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Une fuite en avant irresponsable

Texte publié dans Le Figaro du 27 juillet 2020.

Pourquoi une telle accélération ? Au lendemain d’une épidémie mondiale, à la veille d’une crise économique inouïe, l’Assemblée nationale se réunit en session extraordinaire. Un texte examiné en priorité : l’ouverture de la « PMA pour toutes »… Il y a des urgences qui trahissent des obsessions idéologiques plutôt qu’elles ne répondent aux besoins vitaux de la société. Ce n’est, il est vrai, pas nouveau : depuis l’annonce de cette mesure en septembre 2017, le gouvernement aura mis beaucoup d’énergie pour dissimuler, à défaut de pouvoir les résoudre, les nombreux problèmes causés par cette réforme. Agnès Buzyn consacrait ses efforts à la question de savoir « si un homme à l’état civil pourrait devenir mère », ou comment l’Assurance maladie pourrait rembourser une prestation en l’absence de toute maladie. Pendant ce temps, l’hôpital public traversait une crise majeure, le même gouvernement déremboursait des médicaments traitant la maladie d’Alzheimer, et personne ne s’occupait du fait que nos derniers stocks stratégiques de masques étaient en train de pourrir, grignotés par des rongeurs. Quelques semaines plus tard, les infirmières allaient être contraintes de se bricoler des blouses de protection avec des sacs poubelles ; c’est qu’au moment où la pandémie explosait en Chine, notre Ministre de la santé était trop occupée à l’Assemblée pour démêler les noeuds inextricables que sa propre réforme causait. Des difficultés susceptibles de fragiliser toute l’architecture de notre droit de la santé et de la famille… Rappelons en effet que cette mesure, au bénéfice de quelques centaines de personnes par an, représente selon le dernier avis pourtant favorable du CCNE “le risque d’une déstabilisation de tout le système bioéthique français.”
Il y a seulement trois ans, le même CCNE décrivait comme un « point de butée » le fait de « ne pas s’engager dans un processus qui organiserait l’absence de père, ou considérer (…) que l’on ignore encore aujourd’hui comment les sujets concernés vont se construire dans ces nouvelles situations ». Mais que voulez-vous, au nom du désir de l’adulte, un point de butée, ça s’efface. Les députés de la majorité ont donc, au coeur de l’été, dans l’indifférence générale, supprimé ces mots de la loi : « Nul n’a le droit à l’enfant ». Vous souvenez-vous encore de ceux qui juraient, il y a quelques semaines encore, que jamais il n’y aurait de “droit à l’enfant”? Eh bien c’est fait : maintenant vous y avez droit, et la technique sera sommée de vous le fournir si vous ne voulez pas d’un père – demain, pourquoi faire semblant de le nier, la mère deviendra à son tour superflue, aucune raison qu’elle échappe à l’égalité en marche.

Car c’est au nom de l’égalité qu’on a martelé ce sophisme : si la PMA est ouverte aux couples hétérosexuels, elle doit l’être aussi aux couples homosexuels. Il faut le redire encore : la procréation n’était assistée par la médecine que parce qu’une infertilité biologique empêchait un couple hétérosexuel d’avoir un enfant. Désormais, on demande à la médecine d’intervenir hors de toute pathologie, non pour rétablir l’équilibre ordinaire des corps, mais pour s’en affranchir. Point de départ d’une logique qui ne peut que nous conduire à repousser bien d’autres « points de butée », au nom de l’alliance toute-puissante du désir et de la technique contre les limites naturelles de nos corps, et les frustrations qu’elles nous causent. Alors que le Premier ministre nous veut « tous écologistes ! », l’histoire retiendra que son gouvernement aura commencé par cette terrible contradiction…
« Tous écologistes », vraiment ? Au lendemain d’une pandémie révélant le danger des maladies transmissibles entre espèces, la loi autorise la création d’embryons transgéniques ou chimériques, mêlant des cellules souches humaines et animales. Elle assouplit les règles de recherche sur l’embryon humain, qui devient un matériau de laboratoire comme un autre. Elle ouvre la voie à la levée de l’anonymat du don de gamète, déstabilisant dans son principe tout le modèle français en matière de don d’organes. Le gouvernement, trop occupé par le remaniement, ayant déserté la commission spéciale, les députés de la majorité se sont affranchis des dernières précautions qu’ils s’étaient eux-mêmes imposés en première lecture, avec une légèreté sidérante. Ils ont rétabli le remboursement de la PMA par l’assurance-maladie : le CCNE avait pourtant conditionné son avis favorable à l’interdiction de ce remboursement… Ils ont supprimé les mesures proposées par le Sénat pour contrer les fraudes en cas de GPA à l’étranger ; ils ont même adopté une technique apparentée, dite de la ROPA, qui permet à une femme de porter l’ovocyte d’une autre.

