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Avr 23

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Une loi déjà dépassée

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Alors que la loi Taubira doit être votée aujourd’hui, je propose dans le Figaro quelques éléments de réflexion pour mettre en perspective le débat que nous avons connu dans les derniers mois, et ses conséquences de long terme.

Je crois profondément que nous avons toutes les raisons d’espérer, si l’espérance est autre chose qu’un optimisme facile. Je voudrais que ce texte puisse exprimer ce que nous sommes si nombreux à ressentir en ce moment. En l’écrivant, je pensais en particulier à ceux qui auront été précurseurs, dans la génération de nos aînés. A ceux qui auront porté le mouvement qui a fait de ce débat, malgré le vote d’aujourd’hui, une victoire paradoxale. A ces parlementaires qui ont défendu, avec tant de courage et de persévérance, les convictions que notre société semblait ne plus vouloir entendre.

Et je pense enfin tout particulièrement aux veilleurs qui se relaient, jour après jour, pour que soit entendue, dans leur silence, une exigence de justice et de vérité que rien ne saurait faire taire.

 

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Le projet de loi Taubira devrait être voté aujourd’hui à l’Assemblée Nationale, au terme de plusieurs mois marqués par une contestation intense du mariage pour tous. Le plus frappant est la distance croissante qui s’est installée entre la réalité de cette contestation et sa représentation dans le monde politique et médiatique. A force de jouer sur les caricatures, la majorité a fini par ne plus rien comprendre au mouvement qui naissait sous ses yeux ; et les journalistes, pour la plupart, n’ont pas su rendre compte de la nouveauté d’un élan qu’ils ne savaient comment interpréter. L’accusation permanente d’homophobie, la projection fantasmatique d’une nouvelle ligue réactionnaire, l’épouvantail de la « radicalisation »… Ces indignations hors sujet révèlent seulement combien nos gouvernants se sont coupés des citoyens, en préférant répondre à leurs inquiétudes par le mépris plutôt que par le dialogue. Murés dans leurs certitudes, comment pouvaient-ils comprendre ce qui se passe ?

Oui, quelque chose est en train de se passer. Une révolution silencieuse, intérieure, inattendue et si difficile encore à décrire. Au fond, par sa surdité poussée jusqu’à l’absurde, le gouvernement aura rendu un immense service à ceux que la loi Taubira heurtait. Il nous aura permis de prendre vraiment conscience de l’importance du combat : la crispation de la majorité, depuis le début, donne la mesure de ce qui est en jeu, et le refus du débat indique bien que ce n’est pas un progrès qui se prépare. Surtout, la tentative permanente pour nous exclure du jeu démocratique nous a obligés à réinventer nos moyens d’expression, à clarifier encore le sens de notre action, et jusqu’à renouveler l’idée que nous nous faisions de notre rôle dans cette période. En ce sens, la majorité ne le sait pas encore, mais elle a déjà perdu. La loi Taubira sera sans doute votée aujourd’hui, et peut-être promulguée demain – à moins que le François Hollande ne se souvienne à temps que son premier engagement était la République apaisée. Mais quoi qu’il arrive, cette loi est déjà périmée ; et on ne s’en souviendra bientôt plus que comme d’un contresens historique étonnant.

La radicalisation que le gouvernement dénonce, il en est le seul responsable, pour avoir installé la tension par la provocation, et n’avoir jamais répondu qu’à des violences marginales. Pour la majorité d’entre nous, cette accusation nous aura seulement conduits à rechercher une paix plus radicale encore. On nous a reproché de diviser, et nous avons mieux compris la valeur de notre unité, de la nécessité de rechercher en vérité le bien de toute la société, et non la défense d’une communauté d’intérêt ou d’idéologie. On nous a accusés de parler au nom des valeurs d’une caste, d’une confession, et nous avons peu à peu éclairci les raisons profondes de notre opposition d’aujourd’hui – qui sont les raisons de notre victoire prochaine.

Si nous nous opposons à cette loi, c’est parce qu’elle ébranle en profondeur l’essence même du lien familial. En faisant reposer la filiation uniquement sur la volonté, elle fait de l’enfant le jouet des projets d’un adulte, qui ne sera plus « parent » que par l’effet momentané de son désir. Le mépris affiché pour la « filiation biologique » témoigne seulement de la rage froide de l’individu contemporain qui voudrait que rien, et surtout pas la réalité charnelle de la différence des sexes, ne puisse résister à son projet. Cette haine des corps, dont témoigne le nouveau dogme du genre, est inspirée par un consumérisme absolu qui, après avoir déstabilisé tous les pans de la société, atteint aujourd’hui la famille : un enfant si je veux, quand je veux, comme je veux.

Cet individualisme ne concerne pas spécifiquement les homosexuels ; le dénoncer n’a donc rien à voir avec de l’homophobie. Il s’agit seulement de rompre avec les rêves dangereux d’une génération dépassée : pour avoir donné partout le primat à l’immédiateté des revendications individuelles, nos aînés auront tout déréglé. La finance devenue folle, la dette sans cesse accumulée, les déséquilibres du marché de l’emploi, les ressources environnementales surexploitées… : autant de conséquences d’une même erreur, qui a consisté à se révolter partout contre les limites qui s’opposaient à nos pulsions consuméristes. Partout, un même individualisme a détourné le sens de la loi, revendiquant pour l’intérêt immédiat et particulier ce qui devait servir au bien durable de la société. Nous affranchir maintenant de l’inscription de la fécondité dans la dualité des sexes, c’est prolonger cette immense régression. D’autres pays occidentaux font ce choix ; tous le regretteront bientôt. Loin de créer de nouveaux droits, cette loi offre aux homosexuels un mariage désormais vidé de son sens et de son efficacité : plus de stabilité dans ce monde désincarné où seul compte le désir de l’individu. La dérégulation ultralibérale aura connu une nouvelle et prodigieuse étape, et avec elle la dissolution de tous les liens qu’elle aura partout suscitée. Je ne peux m’empêcher de plaindre ces hommes et ces femmes de gauche dont la générosité sincère, qui pensait promouvoir l’égalité, aura seulement servi l’ultralibéralisme qu’elle a combattu partout ailleurs.

