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sept 10

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Jeunes de France, battez-vous !

Après un été silencieux et quelques jours de reprise, ce blog fait sa rentrée ! Et pour ouvrir cette nouvelle année, voici la réponse que je publie ce matin dans Libération pour répondre à une tribune cosignée que le journal publiait, il y a quelques jours, sous le titre « Jeunes de France, votre salut est ailleurs : barrez-vous ».

Devant la difficulté, se battre ou s’évader : il y a là une alternative cruciale, et décisive pour l’avenir de notre génération !

Bonne rentrée à tous.

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Tribune parue dans le journal « Libération » daté du 10 septembre 2012

 C’est la rentrée ; en cette période où des millions de jeunes retrouvent le chemin des cours, l’actualité semble accumuler sur leur avenir des nuages plus noirs que jamais. C’est le moment qu’ont choisi trois auteurs pour signer, dans ces pages (Libération du 4 septembre), une tribune au titre encourageant : « Jeunes de France, votre salut est ailleurs ! »

Le texte qui s’ensuit est un passionnant mélange de toutes les pulsions qui habitent l’inconscient collectif de notre génération. La première d’entre toutes, un fatalisme à toute épreuve, qui proclame avec assurance l’inéluctable déclin de nos sociétés occidentales, en trouvant d’ailleurs des raisons de s’en réjouir : notre pauvreté future, et bien méritée, serait le corrélat nécessaire du développement du tiers-monde – comme si l’activité humaine, dépourvue de toute créativité, était un jeu à somme nulle…

La même passivité inspire un discours victimaire, qui nous présente comme des « ânes sans oreilles », maltraités par une gérontocratie qui nous abuse. Je ne nous pensais pas si bêtes ! Cette lamentation puérile converge avec un individualisme absolu, qui ne se reconnaît aucun héritage et aucun devoir, puisque nous sommes « du monde tout entier ».

Le propos aboutit donc à un résultat simple et logique : « Barrez-vous ! »

De deux choses l’une : soit nos auteurs ont voulu expliquer qu’il était bon d’aller voir ailleurs comment tourne le monde pour revenir plus intelligents. Voilà qui n’est pas bien nouveau ; il aurait suffi de rappeler que « les voyages forment la jeunesse », rien n’a changé de ce point de vue.

Soit il faut prendre au sérieux leur argumentation, ce qu’ils semblent parfois ne pas oser faire eux-mêmes. La France est en crise ; la croissance est ailleurs ; vous ne devez rien à personne : partez ! Alors, cette incitation à l’évasion apparaît brutalement dans sa prodigieuse lâcheté.

Jeunes de France, notre pays va mal. Il est inutile de détailler les difficultés dans lesquelles il se trouve pris ; si nous ne les connaissons pas toutes, elles viendront à nous bien à temps. Ne nous plaignons pas que notre pays nous a manqué : c’est nous qui manquerions à notre pays. Toutes les portes nous sont grandes ouvertes, pourvu que nous voulions les pousser. Nous aurons toutes les solutions, si nous voulons les inventer. Cela suppose simplement de faire face, au lieu de tourner le dos.

C’est peut-être la seule chose que nous puissions reprocher aux responsables qui nous ont précédé : avoir trop souvent tourné le dos, et ainsi brûlé l’avenir pour éviter d’assumer le présent. Mais la tentation paraît bien partagée… Y cèderons-nous à notre tour ?

Nous n’en avons pas le droit. Pour une raison simple : nous ne sommes pas de nulle part. Nous ne nous sommes pas faits tout seuls. Certes, rien n’est parfait dans notre pays ; mais enfin, arrêtons avec cette malhonnête ingratitude : qu’avons-nous que nous n’ayons reçu, de nos familles, de nos amitiés, de ces solidarités locales et nationales, de cet effort collectif qui s’appelle un pays ? Qui s’appelle pour nous la France ? Cet effort-là, la langue, l’histoire, la culture que nous avons reçues, le modèle social qui nous a vu naître, grandir, apprendre, tout cela, nous en sommes débiteurs. De tout cela, nous voilà donc responsables.

Responsables, nous le sommes dès maintenant. L’heure n’est plus à l’insouciance, mais à l’exigence. Quelle que soit notre voie, nous ne pourrons nous contenter de l’à-peu-près. Sans doute sera-ce le lot de notre génération, après quelques décennies de facilité. Mais soyons assurés que, des batailles qui nous attendent – celle de la justice, de l’emploi, de l’école,… – aucune ne sera jamais perdue avant que nous ne l’ayons livrée. Seul le mercenaire s’enfuit à l’heure du danger : le résistant sait que rien n’est joué d’avance. L’évasion qu’on nous propose n’est pas une solution, elle est un aveu d’impuissance. Et le plus triste, dans cette histoire, c’est de voir notre génération appelée à cette résignation calculatrice pourtant si peu de son âge… Où sont la fougue, la volonté – et la jeunesse ?