Plus terrible encore : ils ont élargi la possibilité du tri sur les embryons via un DPI étendu aux maladies chromosomiques. Derrière l’abstraction de ces termes techniques, il y a un projet simple, demandé par le député Philippe Vigier il y a quelques semaines à la tribune de l’Assemblée : « Il faut traquer, je dis bien traquer, les embryons porteurs d’anomalie ». Agnès Buzyn elle-même s’y était opposée, dénonçant une « dérive eugénique claire » ; et plusieurs députés LREM, concernés comme parents ou comme soignants par le handicap, avaient exprimé leur désarroi devant cette revendication. Quelle société sommes-nous en train de construire ? C’est tout notre rapport à nos corps, à la technique médicale, et à la condition humaine elle-même, qui est sur le point de changer. Pour tous… Tous éligibles au droit à l’enfant, produit sur commande, sélectionné et financé. Ou tous liés par une condition humaine imparfaite, tous porteurs d’anomalies et de défauts plus ou moins visibles, mais capables pourtant de reconnaître la valeur infinie de toute vie, et d’en prendre soin telle qu’elle est – tous écologistes, vraiment !
Alors que les Français sont légitimement préoccupés par les nouvelles du front sanitaire et économique, leurs représentants s’apprêtent à voter en leur nom l’entrée dans un autre monde – celui qui remplacera à terme, de l’aveu même du rapporteur de cette loi, l’engendrement naturel de l’enfant par la procréation technique et sa sélection organisée. Bien sûr, il est confortable de se laisser endormir par la fable du progrès souriant face à l’obscurantisme ronchon ; mais il n’est personne d’un peu sérieux qui ait suivi ces débats et qui ne mesure, quelle que soit la position, l’ampleur de ce qui est en jeu. Le CCNE reconnaît des « changements anthropologiques majeurs ». Le simple respect de la démocratie supposerait de laisser le débat reprendre normalement en septembre, pour permettre au moins aux Français de savoir ce que leurs élus veulent faire des voix qu’ils leur ont confiées.


Interrogé à ce sujet dans la matinale de RTL le jeudi 30 juillet 2020 :

Les équilibres fragiles de la condition humaine

« Nous ne devons pas jouer avec les équilibres fragiles de la condition humaine. Même légitime, le désir des adultes ne suffit pas à fonder un droit à l’enfant. Présent aujourd’hui parmi les milliers de Français, fidèles et libres, qui tiennent à ce simple message. »

Sur le même sujet :

Propos recueillis par le JDD : « Bioéthique : nous sommes tous responsables du monde qui se contruit sous nos yeux »

Sur France Info dimanche 19 janvier :

François-Xavier Bellamy était également l’invité de France Info le dimanche 19 janvier 2020 et a été interrogé, entre autres sujets, sur l’examen en cours du projet de loi « bioéthique ».

 

Pour prolonger la réflexion

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Pour compléter l’entretien reproduit hier sur ce blog, et contribuer à ma façon à la désormais célèbre « journée de la jupe », je reproduis ici un texte publié en 2011 dans les colonnes du Monde. Je répondais alors à une tribune de Caroline de Haas, qui demandait que nous « devenions indifférents à la différence des sexes ».

