Articles

Position sur le sujet de la décision des Républicains pour la région PACA

Beaucoup me demandent ma position sur le sujet de la décision des Républicains pour la région PACA. Voici en substance ce que j’ai exprimé hier en commission d’investiture.
 
Par souci de cohérence, je ne pouvais que voter contre le soutien qui nous était proposé. Comment investir un candidat qui, le jour même, remerciait pour son appui un premier ministre dont la politique est si contraire à ce que nous défendons – quand celui-ci décrivait lui-même le retrait de la liste LREM comme le début d’une recomposition nationale ? Chaque jour qui passe montre que le gouvernement qu’il dirige n’a résolu aucun des problèmes majeurs que la France traverse : c’est la raison pour laquelle nous travaillons sans relâche à combattre, avec respect mais sans concession, les erreurs de cette majorité, pour construire une alternative avec nos amis parlementaires et tant de Français restés fidèles aux engagements de notre famille politique. Comme eux, j’attendais la seule clarification nécessaire, celle qui aurait consisté à décliner ce soutien annoncé par des adversaires, à indiquer qu’il ne pouvait pas avoir été sollicité, et à le dénoncer comme une manœuvre de plus pour détruire notre famille politique et la transparence du débat démocratique.
 
La vie politique suppose que chacun assume une ligne claire, pour que les électeurs puissent faire un vrai choix. Le deuxième tour perpétuel qu’on cherche à imposer à la France est dévastateur, pas seulement pour les partis politiques, dont LREM n’aura finalement gardé que les pires travers, mais pour notre démocratie et pour notre pays. Le scénario des derniers jours ne sert que la tactique à courte vue d’Emmanuel Macron, prêt à tous les calculs pour s’imposer en unique recours l’an prochain ; aucune alliance contre nature ne conduira à une victoire de la droite, dans cette élection régionale en premier lieu. Le premier bénéficiaire du soutien annoncé par Jean Castex à Renaud Muselier est Thierry Mariani, vers qui se tourneront probablement de trop nombreux électeurs opposés à LREM et écoeurés par ces manoeuvres – ce qui me révolte, car j’ai pu mesurer, encore dans des débats très récents au Parlement européen, le cynisme de ce candidat qui prétend incarner un renouveau.
Tout cela est bien sûr désolant, et inquiétant. Une décision a été prise hier, je ne m’exprimerai plus sur cette élection en région PACA. Je ne peux cependant que pressentir que la suite des événements sera difficile. Comme Eric Ciotti et Bruno Retailleau, j’ai alerté sur le risque existentiel que les derniers événements représentaient pour notre famille politique. Je suis bien placé pour mesurer ce que les compromissions, les reniements et les trahisons de certains ont coûté de confiance à la droite au cours des dernières années. Et si je me soucie de l’avenir de la droite, c’est que je reste convaincu qu’elle a aujourd’hui le devoir de reconquérir sa place dans le débat public, non pour elle-même, mais pour la France, qui a plus que jamais besoin d’une alternative solide et crédible. Cela ne pourra se faire sans clarté, sans constance, et sans le courage de la fidélité.
François-Xavier Bellamy

Ce qui se joue en Arménie

François-Xavier Bellamy au cimetière militaire de Yerablur en Arménie

Tribune initialement parue dans Le Figaro le 13 avril 2021. Traduction parue dans le quotidien arménien Aravot.

C’est le soir de Pâques. Le soleil couchant jette une lumière douce sur Yerablur, où de nombreuses familles, dans un silence impressionnant, sont venues se recueillir. Le cimetière militaire, à flanc de colline, a été agrandi à la hâte il y a quelques mois : sur chaque tombe nouvelle, quelques souvenirs, des fleurs, de l’encens, parfois un jouet d’enfant ; une plaque avec un nom, un visage souvent, et une date de naissance : 2000 ou 2001, pour beaucoup… Et pour veiller chacun de ces jeunes soldats tombés, un drapeau arménien. Il y en a des centaines, à perte de vue, qui flottent dans le soleil et la brise du soir.

