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Industrie de défense : ces dépendances qui minent la souveraineté de nos États.

Entretien à Ouest France réalisé à l’occasion de la visite du SOFINS, le salon de l’innovation pour les forces spéciales.

Pourquoi venez-vous au Sofins, le salon des Forces spéciales ?

Parce que je veux être en contact direct avec ceux qui innovent au service de nos armées, et avec les militaires eux-mêmes, engagés aujourd’hui sur des théâtres d’opérations décisifs. Je siège au sein de la commission du Parlement européen qui suit les enjeux d’industrie et de recherche, et j’étais rapporteur sur le Fonds européen de défense : ce travail parlementaire pour soutenir nos soldats ne peut être utile que s’il s’appuie sur leur expérience et leurs besoins.

Sous l’impulsion de la France, la force Takuba actuellement en constitution est l’embryon d’une « association » de forces spéciales de plusieurs pays européens. Quels sons de cloches entendez-vous au Parlement européen sur ce projet ?

Sur ces sujets, nos partenaires européens ont des approches souvent différentes ; c’est l’une des raisons pour lesquelles je ne crois absolument pas à une “armée européenne”. En revanche, de plus en plus de pays réalisent qu’une montée en puissance d’une force conjointe comme Takuba est pertinente, parce que c’est la sécurité de l’Europe qui se joue au Sahel. Si les pays européens ne s’engagent pas sur ces terrains, ils laisseront la place à d’autres acteurs très présents sur le continent africain, comme la Chine ou la Turquie… Avec Arnaud Danjean, nous travaillons aussi à faire comprendre que la France ne pourra éternellement assumer, seule ou presque, la protection indirecte de l’Europe dans cette région.

L’innovation est dans l’ADN des forces spéciales. Comment l’Europe accompagne-t-elle cette recherche d’innovations ? Le FED pourrait-il y contribuer ?

Le Fonds européen de défense a justement été constitué pour soutenir l’innovation dans ce secteur : il financera des projets de recherche associant des entreprises de nos pays, pour nous permettre un jour de ne plus dépendre de matériels ou de technologies de pays non européens.

Le FED avait été initialement proposé à 13 milliards d’euros en 2018. Il vient d’être adopté à 7,9 milliards sur sept ans, mais ne devrait pas servir  à acheter du matériel militaire, ni à la constitution d’une « armée européenne », mais plutôt à la mutualisation de projets de recherche. Quelle est donc la finalité de ce FED ?

Il doit préparer l’autonomie stratégique des pays européens en matière d’industrie de défense. Lorsque l’opération Serval a été lancée en urgence au Mali, la France a dû demander aux Etats-Unis l’autorisation d’utiliser certains matériels contenant des composants américains… La réponse pouvait attendre jusqu’à deux mois, ce qui est bien sûr incompatible avec l’exigence opérationnelle en pareille circonstance. Cette dépendance mine la souveraineté de nos Etats. Il ne s’agit pas de créer une armée commune, mais de donner aux armées de nos pays les moyens d’intervenir avec des matériels européens.

Face aux Etats-Unis, la Russie et plus encore la Chine, l’Union européenne donne souvent  le sentiment de jouer « petit bras ». Pourquoi l’enveloppe du FED a-t-elle fondu de 13 à moins de 8 milliards d’euros alors que les budgets militaires sont partout en croissance ?

Je déplore vivement cette baisse de budget. Certains élus de gauche, les écologistes par exemple, s’opposaient à l’idée même de financer la recherche en matière de défense, comme si préserver notre sécurité et notre souveraineté était honteux. Bien des responsables politiques font comme si la paix était acquise pour toujours ; ils oublient qu’elle repose sur l’engagement de nos armées, et que nous devons leur donner les moyens de leur mission. Je regrette vivement que cette coupe budgétaire, décidée par les chefs d’Etat, ait été acceptée par Emmanuel Macron : cette enveloppe est réduite, comparée aux 750 milliards d’euros du plan de relance, et elle représente par ailleurs un investissement essentiel pour la relocalisation industrielle et pour l’emploi.

