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On n’encadre pas l’injustice, on la combat.

Tribune signée avec Othman Nasrou, vice-président du Conseil régional d’Ile-de-France et élu d’opposition à Trappes, initialement parue dans Marianne.

Pendant que des milliers de policiers et gendarmes tentent de faire respecter la loi contre la puissance mortifère des trafics – le brigadier Eric Masson l’a payé de sa vie le 5 mai face aux dealers à Avignon – des élus irresponsables jouent la transgression adolescente jusque dans l’hémicycle. Il y a quelques jours, un député a sorti un joint en séance à l’Assemblée nationale.

Cette provocation médiocre a de quoi désespérer tous ceux qui, professeurs, éducateurs, médecins et personnels de médecine scolaire, agents des forces de l’ordre et de la justice, font des efforts immenses pour dissuader les jeunes de laisser partir leur avenir en fumée. L’apologie du shit revendiquée par un élu, voilà qui éclaire l’irresponsabilité de certains arguments évoqués parfois en faveur de la légalisation du cannabis. Et la première de ces thèses, entendue mille fois : puisque l’interdiction n’a jamais mis fin à l’usage, autant y renoncer pour pouvoir mieux encadrer les filières d’approvisionnement et les modes de consommation.

Cette analyse est absurde, à plusieurs titres. D’abord parce qu’elle fait l’impasse sur la nocivité intrinsèque du cannabis. Il ne suffira pas de légaliser une substance dangereuse pour qu’elle devienne sûre… Qui pense que mettre un poison en vente libre diminue sa létalité ? En l’occurrence, le cannabis est un poison, en particulier pour les jeunes. Nos expériences d’élu et d’enseignant confirment malheureusement ce que montrent les études médicales : le cannabis a des effets toxiques immédiats sur le cerveau, en particulier dans la phase de son développement ; il provoque des troubles de l’attention et de la mémoire, des phases d’anxiété, une fatigue chronique – il figure d’ailleurs parmi les premières causes d’échec scolaire. Malgré son image festive et sociale, l’addiction qu’il suscite conduit souvent ses victimes à s’isoler, à se refermer sur elles-mêmes, à développer des symptômes dépressifs. Le lien est désormais établi par des nombreuses études entre la consommation de cannabis et des troubles psychotiques, le développement de schizophrénies ou de délires paranoïaques. On accordera que ces conséquences sont d’une particulière gravité – et il y a quelque chose d’étonnant à voir, dans cette période où nous aurons tant sacrifié au risque zéro sanitaire, que certains sont prêts à nier l’évidence du problème majeur de santé publique que représente le cannabis.

Certains répondront que l’alcool et le tabac posent aussi des problèmes de santé, sans être pourtant interdits. Mais la comparaison est absurde : ces produits ne s’accompagnent pas des mêmes pratiques, et n’engendrent pas les mêmes conséquences. L’alcoolisme est un drame absolu ; mais on peut boire de l’alcool sans être du tout alcoolique. En France tout particulièrement, le vin est un élément de la gastronomie : il se goûte, et on le savoure pour lui-même – non pas essentiellement pour ses effets secondaires, que seul un usage excessif peut réellement entraîner. On ne fume un joint en revanche que pour ses effets psychotropes – rien à voir, là aussi, avec le tabac : le cannabis est bien une drogue. A l’évidence, beaucoup d’autres choses que des drogues peuvent être mauvaises pour la santé, parmi lesquelles bien des aliments ordinaires ou des pratiques sportives en elles-mêmes parfaitement saines ; mais il faudrait beaucoup de mauvaise foi pour tout confondre dans un relativisme abscons. La consommation de cannabis ne peut qu’être nocive, comme toute consommation de drogue – et il n’est pas étonnant que les études épidémiologiques démontrent ce lien : pour les consommateurs d’héroïne ou de cocaïne, le cannabis a souvent été un premier pas.

On n’encadre pas l’injustice, on la combat. On ne légalise pas un poison, on combat ceux qui empoisonnent. Légaliser le cannabis serait pour le législateur une abdication démagogique de sa responsabilité première.

