Iran : « Il est absurde de se revendiquer du droit international devant un régime qui n’a cessé de le violer »

Tribune publiée initialement dans Le Point.
L’élimination d’Ali Khamenei et d’une grande partie de son entourage ouvre enfin une espérance pour le peuple iranien. Il est confortable de s’indigner depuis Paris sur les entorses faites au droit international ; et il ne fait pas de doute que l’opération lancée par les États-Unis n’obéit pas d’abord à un réflexe de générosité humanitaire. Reste ce fait incontestable : seule une intervention extérieure pouvait laisser aux Iraniens une occasion de se libérer de ce régime inhumain. La preuve en a été répétée il y a quelques semaine seulement : malgré une nouvelle révolte dans tout le pays, malgré le courage inouï d’un peuple qui se soulevait avec l’énergie du désespoir, la sauvagerie sans limite de la répression contre des manifestants désarmés ne pouvait laisser aucune chance à cette soif de liberté.
En apprenant la fin de Khamenei, comment ne pas penser à tous ceux qu’il a fait mourir pour le seul crime d’avoir refusé de se soumettre. À Mahsa Amini et toutes les iraniennes tombées pour avoir crié « femme, vie, liberté. » Aux plus de trente mille victimes de la répression ces dernières semaines, à ceux que le régime traquait, torturait, exécutait méthodiquement il y a encore quelques jours… À tous les iraniens anonymes tués depuis la révolution islamique. Mais aussi aux Libanais otages du Hezbollah dans une guerre intérieure sans fin, aux Yéménites piégés par les Houthis, aux Israëliens et aux Palestiniens broyés par le projet de mort du Hamas. Et bien sûr aux Français tombés dans les attentats commis par les miliciens du régime, des soldats déployés à Beyrouth aux victimes civiles à Paris…
Comment ne pas penser à eux aujourd’hui. Et à tous ceux qui étaient les prochains sur la liste… Il suffit de cela pour mesurer le vide des communiqués désolés des capitales européennes, « action unilatérale », « escalade dangereuse », « mépris pour l’ONU ». Réduits à jouer une compétition de commentateurs, nos dirigeants semblent abdiquer leur responsabilité politique en n’appelant qu’au « respect du droit international. » Bien sûr, il faut défendre le principe d’un monde ordonné par des règles. Mais les affaires internationales n’ont jamais été décidées par la seule application du droit. Et en l’espèce, il est absurde de le revendiquer devant un régime qui n’a cessé de violer le droit international… Pratiquant la subversion à grande échelle, finançant des milices criminelles partout autour de lui, contrôlant une part essentielle du trafic de drogue mondial, menant des opérations terroristes, avec pour finalité explicite la destruction d’Israël et l’effondrement de l’occident, le régime iranien a largement prouvé son mépris de tout droit ; ses soutiens russes et chinois peuvent difficilement être crédibles quand ils invoquent le respect de l’ordre international… Et il est désolant de voir nos dirigeants leur faire écho depuis deux jours.
Comment réagir alors ? Deux priorités s’imposent. D’abord, agir plutôt que de déplorer ; tout faire pour concourir à la chute de ce régime. Quelle que soit l’occasion, elle est forcément bonne si elle permet de libérer le peuple iranien. Bien au-delà de l’Iran, cette libération serait l’équivalent d’une nouvelle chute du mur de Berlin, la fin d’une menace fondamentale pour la liberté et la sécurité de bien des pays, dont le nôtre. Si la France peut y concourir, elle doit assumer de s’y employer sans aucune hésitation. Au lieu d’appeler à « reprendre le travail diplomatique » en demandant aux dirigeants iraniens de « négocier de bonne foi », le président de la République devrait travailler sans relâche pour retirer tout échappatoire aux mollahs. La France pourrait en particulier intervenir auprès des pays arabes touchés par les frappes iraniennes ces dernières heures, pour apporter une assistance concrète et obtenir en retour que le régime iranien soit totalement isolé. Cela implique que notre diplomatie sorte enfin de l’ambigüité : la France aura malheureusement multiplié les reniements, par un mélange de fascination et de naïveté, refusant par exemple jusqu’aux dernières semaines de classer les Gardiens de la révolution comme une organisation terroriste… Cela impliquera aussi que notre pays assume de retrouver les moyens de la puissance, car aucun de nos principes ne s’imposera de lui-même si nous nous retirons la force de les défendre. Voilà le cap qui devrait nous guider en matière de souveraineté, entre autres sur le sujet de la dissuasion nucléaire qui doit être abordé aujourd’hui.
La même naïveté reste aussi dangereuse pour le combat vital qu’il nous faut mener désormais : le régime iranien n’est que la tête de pont d’une idéologie qui malheureusement lui survivra, et continuera de menacer nos pays. Le totalitarisme islamique a ses relais en France, ses organisateurs, ses mercenaires – et ses appuis politiques : depuis 1979, la gauche française a bien souvent montré sa complaisance envers les mollahs. En 2025, c’est en retour Ali Khamenei qui félicitait publiquement Rima Hassan pour sa « flottille » vers Gaza… On comprend pourquoi aucun député LFI ne s’est embarqué au secours des Iraniennes qui mouraient d’avoir refusé le hijab. On comprend surtout par là l’ampleur du danger qui menace nos pays. Le totalitarisme islamique n’est pas une tragédie régionale : c’est un projet global. Il tente déjà d’imposer sur notre sol son inversion des valeurs, sa définition du blasphème, sa police des mœurs, son antisémitisme forcené. Il n’y a aucune raison qu’il ne parvienne pas à détruire notre démocratie et notre identité, si nous n’acceptons pas de mener la guerre existentielle qu’il nous a déclaré. Là encore, nos règles de droit ne suffiront pas, surtout si elles finissent par nous désarmer. Quand la politique renonce à affronter le danger, aucun droit ne peut survivre. Espérons que le courage du peuple iranien nous éclairera dans l’effort long et rude qui nous attend désormais.
