Dans le silence des statues

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« Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome

Et rien de Rome en Rome n’aperçois… »

Au XVIème siècle, Du Bellay écrivait ses Regrets, pour dire la désolation d’une civilisation disparue. Au XXIème siècle, c’est peut-être à Versailles qu’il pourrait contempler une civilisation qui s’effondre – la sienne, la nôtre… Les formes de cet effondrement ne sont peut-être pas les mêmes, mais c’est à ce même spectacle que nous allons convier cet été des millions de visiteurs : « Vois quel orgueil, quelle ruine… »

Au coeur en effet du jardin qui vit éclore parmi les créations les plus accomplies de l’art occidental, s’installe pour quelques mois l’un des plus purs produits de la culture contemporaine. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que, comme à chaque fois, le contraste est cruel pour notre modernité pourtant si contente d’elle-même. L’installation d’Anish Kapoor à Versailles est comme un révélateur implacable du vide absolu qui caractérise un art stérile. Bien sûr, les apparences sont sauves : le tout-Paris se pressera à l’inauguration, on fera de belles images, on écrira de grands commentaires. En installant ces oeuvres dans l’un des monuments les plus visités en France, on évite de toutes façons le risque d’un bide : il suffit de les infliger à des millions de visiteurs qui venaient là pour voir autre chose, et l’on est déjà certain de pouvoir se féliciter dans quelques mois des chiffres de fréquentation dont personne ne pourra dire qui les a vraiment suscités. Malheureusement, toute cette vanité ne cache pas la vacuité d’une production culturelle déjà morte de l’intérieur.

Tout l’art en effet consiste à révéler par le détour. L’oeuvre d’Anish Kapoor exhibe, et ne dit rien. Les jardins de Versailles étaient une immense métaphore, biologique, mythologique, cosmologique – une histoire du pouvoir et de la société, une histoire de la paix enfantée par la guerre, de l’harmonie du monde née du conflit infini des hommes avec la nature et la terre… Il n’est pas une allée, pas un bosquet, pas une statue, qui n’ait quelque chose à dire en silence, dans le mystère d’une parole muette dont la discrétion éveille l’intelligence. Cheminer dans ces jardins, c’est atteindre ce lieu où Baudelaire voyait la métaphore de l’art tout entier, ce pays « où tout parlerait / à l’âme en secret / sa douce langue natale… »

La métaphore, voilà tout l’effort de l’art occidental – et voilà précisément ce que l’art contemporain s’acharne à déconstruire. La finesse de la métaphore, voilà bien ce dont l’oeuvre de Kapoor est incapable. Avec une lourdeur grossière, elle installe au milieu de la grande perspective des tonnes de fonte rouillée, et, plus lourde encore que la ferraille, toute l’impudeur obsessionnelle de l’art contemporain. « Le vagin de la reine » : ce n’est pas là l’interprétation maladive d’esprits mal tournés, mais celle qu’en donne l’auteur lui-même… La peinture, la sculpture ont pendant des siècles apprivoisé le mystère des corps, Kapoor prostitue le plus intime. Il ne suggère pas, il exhibe. La révélation du poète, c’était celle « où l’indécis au précis se joint », « pas la couleur, rien que la nuance ! ». Ainsi chantait Verlaine : « c’est des grands yeux derrière des voiles, c’est le soleil tremblant de midi… » Au cru midi d’Anish Kapoor, les voiles ont été arrachés, et les corps sont « mis en bouillie. »

Mais tout cela n’est qu’un symptôme : de Kapoor à Paul McCarthy, l’art contemporain ne semble plus obsédé que par ses fantasmes primaires dont il marque les plus beaux lieux de notre patrimoine, comme un enfant qui n’arrive pas à se retenir. Sans aucune retenue, Kapoor transforme le tapis vert en « coin sale » (Dirty corner) – Freud aurait vu dans ces « petit coins » le symptôme typique d’une régression au stade anal. Symptôme, donc, et pas seulement d’une crise de l’art, mais de ce qu’il est généralement convenu d’appeler une « perte de sens », et de sens du corps en particulier. De la chair ne reste que le sexe, de la femme qu’un vagin, de l’altérité que le conflit (car ce vagin « prend le pouvoir »). Dans le « coin sale » d’Anish Kapoor, comme dans toute notre société, la pornographie a tué jusqu’à l’érotisme.