Quel bénéfice pourrait-on dès lors espérer de sa légalisation ? Renoncer à l’interdire permettrait de mener des campagnes de prévention, nous dit-on ; mais rien n’interdit de le faire aujourd’hui, et il est temps en effet d’investir massivement dans la pédagogie indispensable pour susciter une prise de conscience. A l’inverse, il serait parfaitement incohérent de prétendre qu’on dissuadera mieux en autorisant… Les expériences connues sont éloquentes sur ce point : l’État du Colorado, après avoir légalisé le cannabis en 2012, a connu une augmentation de 45% de la consommation chez les adultes de plus de 25 ans, un record parmi les États américains. Alors que l’usage du cannabis a tendance à décroître depuis quelques années chez les jeunes français – contrairement à ce que certains de leurs aînés rêveraient de nous faire croire, la légalisation serait un contresens historique. Ceux qui la revendiquent affirment également que cela permettrait d’assécher les trafics. Mais qui peut croire cette fable ? On ne devient pas dealer par passion pour le cannabis – ceux qui le vendent sont souvent les premiers à en connaître assez les méfaits pour ne pas y toucher eux-mêmes. S’ils ont choisi cette activité, c’est parce qu’un business illicite est plus lucratif, et leur permet de financer bien des activités parallèles, qui peuvent aller parfois jusqu’au financement de filières terroristes… Qui peut sérieusement croire que ces réseaux criminels déclareront leurs revenus et paieront la TVA dès que le cannabis sera légal ? Ils se reconvertiront bien sûr dans d’autres trafics illicites. L’exemple de l’Uruguay, ou du Canada, ont montré que les marchés noirs peuvent même augmenter après la légalisation du cannabis… Ceux qui militent pour cela nous demanderont-ils demain de légaliser l’héroïne, au motif que de toute façon la répression ne marche pas ?

En réalité, derrière cette logique, il y a une démission politique absolue. Le législateur doit-il renoncer à interdire quoi que ce soit, au motif que toute interdiction sera un jour violée ? Il y a des milliers d’excès de vitesse chaque jour : on n’abolit pas pour autant le code de la route. Parce qu’il protège nos déplacements, l’État se donne les moyens de le faire respecter. Baisser les bras devant une industrie illégale qui détruit des vies, ce serait renoncer à la responsabilité politique. Personne ne songe à légaliser l’activité des cambrioleurs au motif que, puisque la propriété privée n’est pas toujours respectée, il vaut mieux que leur activité soit encadrée dans de bonnes conditions… On n’encadre pas l’injustice, on la combat. On ne légalise pas un poison, on combat ceux qui empoisonnent. Légaliser le cannabis serait pour le législateur une abdication démagogique de sa responsabilité première. Et cela n’a rien de théorique : quand des milliers de vies sont en jeu, il ne faut jamais renoncer – quoiqu’il en coûte.

« Un État tracassier avec les citoyens paisibles, et faible avec les délinquants : jusqu’à quand ? »

David Lisnard Hervé Morin François-Xavier BellamyTribune publiée avec David Lisnard et Hervé Morin dans Le Figaro du 8 mars 2021.

L’État recule face aux émeutes quotidiennes, aux trafics, aux violences meurtrières de bandes – mais évacue les promeneurs du dimanche et inflige 135 euros à qui sort après 18h. Révolte et propositions.

Alors que l’État régalien recule face à ceux qui nuisent, il multiplie les interdits qui pénalisent la majorité silencieuse et civique. Cette situation est une source grave d’injustice dont chacun sait qu’elle est le ressort de la révolte. À Noisiel où des feux d’artifice ont été tirés en pleine nuit et en plein couvre-feu au beau milieu des habitations, à Lyon, à Rilleux-la-Pape, à Amiens, à Beauvais, où des émeutes ont lieu depuis plusieurs jours, et dans tant d’autres communes, de tels faits se multiplient et l’ordre républicain n’est plus respecté.

Ce n’est pas la présence sur place au lendemain d’une nuit de guérilla urbaine du Premier ministre ou du ministre de l’Intérieur qui changera quoi que ce soit à cet état de fait.

Aucune ville française n’est aujourd’hui à l’abri de ces troubles, de ces débordements, des violences de bandes pouvant entraîner la mort d’adolescents de 14 ou 15 ans, d’agressions gratuites, de rodéos sur la voie publique, de trafics, d’habitants contrôlés par des dealers pour pouvoir rentrer chez eux, de commissariats pris pour cibles. Et ce n’est pas la présence sur place au lendemain d’une nuit de guérilla urbaine du Premier ministre ou du ministre de l’Intérieur qui changera quoi que ce soit à cet état de fait. Ces opérations de communication ne font même qu’amplifier l’image d’un pouvoir impuissant.