Personne ne peut voir Yerablur sans comprendre que se jouent, dans ce Caucase oublié, trois événements essentiels

Le 27 septembre 2020, l’Azerbaïdjan, appuyé par la Turquie, membre de l’OTAN, attaquait le Haut-Karabagh, enclave rattachée par Staline à l’Azerbaïdjan, mais où les Arméniens vivent depuis des siècles. Commençaient quarante-quatre jours d’un conflit meurtrier, interrompu par un cessez-le-feu précaire : au moment où les forces russes entraient en jeu pour s’interposer, les Arméniens avaient perdu de larges territoires, et des milliers de soldats, engagés ou volontaires, dont le courage ne pouvait suffire seul face à une telle adversité. Le monde occidental avait largement détourné le regard – la voix de la France restant bien seule pour dénoncer cette agression.

Pourtant, personne ne peut voir Yerablur sans comprendre que se jouent, dans ce Caucase oublié, trois événements essentiels. Le premier, c’est bien sûr la tragédie vécue par l’Arménie, un siècle après un génocide que la Turquie s’obstine à nier. En promettant au début de sa guerre qu’il « chasserait les arméniens comme des chiens », le président Aliev a montré qu’il ne s’agissait pas pour lui de reprendre un territoire et sa population, mais bien de mener une véritable épuration ethnique – et de nombreux crimes de guerre ont depuis confirmé cette intention, à commencer par les décapitations de prisonniers ou de civils arméniens, jusqu’à des vieillards, filmées par leurs auteurs au cri de Allah Akbar. Une nouvelle fois, l’Arménie, premier pays chrétien depuis qu’il a adopté cette confession en l’an 301, paie le fait que sa seule existence est un obstacle à l’ivresse de domination totale avec laquelle ses voisins renouent aujourd’hui explicitement.

La victime collatérale de cette guerre, c’est le droit international établi précisément pour éviter que ne recommencent les pires drames du XXème siècle.

La victime collatérale de cette guerre, c’est le droit international établi précisément pour éviter que ne recommencent les pires drames du XXème siècle. Bien sûr, le statut du Haut-Karabagh était l’objet d’une contestation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan (et ce problème reste ouvert, quoiqu’en dise M. Aliev) ; mais il était discuté dans le cadre du groupe de Minsk, co-présidé par la Russie, les Etats-Unis et la France. En soutenant une attaque subite et unilatérale, la Turquie a voulu montrer que la violence est finalement un meilleur moyen que le dialogue pour résoudre un désaccord. Et en la laissant faire, le monde occidental admet un dangereux précédent… Où sont passés nos principes ? L’Azerbaïdjan et la Turquie avaient soigneusement planifié leurs opérations ; tous deux adhèrent pourtant à l’ONU, qui impose que « les membres règlent leurs différends par des moyens pacifiques, [et] s’abstiennent de recourir à la menace ou à l’emploi de la force », sauf face à une agression ou sous mandat international. En acceptant que des Etats violent ces règles fondamentales, utilisent des armes interdites, se rendent coupables de crimes de guerre et en retirent un bénéfice stratégique durable, nous admettons que la force prime le droit. Bien sûr, le recours à la violence n’a jamais disparu ; mais le fait que ce soit la Turquie, deuxième armée de l’OTAN, qui assume délibérément de franchir toutes les lignes rouges, constitue une rupture d’une échelle inédite. J’avais dénoncé notre passivité dans l’hémicycle du Parlement dès octobre 2020. À Yerablur, j’ai perçu presque physiquement combien ce silence avait tué ; et je n’oublierai jamais cet instant. Il faut ajouter à ce terrible bilan les nombreux blessés de guerre rencontrés au centre de soins d’Erevan, les milliers de victimes azéries bien sûr, et tous ceux qui à l’avenir, bien souvent parmi les plus vulnérables, paieront pour le primat que nous avons laissé donner à la violence sur le dialogue.

Un jeune arménien me confiait sa désillusion : si ses amis de vingt ans tombés face à cette attaque avaient été des bébés pandas, les médias européens en auraient bien plus parlé. Une chaise manquante à Ankara aura suscité plus d’émoi qu’une année de violations des droits fondamentaux partout autour de la Turquie…

