Pour être un bâtisseur de pont aujourd’hui entre civilisations, entre culture, entre pays, nous devrions l’inviter, lui si christique dans ses interventions à découvrir l’humilité du Saint-Cyrien Charles-de-Foucauld, mort un 1er décembre 1916 au plus fort d’une insurrection préfigurant les luttes anticoloniales, mais demeuré pionnier du dialogue. Il pourrait nourrir l’élévation de sa pensée, à défaut de son âme.

    Bernard Debain,
    Maire de Saint-Cyr-l’Ecole
    Vice-Président de Versailles-Grand-Parc

  15. Djice

    Gare aux grandes conclusions abusives et hâtives. Je crains que vous ne vous soyez trop vite jeté sur cet os, comme les autres membres de la classe politique… avez vous vu l’interview dans sa totalité? Le propos de M. Macron est bien plus complexe et nuancé que ce que vous laissez entendre ici. Je serais également curieux de savoir ce que vous pensez de la réponse que vient de faire M. Macron.

  16. bc

    L’enfer est pavé de bonnes intentions. A tous vos contempteurs je dirais une chose. Crimes il y a eu, certainement, mais à trop vouloir tout qualifier de crime contre l’humanité on vide cette notion grave de sa consistance et de sa signification, pour reprendre les mots de votre article. Comme quoi l’amalgame qui vous est reproché peut se faire en sens inverse. Ce faisant, on injurie la mémoire des victimes de véritables crimes contre l’humanité. Le débat ouvert par M. Macron est indigne, blessant et ne fera qu’attiser les haines.

  17. Tassendar

    N’oublions pas que la colonisation, ce n’est pas juste l’Afrique mais presque toute la planète : la Nouvelle- France, les Amériques espagnoles et portugaises, les futurs Etats-Unis d’Amérique…Sans oublier la colonisation arabe envers les chrétiens de l’Empire Byzantin. Bref cela fait partie de l’Histoire du monde et des peuples !

    Et puis faire passer les Français pour des criminels après tout ce qui a été fait Algérie, à côté des massacres des indiens par les anglo-saxons, des camps lors de la guerre des Boers etc.. Mais c’est une blague !
    La France a été le pays le plus respectueux de tous les pays colonisateurs, justement parce que l’on avait ce projet républicain de civiliser et d’éduquer ces populations et non une vision purement mercantile comme les britanniques.

  18. H. Peter

    En ne prenant pas de recul historique et en instrumentalisant l’histoire par démagogie Macron a commis une grave faute car il a mis du sel sur les plaies, celle des français , mais aussi celle des Algériens, qui eux aussi ont eu leur différents. J’étais un des des dizaines de milliers de coopérants à l’époque Pompidou en Algérie. . Nous gardions un devoir de réserve et les Algériens nous en savaient gré et nous le rendaient avec encore avec plus de délicatesse, que certains coopérants idéologues.. ce qui compte dans ce pays, c’est la relation et je pense à la relation devant Dieu, comme l’a montré le Père de Foucault.
    Une exception : : leur dirigeants qui pratiquent la fuite en avant idéologique. Cela a couté cher à ce malheureux pays, une guerre civile atroce dans les années 80 à 90; suite peut être de celle honteuse menée contre les harkis au mépris de la parole donnée.
    Enfin dernier point Macron ne sait pas que ce genre de propos loin de le faire bien voir, le fait mépriser. ( il n’y a que les idéologues français à qui cela plait ) C’est un peuple fier, qui n’aime pas qu’on le flatte. Là aussi mille témoignages . Alors que lui reste -il ? F

  19. Claire Bucher

    Monsieur, je n’ai pas votre plume, mais j’ai peu de considération pour l’encrier d’où elle s’imbibe. Vous reprochez à Emmanuel Macron son « petit calcul politique », je vous trouve fort bon en mathématiques médiatiques.

    Comparer Ferry à Hitler ? Ce ne sont pas les propos du candidat à la présidentielle. Néanmoins, faudrait-il absoudre de toute condamnation l’élan colonialiste européen sous couvert des grands hommes qui l’ont défendu à l’époque ? Ne pensez-vous pas, que Victor Hugo aurait honte aujourd’hui des mots qu’il employait alors à propos de l’Afrique ? « Allez, Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. A qui ? A personne. ».

    Eichmann n’avait pas le monopole de la haine ni de la violence, le mal se dissimule plus ou moins bien dans chacun d’entre nous. Il est certain qu’il fût palpable en Algérie, où dès la fin des années 1940, des intellectuels français ont dévoilé au grand public l’emploi de la torture par l’armée française. Monsieur, auriez-vous cru encore aux bienfaits de la colonisation à cette époque ? Jusqu’à quand a-t-on frappé sur les doigts des écoliers dissidents ? Mais ici on parle de mort, on parle de carnage, on parle de Sétif.