Dans le même temps, il est demandé aux riverains qui subissent ces troubles récurrents à l’ordre public de respecter des contraintes sanitaires rappelées par tous les moyens les plus infantilisants et de rentrer chez eux à 18 heures, sous peine de se voir infliger une amende de 135 euros. Ceux qui les empêchent de dormir et de vivre normalement s’en dispensent sans être inquiétés.

Cela fait bien longtemps en effet que l’État s’en prend souvent aux plus faibles avec des manières confinant parfois à l’autoritarisme tandis qu’il se montre pusillanime avec les plus forts, ceux qui ne le craignent pas. Comme trop souvent en France, quand le pouvoir est incapable de sanctionner l’abus de quelques-uns, il contraint l’usage pour tous. Il ne sait visiblement plus comment agir avec efficacité, dépassé par des événements qu’il a lui-même alimentés depuis tant d’années, du fait d’un laxisme judiciaire avéré et d’un abandon presque méthodique de certains quartiers à la loi des bandes.

Les exemples pullulent de cas dans lesquels les forces de l’ordre n’interviennent pas, soit par manque de consignes qui résulte des renoncements hiérarchiques et de lâchetés politiques, soit par manque de cadre juridique le permettant. Même pour des discothèques sauvages dans des villas ou appartements loués, qui perturbent des quartiers entiers en pleine ville – nous en savons quelque chose à Cannes, – les forces de l’ordre ne peuvent faire cesser le trouble, et sont limitées en droit à dresser des amendes de troisième classe d’un montant dérisoire (68 euros). Que dire aux riverains légitimement exaspérés?

Dans un autre registre, comment donner tort à ceux qui estiment que « ce sont toujours les mêmes qui trinquent » quand chaque jour des crimes et délits sont commis par des multirécidivistes à maintes reprises interpellés par la police et trop souvent remis en liberté? L’exemple la semaine dernière à Reims d’un étranger de 21 ans, arrivé en France en 2018, déjà condamné à huit reprises pour vols, trafics de stupéfiants et violence, ayant agressé un journaliste dont le pronostic vital est engagé, est symptomatique.

Comment également admettre que plus de 90 % des déboutés du droit d’asile et tant d’immigrés en situation illégale ne soient pas expulsés et demeurent sur le territoire national ? C’est le cas de ce clandestin soudanais qui a tué le directeur d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile en février ou encore celui de l’assaillant islamiste qui a assassiné trois personnes dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption de Nice en octobre dernier. Comment enfin donner tort à ceux qui, implacablement sanctionnés pour avoir protesté lors d’un contrôle routier, crient à l’iniquité devant les images de policiers reculant face à des hors-la-loi les insultant et les menaçant sans risquer la moindre réponse judiciaire ?

Rétablir cette justice de la sanction systématique et proportionnée va créer des troubles face à des populations qui sont habituées à l’impunité. Nous en acceptons l’augure.

Nous payons lourdement des années de contradictions entre les paroles spectaculaires devant les caméras et l’absence d’actes méthodiques, fermes, constants et évalués sur le terrain. Cette démission des pouvoirs publics et ce deux poids deux mesures découragent l’esprit civique de nos compatriotes ou les renvoient vers l’extrémisme. Il en résulte une réelle crise de la confiance dans la capacité de l’État à nous protéger et à agir pour le bien commun. Afin de la rétablir, l’impunité de ceux qui se sont approprié l’espace public doit cesser.

Pour cela, commençons par donner davantage de moyens à la justice et exigeons qu’elle fasse respecter les lois existantes. Engageons une « radiographie » très fine de la chaîne pénale pour éliminer tous les grains de sable qui nuisent à l’efficacité du couple police-justice. Construisons enfin les nécessaires places de prison supplémentaires ainsi que des centres éducatifs fermés pour les mineurs afin de faire réellement exécuter les peines: 45% des peines de prison ne sont toujours pas exécutées six mois après avoir été prononcées. La France demeure le 18e pays en Europe pour le nombre de prisonniers rapporté à sa population, alors qu’elle est le 7e pour les tentatives de meurtres et le 2e pour les coups et blessures volontaires.

Il faut sanctionner, bien sûr de façon proportionnée, dès la première infraction, dès la première incivilité car le retour à une spirale vertueuse dans le domaine du civisme commence par ne pas accepter que l’on tague les murs de sa ville ou que l’on fasse des rodéos sauvages dans son quartier.