Le système de combat aérien du futur (SCAF), le futur char de combat lourd, le futur drone de reconnaissance et/ou de combat, etc… La plupart des programmes des équipements militaires qui seront opérationnels dans les 20 prochaines années ont une genèse très compliquée. Pendant ce temps, et malgré les récents succès à l’exportation du Rafale, les Etats-Unis avancent et placent leurs produits (Drone Reaper, F35, futur F15 modernisé, etc…). Dans le domaine du matériel militaire, faut-il renoncer à l’Europe pour avancer ?

Il est clair que sur certains sujets précis, les divergences industrielles ou stratégiques sont trop fortes ; dans ces cas-là, la défense reste une compétence nationale et c’est à cette échelle qu’il faut définir les priorités. Le gouvernement a tort de chercher à imposer dans tous les domaines une logique de coopération parfois contre-productive. Pour autant, des partenariats européens restent possibles, pertinents et souhaitables. Il faut simplement qu’ils soient intelligemment construits – le contre-exemple le plus connu en la matière étant le fiasco de l’A400M, où les responsabilités étaient trop diluées.

La France présidera le Conseil de l’Union européenne au premier semestre 2022, en pleine campagne de l’élection présidentielle et des législatives. Dans le domaine militaire et en termes de vision géostratégique, quelles initiatives espérez-vous de la France ?  

Qu’elle contribue précisément à ce que l’Europe se dote d’une vision stratégique pour l’avenir ! Je ne partage pas le logiciel fédéraliste d’Emmanuel Macron, et pour être franc je crains qu’il n’utilise la présidence française du Conseil d’abord comme un outil de communication avant les élections. Mais si l’Europe est bien un échelon pertinent pour peser au niveau mondial, il faut vraiment que la France partage avec ses partenaires européens un regard plus lucide sur les enjeux géopolitiques actuels, et je ferai tout pour y contribuer.

Non, Monsieur Macron, tout le monde n’est pas à vendre.

Lettre ouverte initialement parue dans Le Figaro, signée avec Olivier Marleix, Arnaud Danjean, David Lisnard, Virginie Duby-Muller, Julien Aubert et Philippe Juvin.

Monsieur le président, en 2017, au lendemain de votre élection, vous vous êtes inventé une majorité avec ceux qui, de droite ou de gauche, avaient vu les portes de leur destinée se refermer devant eux au sein de leur famille politique.

L’absence de plateforme programmatique aurait dû faire paraître douteux ces ralliements sans condition, mais l’enthousiasme suscité par votre élection chez les commentateurs ne leur permettait pas de dénoncer ces démarches pour ce qu’elles étaient : motivées par l’appétit pour le fameux plat de lentilles. Le manque de cohérence programmatique était tel qu’on pouvait croiser dans votre entourage, pêle-mêle, François Bayrou et Robert Hue, quand vous n’alliez pas faire votre cour à Philippe de Villiers.

L’histoire a montré depuis quatre ans que vous-même ne vous embarrassiez pas de cohérence idéologique. Quelle aura été la ligne de votre politique ? Vous annonciez une « révolution », vous n’aurez été, pour l’essentiel, que le continuateur de François Hollande. Après tout, c’est pour le soutenir que vous étiez entré à l’Élysée en 2012, puis à Bercy ; vous êtes désormais comptable de neuf ans de décrochage sans précédent de la France. Vous prétendiez libérer l’économie ? Vous laissez le pays sous le poids d’une dette sans précédent dont la crise sanitaire actuelle n’est que l’excuse – vous n’aurez fait aucun effort pour maîtriser les dépenses publiques, et redonner ainsi une capacité d’action à l’État, depuis le début de votre quinquennat.

Sur le plan économique et social, le « nouveau monde » n’aura offert qu’une énième redite de cette politique sociale-démocrate, faite d’ouverture aveugle au grand marché mondial et de redistribution asphyxiante, sur laquelle se fracasse notre économie depuis quarante ans.

Dans cette continuité aussi, le sans-frontiérisme érigé en dogme aura mené, sous votre responsabilité, à une accélération sans précédent de l’immigration dans notre pays.

Au terme de votre mandat, l’absence d’action, le refus de prendre à bras- le-corps les problèmes qui crèvent les yeux de chacun auront fini d’hystériser notre vie politique et de désespérer les Français. Toute votre énergie est mobilisée non pas à régler ces problèmes, mais à tenter de faire disparaître la seule alternative possible autre que le RN. Votre seule ambition se résume désormais à être un président par défaut en 2022.

