« Qu’a fait l’Europe pour empêcher l’écrasement inhumain du peuple iranien ? »

Tribune publiée dans Le Point

Qu’avons-nous fait ? Qu’a fait l’Europe pour empêcher l’écrasement inhumain du peuple iranien, opprimé depuis des décennies de « révolution islamique », et broyé depuis plusieurs semaines par la répression la plus sanglante de ce siècle, pour le seul tort d’avoir voulu retrouver sa liberté ?

 

Qu’a fait l’Europe pour assumer sa mission ? Car il ne s’agit pas de solidarité gratuite envers un peuple lointain, non ; il s’agit de soutenir une résistance qui combat un ennemi qui nous menace aussi, comme tout ce à quoi nous tenons. Il s’agit de protéger, avec le peuple iranien, ce que cet ennemi commun rêve de détruire jusque dans nos pays : la valeur de la vie humaine, l’esprit de la démocratie, la protection de la conscience, la liberté – et d’abord celle des femmes…

 

Tout cela, le régime iranien cherche à le détruire partout dans le monde. Il ne s’est pas contenté d’imposer le totalitarisme islamiste à l’intérieur de ses frontières. Il a tenté de l’exporter partout, à coup d’attentats, de guerres, de coups d’État, semant autour de lui la souffrance et le sang. Hezbollah, Houtis, Hamas : ses milices n’ont cessé d’allumer des incendies, d’attiser les conflits, d’asphyxier des peuples autour de lui. Il a confisqué pendant des décennies la démocratie libanaise, menaçant et tuant ceux qui tentaient de rendre à ce pays frère de la France sa souveraineté et son identité. Il a plongé le Yémen dans l’enfer d’une guerre sans fin, déstabilisant autour de lui les circuits maritimes les plus stratégiques du globe. Il a fait de la destruction d’Israël sa raison d’être, et a organisé, planifié, financé le plus grand massacre antisémite depuis la Shoah, dans le seul but d’empêcher la paix qui semblait enfin se dessiner par les accords d’Abraham : au moment où le noeud de tous les drames du Moyen-Orient était sur le point de se défaire, il a choisi de plonger dans l’horreur les populations d’Israël comme de Gaza, pour maintenir son étau de malheur et de mort. La chute du régime iranien serait pour le Moyen-Orient l’équivalent pour l’Europe de la chute du mur de Berlin.

 

Ce serait aussi une libération pour l’Europe et le monde occidental. Car les milices Iraniennes sèment aussi la mort dans nos pays. C’est le Hezbollah qui a commis, il y a quarante ans, les attentats alors les plus meurtriers contre des civils en France, rue de Rennes et dans Paris. C’est le Hamas qui, il y a quelques mois, préparait une série d’attentats criminels en Allemagne, avant d’être déjoué. Ce sont les milices  Iraniennes qui sont aujourd’hui au cœur du trafic de drogue dans le monde, détruisant des vies et défiant nos États. Qui sait que, de l’Amérique latine à l’Europe, le Hezbollah contrôle une part majeure du trafic de cocaïne aujourd’hui ? Le narcotrafic tue dans nos rues pour financer le terrorisme islamiste planifié depuis Téhéran.

 

Nos gouvernants savent tout cela. Font-ils semblant de ne pas voir ? Il y a maintenant trois ans, le Parlement européen demandait, à une écrasante majorité, que le corps des Gardiens de la révolution, épine dorsale du régime des mollahs, soit classé comme une organisation terroriste. En pleine révolte des femmes Iraniennes, nous voulions que l’Europe cesse de répondre par la honte au courage de Mahsa Amini et de celles qui la suivaient. J’avais fait interdire les publicités financées par la Commission qui proclamaient que « la liberté est dans le hijab. » Par cette classification terroriste, nous voulions aller plus loin ; nous voulions que l’Europe nomme enfin la réalité de la terreur islamiste. Mais ce n’était pas qu’un symbole : cette classification aurait permis, et permettrait encore aujourd’hui, de lutter contre les réseaux pilotés par le régime iranien pour étendre son emprise. Elle permettrait de tracer des flux économiques, de rendre visible des ingérences politiques, de couper les financements de la terreur islamiste, de gêner les stratégies de corruption et de déstabilisation, de compliquer puissamment toute la machine de mort du régime. Elle permettrait sans doute d’identifier des satellites au coeur de nos démocraties : comment expliquer qu’il y a quelques jours, à Strasbourg, les élus de LFI aient déposé impunément un amendement demandant de lever les sanctions européennes contre le régime iranien ? L’Ayatollah Khamenei avait félicité publiquement Rima Hassan pour sa « flottille pour Gaza » ; il est clair que la gauche française, dont l’histoire est tissée de compromissions avec la révolution islamique, n’enverra pas de flottille pour les femmes Iraniennes exécutées par la police des mœurs du régime iranien.

 

En détectant ses réseaux jusque dans nos pays, une telle classification permettrait donc de mieux défendre la sécurité du continent européen, de protéger nos démocraties, de traquer les liens entre le narcotrafic et l’islamisme, comme de soutenir les peuples arabes qui luttent contre la vassalisation. En isolant le régime, elle soutiendrait d’une manière peut-être décisive la lutte du peuple iranien, qui seul sans doute peut se libérer, et libérer le monde, d’un totalitarisme qui ne dure que par la terreur.

 

Alors qu’attendent nos dirigeants ? Car c’est bien aux États européens que cette décision appartient. L’Allemagne a pris l’initiative de la demander ; mais la France s’y oppose… Pourquoi ? Comment est-ce possible, après le bain de sang dont le monde entier a été témoin ces dernières semaines, malgré l’obsession du régime de plonger dans le noir un peuple entier pour le massacrer plus tranquillement ? De quelle preuve nos autorités ont-elles encore besoin ? Quelle relation notre diplomatie peut-elle imaginer sauver avec des criminels qu’aucun principe ne retient ? Combien de morts faudra-t-il encore compter, combien d’hommes désarmés, de femmes, d’enfants, dont même les corps sont volés par ces bourreaux, pour qu’enfin nos dirigeants acceptent de voir l’évidence ? Le régime islamiste iranien est un régime terroriste. Il est temps de le dire enfin, et d’agir en conséquence.