Mais loin des politiques, dont beaucoup auront confondu une fois de plus le sens de l’histoire avec le sens du vent, une majorité de Français a vécu une prise de conscience. De cette fausse piste, nous voilà définitivement revenus : nous avons compris qu’elle ne conduisait qu’à la crise pour tous. Cette crise, dont la jeunesse paie le prix fort, nous aura au moins guéris du culte de la consommation et des folies de la toute-puissance. Elle nous réconcilie, dans notre fragilité, avec la mesure que la réalité naturelle impose parfois à notre désir. Et c’est sans doute pour cela que tant de jeunes, si loin de tous les clichés, se sont mobilisés contre cette loi. Le clivage générationnel n’était pas où on l’attendait. Il s’est passé quelque chose d’inédit : face aux fantasmes irresponsables de la génération Bergé, une nouvelle génération s’est levée. En inondant largement les manifs, en inventant de nouvelles formes d’engagement, veilleurs, volontaires, blogueurs, des centaines de milliers de jeunes ont témoigné avec force de leur espérance. Ils ne veulent plus détruire des normes, mais reconstruire le lien social. Ils ne proclament plus qu’il est interdit d’interdire, mais que la loi doit servir le plus faible et le plus petit. Parce qu’ils veulent lutter contre les discriminations et contre l’injustice, ils se sont opposés à une réforme qui fait de l’enfant une variable d’ajustement. Ils veulent donner à notre démocratie l’exigence de vérité et l’élan d’authentique générosité dont elle a tant besoin. Au moment où le législateur trahit l’avenir une nouvelle fois, cédant par idéologie à une régression sans précédent, ils savent que son vote est déjà dépassé, et que cette loi est anachronique. Ils sortiront bientôt de cette erreur historique, non pour revenir en arrière – mais pour repartir vers l’avant. Ils n’ont plus peur. Ils sont l’avenir.

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(52 commentaires)

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  1. Billie

    Chapeau.
    La fin est juste magique : impression d’être en haut d’une colline, sous fond de « La Révolution est en marche! », un drapeau français empoigné, surplombant une ville fourmillante de vie.
    On a besoin d’articles comme celui-là ! On a un petit peu moins l’impression que les heures à parler de la Manif’, à débattre, à se faire insulter, ridiculiser, n’ont pas servi à rien, et que oui! il y a encore quelque chose à faire.
    Merci ! 🙂

    1. Descamps

      Tout à fait d’accord. J’ai perdu quelques amis dans l’affaire personnellement, mais quand je lis de belles choses comme ça, je me dis que si j’ai pu faire changer d’avis une seule personne, ça valait le coup.

  2. Félix

    Mais c’est un beau programme de gauche!

    En tant que socialiste j’approuve!. Dommage que les partis qui s’opposent au mariage pour tous (UMP, FN) défendent avec acharnement l’individualisme et le chacun pour soi au nom de la lutte contre l’assistanat…Les mêmes qui dénoncent les excès du libéralisme financier critiquent critiquent toute mesure de régulation (régulation bancaire, taxe sur les flux financiers…).

    Il est aussi injuste d’assimiler les opposants au « mariage pour tous » à des homophobes. La plus part ne le sincèrement pas, même si une minorité d’entre eux cache à peine son rejet de l’homosexualité…

    Mais je vous pardonne ces quelques contradictions, j’apprécie votre analyse. Intéressante et bien construite. Progressistes et conservateurs sont deux forces vitales pour une société. Ils doivent se respecter. L’inertie est parfois salutaire, le progrès souvent nécessaire pour éviter la sclérose. L’optimisme du progrès doit être modéré par le pessimisme de de la prudence. Cette rencontre est la mère de la sagesse.

    1. KPM

      Excellent commentaire, j’approuve tout !

    2. Olivier

      Tout à fait d’accord avec votre commentaire. Merci !

    3. Olivier

      Je comprends votre réponse mais elle me paraît un peu approximative.
      Le FN serait ultra-libéral ? Il est plus à « gauche » actuellement que le PS sur ces questions (rappelons qd même que beaucoup d’institutions financières internationales, qui ont réalisé la dérégulation, ont été dirigées par des socialistes français… Pascal Lamy, Dominique Strauss-Kahn…).

      Par ailleurs ceux qui sont à l’UMP très actifs sur les questions morales – n’ayant pas peur du mot – ont plutôt une optique prônant la régulation bancaire et pas le « chacun pour soi », conformément à la doctrine bancaire. Mme Boutin, M. Poisson, ne sont pas des promoteurs du capitalisme égoïste, que je sache.
      La cohérence est là.

      1. Félix

        Le FN est protectionniste et anti libre échange, en ce sens il est sur la même ligne que Mélanchon et le Front de Gauche. Par contre si vous lisez son programme en matière de protection sociale, de rôle de l’Etat, il assume clairement une option libérale.
        Quand à la frange sociale à l’UMP, elle existe c’est indéniable. Mais je ne pense pas que l’odre moral prôné par l’UMP est bien différent avec l’odre juste du PS.
        Certains de mes amis catholiques (je suis croyant mais non pratiquant) men disent qu’ils trouvent normal que chacun reste à sa place dans la socité. « Les os du pieds ne doivent pas chercher à monter au cerveau » comme le disait le fondateur de l’Opus Dei. Cette résignation est injuste et je veux la combattre: je crois en la méritocratie.

  3. remseeks

    Bravo et merci pour ce message. Même si tout reste à faire, même si ma génération aux cheveux qui blanchissent ne peux pas être fière, mettons-nous au travail avec la génération montante pour refonder ce lien social si délité aujourd’hui !

  4. Charles Vaugirard

    Très beau texte ! Bravo !

  5. Amélie

    Merci pour ce texte plein d’optimisme ! Le fruit de cette mobilisation a des chances d’être extraordinaire et, en tout cas, pour toute une jeune génération, d’être fondateur. Chacun se croyait seul ou presque dans son coin et voilà qu’ils se découvrent si nombreux à partager beaucoup plus que de simples opinions.

    Je reste néanmoins dans une perplexité profonde face à ce gouvernement qui semble considérer indécent que les gens affichent leur orientation religieuse sur leur lieu de travail, mais tout à fait approprié qu’ils inscrivent leur orientation sexuelle à l’état-civil.