Mais vous n’y parviendrez pas. Non, monsieur le président, tout ne s’achète pas. Tout le monde n’est pas à vendre. Notre famille politique est issue du gaullisme. En juin 1940, jugeant moralement inacceptable et insensée au regard de l’histoire – passée et à venir – l’acceptation de la défaite, le général de Gaulle n’a pas hésité à tout risquer pour défendre une certaine idée de la France. Même si elle n’en fut pas toujours digne, cette noblesse d’âme et d’action est l’histoire de notre famille politique.

Notre génération croit fermement que cette morale de l’action, ce courage, cette fidélité, sont plus que jamais nécessaires pour réconcilier les Français. Nous voulons une autre politique que ce sauve-qui-peut des gens heureux quand tant de Français souffrent de notre déclin. Nous voulons rompre avec ce déclin ; et pour cela, renouer avec les priorités que nous n’avons cessé de défendre.

Reconstruire l’économie du pays en donnant la priorité à nos entrepreneurs, plutôt qu’à des investisseurs étrangers comme vous n’avez cessé de le faire, est une ambition qui peut réconcilier le patron et le salarié. Valoriser l’activité et le travail, chercher à faire une place à chacun dans l’économie plutôt qu’étendre une assistance qui relègue, décourage et ruine, est une autre vision du pacte social.

Reprendre en main nos frontières, démanteler les réseaux de passeurs et accompagner les progrès économiques de l’Afrique est la seule façon de répondre au défi migratoire. Restaurer l’autorité de l’État en réformant notre politique pénale pour mettre fin à l’impunité des délinquants est un préalable à la restauration de la confiance dans les institutions et la justice.

Ces convictions, contre toutes vos tentatives de débauchages et de confusion, nous continuerons de les défendre dans le débat public. Les Français ont besoin d’un espoir et l’avenir de chacun de nous n’est qu’un détail au regard de cette responsabilité historique. Non, monsieur le président, tout ne s’achète pas. Il y a des hommes et des femmes qui placent leurs convictions avant leurs ambitions personnelles. Notre devoir est de proposer un autre avenir aux Français, pas de vous servir de roue de secours. Le vôtre est de tenter de vous montrer, autant que vous le pourrez, à la hauteur de vos fonctions pendant les douze mois qui vous restent, pas de vous prêter à d’affligeantes manoeuvres politiciennes. Notre devoir, nous allons l’assumer en proposant un projet neuf de redressement de notre pays, avec des personnalités nouvelles et des idées fortes.

Position sur le sujet de la décision des Républicains pour la région PACA

Beaucoup me demandent ma position sur le sujet de la décision des Républicains pour la région PACA. Voici en substance ce que j’ai exprimé hier en commission d’investiture.
 
Par souci de cohérence, je ne pouvais que voter contre le soutien qui nous était proposé. Comment investir un candidat qui, le jour même, remerciait pour son appui un premier ministre dont la politique est si contraire à ce que nous défendons – quand celui-ci décrivait lui-même le retrait de la liste LREM comme le début d’une recomposition nationale ? Chaque jour qui passe montre que le gouvernement qu’il dirige n’a résolu aucun des problèmes majeurs que la France traverse : c’est la raison pour laquelle nous travaillons sans relâche à combattre, avec respect mais sans concession, les erreurs de cette majorité, pour construire une alternative avec nos amis parlementaires et tant de Français restés fidèles aux engagements de notre famille politique. Comme eux, j’attendais la seule clarification nécessaire, celle qui aurait consisté à décliner ce soutien annoncé par des adversaires, à indiquer qu’il ne pouvait pas avoir été sollicité, et à le dénoncer comme une manœuvre de plus pour détruire notre famille politique et la transparence du débat démocratique.
 