D’autres mesures essentielles doivent être mises en œuvre, comme le rétablissement des peines planchers en cas de multirécidive ou d’agression contre des dépositaires de l’autorité publique, la fin de l’aménagement quasi automatique des peines pour les condamnations à moins de deux ans de prison ferme d’individus dangereux, la suppression des crédits de réduction de peines fonctionnant comme un droit acquis du détenu ou encore le renvoi systématique dans leur pays d’origine des délinquants et criminels étrangers condamnés.

Il faut sanctionner, bien sûr de façon proportionnée, dès la première infraction, dès la première incivilité car le retour à une spirale vertueuse dans le domaine du civisme commence par ne pas accepter que l’on tague les murs de sa ville ou que l’on fasse des rodéos sauvages dans son quartier. Mais plus que tout, il faut une volonté et du courage. Si la France ne se dote pas enfin d’une véritable politique de sécurité tournée vers la protection de la société, l’arbitraire résultant de l’impuissance régalienne continuera de se faire au détriment des honnêtes gens. C’est notre démocratie qui est en jeu. Rétablir cette justice de la sanction systématique et proportionnée va créer des troubles face à des populations qui sont habituées à l’impunité. Nous en acceptons l’augure. Nous saurons y faire face. Le devoir politique est de l’assumer, d’y préparer l’opinion et de faire le travail.

Le désespoir n’est pas une option.

Entretien paru dans le Figaro du 27 juillet 2016. Propos recueillis par Alexandre Devecchio.

Deux islamistes ont pris mardi matin en otage un curé, deux sœurs et deux fidèles à Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen. Le prêtre a été assassiné. Après Nice, que vous inspire ce nouvel acte de terreur ?

Il y a quelque chose de pire que l’horreur, c’est la répétition de l’horreur. Il est clair maintenant que nous sommes engagés dans un cycle probablement long, dans une épreuve qui sera rendue pesante précisément par le caractère imprévisible et donc omniprésent de la menace. Désormais une foule qui regarde un feu d’artifice est une cible – mais tout autant cinq paroissiens qui vont à la messe un mardi matin. L’une des premières personnes avec qui j’ai parlé de cet attentat m’a dit : « On était heureux, avant… ». Elle exprimait ainsi ce que nous avons le sentiment de vivre, la fin d’une période d’insouciance. Cela ne signifie pas qu’il faille se résigner, au contraire : nous qui n’avons pas vécu de guerre, nous avions peut-être un peu perdu conscience de la valeur infinie de la paix. Aujourd’hui, un prêtre est égorgé dans une église, à la fin de sa messe ; comment ne pas penser aux chrétiens d’orient qui vivent ce chemin de croix depuis si longtemps ? Puisque notre tour vient de partager l’épreuve que vivent si près de nous tant de peuples confrontés à la violence, de façon bien plus intense, il faut trouver dans cette tragédie l’occasion de nous réveiller d’une forme de passivité, de complicité même peut-être, dans laquelle notre pays a pu s’enliser.

Le fait d’attaquer une église est-il un symbole ? Quel est son sens ?

Bien sûr, c’est un symbole évident… Comme l’écrivait Julien Freund, « c’est l’ennemi qui nous désigne », et en l’occurrence l’Etat islamique semble identifier ses cibles avec beaucoup de méthode. Il y a quelques jours, il frappait la foule un 14 juillet ; aujourd’hui, c’est une église, le jour même du lancement des Journées Mondiales de la Jeunesse… C’est la France qui est visée dans ce qui fait son identité – dans son histoire républicaine et dans son héritage spirituel. La France est marquée par cette dualité féconde, qui a été bien souvent conflictuelle dans le passé, mais qui fait son identité singulière : c’est bien sûr le 14 juillet 1790 et la fête de la Fédération, mais c’est aussi la tradition chrétienne qui a façonné notre pays. De la plus grande à la plus petite commune, chaque ville de France a sa Mairie et son église paroissiale… En quelques jours, Daech s’est attaqué à ces deux dimensions essentielles de notre vie collective. Paradoxalement, l’ennemi qui nous désigne doit contribuer aussi à nous réunir. Alors que la France semblait enfermée dans ses divisions, au moment où une forme appauvrie de la laïcité prétendait effacer cette dimension singulière de notre identité collective, Daech nous rappelle qui nous sommes en nous montrant ce qu’ils veulent atteindre en nous. Le Père Hamel avait consacré sa vie à la foi chrétienne, et c’est à cause de ce don qu’il est mort pour son pays. Ceux qui l’ont tué le savent bien, ces deux dimensions sont liées.