L’oeuvre de Kapoor, qui se complaît dans le « chaos », règne en majesté sur une culture en ruines. C’était le propre de la culture que d’ordonner, de clarifier, de distinguer. En elle pouvait mûrir, dans le silence, un sens à donner à nos vies : la culture contemporaine est criarde, mais elle ne dit rien. Pour masquer ce vide, on dira qu’elle « nous interroge ». Mais où est l’interrogation ? Le bavardage du commentaire masque mal notre impuissance. Le grand critique Didi-Huberman proposait une équation hélas encore vérifiée à Versailles : « Moins l’art transmet, plus il communique. »

Il ne reste qu’une occasion de sourire. Bien sûr, la provocation faisant son oeuvre, on va parler d’Anish Kapoor. Ceux qui oseront exprimer une réserve feront l’objet de l’habituel mépris des commentateurs autorisés. La cote de l’artiste va monter, nul doute que l’opération sera bonne. Mais après ? Dans cinquante ans, qui connaîtra Monsieur Kapoor ? Selon toute probabilité, un art qui ne veut rien transmettre n’engendrera pas d’héritiers. Il ne reste qu’à espérer que cet effondrement intérieur n’aura pas été définitif ; et que, dans cinquante, cent, et cinq cents ans, on écoutera encore dans le silence ce que, à chaque détour des jardins de Versailles, le sourire vivant des statues aura toujours à dire…

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versailles-statues-jardins_01

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En attendant, n’hésitez pas à profiter largement du Mois Molière, qui vous propose de retrouver le meilleur de la culture et de la création contemporaine partout dans Versailles… Toutes les informations sur le site www.moismoliere.com.

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11 réponses
  1. Aredius44
    Aredius44 dit :

    A Nantes, la Municipalité a renommé le « Musées des Beaux-Arts » en « Musée des Arts ».
    C’est clair. Pas besoin d’herméneutique.

    Quant à moi, je préfère lire Les amours de Psyché de La Fontaine que payer un voyage Nantes-Versailles pour voir l’oeuvre du génie Kapoor.

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  2. kdarsay
    kdarsay dit :

    il me semble amusant de noter que quelles qu’aient été les intentions initiales annoncées par Kapoor , son souhait est aujourd’hui de nier la recherche de scandale qu’on lui prête… et se démarquer littéralement d’autres démarches volontairement plus explicites !
    http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2015/06/18/03015-20150618ARTFIG00021-anish-kapoor-ce-vandalisme-temoigne-au-pire-de-la-force-de-l-art.php

    je trouve par ailleurs dommage qu’à aucun moment dans votre article n’ait été évoqué l’esthétique de l’oeuvre en tant que telle. j’aime l’idée qu’une oeuvre contemporaine puisse être « contemplée » pour elle-même… est-on ici si loin de la majesté des oeuvres de serra ?
    https://www.google.fr/search?q=richard+serra&espv=2&biw=1422&bih=1025&site=webhp&source=lnms&tbm=isch&sa=X&ei=UIyCVae9FcWqUYTXg_gE&ved=0CAYQ_AUoAQ&dpr=0.9

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  3. Thomas Drelon
    Thomas Drelon dit :

    Monsieur Kapoor,

    O for a Muse of fire, that would ascend the brightest heaven of invention!
    A kingdom for a stage! Princes to act and monarchs to behold the swelling scene!

    Monsieur Kapoor vous pouvez vous enorgueillir de participer à l’Histoire de France. Je ne saurai dire si vos créations contribuent au progrès en art mais concernant l’Histoire de France et l’histoire de nos démocraties européennes, votre œuvre fera date, if this be error and upon me prooved I’ver never writ nor no man ever loved.

