España no se rinde

Intervention lors de la séance plénière de novembre, à Strasbourg

« Quelle tristesse absolue de voir aujourd’hui l’Espagne, un si grand pays, otage de si misérables manœuvres.

Dans mon pays aussi, en France, nous avons eu une loi d’amnistie, après des divisions historiques extrêmement douloureuses. Mais elle avait été annoncée avant les élections, et non improvisée après. Elle avait été débattue en public, avec les citoyens, et non préparée en secret avec des condamnés. C’était l’avenir d’un pays qui était en jeu, et non la survie d’un gouvernement fragile.

J’ai une question très simple pour nos collègues socialistes ici présents, pour les amis de Pedro Sánchez : l’un d’entre vous a-t-il défendu cette rupture d’égalité entre les citoyens du peuple espagnol, avant le vote de ce même peuple espagnol ? C’est une question très simple. Pourquoi, chers collègues socialistes, répétez-vous qu’il ne s’agit là que d’une question interne, et qu’elle ne concerne en rien l’Europe ? Vous avez toujours été si virulents, si insistants lorsque vous critiquiez la Hongrie ou la Pologne à propos de l’état de droit ! Et c’est bien de l’état de droit dont nous parlons en ce moment.

Le fait que la loi s’impose à la politique – et non des intérêts politiques de court terme, à un ordre juridique confirmé par le peuple – est le pilier même de la démocratie depuis que ses fondements ont été établis il y a 25 siècles avec la naissance de l’esprit européen. Voilà pourquoi nous sommes ici aujourd’hui. Nous qui écrivons la loi, nous n’avons pas le droit de la détruire. Parce que cela aurait un nom : la corruption.

Un dernier mot à tous ceux qui en Espagne sont en ce moment engagés pour défendre l’état de droit et la liberté :

Queridos amigos españoles, ¡ánimo! España no se rinde. »


À lire également : chronique de Manfred Weber et de François-Xavier Bellamy parue dans l’Opinion le 19 novembre 2023

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Il serait impensable pour les institutions européennes de simplement fermer les yeux sur le cas de l’Espagne.

Sept. Voilà le nombre de voix pour lequel Pedro Sanchez a accepté de troquer ses derniers principes démocratiques, et au passage ses promesses de campagne, contre l’assurance de rester Premier ministre. Car pour obtenir ces sept voix jeudi dernier à la chambre des députés espagnole, le Premier ministre socialiste a dû offrir aux séparatistes catalans une loi d’amnistie sur mesure, pire même, une loi d’impunité.

En lavant les délits commis « dans l’intention de revendiquer, promouvoir ou obtenir la sécession ou l’indépendance de la Catalogne », il donne, en effet, un blanc-seing aux pourfendeurs de l’unité de l’Etat ibérique. Il offre également une victoire hautement symbolique à leur chef, le fugitif Carles Puigdemont, installé en Belgique depuis six ans et faisant l’objet d’un mandat d’arrêt en Espagne.

Enfin, il montre le vrai visage d’un politicien prêt à tout pour conserver son pouvoir et celui de sa famille socialiste, nouant des alliances douteuses sous le faux prétexte de garantir la paix sociale entre la Catalogne et Madrid. La démocratie en Espagne repose sur des bases saines. Son système juridique et judiciaire est efficace. En ce sens, gageons que l’annulation soudaine de milliers de condamnations d’indépendantistes entrainera une cascade de procédures devant le Tribunal constitutionnel.

Néanmoins, le pays ne peut seul faire face aux conséquences de cette loi d’amnistie.

En effet, alors que sous l’impulsion de Donald Tusk, la Pologne affirme son attachement à l’Etat de droit, il serait impensable pour les institutions européennes de simplement fermer les yeux sur le cas de l’Espagne.

Quand le Conseil général du pouvoir judiciaire, organe clé chargé d’assurer l’indépendance de la justice, tire la sonnette d’alarme, nous devons l’écouter.

Quand des dizaines d’associations, de représentants d’entreprises, de fonctionnaires s’inquiètent de la situation, nous devons les écouter.

Quand, enfin, des milliers d’Espagnols défilent dans tout le pays, nous devons les écouter. Fermeté. Face à ces appels de détresse, la Commission européenne ne doit pas faire du « deux poids deux mesures ». Elle doit se montrer ferme et dénoncer cette loi d’amnistie, notamment ses dispositions concernant l’indépendance de la justice. Les principes mêmes d’Etat de droit, sur lesquels sont fondés l’Union européenne et l’ordre constitutionnel espagnol, exigent le respect absolu de la séparation des pouvoirs et une réponse à la hauteur des enjeux pour le pays, mais également pour l’intégrité de l’Europe.

Car ne nous y trompons pas. Certes, Sanchez a réussi à conserver le pouvoir, mais le prix à payer sera tôt ou tard l’organisation d’un nouveau referendum d’indépendance en Catalogne. Avec des conséquences hautement imprévisibles…

Manfred Weber est député allemand au Parlement européen, président du groupe Parti populaire européen (PPE) François-Xavier Bellamy est vice-président exécutif des Républicains, député au Parlement européen, ou il préside la délégation française du Parti populaire européen (PPE)


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