  6. Xavier Malle

    Merci monsieur. Votre blog porte bien son titre. Pensées pour le jour qui vient.

  7. Romain

    Etant partisan de cette loi, je reconnais qu’il s’agit tout de même d’une très belle analyse, qui montre que même dans les combats les plus discutables comme celui-ci des convictions se forgent et iront alimenter le processus démocratique de demain. Je trouve cependant dommage que ça soit cette loi qui soit présentée comme le symptôme d’une société individualiste. L’Islande a voté une loi similaire il y a 3 ans, et pour avoir pu visiter ce pays il s’agit du peuple le plus soudé que j’ai jamais vu, qui a su se redresser après une grave crise et qui a gardé son unité ! Mais bon, il faut croire que la France restera toujours particulière…

  8. Jean Coupu

    L’article n’a aucun aspect ni allusion homophobe.
    Un bouleversement civilisationnel * sans précédent Les partis politiques ne sont pas constitués pour le faire.
    * le mot est un néologisme, la chose encore davantage.

  9. Joseph Gynt

    Bravo et merci pour ce message ! Oui une nouvelle génération se lève, et c’est aujourd’hui que tout commence !

  10. Jonathan

     » Le mépris affiché pour la « filiation biologique » témoigne seulement de la rage froide de l’individu contemporain qui voudrait que rien, et surtout pas la réalité charnelle de la différence des sexes, ne puisse résister à son projet. Cette haine des corps, dont témoigne le nouveau dogme du genre, est inspirée par un consumérisme absolu qui, après avoir déstabilisé tous les pans de la société, atteint aujourd’hui la famille : un enfant si je veux, quand je veux, comme je veux. »

    Il n’y a pas de haine du corps. L’évolution humaine n’est-elle pas faite pour contre carrer les lois acerbes de la nature ? L’homme ne peut pas voler, alors il invente l’avion, l’homme peut être naturellement stérile donc il met en place une institution d’adoption ? La nature est belle certes, mais inégale, et l’humanité se distingue des aux autres êtres vivants car il invente, crée pour contourner les problèmes que lui pose la nature. « la haine du corps » n’existe pas, mais la reflexion autour des innégalités naturelles, oui.

    Ensuite  » un enfant si je veux, quand je veux, comme je veux »; bon déjà, non ce ne sera pas en claquant des doigts qu’on devient parent, tout le monde sait que les procédures sont longues, demandent patience, courage et détermination (pratiquement autant que pour porter l’enfant durant 9 mois) . Ensuite, ce « un enfant si je veux, quand je veux, comme je veux » c’est pas déjà le cas aujourd’hui ? Une femme et un homme ne peuvent-ils pas avoir un enfant sur un coup de tête ?
    Rappelons-nous du fait divers où une quinzaines de jeunes filles décidèrent de tomber enceinte en même temps. Combien de couples font un enfant dans le seul espoir de rallum
    er la flamme de leur couple?

    Vous ne pouvez pas vous permettre de généraliser, votre article, c’est n’importe quoi.

    L’envie d’avoir un enfant n’est pas une pulsion d’achat comme vous pensez le croire, l’envie d’avoir un enfant est une envie durable, saine, NATURELLE et le fait de ne pas avoir la possibilité de pouvoir l’accomplir est une douleur

    Pour finir, je dirai que ça ne sert à rien de projeter dans le future ou d’essayer de se convaincre soi-même « qu’on a quand même gagné », parce que non vous avez PERDU, prenez en conscience, et si VOUS, MINORITE, avez perdu, c’est qu’il serait peut être bon de se remettre en question, face aux millions de personnes qui sont pour ce projet

    1. Liechti

      Vous écrivez : « L’homme ne peut pas voler, alors il invente l’avion, l’homme peut être naturellement stérile donc il met en place une institution d’adoption ? » S’agit-il d’un lapsus révélateur ? Comment pouvez-vous dire que l’adoption sert à donner des enfants aux personnes stériles, quand elle a pourtant pour vocation des donner aux enfants sans parents un papa et une maman ?

      1. Jonathan

        N’utilisez pas de concept de la psychanalyse sans savoir de quoi vous parlez, s’il vous plait.

        Par stérile, j’entends couple d’homme et de femme qui ne peuvent pas donner d’enfant, et couple d’homme et d’homme ainsi que les couples de femme et de femme qui ne peuvent également pas donner d’enfants

        1. Gilles

          Je pense que vous faites une double erreur !
          Tout d’abord, l’adoption n’est pas une « institution inventée par l’homme ». Elle ne fait que répondre au besoin impérieux pour un enfant d’avoir un adulte pour s’occuper de lui. La chose existe exactement sous cette forme chez les animaux.
          Par ailleurs, Liechti explique simplement, et très justement, que le seul but légitime d’une procédure d’adoption est de donner des parents à un enfant qui n’en a plus (quelle que soit la raison : décès des parents, abandon), et non pas de donner un enfant à des parents qui n’en ont pas (quelle qu’en soit encore la raison : stérilité, homosexualité). je ne comprends pas bien où vous voyez de la psychanalyse dans ce propos.

          1. Jonathan

            le terme « lapsus » est un terme de psychanalyse, vous êtes grotesque

            et ce n’est pas l’enfant qui adopte ses parents mais bien l’inverse désolé de vous décevoir
            et oui l’adoption est une institution créée par l’Homme; le besoin « impérieux » de l’enfant est compris par l’adulte qui va mettre en place une procédure pour lui permettre d’avoir des parents; on adopte pas comme on veut, d’où le terme « institution »

    2. Dan

      Entièrement d’accord. Depuis Rome, la filiation dans les pays ne se fait plus seulement sur le sang mais sur le DROIT. L’idée latine que la filiation ne repose pas que sur le biologique est pourtant ancienne dans ce pays. Rien de nouveau avec cette loi.
      Et pour ce qui est de lois « naturelles », je vous rejoins. L’Homme se bat depuis l’origine pour s’arracher de la l’implacable loi de mère Nature. Soigner les malades n’est-il pas contre nature puisque la maladie est naturelle?