Trois ans plus tard, ce commencement de débat est devenu un sujet national. Les mois passés lui auront finalement donné sa pleine actualité… Je reprends donc aujourd’hui ce texte, moins marqué par l’anecdote et la polémique, en espérant humblement qu’il pourra contribuer à éclairer, plus efficacement qu’une réaction de court terme, l’enjeu fondamental des questions qui se présentent à nous aujourd’hui.

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« Caroline de Haas nous offre, dans une tribune parue récemment dans le Monde, une longue et laborieuse argumentation destinée à écraser définitivement les derniers « sursauts réactionnaires » – entendez par là l’opinion des malheureux catholiques qui n’ont pas la chance de penser comme elle. Le sous-titre de cet écrit – « Existe-t-il des pseudo-essences féminine ou masculine ? » – annonce parfaitement l’ouverture intellectuelle de la discussion qu’il propose. Quand une question contient autant sa propre réponse, on croirait lire un petit catéchisme totalitaire. (…)

Cette tribune est réellement intéressante pour ce qu’elle révèle d’une confusion fondamentale qui pèse largement sur ces débats de genre. Caroline de Haas veut lutter pour l’égalité de l’homme et de la femme ; combat légitime s’il en est, nécessaire, urgent même, et auquel tout être humain qui n’est pas totalement aveugle ou barbare ne peut que s’associer. Considérer que l’un des deux sexes soit supérieur à l’autre (quel qu’il soit – et combien de fois je me suis senti, en tant qu’homme, ravalé au rang d’être inférieur, primaire, violent, obsédé et dominateur, par des féministes emportées par leur sainte colère !), c’est incontestablement à la fois une erreur objective et une faute morale grave.

Mais pourquoi faudrait-il, pour être sûr de l’établir définitivement, confondre cette égalité indéniable avec une identité plus que douteuse ? Pourquoi faudrait-il, pour assurer que la femme n’est pas inférieure à l’homme, s’évertuer à démontrer qu’elle n’est pas différente de lui ? Pourquoi fragiliser un combat aussi légitime, une démonstration aussi solide, en voulant le fonder sur un raisonnement aussi absurde ? Oui, l’homme n’est pas une femme, la femme n’est pas un homme. Alors que notre société prend conscience, enfin, de la nécessité de respecter vraiment la nature telle qu’elle est, de renoncer à la modeler selon les excès de son désir de toute-puissance, pourquoi ne pas respecter notre propre nature, telle qu’elle est, sans chercher à la nier ? On condamnerait à raison une entreprise qui, pour exploiter une nappe de pétrole, chercherait à cacher l’existence des différentes espèces qu’elle mettrait en danger ; de la même façon, poursuivre le projet politique de l’homoparentalité, par exemple, n’autorise personne à nier la réalité naturelle de la différence sexuelle. Oui, l’homme et la femme sont différents ; ne soyons pas indifférents à cette dualité essentielle de notre nature, sachons au contraire l’apprivoiser, l’aimer, comme nous apprenons à respecter et à admirer la nature telle qu’elle est.

Egalité ne veut pas dire nécessairement identité ; pour tomber dans cette confusion élémentaire, Caroline de Haas fragilise son beau combat, et tombe souvent à côté de la plaque. Elle veut prouver que nous avons les mêmes cerveaux, également réceptifs à la culture ambiante ; personne n’en doute… Mais nous ne sommes pas que des cerveaux ! L’être humain est un corps, doté de sa part d’animalité, d’instinct, de sensibilité ; et ce corps est sexué. Cette réalité physique ne dépend pas de notre culture. Partageant une égale rationalité, comment ne pourrions-nous pas reconnaître que l’homme et la femme sont génétiquement, organiquement, charnellement différents ? Et de même que la biodiversité est reconnue comme un patrimoine à protéger, pourquoi ne pas regarder cette différence comme un trésor à protéger et à découvrir ?

