Sur la fermeture du site de Bridgestone à Béthune

La naïveté européenne et la passivité de la France dans la mondialisation ont provoqué le délitement de notre tissu industriel. A Béthune, 867 emplois sont menacés. Oui, il est possible et urgent d’agir : nous n’avons pas le droit de baisser les bras.

 

Une semaine après l’annonce brutale de la fermeture programmée du site de Bridgestone à Béthune, j’ai passé un long…

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Jeudi 24 septembre 2020

Lire aussi la tribune publiée dans Marianne : « Bridgestone : « La France ne retrouvera sa vitalité industrielle qu’à condition de renouer avec le travail » »

 

 

 

Explication de vote (état de droit en Pologne)

Depuis quelques heures circule sur les réseaux sociaux une analyse absurde du vote de notre délégation française sur un rapport concernant l’état de droit en Pologne. Des captures d’écran faussées ont même été diffusées, pour faire croire que j’aurais voté en faveur de certains amendements pourtant totalement opposés aux idées que j’ai toujours défendues… Pour dissiper tout malentendu, je publie ci-dessous mon explication de vote sur ce rapport.

Au-delà de ce document formel accompagnant le scrutin, je voudrais seulement ajouter deux réflexions plus personnelles.

  1. Qu’on soit ou non d’accord avec moi, chacun peut reconnaître que je n’ai jamais varié dans les convictions que je défends, et qu’il a fallu parfois bien du courage pour tenir sur le terrain politique ou médiatique une ligne souvent durement combattue. Il me semble bien léger de me reprocher de manquer de courage à la première occasion venue (surtout quand on publie sous pseudonyme…). Poser des questions est bien normal, et nous avons le devoir de rendre compte ; mais une incompréhension, ou même un désaccord, ne devrait autoriser personne à passer tout de suite à l’accusation et à l’insulte.
  2. La session plénière qui vient de s’achever a donné lieu à plus de trois cents votes. Il est possible aussi à ceux qui twittent de ne pas s’exprimer que sur le seul vote qu’ils ne comprennent pas, et de dire de temps en temps s’ils ont un peu de temps pour cela leur accord avec les lignes de vote solides et courageuses que notre délégation prépare avec soin et tient avec rigueur. Nous continuerons de travailler avec autant d’exigence et d’énergie, même si je sais par avance, et je souris en l’écrivant, qu’il ne faut décidément s’attendre qu’à peu de confiance et de reconnaissance pour certains commentateurs qui se contenteront toujours de critiquer… Il faudra bien faire sans eux, et réussir j’espère à faire avancer malgré eux les idées qu’ils disent défendre.

Voici donc mon explication de vote sur le rapport concerné.

 

« Ce rapport concerne la proposition de décision du Conseil relative à la constatation d’un risque de violation de l’état de droit par la Pologne. Il s’agit d’un rapport intermédiaire qui n’a aucune incidence législative et n’implique aucune sanction.

Ce long texte soulève certains points de préoccupation très légitimes : le dernier scrutin présidentiel a été en particulier l’objet de tensions très vives, le gouvernement polonais ayant initialement décidé de le maintenir alors que la crise du coronavirus avait empêché la campagne de se dérouler normalement. Il a fallu l’intervention de tous les anciens présidents polonais, parmi lesquels Lech Walesa, figure de la lutte anti-communiste, pour qu’un report soit obtenu. L’OSCE, dont la Pologne est membre, a relevé de nombreux biais dans le déroulement du processus électoral.

A titre personnel, j’ai vivement dénoncé le gouvernement maltais (socialiste) ou le Président tchèque (libéral) pour des manquements graves aux principes démocratiques : ces principes sont au coeur de l’héritage de la civilisation européenne, et doivent être garantis de manière inconditionnelle. L’honnêteté intellectuelle impose de montrer la même exigence en toute situation quand ils sont en jeu.

J’ai en revanche voté contre de très nombreux passages de ce rapport, qui portent des accusations politiques totalement infondées ou illégitimes concernant des choix qui relèvent pleinement de la souveraineté de la Pologne. Comme je l’ai déjà exprimé au cours des derniers mois, à propos de la Pologne comme de la Hongrie, le Parlement européen viole lui-même l’état de droit lorsqu’il prétend imposer à certains pays une politique migratoire, sociale, ou familiale, qui ne relèvent que des compétences des Etats. J’ai voté contre toutes les résolutions passées qui allaient en ce sens, et contre tous les passages de ce rapport qui commettaient la même faute. Cela ne disqualifie pas pour autant les questions légitimes qui constituaient l’objet de ce texte. »

 

Ne pas accepter que la tragédie du 4 août ouvre l’agonie du Liban

Nous ne pouvons accepter que la tragédie du 4 août ouvre l’agonie du Liban, pays frère de la France et de l’Europe. Nous…

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Mardi 15 septembre 2020

 

La solidarité européenne nécessite une stratégie, pas une planche à billets.

François-Xavier Bellamy et Manfred Weber

Tribune signée avec Manfred Weber, président du Groupe PPE au Parlement européen, initialement parue dans une version condensée dans Les Échos le lundi 14 septembre 2020.

Si l’Europe semble s’être illustrée par un certain manque de solidarité durant les premiers mois de la crise du coronavirus, c’est d’abord en raison de son impréparation, et de sa dépendance envers des pays tiers dans des secteurs essentiels. Comment en effet apporter à son voisin ce dont on ne dispose pas pour subvenir à ses propres besoins ?