La vie politique suppose que chacun assume une ligne claire, pour que les électeurs puissent faire un vrai choix. Le deuxième tour perpétuel qu’on cherche à imposer à la France est dévastateur, pas seulement pour les partis politiques, dont LREM n’aura finalement gardé que les pires travers, mais pour notre démocratie et pour notre pays. Le scénario des derniers jours ne sert que la tactique à courte vue d’Emmanuel Macron, prêt à tous les calculs pour s’imposer en unique recours l’an prochain ; aucune alliance contre nature ne conduira à une victoire de la droite, dans cette élection régionale en premier lieu. Le premier bénéficiaire du soutien annoncé par Jean Castex à Renaud Muselier est Thierry Mariani, vers qui se tourneront probablement de trop nombreux électeurs opposés à LREM et écoeurés par ces manoeuvres – ce qui me révolte, car j’ai pu mesurer, encore dans des débats très récents au Parlement européen, le cynisme de ce candidat qui prétend incarner un renouveau.
Tout cela est bien sûr désolant, et inquiétant. Une décision a été prise hier, je ne m’exprimerai plus sur cette élection en région PACA. Je ne peux cependant que pressentir que la suite des événements sera difficile. Comme Eric Ciotti et Bruno Retailleau, j’ai alerté sur le risque existentiel que les derniers événements représentaient pour notre famille politique. Je suis bien placé pour mesurer ce que les compromissions, les reniements et les trahisons de certains ont coûté de confiance à la droite au cours des dernières années. Et si je me soucie de l’avenir de la droite, c’est que je reste convaincu qu’elle a aujourd’hui le devoir de reconquérir sa place dans le débat public, non pour elle-même, mais pour la France, qui a plus que jamais besoin d’une alternative solide et crédible. Cela ne pourra se faire sans clarté, sans constance, et sans le courage de la fidélité.
François-Xavier Bellamy

Face à la crise, les ressources de la France

« Face à la crise, les ressources de la France » : conférence-débat organisée par La Croix avec Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie et des Finances, chargée de l’Industrie.

 

 

Reniements sur le nucléaire : qui peut croire un seul instant que c’est la cause du climat qui progresse ?

Tribune co-signée par Bernard Accoyer, ancien président de l’Assemblée nationale, initialement parue dans le Journal du Dimanche.

En France comme en Europe se multiplient les décisions qui condamnent à moyen terme la source de plus de 70% de notre alimentation électrique.

Français si vous saviez… En ce début d’année 2021, des choix décisifs se jouent, à Bruxelles comme à Paris, qui engagent tout l’avenir de notre approvisionnement énergétique – sans susciter le moindre débat, au milieu du fracas des polémiques liées à la crise sanitaire actuelle. Si celle-ci doit nous enseigner une leçon essentielle, c’est bien l’impératif de garantir sur le long terme notre autonomie dans des secteurs stratégiques, condition de notre résilience face aux crises de demain. Mais nos dirigeants l’ont-ils compris ? Il y a quelques jours, France Stratégie, agence liée à Matignon, indiquait que les choix énergétiques actuels conduiraient à des « pénuries d’électricité permanentes » dès 2030. En France comme en Europe, se multiplient en effet les décisions qui, à contresens de l’histoire, condamnent à moyen terme la source de plus de 70% de notre alimentation électrique, l’industrie nucléaire. En sacrifiant notre indépendance énergétique, nos dirigeants sont d’autant plus coupables que, à travers ce choix irréfléchi, ils oublient ce que notre impuissance actuelle sur le front sanitaire aurait dû au moins leur apprendre…

Avec l’énergie nucléaire, nous héritons pourtant d’un atout majeur : le parc de centrales existant produit une électricité pilotable, dont le coût faible constitue un rare élément de compétitivité pour notre industrie, et alimente les ménages sans peser sur leur pouvoir d’achat – autant de critères qui devraient être déterminants à la veille d’une crise économique majeure. C’est aussi un atout crucial pour relever le défi climatique, comparativement à des énergies renouvelables qui restent actuellement intermittentes, et ne peuvent être déployées sans le complément de centrales à gaz, ou à charbon. Le GIEC lui-même, référence en la matière, affirme qu’il n’y a aucun scénario pour limiter le réchauffement sans recours à l’énergie nucléaire ; et, des démocrates américains jusqu’à une partie des écologistes allemands, cette prise de conscience n’a cessé de progresser.

Que se passera-t-il quand nos voisins, eux aussi engagés dans des transitions absurdes, ne pourront plus nous fournir ?

