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sept 29

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Pourquoi enseigner l’histoire ?

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Dans le dernier dossier du Figaro Histoire, qui se penche sur « l’Histoire à l’école », je reviens dans un long article sur deux siècles de ruptures pédagogiques qui ont marqué cet enseignement essentiel.

Parmi plusieurs articles très fouillés, j’espère que ce modeste travail pourra contribuer à une nouvelle approche d’une question qui me paraît plus urgente que jamais. Alors que notre société est traversée de tensions de plus en plus vives, et sans cesse ramenée à la tentation du communautarisme, l’histoire est plus que jamais d’actualité : son enseignement dans le cadre scolaire devrait contribuer à la faire connaître et partager, et par là à recréer ce lien que l’école a su autrefois susciter entre des générations pourtant divisées comme jamais.

Il ne s’agit pas d’entretenir pour cela des légendes artificielles ou des nostalgies inutiles, mais d’offrir à tous une connaissance authentique de l’histoire, qui puisse rassembler comme seule le permet la recherche honnête de la vérité. C’est seulement en revenant à ce souci de vérité dans l’enseignement que nous pourrons, comme le souhaitait Vincent Peillon, « reconstruire du commun entre tous les enfants de France ».

Quand certains se plaisent à diviser inutilement par la provocation et la caricature, il devient d’autant plus nécessaire de réfléchir ensemble à la façon de mieux transmettre les moyens de la connaissance, et le sentiment de l’unité.

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« Il n’y a pas d’autre pays au monde où l’enseignement de l’histoire soit une question d’Etat. » Antoine Prost décrivait ainsi, en 1984, la fièvre singulière des débats qui, depuis les premiers développements de l’institution scolaire, entourent la transmission de la mémoire. Pourquoi enseigner l’histoire ? En France, cette simple interrogation est une question d’Etat, parce que c’est l’unité de l’Etat qui s’y joue : « Depuis la Révolution, nous sommes un peuple divisé en une droite et une gauche, qui se sont affrontées de façon presque permanente. » Prise dans les clivages politiques qu’elle devrait surmonter, nécessairement captive des conflits idéologiques et mémoriels qui marquent la construction de la France, la pédagogie de l’histoire est à la fois champ de bataille par excellence et clé d’une unité rêvée. « Son importance pour la nation vient des divisions mêmes de celle-ci », conclut Prost.

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On ne s’étonnera donc pas de trouver, dans plus d’un siècle de théories, de manuels, d’instructions et de réformes, la trace de ruptures nombreuses et profondes. Si l’enseignement de l’histoire n’est jamais neutre, faire l’histoire de cet enseignement est, à plus forte raison, une gageure. Cette histoire seconde est néanmoins une nécessité absolue : nécessité didactique, car la pédagogie ne saurait ignorer les projets implicites qui la fondent. Nécessité politique aussi, car c’est aux Français qu’il appartient de déterminer ce qu’ils attendent de l’enseignement de leur histoire à leurs enfants : le débat, dans cette discipline moins que dans toute autre, ne saurait être confisqué par des experts ou des techniciens. (…)

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Le Figaro Histoire,  numéro d’octobre-novembre

Lien Permanent pour cet article : http://www.fxbellamy.fr/blog/2012/09/29/pourquoi-enseigner-lhistoire/

4 comments

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  1. Louis Manaranche

    Tout en refusant toutes les nostalgies et les légendes et en les excluant du champ historique, je crois que l’enseignement de l’histoire peut et sans doute doit donner non pas un sentiment mais un motif d’appartenance à une communauté nationale et des raisons d’aimer celle-ci, sans exclusive. Il n’existe pas, en effet, d’enseignement de l’histoire qui n’amène à se poser la question du bien et du mal, des finalités et plus largement du sens. Dès lors, en identifiant des lieux de crise dans la vie d’une nation, où le discernement se fait de manière vive et douloureuse, celui qui apprend cette histoire ne peut que sentir qu’il a partie liée avec ce qu’on lui a raconté, par héritage et par analogie. C’est en ce sens qu’il me semble qu’une histoire objective et « neutre » peut créer, au bon sens du terme, des mythes.

  2. Gilbert GUISLAIN

    Je ne pense pas qu’il existe d’histoire neutre et objective.
    Faut il rappeler toute histoire est un discours engagé sur le passé ?
    cf les relectures historiques de la Révolution, qui sont autant de relectures politiques de celle -ci, au XIX ème siècle .

    Faut il rappeler aussi les desatreuses réformes de ces dernières annes -et donc les reponsabilites politiques liées à ce sujet – : liquidation de la culture générare à l’entrée de l’IEP, histoire devenue facultative en terminale S, liquidation de l’histoire littéraire en première au profit d’objets d’etude, par le Conseil national des programmes présidé par Luc Ferry etc …

    Gilbert GUISLAIN Professeur de lettres et de culture générale

    1. Louis

      Il ne faut pas rappeler que toute histoire est un « discours engagé » sur le passé, il faut le montrer. Discours, oui, « engagé », pas nécessairement. Il va de soi qu’il y a plein de présupposés et de parti-pris dans tout discours de cette nature, mais on peut avoir la finalité d’une forme d’objectivité, au sens du discours le plus complet et embrassant possible. C’est même la condition sine qua non pour faire de l’histoire.
      Louis

  3. Régis de Merlis

    J’ai lu ce N° du « Figaro Histoire » que je trouve très bien « bâti »

    Concernant l’enseignement de l’histoire, qu’on le veuille ou non, et non obstant le contenu de l’enseignement, la logique la plus élémentaire met en évidence la necéssité de respecter la chronologie car tout événement est la cause de celui qui le suit.

    Cette analyse n’empêche nullement une approche conjointe de la pédagogie événementielle qui reposera justement sur ce lien antre l’antérieur et postérieur

  1. L’enseignement de l’histoire, suite » Pensées pour le jour qui vient

    [...] « Pourquoi enseigner l’histoire ? [...]

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