    Emmanuel Macron cracherait sur la tombe de soldats français ? Je le vois fleurir celles des indépendantistes algériens, je le vois honorer les français porteurs de valises. Ceux-là même qui furent condamnés par la justice française, dont les ouvrages durent s’échanger sous le manteau à cause de la censure. Ce sont les mêmes qui ont combattu Hitler et Eichmann qui ont épousé la cause algérienne. L’auteur du Silence de la mer ne l’a pas gardé lors du procès de Francis Jeanson.

    Je ne me lancerai pas dans une querelle juridique sur la définition du crime contre l’humanité, vous aurez deviné ma position.

    Non, ce qui me choque le plus, c’est que vous pensiez que les propos d’Emmanuel Macron puisent attiser la haine de personnes aux ascendants immigrés contre leur pays. Au contraire, ils devraient être fiers, je pense et j’espère qu’ils le sont. Pour ma part, je le suis. Qu’on reconnaisse que le pays des droits de l’Homme s’est égaré, qu’il le regrette, qu’il présente ses excuses, c’est le minimum. Malheureusement, votre article prouve que tous les français ne sont pas encore prêts à reconnaître pour ce qu’ils sont les crimes commis alors par leur pays. J’ai honte.

  20. Gallate

    Il est très utile de maintenir les gens dans l’ignorance. C’est le reproche que faisaient les Instituteurs de la III° République à la Monarchie : « Laisser le peuple dans l’ignorance pour mieux l’asservir ».
    Qu’est ce que la France est allée faire en Algérie, en Afrique, en Asie, etc… ?

    Alger était depuis plusieurs siècles le port d’attache de pirates, les galères barbaresques (c’est le terme d’époque) qui écumaient la Méditerranée. Navires marchands et cargaisons revendues, équipages réduits en esclavage comme galériens pour l’essentiel. Ces pirates, les Sarrasins (autre terme d’époque) menaient parfois des incursions sur les côtes d’Espagne, de France et d’Italie. Les habitants capturés étaient emmenés en Afrique du Nord et vendus, les hommes comme esclaves, les femmes souvent exposées nues en place publique (les acquéreurs potentiels ayant la possibilité de s’assurer par eux-mêmes de leur virginité…) en maisons closes. Cela durait depuis plusieurs siècles : plus de 2 millions d’Européens ont ainsi fini leur existence comme esclaves en Algérie.
    Toutes les tentatives diplomatiques étant restées vaines, la France en 1830, reçue mandat des autres puissances européennes de réduire Alger, ce nid de pirates. Pour tenir Alger il fallut occuper toute l’Algérie puis toute l’Afrique du Nord.
    Dès 1860, la France, avec l’argent des contribuables français, construisait le port d’Oran : ce n’est qu’un exemple, non exhaustif.

    En cette fin du XIX° siècle, des Européens exploraient l’Afrique subsaharienne, ce continent inconnu. Leurs témoignages paraissaient dans les grands journaux de l’époque dont les archives sont ouvertes à tous. Il y était question d’épidémies, de guerres tribales sanglantes et surtout d’esclavagisme. Des « troupeaux » (ce mot atroce traduit parfaitement la réalité) de 4 à 500 humains, hommes mais aussi femmes et enfants, tous enchaînés, partaient à pied du centre de l’Afrique vers les côtes de Somalie pour y être vendus. N’y parvenait qu’une centaine, la malnutrition et les mauvais traitements ayant tué les autres en cours de route…
    Ce sont ces témoignages qui avaient un fort retentissement dans la population, qui poussèrent des Européens et notamment des Français, à « coloniser » l’Afrique. Le Dr Schweitzer n’a sûrement pas construit son hôpital de Lambaréné par esprit de lucre. Son livre de souvenir, pourtant très instructif, mériterait d’être davantage lu et commenté.

    En Indochine, ce fut un Français, le père Alexandre, qui inventa le « ngoc du », cet alphabet latin qui a libéré le Vietnam de la tutelle chinoise. Et si la France de Napoléon III est intervenue en Annam et en Cochinchine ce fut pour défendre les chrétiens massacrés par l’Empereur Tu-Duc. Là encore c’est avec l’argent des contribuables français que les ports en eau profonde, les ponts, les routes, le chemin de fer du futur Vietnam ont été construits.
    C’est à la demande, insistante, des rois du Laos et du Cambodge, dont les Etats étaient menacés ou attaqués par leurs voisins, que la III° République leur accorda notre « Protectorat ».