Tout cela, le Président de la République l’a reconnu dans son discours du 8 décembre dernier, lors de sa visite à l’usine Framatome du Creusot. Mais, comme souvent dans le « en même temps » macronien, il n’y a que bien peu de rapport entre les mots et les actes… Avec la fermeture de Fessenheim, Emmanuel Macron restera le premier président à avoir condamné une centrale que l’Autorité de Sûreté Nucléaire considérait comme apte à fonctionner, et « l’une des plus sûres de France ». Après s’être félicitée de cet arrêt, la ministre de l’écologie (car nous n’avons plus de ministre chargé de l’énergie, symptôme de ce vide stratégique) prévenait sur un plateau de télévision que des coupures d’électricité pourraient désormais survenir ; et de fait, RTE a formellement demandé aux Français, en cette période de froid hivernal, de réduire leur consommation pour éviter une surcharge… Entre-temps, nous avions pourtant remis en fonctionnement quatre de nos vieilles centrales à charbon – charbon qui, rappelons-le, doit être importé, tout comme l’électricité que nous achetons désormais à l’Allemagne, quand nous l’exportions jusque-là. Que se passera-t-il quand nos voisins, eux aussi engagés dans des transitions absurdes, ne pourront plus nous fournir ? L’Allemagne perdra encore 15% de sa production énergétique dans les deux prochaines années ; nous entrerons alors en terre inconnue… Dépendance énergétique, perte de résilience, inflation des coûts, retour au charbon : le naufrage est total. Un tel suicide n’a qu’une seule raison : Emmanuel Macron a choisi de persévérer dans la voie tracée par François Hollande, qui avait sacrifié Fessenheim par pur calcul politicien, marchandant le soutien des verts au prix de cette aberration. Le président a beau railler les Amish, il poursuit une politique qui, pour sauver la gauche plurielle, condamnait toute la France au déclassement inévitable que ne peut manquer d’entraîner cette idéologie aveugle.

C’est cette même idéologie qui conduit au scandale scientifique majeur de la taxonomie européenne sur la finance verte : chargé de répertorier les énergies durables, ce règlement, supposément orienté par une évaluation neutre fondée sur le critère essentiel des émissions de carbone, réussit la performance improbable d’exclure le nucléaire, et d’inclure… le gaz. Loin d’être une évaluation sans incidence, ce texte conditionnera les investissements publics et privés pour de nombreuses années : la France laisse donc, sans réagir, condamner son principal outil énergétique. Il faut dire qu’Emmanuel Macron a signé sans sourciller les conclusions du dernier Conseil européen, qui déjà citaient le gaz pour seul exemple d’énergie verte. Avec une remarquable cohérence, les députés LREM du Parlement européen, comme ceux du RN, ont voté pour que le Fonds européen de transition écologique puisse financer de nouveaux projets gaziers… tout en excluant, une fois de plus, le nucléaire. Le discours de Framatome n’était décidément qu’une fiction.

Avec de tels reniements, qui peut croire un instant que c’est la cause du climat qui progresse ? La disqualification de l’énergie nucléaire est le résultat du lobbying intense d’intérêts très déterminés, et de concurrents de la France qui rêvent de lui retirer sa dernière carte maîtresse. Derrière les belles publicités pour les énergies renouvelables, il y a les fournisseurs de gaz qui se rendent indispensables pour pallier leur intermittence – et tant pis pour le carbone qu’ils émettront, s’ils y trouvent leur profit… Il y a nos dépendances accrues à l’égard de ses producteurs, la Russie au premier rang, et des exportateurs de terres rares, nouveau terrain d’assujettissement à la Chine. Il y a l’impact dévastateur de l’éolien et du solaire, désormais bien mesuré, sur la santé, l’environnement, la biodiversité. Il y a des paysages vandalisés et des filières sacrifiées, comme la pêche, victime de l’effondrement des espèces marines constatée partout où l’éolien en mer a été développé – on frémit en imaginant que notre gouvernement compte multiplier par dix nos installations actuelles en la matière. Et tout cela pour quoi, en fait ?

La disqualification de l’énergie nucléaire est le résultat du lobbying intense d’intérêts très déterminés, et de concurrents de la France qui rêvent de lui retirer sa dernière carte maîtresse.