Le plan de relance européen aurait pu redonner du sens au mot solidarité, mais il soulève de nombreuses questions. Devant la crise économique majeure qui nous attend, emprunter peut en effet être un choix rationnel, légitime ; mais que dire d’un emprunt contracté sans aucun accord sur les moyens qui seront mobilisés pour son remboursement, ni feuille de route claire sur le long terme ? La solidarité européenne ne peut se limiter à une distribution de cash : on ne combattra pas les effets d’une crise commune sans réflexion stratégique commune.

Ce n’est pas seulement une approche rationnelle, mais aussi un devoir envers les générations futures

Le plan, dans ses modalités actuelles, ne témoigne pas d’une solidarité européenne ; il aurait d’ailleurs plutôt tendance à la saper à long terme, parce que 90% de ses 750 milliards d’euros sont directement fléchés vers les budgets des États-membres, et qu’à ce jour, personne ne sait précisément comment ils seront alloués. Chaque chef d’Etat rentre donc de Bruxelles avec une belle enveloppe, mais ensuite ? Est-ce que cette période, cruciale pour notre avenir, doit vraiment être celle où l’on rédige un guide pratique de l’inefficacité, en facilitant pour des États en difficulté un endettement dont ils n’auront pas à assumer la responsabilité, pour parvenir à un éparpillement de dépenses sans cohérence ?

Cet éparpillement de projets ne sera d’ailleurs même pas synonyme de subsidiarité. Il signera simplement l’abandon de cette exigence de cohérence pourtant indispensable à l’atteinte d’une autonomie stratégique européenne. La crise amène déjà des réajustements dans l’ordre politico-économique mondial, et l’Europe ne doit pas être en être la victime. Utilisons ce fonds pour des projets structurants, comme nos prédécesseurs l’ont fait avec Airbus ! Au moins un tiers de la somme doit être investi dans ce qui fera notre avenir ; sinon, la bulle bruxelloise se lamentera encore de ce qu’on ne comprenne pas ce qu’elle tente de faire… Ce n’est d’ailleurs pas seulement une approche rationnelle, mais aussi un devoir envers les générations futures. Connectivité sécurisée, batteries, aviation propre, hydrogène… Pourquoi ne pas investir dans des projets structurants auxquels chaque État-membre contribuerait avec une partie de ce qui lui est versé ? Faisons de cet « esprit de solidarité » un moteur pour que l’Europe puisse s’assurer un avenir.

Ne pas laisser de côté les défis déjà identifiés.

En outre, cette crise ne peut être un prétexte pour laisser de côté les défis déjà identifiés. Pour redonner des bases saines à notre économie, protéger les emplois, améliorer nos systèmes de santé, d’immenses efforts seront certes nécessaires, et les ressources politiques devront être au rendez-vous. Mais ces efforts sont d’ores et déjà nécessaires. L’Europe a besoin d’une force de protection aux frontières renforcée : il faut financer le recrutement de 10 000 agents Frontex à court terme. Le cancer touchera à un moment ou à un autre la moitié des Européens : une stratégie offensive pour de meilleurs soins est indispensable. L’Europe s’est fixé pour objectif de consacrer 3% de son PIB à l’innovation, mais prend du retard sur la Chine et l’Asie en la matière : il faut donner un coup d’accélérateur décisif, sans quoi nous hypothéquons notre avenir.

Faire de l’Europe une simple planche à billets ne constitue pas un plan. L’allocation de ces 750 milliards d’euros doit se faire avec discernement, et l’articulation entre fonds de relance et budget européen doit avoir une cohérence : l’Europe doit se placer aux avants-postes de l’innovation, retrouver son autonomie stratégique et réduire sa dépendance vis-à-vis des autres puissances continentales. Ne répétons pas les erreurs des années 70 à 90, qui ont fini par accélérer la crise de la dette actuelle, et respectons le fairplay financier qui s’impose : si l’on emprunte, on doit savoir comment rembourser. Qui envisage sérieusement que nous rembourserons cet emprunt commun sans creuser dans nos propres ressources, et alors que les États-membres s’y refuseront ? Même l’Allemagne n’aura pas les capacités financières pour rembourser les 135 milliards qui doivent lui être alloués. Nous avons besoin d’un plan de remboursement avant 2028 intégrant la barrière carbone aux frontières de l’UE et une fiscalité numérique cohérente – pour mettre fin à cette situation dans laquelle les géants du numérique sont injustement privilégiés. Amazon n’a payé aucun impôt en Europe sur les trois quarts de ses bénéfices ces dernières années. Et au-delà du cas Amazon, les GAFAM – auxquels la crise et la numérisation du continent ont plutôt profité – ne devraient-ils pas contribuer à une juste mesure ?

Parlons enfin d’état de droit, parce que des efforts communs impliquent des règles communes. L’Europe n’est pas une organisation internationale ordinaire. C’est une civilisation dont nous héritons, qui nous a transmis certains principes essentiels. C’est pourquoi l’octroi de fonds sans contrainte relative au respect des principes démocratiques n’est pas envisageable. Partout en Europe, les citoyens attendent de la clarté, et une égalité de traitement : dotons nous d’un organisme indépendant, détaché de la vie politique de nos institutions, qui puisse entreprendre cette mission de contrôle avec des modalités sérieuses et impartiales.

Si l’Europe souhaite donner corps à cette solidarité, le moment est venu de ne plus se contenter de belles paroles, mais de passer à des actes réfléchis et concrets.

Crédits photos : © European Union 2020 – Source : EP / Michel CHRISTEN / Emilie GOMEZ

Bilan de première année de mandat au Parlement européen (2019-2020)

Retrouvez ci-dessous ou téléchargez le bilan de la première année de mandat de François-Xavier Bellamy au Parlement européen.