Bref, ce n’est pas le moment de dégager ; c’est le moment de s’engager. Formons-nous, et allons à l’étranger si c’est pour mieux nous former. Mais que notre but soit très clair ! Notre pays a besoin de nous pour surmonter les défis qui l’attendent, et nous n’allons pas lui faire défaut maintenant. C’est aussi le meilleur service que nous puissions rendre à l’équilibre du monde. Jeunes de France, notre salut à tous n’est nulle part ailleurs que dans nos mains. Ne vous barrez pas : battons-nous !

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Lien Permanent pour cet article : http://www.fxbellamy.fr/blog/2012/09/10/jeunes-de-france-battez-vous/

9 comments

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  1. Leprince

    Battons nous! Certes, Que suggère l’auteur que nous fassions?

  2. Lizzie

    Malgré les aspects victimaires que revêt l’article, l’évasion et sa « prodigieuse lâcheté » n’est pas ce qui est prôné!… Ils parlent dans l’article « Jeunes de France, barrez-vous » du retour en France, et de la richesse que sont capables d’apporter ceux qui ont fait un pas vers l’Autre et qui ont osé se confronter à des cultures différentes. Et je pense que c’est être « responsable » que d’aller voire ailleurs comment ça se passe, en vue de s’imprégner de « la créativité et de l’enthousiasme qui fleurissent aux quatre coins du monde » et en faire profiter la France. Par ailleurs je suis convaincue, en tant que française, qu’on se rend bien mieux compte de la chance qu’on a, après avoir connu une réalité différente. Et si les « voyages forment la jeunesse », je crois que les expériences à l’étranger (où l’on vite et travaille avec les populations locales) sont bien plus formatrices…

  3. langelot

    bravo pour ce texte.
    cyril langelot
    saint germain en laye

  4. FALDUTO

    Bonjour. je tiens à vous féliciter pour cet article. Il est tellement facile d’être lâche et de fuir!! mais comme vous le dites battons nous et cette crise montre que la société de facilité est terminée et il est temps de s’engager. Toutefois les choix politiques effctués par le gouvernement est responsable de la morosité de notre économie renforce la crise : ensuite le projet sur le mariage homosexuel et l’adoption remet en cause les repères anthropologiques. J’approuve chez vous qu ‘en tant que professeur de philosophie vous prenez part dans les débats de société et vous félicite de faire référence à vos valeurs. Allez vous faire une contribution sur la question du mariage homosexuel notamment la nécessité de l’altérité pour construire l’amour humain et la construction de l’identité? A très bientôt.
    Jean Baptiste FALDUTO, enseignant en droit à l’IFTSS Croix rouge , doctorant et chargé d’enseignement à l’Université Sud Toulon Var.

  5. Romain

    Merci pour ce texte, une réponse à ce « conseil » (qui m’avait moi aussi beaucoup surpris) se devait d’être faite. Je vous découvre actuellement dans l’émission Ce soir ou jamais, vous êtes parfait!

  6. ossau

    bravo!
    ce brassage forcené proné même par les écoles d’ingé au point de faire de la non mobilité une clause éliminatoire pour l’obtention du diplôme n’a qu’un but: le mondialisme passant par le nomadisme cher à monsieur jacques Attali.

    croire que les élèves ingénieur étrangers en France ne viennent , notamment en informatique , que pour venir découvrir notre culture et notre art de vivre est une galéjade.

    100% de mobilité, la belle affaire .

    Et pendant ce temps en politique, l’Europe donne le statut d’état au Kosovo grand comme un département français et la province de catalogne déplace des foules demandant leur indépendance.

    les gens perdant leurs reperes dans cet énorme maëlstrom vont vouloir revenir avec les pires exces aux fondamentaux.

    sinon j’ai bien aimé l’auteur de « barrez vous » travaillant in fine pour le gouvernement géorgien. Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais.

  7. Poncelet

    Jeunes de France, « barrez-vous ou battez-vous » mais osez faire de la France un facteur clé de succès.

    La réponse de Diplomarque : « La France dans la peau » : http://www.diplomarque.com/?p=480

  8. thebodyguard

    texte au poil!
    J’ajouterai même que les quarantenaires, les cinquantenaires et au-delà, bref tous ceux qui peuvent se tenir debout doivent se battre.
    Nous sommes spoliés depuis 40 ans par une bande qui ne veut que le pouvoir et le fric.
    A quand une « vraie » démocratie? Et pas cette espèce d’empire bolchévique qu’est devenue l Europe?!
    The bodyguard

  9. Remseeks

    Oui, bien sûr, mais à mes enfants qui font aujourd’hui leurs études je conseille de pouvoir un jour, le cas échéant, fuir, si ce pays que j’aime et qui est le notre persiste dans sa « décadence ». Parce que même si avec Willem van Oranje je pense qu’
    « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer »
    peut-être que le découragement les rendra un jour égoïstes. Ce n’est pas du défaitisme, c’est du pragmatisme.

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    […] prolonge l’échange de tribunes dans le journal Libération, en septembre 2012 (« Jeunes de France, battez-vous ! »), et le débat qui l’avait […]

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