    3. inhoc

      Il n’est de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Je ne chercherai donc pas à vous convaincre, mais seulement aider ceux qui voudraient répondre à des arguments aussi spécieux que les vôtres. Vous partez de l’idée que l’homme pallie aux failles de la Nature par ses inventions qui en contrediraient les règles. Mais dans tous les exemples que vous donnez, pas une seule fois les lois de la Nature ne sont transgressées.
      Quand l’homme invente l’avion, il utilise même les lois de la Nature pour le faire décoller, et l ‘homme ne vole toujours pas quelle que soient ses inventions! Il en est de même pour toutes les inventions même quand il s’agit de médicaments ou de prothèses. Ces mêmes lois de la Nature existent aussi pour la Nature anthropologique de l’homme, indépendamment de toute culture ou religion. Pour l’adoption, d’autres ont déjà abondamment répondu que cette institution ne pallie pas la stérilité des parents, mais l’absence des parents de l’enfant. C’est parce que vous regardez par votre nombril que vous imaginez le contraire. C’est ce que dit l’article quand il dit que l’enfant est devenu un objet. C’est à dire qu’on ne le pense pas à partir de lui, mais à partir de soi (sinon pourquoi le priver d’un père ET d’une mère, comme s’il n’y avait aucune réalité anthropologique dans cette nécessité?). Contrairement à ce qui a été affirmé plus loin, l’homme n’a jamais cherché à “s’arracher de l’implacable loi de mère Nature » autrement qu’en métaphore. Comment le pourrait-il puisqu’il en fait partie ? Il cherche à adoucir ces dures lois, qui sont aussi le Réel qui l’entoure, en les utilisant à son avantage pour mieux vivre. Mais toutes les fois qu’il a contredit ces lois, le réel s’est rappelé à son bon souvenir (souvenez-vous de l’aventure de la vache folle : un herbivore à qui on faisait manger de la viande!). Quand au fait que la filiation serait aussi juridique et non pas seulement biologique, c’est vrai tant que les lois sont elles mêmes fondées sur le biologique: aucune loi n’a le pouvoir de rendre réel ce qui ne l’est pas (la loi du calendrier de l’An II est le parangon de ces lois absurdes qui voudraient reconstruire le réel: des heures de 100 minutes et des journées de 10 heures!).
      Or la loi votée ne pallie rien des failles de la Nature, elle contredit la Nature. Si ce n’était pas le cas pourquoi tant de déni du réel, un tel refus du débat, une telle coercition parlementaire? Pourquoi arrêter des gens pacifiques qui récitent des poèmes une bougie à la main ou qui portent un vêtement dont le logo a été légalement déposé à l’INPI? Ne parlons pas de la manipulation des chiffres ou de la désinformation éhontée des médias. C’est à l’aune des slogans des deux manifestations (les pour et les contre) que l’on se fait le mieux son idée sur la question!
      Si ces lois de la Nature ne vous paraissent pas évidentes, comme elles le sont pour quiconque a du bon sens (et quels que soit sa culture ou son niveau d’étude), il vous faudra redresser votre intelligence en révisant Platon et Aristote (et la plupart des autres jusqu’à aujourd’hui d’ailleurs). Quant au fait que nous serions une minorité à avoir ce bon sens, je ne sache pas qu’aucune minorité pourrait rassembler plus d’un million de personnes dans les rues, tout milieux social et toute religion confondus. Une fois de plus, vous et les vôtres ne manifestez que votre déni du réel et votre aveuglement sans excuse.

      1. Jeff

        Ok pour la vache folle et la bombe atomoque et tout ce que vous voulez, l’Homme fait des erreurs mais apprends toujours à progresser grâce à cela. Mais que faites fous des milliers de malades sauvés par la Médecine, des enfants qui survivent aux maladies infantiles frâces à la Science, aux avions, sous marins…. C’est contre nature de voler? De soigner?
        Et révisez donc Aristote avant de dire n’importe quoi. Les philosophes grecs que vous citez parlaient de « Nature » pour décrire des lois morales (de Bien). Mais dans leur bouche Morale ne veut pas dire « Coincé ».

    4. Pierre

      Bj Jonathan,
      Je ne comprends pourquoi vous parlez de minorité en ce qui concerne les opposants à la dénaturation du mariage, alors que ces derniers représentent 56% des français, et que seulement 36% des français sont pour ce projet de loi.
      Par ailleurs, dans le monde, seuls 14 pays sur environ 300 ont adopté ce type de loi et trois viennent même de le rejeter.

      1. Jeff

        Les pays respectant les droits de l’homme étaient minoritaires il y a un siècle, sans parler de ceux qui laissaient les femmes voter….fallait-il renoncer par ce que nous étions peu de pays à montrer l’exemple?

  11. Berge

    Encore un très bon article de votre part François Xavier. Merci pour votre engagement efficace. J’aurai rajouté que la contestation pacifique qui se lève est en fait plus qu’une simple opposition au mariage homosexuel. Je pense que si cette loi avait dû être proposée dans les années 70 il en aurait été tout autrement de l’argumentaire des opposants, qui aurait été moins critique sur l’évolution de notre société que sur l’homosexualité en tant que telle, avec peut-être des positions plus caricaturales. Car à mon sens la nouvelle génération qui manifeste se lève contre un symbole: l’aboutissement, la dernière pierre jetée sur la mariage et de surcroît tout un système de valeurs morales. C’est-à-dire que nous ne sommes pas loin d’assister de leur part à un « anti Mai 68 » qui n’avait jamais vraiment eu lieu, tellement la bien-pensance dominante était devenue oppressante. Il ne manquerait plus que ce mouvement comprenne que la destruction des valeurs pourrait être en fait l’apanage stratégique, l’oriflamme de la société de consommation voulant tout transformer en valeur marchande, et patatra pour le système. C’est étrange mais en fait les véritables penseurs de gauche, aujourd’hui, ne seraient-ils pas ceux-là même que la majorité parlementaire conspue?

  12. franck

    Tres fort ! Tout est dit avec une grande clarté.

  13. coulon

    Merci pour ce texte qui m’apaise et me réconforte parce qu’il dit tout haut ce que je pense tout bas:nous gagnerons. D’ailleurs, c’est toujours comme ça que ça se passe. Il faut savoir attendre et , travailler pour se faire entendre, en attendant…
    La gauche a en effet enterré ses rêves et enfourché le cheval fou du libéralisme et du libertarisme. Je ne suis plus de gauche, à cause de cette gauche et parce que j’ai trop connu son art de l’amalgame, ses satisfactions face à l’Urss  » globalement positive », la façon dont une certaine EX G a détruit qqc en moi avec sa  » liberté sexuelle  » qui a profité à qqs pervers. Il y aurait des livres à écrire là-dessus.