Nous ne cessons pourtant de parler d’état de droit, de principes, de valeurs… La conséquence logique d’une telle incohérence ne peut être que l’effondrement de l’influence de l’Europe – non seulement dans cette région, mais pour tous les pays du monde qui seraient tentés de nouer un lien fort avec nous. Depuis plusieurs années, l’Arménie, pays démocratique auquel nous lie l’héritage d’une même civilisation, n’avait cessé de se tourner vers l’Union européenne, jusqu’à un accord de partenariat global signé en 2017. Mais pendant ces quarante jours meurtriers, le Parlement européen produisait des résolutions sur « l’égalité des genres dans la politique étrangère et de sécurité de l’Union », « l’incidence de la COVID-19 sur l’état de droit » ou « l’année européenne des villes plus vertes » : dans les centaines de pages votées pendant cette période, l’Arménie n’apparaît pas une seule fois… Un jeune arménien me confiait sa désillusion : si ses amis de vingt ans tombés face à cette attaque avaient été des bébés pandas, les médias européens en auraient bien plus parlé. Une chaise manquante à Ankara aura suscité plus d’émoi qu’une année de violations des droits fondamentaux partout autour de la Turquie…

Il est encore temps pour l’Europe d’agir, si elle saisit les urgences absolues que vit le peuple arménien. La première d’entre toutes, c’est le sort des prisonniers de guerre encore retenus en otage par l’Azerbaïdjan, au mépris des droits de l’homme et de ses propres engagements : l’Arménie a tenu parole en libérant ses prisonniers. Elle attend le retour des siens, et des milliers de familles vivent encore dans l’angoisse de savoir si leurs fils sont morts, ou retenus en otage. Un tel chantage, inhumain et gravement contraire au droit international, ne peut durer : si nos pays s’engageaient résolument à exiger leur libération, ils l’obtiendraient ; ils montreraient ainsi que l’Arménie n’est pas complètement isolée – et que l’Europe n’a pas complètement perdu le sens de sa responsabilité, de ses principes, et des intérêts qu’elle partage avec ce pays ami de toujours. Nous devons cette espérance aux endeuillés qui nous regardent, depuis la lumière silencieuse d’un soir de Pâques à Yerablur.

Il est encore temps pour l’Europe d’agir, si elle saisit les urgences absolues que vit le peuple arménien. La première d’entre toutes, c’est le sort des prisonniers de guerre encore retenus en otage par l’Azerbaïdjan, au mépris des droits de l’homme et de ses propres engagements

Un compte-rendu photo du déplacement sera bientôt disponible en ligne.

Que voulons-nous encore défendre ?

Conférence à l’École de guerre donnée le jeudi 21 janvier 2021.

Retour sur la session plénière de décembre 2020

Plan de relance de l’Union européenne

Fonds européen de défense

Nous sommes arrivés hier matin à un accord final sur le lancement du Fonds européen de défense, que j’ai négocié comme rapporteur au Parlement pour notre groupe. Il s’agit d’une étape majeure pour garantir l’autonomie stratégique des États européens dans le monde de demain : ce Fonds viendra financer la recherche et le développement pour les produits et les technologies de nos industries de défense.

Pour la première fois, les pays européens décident donc d’investir ensemble dans ce domaine stratégique. Au-delà d’un impact important en termes d’emplois et d’innovations – qui trouveront de nombreuses applications dans le domaine civil, il s’agit d’un choix fondamental pour garantir notre indépendance en matière de sécurité et d’opérations militaires. Ce fonds doit garantir aux pays européens les moyens de développer leur propre vision géostratégique et leur capacité d’action sur le plan diplomatique, contribuant ainsi à l’équilibre des puissances mondiales face aux tensions de demain.

Malgré un budget plus faible que prévu, cette initiative, qui montre qu’une Europe de projets concrets peut réellement être efficace, est une première étape positive.

Ce sujet avait été longuement abordé au cours d’un entretien donné lors d’un déplacement sur le site de production des avions Rafale près de Bordeaux, visible ici.

Pêche et Brexit

Accord final sur le lancement du Fonds européen de défense

Nous sommes arrivés hier matin à un accord final sur le lancement du Fonds européen de défense, que j’ai négocié comme rapporteur au Parlement pour notre groupe. Il s’agit d’une étape majeure pour garantir l’autonomie stratégique des États européens dans le monde de demain : ce Fonds viendra financer la recherche et le développement pour les produits et les technologies de nos industries de défense.

Pour la première fois, les pays européens décident donc d’investir ensemble dans ce domaine stratégique. Au-delà d’un impact important en termes d’emplois et d’innovations – qui trouveront de nombreuses applications dans le domaine civil, il s’agit d’un choix fondamental pour garantir notre indépendance en matière de sécurité et d’opérations militaires. Ce fonds doit garantir aux pays européens les moyens de développer leur propre vision géostratégique et leur capacité d’action sur le plan diplomatique, contribuant ainsi à l’équilibre des puissances mondiales face aux tensions de demain.