    En guise de préambule et pour bien me détacher de ce que les Inrockuptibles – la plus idiote des presses de gauche de droit divin – nomment avec infiniment d’intelligence et du nuance la « fachosphère », je tiens à exprimer mon goût pour l’art contemporain et plus particulièrement pour ces évènements « Monumentaux » de ces dernières années1. De la poétique et puissante verticalité victorieuse d’un Richard Serra au bouleversant « Personnes » de Boltanski, pince du hasard, pulsation à la fois démoniaque et entêtante, machine dévoratrice des destinées humaines, presque que toutes ces installations du Grand Palais de ces dernières années valent bien qu’on s’y perde, qu’on y entre, qu’on y vive. Comme votre Leviathan si véritablement insondable, surprenant, inouï… Pénétration intime d’une fantastique oreille intérieure, ça rentre dans la fibre, dans l’oreille, dans le sang, ça vous enfante à vous-même comme le Verbe… Le Verbe.

    1 Je ne me sens aucun lien avec la vermine vichyste (Soral anc Co.) qui systématiquement s’en prend à l’art contemporain comme un repoussoir si facile à la complexité et à la réalité du monde contemporain.

    Mais que dire de votre intention sur Versailles ? Sur ce double mouvement du Parc et de la Salle du Jeu de Paume ?

    Vous ne vous en rendez certainement pas compte mais en posant vos œuvres en ces lieux si symboliques de la France de l’Ancien et du Nouveau Monde, vous participez peut-être au plus violent french bashing de l’Histoire.

    Enough Sir !

    Shame, shame, shame, let life be short else shame will be too long (Duke of Bourbon, Henry V)

    Le chaos de votre intention sur la Grande Perspective.
    Un an après les 400 ans de la naissance de Le Nôtre où – faut-il le rappeler – la Grande Perspective perçait à plusieurs kilomètres : c’est-à-dire à l’Infini, un an après cette célébration, disais-je, vous niez l’essence même de ce qu’est l’Art Classique qui de Raphaël à Le Nôtre place la Perspective comme axe majeur et comme principe même de toute construction poétique, picturale, architecturale.

    Quelle barbarie rousseauiste, romantique, germanique que la vôtre Monsieur ! La nature plus forte que la culture ! Vieille idée puritaine, protestante d’un autre temps ! La Nature, Gaia, cette fascination pour le retournement, les cloportes, l’humidité suintante, le refoulé, que sais-je encore ! Quel ennui ! Quel vieux débat foireux ! Tartufferie d’un autre âge ! Que le Typhus ayant emporté Schubert-le-Voyant emporte cette intention dénégatrice !

    Il va vraiment falloir faire votre éducation ! Leçon N°1 : Voltaire « Le Mondain » :

    Regrettera qui veut le bon vieux temps
    Et l’âge d’or, et le règne d’Astrée,
    Et les beaux jours de Saturne et de Rhée,
    Et le jardin de nos premiers parents ;
    Moi, je rends grâce à la nature sage
    Qui, pour mon bien, m’a fait naître en cet âge
    Tant décrié par nos tristes frondeurs ;
    Ce temps profane est tout fait pour mes mœurs.

    Leçon N°2 : cette lettre célébrissime à Rousseau de 1755 :

    J’ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain ; je vous en remercie ; vous plairez aux hommes à qui vous dites leurs vérités, et vous ne les corrigerez pas. Vous peignez avec des couleurs bien vraies les horreurs de la société humaine dont l’ignorance et la faiblesse se promettent tant de douceurs. On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre Bêtes. Il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j’en ai perdu l’habitude, je sens malheureusement qu’il m’est impossible de la reprendre. Et je laisse cette allure naturelle à ceux qui en sont plus dignes, que vous et moi.

    Oserais-je rappeler au Britannique que vous êtes que l’idée même du Jardin Anglais, la nature rendu à son « naturel » mais d’une manière totalement artificielle, retravaillée, ouvragée, conçue et pensée, cette idée est une idée toute française. Fantastique variation britannique du Songe de Poliphile de Colonna bréviaire de l’esthétique Renaissance et Baroque d’Europe.