    1. Pascal

      Vous n’êtes plus de gauche : moi non plus. pour la première fois depuis 1985 je tourne le dos à cette gauche sociétalo-libertarienne hors-sol et suffisante même si les militants sont de bonne foi.

  14. DarkPS

    Je respecte les personnes qui sont contre cette loi, sans toutefois m’empêcher de rire à l’écoute de leurs arguments. N’est ce pas hypocrite de taxer les homosexuels d’égoïstes, de personnes retranchées dans leur désir (de mariage ou d’enfant) lorsqu’on défile dans la rue contre une loi qui ne nous concerne pas ? N’est ce pas hypocrite de parader contre l’adoption homosexuelle pour « protéger les enfants » quand on refuse un lien de filiation et donc une délégation d’autorité parentale à l’autre personne qui a élevé l’enfant, et donc créé de l’insécurité juridique à l’égard de cet enfant ? La vérité c’est que bien que certains ne soient pas homophobes, la majorité sont dérangés par le fait que, quelque part, c’est « contre nature » de vouloir se marier avec quelqu’un de même sexe. Et les arguments (justifications) pleuvent. Cette loi, montre le vrai visage de la France. Vivement sa promulgation…

    1. LCLC

      Ben justement, défiler contre une loi qui ne change rien à notre petit confort perso, c’est le contraire de l’égoïsme.

      Quant à la délégation d’autorité parentale, n’y avait-il pas d’autre moyen que de bouleverser le droit de la filiation ?

      1. Fred

        Mon mari élève avec moi ma fille, que j’ai eue avant notre rencontre. Est-ce pour autant qu’il prétend à un quelconque droit de paternité sur elle? Non. Je ne comprends donc pas les revendications surdimensionnées auxquelles on assiste et qui, oui, s’apparentent bien à de l’égoïsme.

    2. cfaha

      Pour info, avant promulgation de la loi, la délégation d’autorite parentale avait déjà été acceptee par la Cour de Cassation. Quant à l’insecurite juridique, oui. Mais elle provient de la fraude de personnes contournant la loi. La fraude à la loi crée de l’insecurite juridique?! Merci d’enfoncer cette porte ouverte.

  15. Fol Bavard

    Merci ! On est l’avenir et on va se battre pour qu’il soit le plus beau possible !

  16. PETIT

    Bravo, continuez et renforcez votre engagement politique si possible. On a vraiment besoin de vous, votre pensée est claire et sera suivie.

  17. Volant

    Voilà 45 ans que j’attendais inconsciemment de pouvoir lire ce que vous écrivez.Un très grand merci.Il nous reste à avoir le courage de continuer avec le souci constant du respect de la vérité et de la justice.COURAGE !

  18. NewParadigm

    Merci pour cette réflexion dont je partage entièrement la conclusion.
    Hollande, son parti, son gouvernement et sa majorité parlementaire ont poussé des millions de Français à se mobiliser, les ont insultés, les ont niés, les ont fait se sentir exilés dans leur pays, les ont coupés d’amis et de familiers et enfin les ont humiliés. Je pense qu’ils ne sont pas prêts de l’oublier.

  19. FALDUTO

    Merci beaucoup pour cet article!! comme d’habitude vous avez prendre de la distance. Cette loi qui vient d’être votée qui concerne un projet de civilisation aurait du être débattue autrement c’est à dire dans un cadre calme et comme vous le faites. Malheureusement ce gouvernement de gauche a voulu imposer son idéologie. Il était possible de voter un autre texte ou de réféléchir à la situation de l’homoparentalité. Attendons la décisions du Conseil constitutionnel

  20. El_Tonioo

    Non, pour moi les lois humaines ne sont pas faites pour contrecarrer les forces de la nature. L’avion est un moyen mais ne vient pas changer la nature de l’homme. Essayez de vous greffer des ailes pour faire de vous un ange… C’est justement le drame de l’idéologie moderne: l’Homme se croit tout puissant et Maitre absolu de toute nature. Ca cher ami, c’est une idéologie extrêmement dangereuse qui nous conduite tout droit à une terrible dictature, dont on voit déjà les prémices aujourd’hui…
    Concernant l’adoption, votre propos est juste mal tourné. Il ne s’agit pas, à la base, de donner des enfants à des couples stériles, mais de donner des parents à des enfants orphelins. Lapsus sur « l’enfant objet »?
    Concernant le parallèle avec les couples hétérosexuels, c’est tout à fait juste que parfois certains couples peuvent tomber dans le piège de l’enfant pour eux et pas pour lui-même. Sauf que concernant les personnes homosexuelles, « avoir un enfant « signifiera PMA ou GPA, avec dans les deux cas une objetisation de l’enfant : lisez les témoignages sur GPA/PMA l’enfant est décrit presque comme un produit. Et une fois que cet interdit de l’objetisation de l’enfant est levé, alors on arrive à la sélection des embryons… et donc à l’eugénisme.

    Bref, il me semble que, concernant les personnes homosexuelles, nous touchons plus le sujet en évoquant l’envie naturelle très forte d’avoir un enfant et la souffrance de l’incapacité à procréer, puisque le couple homosexuel est naturellement stérile. C’est une souffrance terrible, face à laquelle il n’y a pour seule réponse que la recherche apaisée des autres fécondités possibles (autre que par la procréation) des personnes homosexuelles: fecondité sociale, professionnelle,… Mais en aucune manière cette souffrance ne peut justifier de contrecarrer la nature et d’objetiser ou marchandiser l’enfant et le corps de la femme à travers la PMA et GPA, et de glisser lentement mais surement vers un monde eugénique, vers un monde qui deshumaniserait l’Homme lui même par toutes les techniques qui seraient mises en place pour satisfaire les désirs contre-Nature. Ce serait une dictature moderne ou la satisfaction du désir individuel au mépris de toute loi serait la règle…

    Non, le désir de l’Homme, aussi légitime soit-il, n’est pas absolu, autrement ce type de fonctionnement conduit au chaos.