Malgré un budget plus faible que prévu, cette initiative, qui montre qu’une Europe de projets concrets peut réellement être efficace, est une première étape positive.

Ce sujet avait été longuement abordé au cours d’un entretien donné lors d’un déplacement sur le site de production des avions Rafale près de Bordeaux, visible ici :

Déplacement à La Réunion

Compte-rendu du déplacement de travail à La Réunion en novembre 2020.

Déplacement en Grèce

Arrivé à Athènes pour trois jours de déplacement : avec Arnaud Danjean, nous avons rencontré ce matin le Premier…

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Mercredi 30 septembre 2020

Grand honneur d’avoir été accueilli par le Président du Parlement hellénique dans cet hémicycle chargé d’histoire.

Avec…

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Jeudi 1 octobre 2020

Rencontre avec le ministre de la Défense Nikos Panayatopoulos puis avec le ministre de l'Immigration Giorgos…

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Vendredi 2 octobre 2020

Rencontre avec les officiers supervisant les opérations de #Frontex en Grèce : avec ces acteurs de terrain, puis avec le…

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Vendredi 2 octobre 2020

Au terme de ce déplacement en Grèce, j'ai passé une journée sur l'île de Lesbos, dans le camp de Kara Tepe où vivent…

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Dimanche 4 octobre 2020

Les moyens d’agir dans le contexte géopolitique qui se dessine

Sur la chaîne d’assemblage Rafale du site Dassault Aviation de Mérignac

À l’occasion d’un déplacement à Mérignac, dans la Gironde, pour visiter le plus important des sites du groupe Dassault Aviation, où sont assemblés en particulier les différents modèles de Falcon et le Rafale, François-Xavier Bellamy a été interrogé par Jefferson Desport, journaliste spécialiste des questions de défense pour Sud Ouest et TV7 Bordeaux. La création du Fonds européen de défense, dont François-Xavier Bellamy est responsable pour le PPE (en tant que shadow rapporteur), doit permettre d’investir dans cette filière industrielle décisive, « pour notre économie et nos emplois, mais aussi pour retrouver l’autonomie stratégique qu’il nous faut maîtriser si nous voulons pouvoir agir dans le contexte géopolitique qui se dessine. Et nous avons tous les atouts pour cela, si nous voulons nous en donner les moyens : notre pays peut être fier des talents, de l’énergie et des savoir-faire exceptionnels sur lesquels il peut compter, ici comme dans bien d’autres domaines… »

Industrie de défense et autonomie stratégique : entretien avec TV7

(12 minutes)

François-Xavier Bellamy | TV7 – Industrie de défense et Autonomie stratégique

🎙️ Invité de TV7 Bordeaux, pour discuter des enjeux d'autonomie stratégique en Europe, et des perspectives du lancement du Fonds européen de défense, dont je suis chargé du suivi pour le PPE au Parlement européen.

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Samedi 7 mars 2020

 

Entretien avec Sud Ouest

(Extraits) […]

La France, l’Allemagne et l’Espagne travaillent à la construction d’un futur avion de combat européen, le Scaf. Un pas vers une défense européenne ?

Parler d’une armée européenne, c’est une illusion. Il s’agit de construire des coopérations qui nous permettront d’être autonomes, du point de vue de nos matériels, par exemple. C’est par le concret que l’Europe peut progresser.

Considérez-vous comme Emmanuel Macron que l’Otan est en  » état de mort cérébrale  » ?

La stratégie de l’Otan manque de cohérence. Mais la forme de cette phrase a rendu inaudible un diagnostic nécessaire. De nombreux pays de l’Est, sous le joug soviétique il y a encore trente ans, sont aujourd’hui défendus par l’Alliance atlantique. Plutôt que donner l’impression qu’on veut leur retirer cette protection, construisons en parallèle les conditions concrètes de notre autonomie stratégique européenne.

Comparé au poids du parapluie américain, c’est un chemin de crête…

Les Américains sont nos alliés, pas nos suzerains. Nous devons créer les moyens de cette autonomie, sans pour autant prétendre écarter l’Otan, sinon nos partenaires européens ne nous suivront pas. La phrase d’Emmanuel Macron a fait reculer notre cause.

Poursuivre la coopération plutôt que le fantasme de l’armée européenne

Tribune du général Bertrand Ract-Madoux et de l’amiral Pierre-François Forissier initialement parue dans Le Figaro à l’occasion de la campagne pour l’élection européenne 2019.