Il faudra encore bien des Fessenheim pour qu’Emmanuel Macron tienne sa promesse absurde de faire baisser à 50% la part du nucléaire dans le mix énergétique français. Rarement dans l’histoire, on aura vu des dirigeants organiser avec autant de constance l’affaiblissement de leur propre pays. Il n’est pourtant pas trop tard : si le président ne prend pas au sérieux les mots de son propre discours, il est urgent que toutes les forces vives de la France se mobilisent à sa place, pour gagner en particulier la bataille cruciale de la taxonomie verte en Europe. Nous le devons à notre avenir, et à l’équilibre à retrouver pour le monde de demain.

Crédit photo : A.Morin/A.Soubigou/EDF

Accord final sur le lancement du Fonds européen de défense

Nous sommes arrivés hier matin à un accord final sur le lancement du Fonds européen de défense, que j’ai négocié comme rapporteur au Parlement pour notre groupe. Il s’agit d’une étape majeure pour garantir l’autonomie stratégique des États européens dans le monde de demain : ce Fonds viendra financer la recherche et le développement pour les produits et les technologies de nos industries de défense.

Pour la première fois, les pays européens décident donc d’investir ensemble dans ce domaine stratégique. Au-delà d’un impact important en termes d’emplois et d’innovations – qui trouveront de nombreuses applications dans le domaine civil, il s’agit d’un choix fondamental pour garantir notre indépendance en matière de sécurité et d’opérations militaires. Ce fonds doit garantir aux pays européens les moyens de développer leur propre vision géostratégique et leur capacité d’action sur le plan diplomatique, contribuant ainsi à l’équilibre des puissances mondiales face aux tensions de demain.

Malgré un budget plus faible que prévu, cette initiative, qui montre qu’une Europe de projets concrets peut réellement être efficace, est une première étape positive.

Ce sujet avait été longuement abordé au cours d’un entretien donné lors d’un déplacement sur le site de production des avions Rafale près de Bordeaux, visible ici :

Déplacement à La Réunion

Compte-rendu du déplacement de travail à La Réunion en novembre 2020.

Sur la fermeture du site de Bridgestone à Béthune

La naïveté européenne et la passivité de la France dans la mondialisation ont provoqué le délitement de notre tissu industriel. A Béthune, 867 emplois sont menacés. Oui, il est possible et urgent d’agir : nous n’avons pas le droit de baisser les bras.

 

Une semaine après l’annonce brutale de la fermeture programmée du site de Bridgestone à Béthune, j’ai passé un long…

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Jeudi 24 septembre 2020

Lire aussi la tribune publiée dans Marianne : « Bridgestone : « La France ne retrouvera sa vitalité industrielle qu’à condition de renouer avec le travail » »

 

 

 

La solidarité européenne nécessite une stratégie, pas une planche à billets.

François-Xavier Bellamy et Manfred Weber

Tribune signée avec Manfred Weber, président du Groupe PPE au Parlement européen, initialement parue dans une version condensée dans Les Échos le lundi 14 septembre 2020.

Si l’Europe semble s’être illustrée par un certain manque de solidarité durant les premiers mois de la crise du coronavirus, c’est d’abord en raison de son impréparation, et de sa dépendance envers des pays tiers dans des secteurs essentiels. Comment en effet apporter à son voisin ce dont on ne dispose pas pour subvenir à ses propres besoins ?

Le plan de relance européen aurait pu redonner du sens au mot solidarité, mais il soulève de nombreuses questions. Devant la crise économique majeure qui nous attend, emprunter peut en effet être un choix rationnel, légitime ; mais que dire d’un emprunt contracté sans aucun accord sur les moyens qui seront mobilisés pour son remboursement, ni feuille de route claire sur le long terme ? La solidarité européenne ne peut se limiter à une distribution de cash : on ne combattra pas les effets d’une crise commune sans réflexion stratégique commune.

Ce n’est pas seulement une approche rationnelle, mais aussi un devoir envers les générations futures

Le plan, dans ses modalités actuelles, ne témoigne pas d’une solidarité européenne ; il aurait d’ailleurs plutôt tendance à la saper à long terme, parce que 90% de ses 750 milliards d’euros sont directement fléchés vers les budgets des États-membres, et qu’à ce jour, personne ne sait précisément comment ils seront alloués. Chaque chef d’Etat rentre donc de Bruxelles avec une belle enveloppe, mais ensuite ? Est-ce que cette période, cruciale pour notre avenir, doit vraiment être celle où l’on rédige un guide pratique de l’inefficacité, en facilitant pour des États en difficulté un endettement dont ils n’auront pas à assumer la responsabilité, pour parvenir à un éparpillement de dépenses sans cohérence ?