    L’expression même d’un goût européen qui avait régné avec grandeur pendant des siècles. Nietzsche à propos de Mozart.

    J’en viens au double mouvement d’Histoire dont votre Geste est une parfaite illustration.

    Votre canon crachant du sang sous le toit de la Salle du Jeu de Paume, devant le salut romain (le premier salut « romain » de l’Histoire Contemporaine…) du Premier Maire de Paris, le citoyen Bailly, rappelle évidemment les irrésistibles caricatures britanniques (dignes du glorieux expressionnisme allemand !) où les excès de la Révolution Française sont croqués avec férocité, drôlerie et courage ! Pareil pour l’ère napoléonienne où le petit général corse d’extrême-gauche distribuant les Couronnes d’Europe comme des boutiques ou des échoppes à sa famille corse (Je (ne) demande (pas) pardon aux Bonapartistes !), où ce Bonaparte est caricaturé avec férocité et humour. Et où l’on voit parfois Pitt aussi ridicule que Napoléon, beau sens de l’autodérision que l’on ne peut retirer à nos cousins britanniques !
    Mais malgré l’indéniable talent et l’humour de ces caricatures – dont votre canon à chair est aussi l’héritier – se profile également une rage anti-française (et anti-catholique) qui prend ses racines bien loin.
    Dès 1688, à l’éviction du roi catholique Jacques II d’Angleterre par son gendre le Calviniste Guillaume d’Orange, les caricatures anti-françaises et anti-catholiques surgirent avec une violence infinie.

    Que la Révolution Française est entraînée une tragique guerre mondiale laissant 1 million de morts sur les champs de bataille de l’Europe est indéniable.
    Que la Révolution Française dans ses excès et surtout son Impérialisme idéologique (Terreur, Massacres de civil) ait préparée le terrain des totalitarismes du XXème siècle est indéniable.
    Que la Révolution Française ait non seulement enterrée (mais aussi déterrée) la Monarchie Française d’Europe et mis fin à l’Ancien Régime en Europe est indéniable.

    Mais la Déclaration des Droits de l’Homme, Monsieur, l’Abolition des Privilèges, la Constitution d’une Nation en Assemblée Nationale, sont des symboles puissants, qui comme les démocraties néerlandaises et britanniques, se doivent d’être un peu plus respectés.
    Gérer une pluralité de confessions, déclarer une confession « majoritaire » mais non « officielle », créer une nouvelle identité nationale, non plus fondée sur une appartenance confessionnelle mais sur une Idée, « D’abord Français, et ensuite Catholique ou Protestant » comme disait la Henriade de Voltaire !

    Ces idées qui président également à naissance de la Démocratie Néerlandaise, secouant le joug de la Très-Catholique Espagne, à l’anarchie féodale des héritages aussi absurdes que ridicules.

    Ces idées qui président à la naissance du Royaume-Uni de Grande-Bretagne se libérant de la dynastie écossaise des Stuarts (qui avaient pourtant crée ce Royaume en 1603 !), trop attachés à la monarchie absolue, au statut de roi de Droit Divin, au Catholicisme (et aux Bourbons…) et instaurant la monarchie protestante, parlementaire et modérée des Hanovre, ces idées se doivent d’être un peu plus respectées, plus que vos déjections jaculatoires néo-romantiques.

    (…)

    De la Basilique de Saint-Denis, s’agitent comme des Spectres inquisiteurs, la mémoire de 30 rois qui ont faits la France, à jamais hantée par ces princes privés du repos éternel. Nos rois, nos reines hanteront toujours l’imaginaire collectif comme des fantômes de l’Autre Monde.

    Et bien plus que l’exécution de Louis XVI, la fantomisation de la mémoire royale est peut-être la véritable morte, la Double Peine affligée à notre Mémoire Régalienne et Chrétienne en cette Nation.