Reconnaître l’évidence biologique, et l’expérience psychologique, de la différence des sexes, n’empêche pas d’affirmer leur égalité, bien au contraire. Méfions-nous : le combat du gender pour affirmer une identité illusoire pourrait bien constituer, par une ruse de l’histoire, la victoire paradoxale de la phallocratie, et apporter une réussite encore jamais atteinte aux forces d’aliénation de la femme. Lorsque le féminisme en vient à nier l’existence de la femme, on est en droit de se demander qui y gagne dans son long et légitime combat. Lorsque Caroline de Haas exige que la femme soit considérée comme identique à l’homme, elle renonce à construire un modèle d’individualité propre, autonome, et se laisse finalement aliéner par le modèle masculin, succombant à l’ancestrale prédominance qu’elle dénonce. La liberté de la femme ne consiste pas à ne pas pouvoir être elle-même !

Le féminisme du gender partage le projet du machisme le plus inégalitaire : fermer toute possibilité de dialogue. Je n’ai rien à échanger avec celui qui m’est identique, comme avec mon inférieur. Dans l’un et l’autre cas, rien à apprendre, rien à recevoir – rien à donner non plus. Mais de l’être qui est mon égal sans être identique à moi-même, de celui-là seulement, je désire la relation, car elle est la promesse d’une découverte et d’un enrichissement mutuel. Femmes, vous nous fascinez pour ce que vous êtes ; notre différence est le difficile trésor qu’il nous appartient d’apprivoiser ensemble. Pour y parvenir, reconnaître et vivre notre égalité est une nécessité concrète ; mais proclamer notre identité serait notre commun échec. Femmes, ne vous laissez pas aliéner, ne devenez pas des hommes comme les autres ! »

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Droits des femmes : chercher l’égalité, ou l’uniformité ?

Aujourd’hui se tenait la réunion du Comité Interministériel sur les Droits des Femmes : bonne nouvelle. Il y a des comités par dizaines, mais quand par extraordinaire il s’en réunit un sur un vrai sujet, on ne peut que s’en réjouir. Dans notre société, trop d’injustices réelles pèsent encore sur les femmes, sur les mères en particulier, si souvent abandonnées à une responsabilité qu’elles portent seules pour le bien de tous.

Sur ce point, parmi d’autres, il y a urgence : toutes les associations de lutte contre l’exclusion constatent que la grande pauvreté, qui augmente dans notre pays, touche de plus en plus majoritairement les femmes, contraintes d’assumer seules la charge d’une famille. Seules, à cause de la fragilité des unions et, il faut bien l’admettre, à cause de ce qui ressemble à un égoïsme mieux partagé par les hommes…

J’ai donc lu avec attention le document issu de la réunion de ce comité. J’imaginais y trouver des mesures d’accompagnement pour ces mères en difficulté qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts, pour qui l’alimentation et la santé ne sont même plus accessibles ; je pensais lire des pistes concrètes pour permettre aux femmes de faire des choix vraiment libres, sans avoir à les payer si cher. Je m’attendais à un projet de valorisation de la place des femmes dans la société, seule voie qui puisse montrer que la parité est nécessaire à l’expression de nos différences.

Hélas, j’ai rapidement du reconnaître ma méprise : au lieu de ces mesures urgentes, consistantes, je suis tombé sur un texte militant pour la théorie du genre… Ce n’est pas difficile à reconnaître, tous les ingrédients y sont.

Cela commence par un travail de culpabilisation en bonne et due forme. Vous êtes tous sexistes, sans le savoir. Oui, vous. Toi, là, qui me lis, tu es un infâme sexiste. – Et que tu sois une femme n’y change rien, cela ne fait qu’aggraver ton cas. – Oui, vous me lisez bien : nous véhiculons malgré nous des jugements sexistes, c’est-à-dire que nous partageons, consciemment ou non, un même mépris condamnable de la condition féminine. Pécheurs avant d’avoir voulu pécher : voilà une stratégie de culpabilisation que le Nietzsche de la Généalogie de la Morale aurait reconnue à sa juste valeur.

La solution s’impose en effet tout naturellement : laissez-vous rééduquer. Mme Vallaud-Belkacem a commencé par rééduquer ses collègues du gouvernement, maintenant c’est à votre tour. Ou plutôt non, vous, vous êtes sans doute déjà périmé, perdu pour la cause. Ils vont donc s’occuper de vos enfants.