Cet éparpillement de projets ne sera d’ailleurs même pas synonyme de subsidiarité. Il signera simplement l’abandon de cette exigence de cohérence pourtant indispensable à l’atteinte d’une autonomie stratégique européenne. La crise amène déjà des réajustements dans l’ordre politico-économique mondial, et l’Europe ne doit pas être en être la victime. Utilisons ce fonds pour des projets structurants, comme nos prédécesseurs l’ont fait avec Airbus ! Au moins un tiers de la somme doit être investi dans ce qui fera notre avenir ; sinon, la bulle bruxelloise se lamentera encore de ce qu’on ne comprenne pas ce qu’elle tente de faire… Ce n’est d’ailleurs pas seulement une approche rationnelle, mais aussi un devoir envers les générations futures. Connectivité sécurisée, batteries, aviation propre, hydrogène… Pourquoi ne pas investir dans des projets structurants auxquels chaque État-membre contribuerait avec une partie de ce qui lui est versé ? Faisons de cet « esprit de solidarité » un moteur pour que l’Europe puisse s’assurer un avenir.

Ne pas laisser de côté les défis déjà identifiés.

En outre, cette crise ne peut être un prétexte pour laisser de côté les défis déjà identifiés. Pour redonner des bases saines à notre économie, protéger les emplois, améliorer nos systèmes de santé, d’immenses efforts seront certes nécessaires, et les ressources politiques devront être au rendez-vous. Mais ces efforts sont d’ores et déjà nécessaires. L’Europe a besoin d’une force de protection aux frontières renforcée : il faut financer le recrutement de 10 000 agents Frontex à court terme. Le cancer touchera à un moment ou à un autre la moitié des Européens : une stratégie offensive pour de meilleurs soins est indispensable. L’Europe s’est fixé pour objectif de consacrer 3% de son PIB à l’innovation, mais prend du retard sur la Chine et l’Asie en la matière : il faut donner un coup d’accélérateur décisif, sans quoi nous hypothéquons notre avenir.

Faire de l’Europe une simple planche à billets ne constitue pas un plan. L’allocation de ces 750 milliards d’euros doit se faire avec discernement, et l’articulation entre fonds de relance et budget européen doit avoir une cohérence : l’Europe doit se placer aux avants-postes de l’innovation, retrouver son autonomie stratégique et réduire sa dépendance vis-à-vis des autres puissances continentales. Ne répétons pas les erreurs des années 70 à 90, qui ont fini par accélérer la crise de la dette actuelle, et respectons le fairplay financier qui s’impose : si l’on emprunte, on doit savoir comment rembourser. Qui envisage sérieusement que nous rembourserons cet emprunt commun sans creuser dans nos propres ressources, et alors que les États-membres s’y refuseront ? Même l’Allemagne n’aura pas les capacités financières pour rembourser les 135 milliards qui doivent lui être alloués. Nous avons besoin d’un plan de remboursement avant 2028 intégrant la barrière carbone aux frontières de l’UE et une fiscalité numérique cohérente – pour mettre fin à cette situation dans laquelle les géants du numérique sont injustement privilégiés. Amazon n’a payé aucun impôt en Europe sur les trois quarts de ses bénéfices ces dernières années. Et au-delà du cas Amazon, les GAFAM – auxquels la crise et la numérisation du continent ont plutôt profité – ne devraient-ils pas contribuer à une juste mesure ?

Parlons enfin d’état de droit, parce que des efforts communs impliquent des règles communes. L’Europe n’est pas une organisation internationale ordinaire. C’est une civilisation dont nous héritons, qui nous a transmis certains principes essentiels. C’est pourquoi l’octroi de fonds sans contrainte relative au respect des principes démocratiques n’est pas envisageable. Partout en Europe, les citoyens attendent de la clarté, et une égalité de traitement : dotons nous d’un organisme indépendant, détaché de la vie politique de nos institutions, qui puisse entreprendre cette mission de contrôle avec des modalités sérieuses et impartiales.

