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Classement PISA, systèmes scolaires en Europe, réforme du bac

Émission Europe Hebdo sur Public Sénat présentée par Marie Brémeau, à revoir sur https://www.publicsenat.fr/espace-replay

Interventions de François-Xavier Bellamy durant le débat en plateau :

Voir aussi :

Public Sénat – Baccalauréat : l’Allemagne prend un chemin « exactement inverse » à la France pour François-Xavier Bellamy

Dossier : Lycéens et étudiants à Versailles

En cette période de rentrée, un dossier à découvrir ou à redécouvrir : le dernier numéro du magazine Versailles se penche sur un univers lycéen et étudiant trop souvent méconnu, et sur la stratégie de la Ville pour accompagner ses 24 000 jeunes. C’est une belle occasion de découvrir la vitalité de la jeune génération à Versailles, et de rencontrer quelques uns de ses visages les plus marquants…

Pour lire en mode plein écran :

 

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Plus d’informations sur le site JVersailles.fr.
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Fonctionnement du service public de l’éducation : audition au Sénat

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Au Sénat : témoignage et partage de réflexions de fond sur l’éducation nationale

Le 19 mars 2015, j’ai été sollicité pour être auditionné par la Commission d’enquête parlementaire portant « sur le fonctionnement du service public de l’éducation, sur la perte de repères républicains que révèle la vie dans les établissements scolaires et sur les difficultés rencontrées par les enseignants dans l’exercice de leur profession. »

J’ai tenté de dire combien le refus de transmettre notre propre culture est directement responsable de la crise que nous vivons… En espérant que ce dialogue franc et direct contribue à une prise de conscience !


Auditions de François-Xavier Bellamy puis de… par publicsenat

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Faut-il quitter la France ?

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Cette Lettre à un étudiant a été publiée dans le Figaro daté du 12 décembre, dans le cadre d’un dossier sur le départ massif des jeunes Français à l’étranger. Elle prolonge l’échange de tribunes dans le journal Libération, en septembre 2012 (« Jeunes de France, battez-vous ! »), et le débat qui l’avait suivi.

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En France, être jeune tourne au cauchemar. Puisque le mauvais sort lie notre génération, permets-moi de t’écrire ces quelques mots. Je t’ai suivi comme enseignant, en zep et en prépa ; je t’accompagne comme élu, quand tu cherches une formation ou un emploi. Je te vois douter, sans que tu oses le dire. Comment ne pas te comprendre ? Tu espérais l’aventure et les promesses de la vie, la création, la liberté – mais devant toi, il y a la crise et le chômage de masse. On a refroidi tes rêves à coup de schémas sur papier glacé. Tes parents avaient connu la croissance et l’insouciance, il te reste la dette et le financement des retraites. Il reste la comptine monotone des mauvaises nouvelles – plans sociaux, licenciements, grèves et manifs ; il reste le bavardage des commentateurs habitués, et l’ironie mécanique que ta télévision débite à longueur de journée.

Dans la société de la crise, chacun calcule son intérêt, en société, en affaires, en politique, en amour ; quelle tristesse infinie. Il faudrait inventer un truc original pour dire que ça ne va pas : bloquer quelque chose, faire une marche blanche, monter sur une grue… Mais tout cela est déjà vu. Et puis, à quoi bon ? Devant toi, il y la sclérose généralisée d’un pays qui ne se croit même plus capable d’avancer. Il y a aussi ce conformisme qui ne s’assume pas, mais qui traque la moindre question avec une obsession crispée. Mieux vaut ne pas attirer l’attention. Du coup tu te forces à sourire ; mais quand tu parles de ton avenir, je n’entends que tes inquiétudes.

Comment ne pas comprendre que tu aies envie d’ailleurs ? Toutes les raisons sont réunies pour cela. Dans notre génération, plus de la moitié d’entre nous pense pouvoir vivre mieux en partant à l’étranger. En quelques décennies, les dirigeants français auront donc réussi à faire de la cinquième puissance mondiale une terre d’émigration. Le constat est nécessaire, non pour s’offrir d’inutiles indignations, mais pour considérer lucidement l’origine de cette situation ; car la crise a une origine. Depuis toujours, tu en entends parler comme d’un phénomène climatique : on te dit que la reprise viendra, comme on espère la fin de la tempête. Mais la crise n’est que le résultat de nos propres décisions. Et la reprise ne viendra que de notre conversion.

La crise, toute la crise, provient de l’individualisme qui, dans nos sociétés, a fini par dissoudre l’idée même de bien commun. De la prospérité des Trente Glorieuses, les occidentaux voulaient tirer les dividendes. Ils ont souvent voté pour ceux qui leur promettaient le plus, le mieux – sans trop y croire, bien sûr ; mais il suffisait de laisser l’ardoise à l’avenir. Les périodes de croissance sont propices aux illusions égoïstes. Aujourd’hui, c’est exactement le même mensonge qui t’appelle à déserter. Toi qui en paies les conséquences, referas-tu la même erreur ?