    Bien à vous

    1. Jonathan

      « l’Homme se croit tout puissant et Maitre absolu de toute nature. Ca cher ami, c’est une idéologie extrêmement dangereuse qui nous conduite tout droit à une terrible dictature, »
      Une dictature ? Quelle dictature ? Vous ne pouvez pas citer un régime politique dans une reflexion anthropologique sans en définir la notion precisement ; l’Homme ne se croit pas tout puissant , l’Homme a simplement les CAPACITES à modifier son environnement, alors autant le faire pour de bonne cause. Si je suis votre logique, l’homme doit se restreindre à vivre sans avancée, sans évoluer car oui l’évolution pour l’homme c’est bel et bien le fait de créer et d’inventer, et non de voir sa morphologie s’adapter à son environnement. Nous avons passé un cap où nous nous devons d’avancer, d’évoluer, la stagnation n’est pas permise puisque nous avons déjà sauté à pieds joints dans la mise en place de stratégies pour contourner les lois naturelles
       » L’avion est un moyen mais ne vient pas changer la nature de l’homme. Essayez de vous greffer des ailes pour faire de vous un ange… » : la finalité est la même : voler. Cet argument est strictement ridicule et ne mène nulle part, nous ne voulons pas changer la nature de l’Homme mais inventer des outils qui pourraient la dépasser, et dépasser la nature n’est ni un acte blasphématoire ni un sentiment de supériorité divine puisqu’elle fait partie même de la nature humaine
      « . Il ne s’agit pas, à la base, de donner des enfants à des couples stériles, mais de donner des parents à des enfants orphelins. » pensez-vous vraiment que les couples hétérosexuels adoptent pour simplement « sauver l’enfant » et lui donner des parents ? Vous n’admettez pas que l’envie d’avoir un enfant comporte une part narcissique, certes vous pouvez le faire pour l’enfant, mais vous le faites aussi pour vous; il n’y a rien de honteux à cela, l’amour même a une part narcissique. Vous projetez sur cette loi ce qui existe déjà en chacun de nous, le désir narcissique dans la descendance
      Si je suis votre raisonnement, alors pourquoi procréons nous ? Pourquoi alors qu’il y existe des milliers d’orphelins dans le monde entier ? Pourquoi ne pas se dire, « je peux donner naissance à un enfant, mais je préfère donner des parents à un enfant orphelin  » ? Et bien parce que on veut « notre » enfant on veut « son » enfant, cette part narcissique est présente partout et pour tous
      Pour finir  » C’est une souffrance terrible, face à laquelle il n’y a pour seule réponse que la recherche apaisée des autres fécondités possibles (autre que par la procréation) des personnes homosexuelles: fecondité sociale, professionnelle,… » ; j’aimerai que vous me définissez ce qu’est la « fécondité sociale et professionnelle » , je suis curieux.

      Pouvez vous, vous mettre à la place d’une personne stérile, d’une femme ou d’un homme qui ne peuvent pas avoir d’enfant. Imaginez-vous la pression sociale, dès l’enfance, on attend de nous une descendance, « quand est-ce que je serai grand mère » aujourd’hui pour être une femme accomplie, il FAUT donner naissance, ceci forme la norme sociale; alors quand vous avez intériorisé cette norme, quand vous projetez d’avoir des enfants un-e conjoint-e , une famille, que votre entourage attend ça de vous, que vous voyez votre futur par cette seule alternative même, et qu’un jour à l’âge de 20 ans, vous apprenez que vous ne pouvez pas donner naissance (qu’importe la cause), pouvez vous imaginez la déception ? Le futur idyllique détruit ? Les attentes inassouvies ? Se reconstruire ? Une envie construite depuis tant d’années à donner de l’amour à des enfants qui ne viendront finalement jamais ?
      Dites-vous à ces personnes d’abandonner tout ça pour « avoir un meilleur emploi » ? Vous rendez-vous compte à quel point le manque d’empathie est sidérant ?

      1. El_Tonioo

        Si je reprends vos différents points:
        – Oui, s’affranchir de toute éthique au nom des progrès de la technique et mettre cette technique au service de ses désirs c’est la porte ouverte vers une dictature, car cela peut conduire à l’eugénisme, au clonage, aux exploitations diverses et variées. Oui à la technique, au progrès, mais orienté vers le bien de l’homme, pas vers une finalité qui au passage l’asservi ou le déshumanise. Par exemple: oui à la médecine qui peut avancer dans le traitement de maladies jusque là incurables ( SIDA, Cancer, etc). Non à la médecine qui va bientôt servir à « fabriquer » des enfants via la PMA, fabrication qui impliquera un « tri », une sélection, éventuellement même le choix d’une couleur d’yeux, de peau, etc. Non à la médecine qui éliminera toute imperfection.
        Il y a de bonnes et de mauvaises façons d’utiliser la technique. L’utiliser pour fabriquer des enfants qui seront, dès leur origine privé d’un père ou d’une mère est une perversion, car cette blessure sera présente en eux.

        Instituer la PMA, puis la GPA, c’est dissocier la procréation de la sexualité. C’est déshumaniser la procréation. C’est banaliser le recours à une technique, qui ne sera pas limitée aux couples homos, puisque déjà on parle d’intérêt pour les couples hétéros. Et quel intérêt ? de procréer alors qu’on ne le peut pas ? On retombe dans l’interdit de la marchandisation des enfants et du corps de la femme, dans les dangers eugéniques, etc. Et pourquoi pas demain procréer sans avoir à subir les contraintes de la grossesse (vergetures, nausées, fatigue, etc) et avoir recours à une GPA de confort ?
        N’est-ce pas objetiser la procréation et déshumaniser cette chose si humaine, naturelle et merveilleuse qu’est le fait de donner la vie? Et pour éviter la marchandisation, les dérives etc, etc, on va avoir recours aux utérus artificiels? Bien sur, ca simplifiera tous les problèmes. Ne me parlez pas de fantasmes, ce n’est qu’un exercice de projection, à plus ou moins longue échéance.

        Quant à la souffrance de la stérilité, je ne l’ai pas vécu, car j’ai 3 enfants. Je sais et comprends le poids de la pression sociale, familiale et je partage votre point de vue. C’est d’ailleurs quelque chose que je trouve choquant et contre lequel j’essaye de lutter comme je peux. Cependant, la stérilité est une épreuve qu’ont connu plusieurs couples d’amis dont je suis proche et avec qui nous en avons beaucoup parlé.