Si l’Europe souhaite donner corps à cette solidarité, le moment est venu de ne plus se contenter de belles paroles, mais de passer à des actes réfléchis et concrets.

Crédits photos : © European Union 2020 – Source : EP / Michel CHRISTEN / Emilie GOMEZ

Ce plan ne prépare pas l’avenir de l’Europe

« Ce plan ne prépare pas l’avenir de l’Europe, il exploite un moment de panique pour sauver par effraction une idéologie périmée depuis longtemps. »

Tribune sur le projet d’emprunt européen, parue le 26 juillet 2020 dans le JDD.


Au terme d’une longue négociation sur le plan de relance européen, les 27 ont accepté de créer le premier emprunt commun en réponse à la crise. Un problème, une dette : la France aura donc réussi à exporter à Bruxelles ses pires réflexes ; et l’Europe est sans doute aujourd’hui le seul endroit où l’on considère comme une victoire politique le fait d’encombrer l’avenir d’un emprunt supplémentaire. Bien sûr, toute crise suppose de dépenser, et toute relance d’investir ; mais les Etats européens ont déjà grâce à la politique de la BCE un accès facile aux marchés avec des taux historiquement bas. Conduire la commission européenne à emprunter à leur place, malgré une base légale très faible et des perspectives incertaines (comme l’a récemment montré le Brexit), c’est se tromper de problème. En réalité, cet emprunt commun n’est pas tant une réponse à la crise économique qui vient, qu’une manière d’utiliser cette crise pour faire avancer un agenda politique : cette nouvelle solidarité budgétaire signe le retour à la vieille illusion d’une « Europe toujours plus intégrée ». Elle offre une résurrection inattendue aux tenants du fédéralisme européen, auxquels les citoyens ont dit non depuis longtemps, mais qui s’offrent l’éphémère ivresse du « moment hamiltonien ».

Le retour au réel sera rude. Le succès apparent que représente cet accord repose sur une somme de malentendus, et il est particulièrement irresponsable de laisser l’ardoise à la génération future, au nom de laquelle cet emprunt est pourtant ironiquement contracté. Pourquoi ne dit-on rien des contreparties en termes de réformes imposées par Bruxelles aux Etats bénéficiaires des fonds, au contrôle budgétaire renforcé qui est nécessairement attaché à cette solidarité financière ? Comment a-t-on pu valider cet emprunt sans arbitrer sur les modalités de son remboursement, en se fondant simplement sur l’hypothétique création de ressources propres – sujet que chacun sait si controversé que le Conseil s’est bien gardé d’en débattre, même s’il était directement lié à l’emprunt qu’il confirmait ? Pourtant, il faudra bien rembourser. « Il n’y a pas d’argent magique », affirmait Emmanuel Macron, et cette formule n’a rien perdu de sa pertinence : pour 37 milliards d’euros, c’est-à-dire une somme très faible eu égard à son poids en terme d’économie comme de population, insignifiante aussi au regard de l’ampleur des moyens nécessaires pour faire face à la crise (le déficit public français sera de 220 milliards d’euros pour la seule année 2020), la France aura donc accepté une tutelle budgétaire renforcée et des engagements financiers disproportionnés pour l’avenir, au risque d’aggraver de façon irréversible le malaise démocratique profond qui touche déjà l’Union européenne.

Le paradoxe de cette triste histoire, c’est que pour arracher un accord sur l’emprunt européen, il a fallu sacrifier au passage l’Europe dont nous avions réellement besoin. Le budget pluriannuel de l’UE sort essoré par les coupes et les rabais concédés pour obtenir le totem de la mutualisation des dettes. Politique agricole, Fonds européen de défense, programmes de recherche et même investissement dans la santé sortiront durablement fragilisés, parfois supprimés ou presque, de ce compromis aberrant. Ce plan ne prépare pas l’avenir de l’Europe, il exploite un moment de panique pour sauver par effraction une idéologie périmée depuis longtemps. Le Parlement européen s’est montré très sévère dans son vote sur cet accord ; il nous reste quelques semaines maintenant pour tenter de remettre où nous le pourrons un peu de raison dans sa mise en oeuvre, au service d’un vrai effort de relance.


Un vrai accord historique aurait consisté, au lieu de s’enthousiasmer parce que nous avons réussi à creuser encore nos…

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Jeudi 23 juillet 2020