Peut-on parler d’un choc des civilisations ?

Il est impossible de reconnaître ces criminels comme les défenseurs d’une « civilisation » ! Toute civilisation commence par l’effort du langage, du dialogue, qui vient rompre le cycle destructeur de la violence pour ouvrir des voies pacifiques de résolution des conflits. Le premier effet de la civilisation, c’est la civilité, qui est une condition de la cité : la politique suppose en effet la politesse, elle implique que les hommes soient polis, au sens littéral du terme, par une culture qui discipline en eux la brutalité de l’instinct primaire. Nous n’avons pas sous les yeux deux civilisations opposées, mais une civilisation confrontée à une forme moderne de barbarie, qui ne s’arrêtera que quand elle aura tout détruit : dans la manière même par laquelle ils assassinent, les djihadistes nous ramènent à la sauvagerie la plus inhumaine ; et en faisant des selfies au milieu de leur massacre, ils parviennent à faire de la modernité technique l’occasion d’être plus régressifs encore dans l’horreur.

Dans votre livre les Déshérités, vous écriviez redouter un choc des incultures…

Nous y sommes sans doute… A l’heure où je vous réponds, nous n’avons pas encore de certitudes sur l’identité des auteurs de l’attentat commis à Saint-Etienne-du-Rouvray ; mais il semble que ces personnes aient grandi en France. Comme tant d’autres désormais avant eux : Cherif et Saïd Kouachi, Amedy Coulibaly, Mohammed Merah, Mehdi Nemmouche… Autant de jeunes, car ils sont tous jeunes malheureusement, qui ont passé des milliers d’heures sur les bancs de notre école. Alors bien sûr, l’école ne peut pas tout, et le contexte national et international pèse beaucoup pour expliquer ces basculements délirants ; mais malgré tout, le terrain n’aurait pas été aussi friable si nous avions su transmettre à tous nos élèves les éléments fondamentaux d’une culture commune, d’une histoire partagée, d’une capacité de dialogue et de discernement, d’une distance rationnelle, d’un projet professionnel… Il faut que l’échec éducatif soit immense pour que notre école, qui mobilise depuis longtemps le premier budget de la nation, conduise pourtant tant de jeunes à un tel degré de désintégration.

Faut-ils se résigner au terrorisme comme le suggère le gouvernement ?

Comment pourrait-on s’y résigner ? Ce serait reconnaître définitivement la fin de l’Etat, la dissolution de la société politique, le retour à la loi du talion… Encore une fois, nous avons parfois été inconséquents, irréfléchis, et parfois complices à travers nos politiques ; mais aujourd’hui nous n’avons même pas le droit de renoncer : ce serait se résigner à la barbarie. Le désespoir n’est pas une option. Bien sûr, la répétition des attentats viendra nous éprouver encore, et il faudra du temps avant de sortir de ce cauchemar ; mais c’est justement le bon moment pour l’espérance. Ce n’est pas quand tout va bien qu’on a besoin d’espérance, c’est dans l’épreuve et devant le danger. Comme l’écrivait Bernanos dans d’autres années noires : « La plus haute forme d’espérance, c’est le désespoir surmonté ».

Alors, que faire à court et à long terme ? 

A court terme, il est évident qu’il faut ajuster en profondeur notre action en matière de justice et de sécurité, pour prévenir autant que possible de nouveaux attentats. De ce point de vue, il serait scandaleux que le gouvernement tente, sous couvert d’union nationale, d’étouffer la démocratie : elle suppose la libre interrogation, et le débat qu’elle fait vivre est plus utile que jamais pour éviter l’explosion de la société. Toutes les questions doivent être posées. Est-il normal qu’un jeune français parti faire le djihad en Syrie, intercepté par la Turquie, arrêté par la Suisse, soit relâché dans la nature par la France ? Nous payons les résultats de la politique pénale désastreuse de Christiane Taubira, dont les discours emphatiques et les petits tweets poétiques ne nous sont d’aucun secours aujourd’hui… Quand la faillite d’un système est si évidente, quand le renouvellement est si nécessaire, l’union nationale ne saurait servir de prétexte pour éviter à ceux qui nous gouvernent d’assumer leur responsabilité. Mais au-delà de ces débats importants sur la justice et la sécurité, derrière les impératifs du court terme, il n’y a en fait qu’une seule véritable urgence, c’est la refondation éducative, qui est aujourd’hui la condition de la survie même de notre pays.

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