        J’en connais 3. L’un n’a pas d’enfants, et a choisi de ne pas adopter. Ils ont fait le choix de développer d’autres formes de fécondité, en accompagnant comme tuteur un jeune en difficulté et en donnant une grande disponibilité à des engagements associatifs (ce qu’on peut moins faire quand on a des enfants). C’est une vraie fécondité, ils font beaucoup de bien et donnent de la vie à d’autres autour d’eux, à défaut de donner la vie.

        Un autre couple a choisi d’avoir recours à l’AMP, suite à une énorme pression du corps médical. Les traitements ont été extrêmement lourds, leur couple a bien souffert, et ils ont pu avoir 1 enfant puis un 2nd. Certes, la maman a fait l’expérience de la maternité, mais elle reste dans le fond profondément révoltée et sa souffrance n’est en rien réglée, car elle n’a jamais fait le deuil de sa stérilité mécanique et cette épreuve l’a marqué. Est-ce que la technique a résolu son problème? oui. Sa souffrance ? non, elle est très tourmentée.

        Le troisième couple que je connais a fait le choix de l’adoption, le choix de l’attente, du traitement administratif éprouvant, et heureusement à la fin de l’adoption de deux petits enfants, dont ils ne connaissent rien et qu’il faudra aimer avec leur histoire, même si les blessures compliquent leur vie plus tard. Ils sont très heureux de ce choix qu’ils ont fait en accueillant des enfants abandonnés qui sont devenus les leurs.

        Chacun son chemin, chacun son choix. Ils sont tous respectables. La fécondité peut s’exprimer différemment et elle n’est pas moins véritable. D’autre part, je constate juste que certains choix rendent sereins, d’autres moins. Je ne peux que compatir et accompagner ces gens qui font face à cette épreuve de la stérilité, je ne prétends rien d’autre.

        Maintenant, est-ce que cette stérilité est si insupportable que soit justifié de faire sauter l’interdit éthique de la PMA et de la GPA?

        Si l’homme respecte sa nature d’homme engendré par un homme et une femme il ne transgressera pas en mettant en place un artifice qui instrumentalisera de manière systématique la procréation. S’il respecte ses semblables y compris l’enfant à naitre, s’il respecte a vie et sa nature d’être humain ayant besoin d’une gamète femelle et d’une gamete male, alors non, il ne transgressera pas, il respectera le besoin qu’a l’enfant à avoir un père et une mère. Le fait que certains aujourd’hui défaillent à leurs responsabilités (parents absents ou défaillants, parents divorcés, etc) n’est en rien une raison pour justifier la privation de l’altérité.

        S’il choisit d’assouvir son désir de paternité/maternité (aussi noble et profond soit-il) en « fabriquant » des enfants, en détournant la technique pour sélectionner, faire naitre un enfant aux repères flous (gamètes/GPA/parents parfois tous différents), et le priver, dès l’origine d’un père ou d’une mère, de cette altérité naturelle dont il a besoin. Ce sera créer chez lui une profonde blessure, une source de souffrance, une quête d’identité insatiable. Alors si ce désir de paternité/maternité justifie de telle choses, ce désir devient absolu : ce désir satisfait l’adulte au mépris de l’enfant, le plus fort au mépris du plus faible. C’est instituer une tyrannie, une injustice en justifiant que ce qui est mal est bien.

        C’est pour cela que c’est un interdit. C’est pour cela que le faire sauter constitue un changement de civilisation : le désir individuel devient absolu, et cette idéologie mène à la deshumanisation de l’Homme.

        1. Jonathan

          Je suis fatigué d’échanger, il n’y a pas qu’une réalité, il y en a plusieurs; sachez seulement que la PMA et GPA n’impliquent pas la modification génétique, quand bien même on peut également accepté légalement la PMA et la GPA tout en refusant cette intervention (car sur ce point nous sommes d’accord que c’est n’importe quoi et que ça mène à la dérive, si et si seulement si il y a l’intervention dans le but est de choisir les caractéristiques de l’enfant)

          Après ce n’est pas parce que vos amis ont choisi de le vivre ainsi que nous sommes tous obligés de vivre comme eux, il n’est même pas question de « bon ou mauvais choix ».
          Et dans tout les cas, je pense que nous sommes trop éloignés socialement pour nous comprendre un jour.
          Ces lois passeront un jour ou l’autre comme la loi pour le mariage.
          Il n’y a pas de débat ou à convaincre ; c’est l’un qui l’emporte, l’autre qui souffre, et personnellement (je ne sais pas pour vous) j’ai déjà bien souffert de ma condition et de ma place dans cette société, il serait temps d’être accepté au sein d’une société normative

        2. Paysan

          Dommage que le débat ait été totalement escamoté (volé !) par Taubira et Bertinotti. Dommage que les lobbies LBGT et autres Act’up aient eu plus d’audience auprès de François Hollande que celui des anti-MPT. Car en fait, la pierre d’achoppement, le point extrême de désaccord était la filiation, pas le mariage ou l’union, ou le contrat civil. On aurait pu développer les arguments que vous avancez de belle manière aujourd’hui, mais trop tard. On aurait pu amener plus de monde à réfléchir. Mais c’est trop tard !. Néanmoins, il faudra garder tout cet argumentaire pour le futur combat de la PMA et la GPA. Et là, je crois, ce sera « hasta la muerte, siempre ».

          1. Victoire De Chateaubriand

            Malheureusement nous n’avons pas la possibilité de débattre. Malheureusement nous n’avons pas le droit d’exprimer nos opinions sans être insultés. Malheureusement nous n’avons pas notre mot à dire parce que n’avons pas le droit de participer au pouvoir. Malheureusement nous n’avons pas le droit de riposter et d’être révolté sinon nous sommes mis en garde en vue. Malheureusement nous n’avons pas le droit d’afficher nos idées et de s’habiller comme nous l’entendons, sinon nous sommes emmenés par la police. Big Brother nous surveille. Et oui, malheureusement nous ne sommes pas en démocratie. Dommage, il faudra attendre le siècle des Lumières pour la mettre en place. Quoique… peut-être que ça n’aboutira à rien, peut-être que des siècles après la démocratie ne sera pas réelle et effective.