L’individualisme a transformé les citoyens en consommateurs. L’économie occidentale pourrait ne jamais s’en remettre. La mondialisation est féconde, quand elle relie les nations pour mieux faire valoir leurs atouts respectifs. Elle est destructrice, quand elle dissout tous les liens pour inscrire les individus dans un espace neutre où chacun cherchera seul son propre profit. Si nous partons en espérant gagner plus ailleurs, nous poursuivrons exactement la même fuite en avant qui a piégé nos aînés, vers une crise toujours plus globale, et des injustices toujours plus graves.

Il n’y a qu’un seul remède, si simple, au fond : c’est de ressusciter la politique, c’est-à-dire la volonté de servir ensemble une réalité qui excède la somme de nos intérêts individuels, et qui donne sens à notre effort commun. L’individualisme anéantit la cité ; de là vient l’impuissance dont nos dirigeants semblent affligés. Le même cynisme de l’abdication résignée te conseille maintenant de te barrer. Ne laisse personne te dire qu’il n’y a pas de place pour toi dans ton pays : nous n’avons pas le droit de nous laisser exclure. C’est ensemble que nous vaincrons toutes les difficultés, pourvu que nous sachions reconquérir, avec toutes les générations, le sens de notre responsabilité partagée. Le pessimisme des experts ne nous empêchera pas de réussir : l’avenir n’est jamais écrit d’avance. Voilà l’acte de renaissance de la volonté politique.

Elle suppose que soit retrouvé le lieu de son exercice. Cette cité qui fait notre lien, cette communauté d’histoire, de langue, de culture et de territoire, qui seule peut rassembler nos individualités distinctes en une unité qui les dépasse, qu’est-elle, sinon notre pays ? Cette forme politique n’est pas dépassée : jamais plus que dans ce monde globalisé, on n’a mesuré concrètement la nécessité de la proximité, sa pertinence économique, sociale, écologique. C’est dans cette proximité qu’est, pour nous, la France, que se joue la seule refondation possible. Notre pays n’est pas fini – si nous sommes capables de consacrer ensemble notre effort et nos talents à lui redonner un avenir. Alors, pars au bout du monde, si c’est pour mieux servir demain. Mais souviens-toi que, dans la crise que nous traversons, les plus belles destinations seront des impasses, si elles ne nous servent qu’à fuir. Jouer aux mercenaires nous a coûté assez cher : il est temps de devenir des citoyens – c’est à dire, dans les épreuves que nous traverserons, des résistants.

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Esta es la juventud del Papa

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« Son élection avait suscité un concert d’inquiétudes médiatiques. Parmi elles, je me souviens avoir entendu bien des spécialistes affirmer que ce théologien austère, élu pape à 78 ans, serait parfaitement incapable de parler aux jeunes. Il allait certainement renoncer aux Journées Mondiales de la Jeunesse, pour éviter la comparaison avec un prédécesseur charismatique et familier de ces immenses rassemblements. La cause était entendue d’avance : après Jean-Paul II, ce n’est pas auprès des jeunes que Benoît XVI était attendu.

Et pourtant, il est venu. Trois mois après son élection, le Pape allemand est à Cologne pour accueillir les JMJ ; et les jeunes sont au rendez-vous. Malgré la pression des médias, qui attendent l’épreuve comme un test, Benoît XVI reste lui-même : discret, réservé, presque timide. Tellement simple et libre, au fond, que le contact passe tout de suite.

Cibles habituées d’un marketing stéréotypé, les jeunes se reconnaissent dans ce pape qui, avec eux, se risque à être authentique. Sans artifice, sans détour, il leur donne l’essentiel. Pendant les JMJ, Benoît XVI enseigne longuement, remet au centre les sacrements ; et pour la première fois dans l’histoire de ces immenses rassemblements, il pousse l’audace jusqu’à proposer à cette foule de prier dans le silence.

C’est l’image que je garderai de ce pontificat, celle d’un miracle répété dans ce monde saturé de vitesse et de bruit : l’image de ces millions de jeunes à Cologne, puis à Sydney et Madrid, rassemblés ensemble dans le silence. Un long silence, gratuit, intense, habité par la prière.

Pendant huit ans, Benoît XVI aura sans cesse rappelé les jeunes à l’urgence de la vie intérieure, qui seule ouvre à la liberté. Il leur aura proposé l’exigence que plus personne n’ose leur offrir : celle de relations vraies, d’un amour authentique, d’une soif sincère de vérité. A une génération fragilisée par la crise, il a rappelé la nécessité d’abandonner un rapport consumériste au monde et à la société. A contre-courant, il aura été pour notre génération, souvent privée de repères, ce père dont elle avait tant besoin.

Et la jeunesse du monde a su le remercier, en lui répondant avec une ferveur que nul autre ne pourrait susciter, et qui ne s’est jamais démentie. Esta es la juventud del Papa ! »

 

(Ce billet a été publié à la sollicitation du Figaro Magazine, dans un numéro spécial daté du 17/18 février. Sur cet acte si marquant du Pape, j’interviendrai également dans le prochain numéro de Valeurs Actuelles, ainsi que dans le prochain Figaro Hors série pour un article sur Benoît XVI et la question de l’enseignement.)