Poursuivre la coopération plutôt que le fantasme de l’armée européenne

Au moment où deux de nos jeunes camarades des forces spéciales viennent de donner leur vie pour sauver leurs compatriotes, nous voulons tout d’abord saluer l’engagement de notre jeunesse au sein des armées françaises et penser à leurs familles et à leurs camarades. Cette situation rappelle l’intensité des menaces auxquelles nous sommes confrontés. Dans ce contexte, l’Union européenne est confrontée à des enjeux stratégiques majeurs: terrorisme, sortie du Royaume-Uni, rôle des États-Unis avec l’Otan… Ces facteurs ont produit des effets certains sur notre sécurité et nourrissent l’urgence d’une clarification européenne en matière de défense. La campagne des élections européennes offre l’occasion d’étudier cet enjeu fondamental.

Il n’est pas imaginable de céder aux fantasmes d’une armée européenne

Tout d’abord, il n’est pas imaginable de céder aux fantasmes d’une « armée européenne », en laquelle aucun expert en matière de défense ne croit… et qu’a pourtant encore proposée Nathalie Loiseau. Les armées, ce sont d’abord des hommes et des femmes prêts à aller jusqu’au… Lire la suite en ligne

 

© Le Figaro

« En l’honneur de l’honneur… »

En l'honneur de l'honneur

Texte paru dans le Figaro du 26 mars 2018.

« En l’honneur de l’Honneur, la beauté du devoir… » — Apollinaire

Les actions humaines ne sont pas des événements aléatoires. Un phénomène physique peut s’expliquer par ses circonstances immédiates ; mais pour comprendre le choix d’un homme, il faut le relier à une histoire, dont aucun geste n’est détachable. Ce n’est pas sur le champ de bataille, dit Aristote, que l’on devient courageux : nos actes sont toujours le résultat d’une disposition cultivée peu à peu. Dans la décision la plus spontanée, s’exprime en fait une intention – à travers elle un projet, une certaine idée de la vie, et la conception du monde dans laquelle elle a pu mûrir ; et par là, toute une culture, au sein de laquelle s’est formée peu à peu la vie intérieure dont notre action n’est finalement que l’émanation visible.

Ce vendredi matin, le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame est parti prendre son poste, comme il le faisait chaque jour depuis sa première mission, vingt ans plus tôt. Il ne pouvait se douter qu’il partait pour la dernière fois. Mais le don de soi ne s’improvise pas ; et c’est la somme de générosité cultivée dans les jours ordinaires qui s’est soudain condensée, face au danger, dans cette initiative inouïe. Sans même connaître le détail des faits, il est certain que l’officier n’a pas dû réfléchir longtemps : un tel choix, dans le feu de l’action, ne peut être que simple, aussi simple qu’il semble humainement impossible ; comme le geste virtuose d’un grand sportif, d’un grand artiste, paraissent simples, parce qu’ils sont en fait l’expression d’une habitude longtemps travaillée. Arnaud Beltrame, lui, avait choisi pour métier de servir : il s’était formé, entraîné et exercé pour cela. Sans avoir eu la chance de le connaître, il suffit de lire les quelques lignes qui racontent son geste pour comprendre que cet homme, en dépassant son devoir d’officier, a simplement été au bout de ce choix qu’il avait fait – et qui l’avait fait. Un tel acte ne naît pas par hasard, il ne s’invente pas sur le coup. Et il ne serait jamais arrivé, s’il n’avait pas été préparé par l’effort de toute une vie ; par l’esprit de tout un corps, celui de la Gendarmerie Nationale, de la communauté militaire ; et finalement, par l’âme de tout un peuple.

C’est sans doute pour cette raison qu’instinctivement, à travers lui, toute la France se sent touchée. Un esprit froid pourrait trouver cela étrange. Il y a eu d’autres victimes, à Carcassonne et à Trèbes, qui ne méritent pas moins notre deuil. Et puis, pour un siècle marqué par l’impératif de la rentabilité et par l’obsession numérique, l’acte de cet officier n’enlève rien à la défaite, puisque le terroriste a tué : Arnaud Beltrame a donné sa vie pour une autre. C’est une vie pour une vie. A la fin, le compte est le même : en termes de big data, l’événement est invisible. Pour l’éthique utilitariste qui prévaut si souvent aujourd’hui, son geste n’a servi à rien ; et j’ai même pu lire que certains finissaient par le critiquer : après tout, il y aura d’autres terroristes demain, et un gendarme bien formé serait plus utile vivant.