    De Versailles et du retournement de la Grande Perspective élégamment nommée Vagin de la Reine, (quelle élégance cher Monsieur, quel tact de pornographe !) tombe un couperet plus violent encore. La pauvre Marie-Antoinette (est-ce elle ? mmm cachotier !) doit effectivement se retourner l’utérus dans sa tombe de voir encore sa mémoire aussi bafouée par un hystérique Iago de votre espèce.

    A vrai dire tout cela est une question de perspective, je vous plains, cher Monsieur, de nous boucher la perspective avec votre grosse cavalerie cacophonique.

    Comme à Jean-Sol Partre ne comprenant rien à Flaubert et Baudelaire, je vous répondrai avec les mots de Shakespeare :

    The man that hath no music in himself, nor is mov’d with concord of sweet sounds is fit for treasons, stratagems and spoils ; the motion of his spirit is dull as night and his affections dark as Erebus. Let no such man be trusted. – Mark the Music.

    Que l’homme qui n’a pas de musique en lui-même et ne peut être ému au concert harmonieux de sons si suaves est l’homme des trahisons, des intrigues et des déprédations. Les mouvements de son âme sont aussi vides que la nuit et ce qu’il aime est noir comme l’Erèbe. Qu’aucun homme de cette engeance ne soit cru ! Musique ! Shakespeare, Le Marchand de Venise

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  4. denis
    denis dit :

    Merci pour votre texte si lumineux, si clair et si poétique !
    Mais je crains que votre tribune ne soit pas publiée dans les grands journaux dont les propriétaires spéculent sur cet « art contemporain » et entretiennent le scandale autour dans un but essentiellement financier.
    Ils ne veulent pas entendre la Vérité sur cet art destructurant.
    Se rendent-ils compte qu’ils participent petit à petit à la destruction de notre civilisation ?

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  5. Alain
    Alain dit :

    Est-ce que ça coûte cher à installer ?
    Est-ce que l’art peut être laid ?
    Qu’est-ce que la beauté ?
    La beauté doit-elle avoir un sens ? Un prix ? Un coût ?
    Qui fait la politique culturelle et artistique ? Pour quoi faire ?

    Répondre
  6. Pauline
    Pauline dit :

    Bonjour,
    Je pense qu’il faut être à l’écoute de ce que disent ces artistes contemporains – créant le manque, le vide, le chaos… Ils appellent le plein, l’ordre…Et l’appellent parfois avec violence, un cri qui peut choquer.

    L’art depuis ses origines est un appel adressé au divin, il a pu le faire à travers l’harmonie et la louange dans un monde, heureusement baigné par les lumières de la Foi. Aujourd’hui, cette expression sombre, violente, tellurique, primaire, appelle avec véhémence une réponse. L’art d’aujourd’hui est un cri de désespoir d’hommes qui san<>br<>

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  7. Alex
    Alex dit :

    Merci! C’est un réel plaisir de lire vos réflexions justes et pertinentes!
    Cependant, nous constatons que toutes les sphères de notre civilisation (culture, éducation, famille…) tombent une à une dans une folie destructrice mais comment prendre le contrepied de cette tornade? Comment reconstruire sur des braises encore chaudes notre société si divisée et ne s’accordant même plus sur ses valeurs fondamentales? Autrement dit comment passer du constat perspicace aux actions qui redonnent du sens au sein d’une France désunie?

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  8. GAILLARD Véronique
    GAILLARD Véronique dit :

    Merci Monsieur Bellamy de mettre des mots si justes et si nécessaires sur ce qui heurte et désole si profondément: le malaise qui nous envahit à voir se creuser le décalage entre ce qui nous porte au quotidien, qui crée cette élévation, ce contentement de l’âme qu’elle recherche si fort pour vivre, est si grand que par moment on voudrait presque disparaître de ce monde qui lui correspond et la nourrit si peu!
    Merci encore…

    Répondre
  9. fleurt
    fleurt dit :