Commence alors le plus formidable projet de détournement de la mission de l’Education nationale qu’on puisse imaginer. De la maternelle à l’Université, inculquer les postulats du gender devient une priorité absolue : sensibilisation à l’égalité au primaire, au collège, au lycée (le terme sensibilisation revient 32 fois dans ce compte rendu), cours sur le genre dans tout l’enseignement supérieur, financement des recherches sur le genre, formation à l’égalité de genre pour les profs (les pires coupables d’ailleurs, mais ça, ils finissent par avoir l’habitude). Bref, à l’école on n’apprend toujours pas à lire correctement, mais au moins on va « réapprendre une autre société. » Une école qui rééduque avant  même d’éduquer : tout un programme…

Pourquoi est-ce grave ? Parce que l’école, et tous les moyens de l’Etat, se trouvent mis au service de cette thèse très particulière qu’est la théorie du genre. Elle consiste à affirmer que l’homme et la femme sont, non pas égaux, mais identiques. Il n’y a pas entre eux de différences ; ou plutôt, toute différence doit être immédiatement dénoncée comme le résultat d’un « stéréotype sexiste », ces fameux préjugés du « sexisme d’habitude » que dénonce Mme Vallaud-Belkacem. Le gouvernement ne lutte pas pour l’égalité, mais pour l’uniformité. Ce faisant, au lieu de servir la liberté réelle des femmes, il les enferme dans un nouveau carcan.

La théorie du genre peut être, comme toute théorie, stimulante, intéressante, et discutable. En faire un dogme incontesté, c’est d’abord une supercherie intellectuelle ; mais la convertir en programme politique, c’est surtout prendre le risque d’une gigantesque régression pour les droits des femmes elles-mêmes. Demain, le service public d’orientation que le gouvernement prépare jettera le soupçon sur une jeune fille qui souhaiterait s’engager dans le secteur médical ou social, en expliquant publiquement que son désir repose sur des réflexes sexistes. Pour Mme Vallaud-Belkacem, le but n’est pas de faire en sorte que chacun puisse faire un choix vraiment personnel ; le but, c’est que l’Etat organise une société où il y ait 50% d’hommes chez les sages-femmes, et 50% de femmes chez les maçons. Invitée sur un plateau télé il y a quinze jours, notre ministre du droit des femmes a offert à la journaliste qui la recevait, jeune maman d’une petite fille, un jeu de bricolage en guise de cadeau pour son enfant : qu’elle ne s’avise pas de jouer à la poupée ! Il faut être ferme, n’est-ce pas : c’est comme ça qu’on prépare les maçon(ne)s de demain.

Il est triste de voir ce gouvernement asservi à la théorie du genre, pourtant restée marginale dans la communauté scientifique elle-même. Triste de voir autant de moyens déployés au service d’un projet aussi oppressant. La « société de l’égalité » qu’on nous promet, c’est en effet la société uniforme de l’universel quota. C’est aussi l’obligation faite aux femmes d’entrer dans la stupide course aux pouvoirs superficiels de l’argent et de la politique – puisque y renoncer serait une défaite devant les « stéréotypes. » C’est, au fond, l’alignement de la féminité (encore un mot condamné) sur ce qu’il y a de pire dans l’instinct machiste : faire carrière à tout prix, et même, par exemple, au prix d’une voie singulière vers le bonheur.

Bien sûr, il faut qu’une femme puisse faire carrière si elle le veut, exercer des responsabilités, trouver sa place dans le domaine qui l’attire. Et l’école doit se battre pour cela. Je refuse catégoriquement d’être considéré comme un sexiste qui s’ignore, moi qui travaille chaque jour, avec mes 852 906 collègues, pour aider des jeunes, garçons ou filles, à préparer leur avenir. Mais l’école ne peut offrir la même chance à tous qu’en assumant plus efficacement sa seule véritable mission : transmettre la connaissance. Tout ce que l’on ajoutera à cette unique vocation sera, au mieux, de la communication sans effet ; au pire, un détournement du service public à des fins partisanes, fussent-elles camouflées derrière les meilleures intentions du monde.

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