    Les Français ignorent tout cela. L’Histoire de notre Pays, réduit à une simple figure géométrique, est occultée depuis longtemps. Pour mieux nous asservir

  21. Martin de Waziers

    Merci, je reconnais chez vous le philosophe qui sait manier les mots, la raison et ne pas tomber dans le piège des émotions… Il semble qu’après avoir été cartésiens par nature, les Français sont tombés, comme d’autres peuples, dans le règne de l’émotionnel car, à l’heure de l’éphémère et d’obsolescence, on veut de l’immédiat. Que votre carrière vous amène à prendre la suite de tous ces caciques jeunes ou vieux qui nous enfument! M

  22. hongre

    Félicitations pour votre article complet dans le figaro de vendredi dernier , démontrant l’hypocrisie de Macron et son système stupide d’affirmer une sottise à chaque catégorie d’électeur .Probablement sur les conseils en marketing d’une agence de communication.
    L’aventure Macron ressemble de plus en plus à celle du Général Boulanger , et risque de finir aussi mal….

  23. Djou

    Il semble peut-être un peu facile et innocent d’affirmer que la volonté des Français dans la colonisation n’était que d’apporter culture et civilisation aux populations colonisées. On peut voir dans la colonisation des motifs tout autres, et si la destruction n’en était pas la première, il me paraît un peu manichéen voire naïf de présenter les Français – peu différents des autres colonisateurs en la matière – comme bienfaiteurs de l’humanité et animés de motifs purement altruistes. Si tous les colons n’ont pas participé aux crimes de guerre et autres atrocités commises, (et ce sont ces gens honnêtes qu’il ne faut pas oublier !, dire que la France est allée coloniser pour rendre le monde meilleur est une vision heureuse mais historiquement très erronée, voire un peu négationniste sur les bords.

    Si le mot de M. Macron est peut-être maladroit en utilisant un terme juridiquement et historiquement très lourd de sens – particulièrement au regard du siècle dernier et de sa mémoire encore parfois douloureuse – il n’est pas pour autant à prendre, à mon sens, comme une insulte à l’histoire française et à l’Histoire comme on aime à la présenter. Il est bon de reconnaître les erreurs du passé, les erreurs de notre nation, sans que cela diminue en rien le respect que nous pouvons porter à nos ancêtres et à tout ce qu’ils ont fait pour elle, et je ne crois pas que M. Macron entre dans le processus de désinformation et de démagogie dont tout le monde semble s’indigner actuellement.

  24. Laszlo

    Je suis surpris:
    1) par la déclaration d’E.Macron qui m’a scandalisée (je ne reprendrais pas les développements ci-dessus)
    2) par la focalisation implicite sur une période « difficile » de la fin de la colonisation que l’on nomme la « guerre d’Algérie »
    3) par le fait que l’on ommet allègrement que la tournure des évènements a été fomentée et pilotée par « les frères musulmans » venus d’Egypte vers la fin de la 2nde querre mondiale (mai 45 1ère manif pour l’indépendance) et qui ont détruit de façon dogmatique/sanglante l’équilibre (qui peut être criticable) qui existait
    4) on oublie scandaleusement ce que la « colonisation » a apportée (début de années 1800): la fin de l’occupation ottomane (pouvoir totalitaire, royaume des pirates où l’on pratiquait l’esclavage), la pacification de cette zone géographique, son développement économique, la mise en place d’infrastructures et aussi l’éducation par l’école etc…. n’oublions pas que cette zone était appelée le « grenier de la France ».
    L’histoire sans son contexte ne vaut rien … hormis servir des intérêts très « médiocres » et ici politique…

  25. Marc

    Bonsoir Mr Bellamy,
    Ce court commentaire pour vous remercier de votre analyse, également pour constater que le sujet de la colonisation reste encore ultra sensible.
    Quand donc pourra t on faire le clair avec tout cela, en toute vérité ? Nous traînons tous ces amalgames et déformations de l’histoire depuis trop longtemps…

  26. flo

    A mon sens, le reproche majeur qui peut être fait à M Macron est sur l’intention plus que sur le fond. Car sur le fond, il peut toujours justifier d’une pensée complexe, s’appuyant sur le droit et la philosophie, cités par certains plus haut. Mais la déclaration de M Macron n’est pas celle d’un intellectuel, elle est celle d’un candidat en campagne qui, sous couvert d’un raisonnement soi-disant complexe et subtil, sait pertinemment qu’il vise à séduire une frange de l’électorat qui ne retiendra qu’une chose: crime contre l’humanité = dette/culpabilité indépassable de l’homme blanc colonisateur.De plus, il est toujours surprenant de constater qu’on impose en Afrique des processus DDR, R pour réconciliation, alors qu’en Europe on monte les communautés les unes contre les autres, sans chercher la réconciliation par une lecture dépassionnée de notre Histoire. Parler de vivre ensemble tout attisant les rancoeurs historiques, c’est criminel et maintient d’ailleurs certaines communautés dans un statut perpétuel d’ex-colonisées. Et la vraie question à poser par les humanistes aujourd’hui serait celle de la colonisation/esclavage moderne, résultant de la pensée mondialiste, chère à Macron. Car, à bien le suivre, nos produits de consommation actuels sont pour partie le fruit de crimes contre l’humanité (même si visiblement le motif économique échappe à la définition citée plus haut…).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>