    Bonjour, je suis en tout point d’accord avec vous mais je pense que quelqu’un doit expliquer ce que fait Anish Kapoor: il ne s’agit pas ici de ne transmettre que « rien », mais bien de diffuser le néant et la destruction. En effet, je crois que la référence au chaos et à la mère « sale » est extrêmement précise. Il s’agit ici de représenter Gaïa, c’est-à-dire le retour du chaos originel, voué à la destruction de l’ordre olympien, de la famille, des arts (Apollon), et de l’humanité dans son ensemble. L’autre sculpture qui est un tourbillon d’eau s’enfonçant dans le sol représente probablement le Tartare. Anis Kapoor à mon avis, s’attaque parfaitement aux jardins olympiens de Versailles en y construisant de tels stéréotypes. Il décrit la résurgence de la Terre Mère criminelle et menteuse, promettant sans arrêt le pouvoir à ceux qui la servent pour mieux les détruire, et du chaos qui veut annihiler tout ce qui est humain, royauté, ordre, beauté, arts, et qui est personnifié par l’Olympe. Ce n’est donc pas de n’importe quelle reine, dont A Kapoor parle. Il parle d’une mère destructrice, qui enfante des monstres et le chaos pour que toute vie humaine soit impossible.
    De façon étrange, je n’ai pas encore lu cette analyse: est-ce que personne n’a la possibilité d’élaborer proprement sur ce thème? Il s’agit bien de construire un temp

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  10. Smyle
    Smyle dit :

    Cette critique est grossière. Elle méconnait l’intention profonde de l’artiste. La contemplation de l’art requiert un art autre : celui de l’herméneutique. Celui-ci, visiblement, vous fait défaut. Je renvoie le lecteur à cet article de La Croix qui éclaire le sens de l’oeuvre de M. Kapoor, au-delà de la grotesque et névrotique pudibonderie des directeurs de conscience…

    http://www.la-croix.com/Culture/Expositions/A-Versailles-Anish-Kapoor-repond-a-la-polemique-suscitee-par-ses-aeuvres-2015-06-05-1320224

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    • admin
      admin dit :

      Merci pour votre commentaire.

      Quant aux intentions de l’auteur, je ne crois les avoir aucunement trahies, puisque c’est à lui – et à lui seul – que l’on doit l’interprétation de son oeuvre comme « vagin de la reine ». Je ne pense pas que qui que ce soit aurait pu imaginer sinon une telle perspective de lecture. Cette description est, comme le rappelle l’article de la Croix que vous mentionnez, explicitement présente dans un entretien de l’auteur au JDD, ainsi que dans le catalogue de l’exposition. Il n’y a donc rien là d’une méprise.

      Quand à votre mention de l’herméneutique, permettez-moi d’en sourire (tristement). Car l’herméneutique est justement ce qu’un certain art contemporain tente de déconstruire, en tant qu’exercice de lien vers un « ordre qui nous dépasse » (selon la formule de Gadamer dans Vérité et méthode, l’un des textes fondateurs de cette discipline). Quand Anish Kapoor indique, dans le catalogue de l’exposition : « Je vais écorcher le tapis vert, l’éventrer tel un corps démembré », il tente précisément de défaire les conditions de possibilité d’une signification à atteindre. Or c’est là tout l’effort de l’herméneutique. Comme l’écrivait encore Gadamer, la grande question de l’herméneutique, qui naît de l’étonnement devant le fait même de la signification, est la suivante : « Que signifie comprendre ? Que se passe-t-il quand il y a compréhension ? »

      Les jardins de Versailles laissent place à un fabuleux travail herméneutique ; Vérité et méthode décrit d’ailleurs la vie de toute grande oeuvre comme un jardin fécond dont la vie sans cesse nouvelle se donne à connaître. Anish Kapoor, quant à lui, veut « éventrer » le tapis vert pour y ramener « le chaos. » Mais dans le chaos, il n’y a rien à comprendre ! Plus aucune herméneutique n’y est donc possible – ni non plus, pour reprendre votre expression, aucune contemplation…

      Fxb

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