  21. Titimario

    Que des contradictions !! Relisez-vous et vous découvrirez que vous êtes opposée à l’adoption… Le mariage civil homosexuel ne donne pas plus de droit à l’adoption que le PACS…

    1. Berge

      Oui mais à partir de la promulgation de la loi en France sera disponible pour les couples homosexuels une jurisprudence européenne qui permet aux aujourd’hui aux couples stériles d’adopter d’adopter par GPA et demain le permettra à ces nouveaux couples. En résumé c’est un mensonge du gouvernement de nous faire croire que la GPA n’est pas « à l’ordre du jour », que l’on soit pour ou non c’est un fait que cela s’appliquera au niveau européen.

    2. Xav

      à Titimario : bin si ==> le mariage ouvre le droit à l’adoption bien sûr ! alors que le PACS non.

    3. Xav

      Si Titimario, le mariage ouvre de fait le droit à l’adoption contrairement au pacs…

  22. Onvousditque

    En tant que semi-vieux, j’aimerais rappeler que, dans ma jeunesse, le sens de l’histoire était orienté par l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Pour tous nos intellectuels d’alors, il suffisait d’attendre que le grand soir arrive et, enfin, la révolution prolétarienne libérerait le genre humain.

    Et puis deux polonais inconnus se sont levés, le grand matin est arrivé et l’URSS ne figure plus que dans les manuels d’histoire…

    A méditer par tous ceux qui pensent être aujourd’hui dans le sens de l’histoire en poussant des réformes homicides.

  23. Léa

    J’avoue que cet article est bien écrit et a le mérite d’une saine argumentation. Cependant, les arguments anti mariage pour tous pèchent sur bien des points :
    – complexité contre simplicité : vous n’avez pas l’air de vous rendre compte que vous philosophez sur la nature Humaine, l’humanisation de l’homme et autres concepts pendants que des couples d’hommes et de femmes réclament la possibilité d’être légalement les parents des enfants qu’ils ont déjà.
    – le mariage civil est un contrat. L’égalité en droit est le 2e principe du 1er article de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Il s’agit donc de permettre à des citoyens de jouir de leurs droits en pouvant signer un contrat comme tout le monde. Ca ne ressemble plus à un certain idéal du mariage, on aurait pu décider que le mariage civil n’existait plus. Mais c’est un autre problème, et qui ne date pas du mariage homo.
    – la PMA existe déjà massivement pour les couples hétéros. Et ça n’a pas l’air de vous préoccuper plus que ça. Le discours catastrophiste sur la PMA est donc né depuis qu’il concerne les homosexuels. Mais à part ça, on n’a rien contre eux, c’est juste que nous hétéros on peut y recourir, pas les homos.
    – les couples homosexuels ne remettent pas en cause l’altérité sexuelle. Elle est fondamentale pour eux comme pour les hétéros. C’est bien parce qu’ils différencient hommes et femmes, qu’ils constatent leur amour pour ceux du même sexe, qu’ils sont homosexuels. Un gay, c’est un homme qui aime les hommes. Pas un humain indéfini qui aime un autre humain indéfini.
    – c’est bien de se croire dans le sens de l’Histoire, mais en fait peu à peu les homosexuels ont juste une vie normale. Dans quelques années ce débat aura l’air plus ridicule qu’autre chose. Et on se lamentera, à raison, de l’explosion des familles sous le coup de l’individualisme, que ces familles soient homoparentales ou hétéroparentales. Parce que ce qui fait souffrir les enfants, c’est la séparation des parents, le manque d’amour, et pas le fait que les parents soient homos ou hétéros.
    – concernant la PMA, on résoudrait bien des choses en sortant de notre vision très adulto-centrée de l’adoption. Une personne donne ses gamètes, une autre les reçoit. Pourquoi cela doit-il être anonyme? une femme accouche et confie son enfant à l’adoption. Pourquoi effacer cela dans un acte d’état civil qui établit une fausse filiation? Un enfant a des parents biologiques, ou des donneurs de gamètes. ils ont donné. D’autres personnes ont reçu, accueilli, aimé. C’est l’histoire de l’enfant, et celle des adultes aussi. A quand un droit qui dit le réel, qui reconnait la diversité des trajectoires familiales et les dons qui ont existé?
    Vivre dans des pays dits « pauvres » ou on est au moins riche de générosité permet de comprendre qu’un enfant vit très bien le fait d’être élevé par des parents qui ne l’ont pas porté et de savoir que telle voisine, amie, lointaine parente, a été enceinte de lui et a considéré comme un acte d’amour que de le confier à des personnes mieux à même de l’élever. Adopter n’est pas une honte. Donner ses gamètes non plus. Préférer donner son enfant, et pas sous X, mais de manière positive, non plus.

  24. Léa

    Exact, nous avons déjà gagné. Ces fadaises s’écrouleront parce qu’elles heurtent notre humanité de front et qu’elles représentent une régression à des états pré-humains (loi du plus fort/de la jungle, sexe dénué d’affect simiesque, négation du surmoi fondateur de l’humain). Autrement dit, elles sont inacceptables parce que nous devrions, pour les intégrer, cesser d’être des hommes. C’est virtuellement déjà out, fini, perdant. Juste une question de temps et de se battre pour que cela tienne le moins longtemps possible, parce que ces erreurs historiques font toujours des victimes au passage. Il s’agit d’en réduire le nombre au maximum.

    1. Léa

      PS à mon dernier commentaire : Inutile d’ajouter que je ne suis pas la même Léa que celle d’au-dessus

  25. florent

    « Mais quoi qu’il arrive, cette loi est déjà périmée ; et on ne s’en souviendra bientôt plus que comme d’un contresens historique étonnant. »
    Un contresens historique? alors que de nombreux pays nous ont précédé, et que les autres suivront petit à petit. Dans tous ces pays l’opposition entre progressistes et conservateurs existe bel et bien au sujet du marige homo. En France aussi où scoop les jeunes conservateurs existent. D’ici 30 ans il n’y aura même plus de débat, de même que de nombreux sujets polémiques il y a 30 ans ne font aujourd’hui plus débat. Le droit à l’avortement par exemple.

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