Mais voilà, nous avons le sentiment inexprimable que cet homme nous a sauvés. Tous. Pas seulement cette femme innocente arrachée à la violence, mais nous tous, à travers elle. Et je crois qu’en effet malgré les apparences, Arnaud Beltrame a, par le don de sa vie, remporté une victoire absolue contre la haine islamiste – et contre ce qui, dans nos affaissements intérieurs, avait permis à cette haine de se tracer un passage.

Victoire contre le terroriste : son but était d’arracher des vies pour créer la peur, et la soumission qu’elle prépare. Mais on ne prend rien à celui qui donne tout… Collectivement, à travers cet officier, notre peuple tout entier n’est plus une victime passive ; il nous rend l’initiative. Mourir n’est pas subir, dès lors qu’on sait pour quoi on meurt. Après tout, les djihadistes n’admirent rien tant que les martyrs.

Mais nos martyrs, eux, servent la vie. Et en nous le rappelant, Arnaud Beltrame, comme ses frères d’armes qui se sont risqués avec lui, nous sauve aussi de nous-mêmes, et de nos propres oublis… Nous avions fini par construire un monde où ce don était impensable : une société atomisée, faite de particules élémentaires entrant en contact ou en concurrence au gré de leurs calculs ; une société de consommateurs préoccupés de leur seul bien-être, composée de castes et de communautés d’intérêts plus que de citoyens conscients du commun essentiel qui les lie ; une société où la politique même pouvait se dissoudre dans le projet terminal de « l’émancipation de l’individu ». Mais dans cette société obsédée par la revendication des droits, le sacrifice d’Arnaud Beltrame deviendrait bientôt impossible ; car pour qu’un tel abandon advienne, il nous faut d’abord savoir que le sens de la vie humaine se trouve dans le don que chacun fait de lui-même. Non dans le contrat et l’échange bien calculés, qui enferment chaque homme dans sa solitude, mais dans ce que nous apportons à des œuvres qui nous dépassent. Non dans l’émancipation de tout lien, mais dans la force des engagements qui nous relient, et qui entraînent tout de nos vies.

Mourir n’est pas subir, dès lors qu’on sait pour quoi on meurt. Après tout, les djihadistes n’admirent rien tant que les martyrs. Mais nos martyrs, eux, servent la vie.

La maison est plus que les matériaux qui la composent, écrit Saint-Exupéry dans la Lettre au Général X. Un peuple est plus qu’une juxtaposition d’individus qui « vivent ensemble ». Cela, nous l’avons appris, comme d’autres, par ce que notre civilisation a cultivé de singulier ; pour faire un Arnaud Beltrame, il a fallu des siècles de civilité, de littérature, de philosophie, de science et de foi… En désertant cet héritage, nous traversons ensemble, au beau milieu de notre prospérité matérielle, un véritable « désert de l’homme ». Et la soif qu’il a fait naître, notamment chez les plus jeunes auxquels nous n’avons pas su transmettre, laisse proliférer la source empoisonnée de l’islamisme – ce succédané morbide de transcendance, dont le délire va jusqu’à faire du martyr un meurtrier. Face à son bourreau, un gendarme désarmé nous sauve tous, en nous rappelant qui nous sommes : de ceux qui sont prêts à mourir, non pour tuer, mais pour sauver.

Bien sûr, il nous reste encore beaucoup de chemin à faire avant que soient vaincus tous les avatars de cette haine qui veut nous détruire. Beaucoup, même, avant que nous soyons enfin tous capables de dénoncer notre adversaire, l’islamisme, dans sa violence terroriste comme dans ses tentatives politiques. Il nous faudra bien plus d’exigence, de vigilance, de lucidité, que la somme des lâchetés publiques qui ont permis à un délinquant condamné de rester sur le sol français jusqu’à cet ultime méfait. Mais, mon Colonel, avec ceux qui vous épaulaient et qui prennent votre relève, vous nous avez déjà montré comment atteindre la victoire que nous vous devons maintenant, parce qu’à travers votre engagement, nous reconnaissons simplement ce qu’il nous faut redevenir ; et de cela, simplement, nous vous serons, pour toujours, infiniment reconnaissants.

Matinale de France Inter, le 26 mars 2018