Règlement retour : quand la présidentielle 2027 s’invite au Parlement européen

Article publié initialement dans l’Express.

Photo de François-Xavier Bellamy à la tribune du Parlement européen

« Il faut que je sois le meilleur ennemi de Gabriel Attal », théorise, en petit comité, Bruno Retailleau. Cela tombe bien, le mois de juin offre au Vendéen une occasion rêvée de passer de la théorie à la pratique. Et la joute ne se jouera pas à Paris mais à Strasbourg. Après des mois de discussions, le Parlement européen, la Commission européenne et le Conseil européen, réunis en trilogue ce lundi 1er juin, ont acté l’application immédiate du règlement retour, qui durcit considérablement les règles en matière d’éloignement des étrangers en situation irrégulière.

« Une très belle victoire ! », s’est aussitôt félicité, sur X, François-Xavier Bellamy, qui a porté le texte – car, quand on parle de Retailleau, Bellamy n’est jamais loin… En coulisses, alors que tout le monde jugeait qu’il était urgent d’attendre un ou deux ans avant d’appliquer le règlement, l’eurodéputé LR a bataillé pour que le texte soit appliqué « avant 2027 ». Suivez son regard… Quelle meilleure matière que l’immigration pour fragiliser Gabriel Attal et Edouard Philippe ? Moins de 400 kilomètres séparent l’Elysée du Parlement européen, où la campagne présidentielle s’invite déjà.

Le piège, préparé de longue date, tombe à point nommé. François-Xavier Bellamy n’ignore pas que le sujet, explosif, divise le groupe Renew et ne s’interdit pas d’appuyer là où ça fait mal. Après s’être démultiplié dans les médias pour faire pression sur les Etats membres, l’élu ne ménage pas ses efforts pour que le vote ait lieu le plus tôt possible : potentiellement dès la prochaine session plénière, la semaine du 15 juin. « Ça va être un moment de vérité, glisse l’eurodéputé LR à L’Express. Si Edouard Philippe ou Gabriel Attal veulent de la fermeté sur l’immigration, comment expliqueront-ils alors que leurs troupes votent contre ou s’abstiennent sur ce texte majeur ? Ils se placeraient dans le même camp que l’extrême gauche et les Verts. » Le dilemme se pose en ces termes pour les troupes attalistes et philippistes : voter un texte qui est le fruit d’un compromis entre la droite et l’extrême droite ou ne pas le voter et être accusé de laxisme sur l’un des probables thèmes de la campagne de 2027. Pile, je gagne ; face, tu perds.

« Le problème de Gilles Boyer et Nathalie Loiseau, c’est qu’ils siègent au sein de Renew », relève un cadre d’Horizons, le parti d’Edouard Philippe. Il n’est pas simple, en effet, de siéger dans un groupe qui rassemble l’écologiste Pascal Canfin, Valérie Hayer, soutien d’Attal, et Gilles Boyer, fidèle bras de droit de Philippe. L’attelage, baroque, constitue une sorte de « socle commun », sans LR. Ce qui offre un avantage précieux à François-Xavier Bellamy, qui a tout loisir de sortir le pop-corn et de les observer se déchirer. Le ministre de l’Europe, Benjamin Haddad, affirme que « la France soutient ce règlement retour ». Nathalie Loiseau, qui avait voté contre en mars en commission, opère un virage à 180 degrés, annonçant qu’elle le soutenait désormais.

Fabienne Keller, coordinatrice de Renew sur le texte, votera contre, pointant la « manipulation » de son collègue. « L’extrême droite a installé un storytelling très efficace, dont François-Xavier Bellamy est fier de se faire le porte-parole », charge la députée européenne. « On a un ministre de l’Europe qui se félicite de l’accord sur le règlement, alors même que les élus macronistes votent contre le texte ou s’abstiennent. C’est incompréhensible », savoure Bellamy. Quand on vous dit que le vice-président de LR sait appuyer là où ça fait mal…

« Attal va devoir choisir et sortir du en même temps, appuie un ministre LR. Il doit trancher, quitte à s’aliéner ses eurodéputés. Est-il capable de les emmener ? S’il veut faire un virage vers le centre droit, il doit exiger que ses eurodéputés le votent. » Un chef, c’est fait pour cheffer. La position de Renew, qui doit se réunir la semaine prochaine, n’est pas encore actée, mais il ne fait aucun doute que le sujet sera évoqué entre la présidente du groupe Renew, Valérie Hayer, et Gabriel Attal, qu’elle soutient et voit tous les lundis matin.

« La question ne se pose pas puisque le texte sera de toute façon adopté », tente d’évacuer un eurodéputé centriste. Reste que chaque vote français sera scruté. Peu importe l’issue du vote, ce règlement retour constitue un test grandeur nature pour 2027 et peut contribuer à faire bouger les lignes – y compris celles des sondages. « On m’avait dit que je n’arriverai pas à faire bouger les choses. Or, mettre le sujet sur la table du conseil des ministres de l’Intérieur européens est l’une des choses les plus importantes que j’ai faites à Beauvau », confiait il y a quelques mois Bruno Retailleau. Il ne croyait pas si bien dire.