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ChatGPT : opportunité ou péril pour l’humanité ?

François-Xavier Bellamy, Laurent Alexandre et Mathieu Michel ont débattu sur la révolution que constitue ChatGPT, lors d’une soirée organisé à Bruxelles par L’Institut Thomas More en partenariat avec le magazine L’Eventail.

 

 

Retrouvez l’analyse de la soirée par La Libre.

Le phénomène lié à cette crise d’intégration, c’est la faillite de l’école

Entretien dans Marianne

Débat initialement paru dans le magazine Marianne. Propos recueillis par Soazig Quemener et Louis Nadau.

Marianne : Il y a un mois, la France était secouée par une vague de violences et de pillages… Comment qualifieriez-vous ce qui nous est arrivé ?

François-Xavier Bellamy : On ne peut pas ne pas voir que la population qui s’est soulevée est une population très majoritairement liée au phénomène migratoire à une, deux ou trois générations. Trois générations dont, dans le contexte de faillite massive de l’intégration que notre pays connaît, beaucoup restent à distance d’une identité française qu’ils n’ont pas rejointe. Le deuxième phénomène qui est lié à cette crise d’intégration, c’est l’échec profond, la faillite de l’école.

Emmanuel Maurel : Dire qu’il y a un problème d’intégration dans ce pays, c’est évident, mais c’est aussi pour des raisons très claires. Si les politiques publiques et de logement consistent à parquer tous les mêmes gens précaires dans le même endroit, forcément… En revanche, je ne suis pas d’accord avec le lien entre émeutes et immigration. Pourquoi ? Parce que qu’on parle de gosses de quatorze ou treize ans qui sont Français, dont les parents sont Français et dont les grands parents parfois sont Français. Les enfants de treize ou quatorze ans qui ont foutu le bordel et qui se sont livrés à des actes de violence, ce sont les enfants des travailleurs qui étaient en première ligne pendant le Covid.

Un gigantesque acte d’accusation contre les faillites de l’école

François-Xavier Bellamy : Je ne dis pas que les gamins qui ont fait ça ne sont pas Français, mais le fait est que la plupart d’entre eux ne se définissent pas comme tels. C’est là qu’il y a une faillite que je ne leur impute pas, – ce qui sans doute, me rendrait suspect aux yeux de gens qui reprocheront immédiatement l’excuse sociale au premier qui essaye de ne pas dessiner un monde en blanc et noir. Ce qui s’est passé est un gigantesque acte d’accusation contre les faillites de l’école, qui ont créé le terreau de la fracturation communautariste. Mais si on continue avec de tels flux migratoires, avec autant de nouveaux arrivants tous les ans, il n’y a aucune chance qu’on arrive à recréer la conscience d’appartenir à une nation commune.

Emmanuel Maurel : Je suis comme vous, je souffre quand je vois des enfants qui ne se sentent pas Français. Mais parfois, on a quand même tendance à oublier l’élément déclencheur de ce qui s’est passé : la mort d’un jeune homme à l’occasion d’un contrôle policier. Ces gosses dont on parle se réinventent une identité parce qu’ils se sentent rejetés, parce qu’ils se sentent discriminés. Quoi qu’il en soit, je pars du principe que la République doit aimer tous ses enfants. Même ceux qui disent « nique la France ». D’ailleurs, face au rapport à la France, si j’étais un peu taquin, je dirais que le riche qui planque son pognon dans les paradis fiscaux, il n’aime pas plus la France que les émeutiers.

François-Xavier Bellamy : Je suis absolument d’accord…

« Je ne dis pas que les gamins qui ont fait ça ne sont pas Français, mais le fait est que la plupart d’entre eux ne se définissent pas comme tels. C’est là qu’il y a une faillite que je ne leur impute pas – ce qui sans doute, me rendrait suspect aux yeux de gens qui reprocheront immédiatement l’excuse sociale au premier qui essaye de ne pas dessiner un monde en blanc et noir. Ce qui s’est passé est un gigantesque acte d’accusation contre les faillites de l’école, qui ont créé le terreau de la fracturation communautariste. Mais si on continue avec de tels flux migratoires, avec autant de nouveaux arrivants tous les ans, il n’y a aucune chance qu’on arrive à recréer la conscience d’appartenir à une nation commune. » François-Xavier Bellamy

Emmanuel Maurel : Donc, ce patriotisme, tout le monde devrait contribuer à le renforcer, pas seulement les pauvres de banlieues d’origine étrangère. La faillite de l’intégration, le communautarisme qui est incontestable, c’est aussi le résultat direct du néolibéralisme et de la mondialisation libérale qui cassent les repères, qui cassent l’État social, qui fragmentent les services publics et qui font que les gens, à un moment, se retrouvent seuls face aux difficultés. Assez naturellement, ces populations se réinventent autour d’identités qui sont parfois fantasmées. Parce que le petit gosse qui dit « je suis Marocain », il n’a pas du tout envie d’aller vivre au Maroc.

Marianne : Le gouvernement a réclamé le retour de l’autorité parentale…

Emmanuel Maurel : Il y a une crise éducative globale qui ne se limite pas à l’autorité parentale. La réponse du gouvernement est très insuffisante : le problème, ce n’est pas juste que les parents ne savent pas tenir leurs gosses. C’est que l’école n’est plus un sanctuaire, mais un lieu où les contradictions de la société, la violence de la société, s’invitent. Quand on rajoute à ça le fait que le métier d’enseignant est dévalorisé, mal payé, de plus en plus difficile… Je ne ferai jamais le procès aux instits, aux enseignants, au personnel de l’Éducation nationale, des gens qui sont payés 1 500 balles, qui ont en face d’eux tous les problèmes de la société, et à qui on ose dire : « Réglez le problème. »

Je reviens sur quelque chose qui est beaucoup plus grave : la sécession des riches à l’école. C’est symptomatique d’un dysfonctionnement total dans les élites dirigeantes. Les mêmes qui vont disserter sur les problèmes d’autorité parentale et la crise de l’école sont ceux qui, de toute façon, ont mis leurs enfants à l’abri. Donc, évidemment qu’il y a des impératifs de mixité, qu’il faut revoir complètement, et une politique éducative à refonder. Tout ça mériterait des états généraux de l’éducation nationale où on met tout à plat, où on n’occulte rien.

Ce qui a cassé l’école, c’est une idéologie qui condamnait l’héritage et l’idée même de l’appartenance à la nation.

François-Xavier Bellamy : Oui, l’école ne resterait pas une minute dans l’état où elle est, si les enfants de ministres, de parlementaires, de chefs d’entreprise et de journalistes n’avaient pas d’échappatoires pour scolariser leurs enfants. Je ne leur reproche pas de vouloir que leurs enfants puissent bénéficier de la meilleure éducation possible ; mais le problème, c’est d’accepter que les enfants des autres en soient privés… En revanche, si la mondialisation a en effet eu des effets dévastateurs, ce n’est pas elle qui a cassé l’école. C’est une idéologie qui condamnait l’héritage et l’idée même de l’appartenance à la nation, au motif qu’elle empêchait l’émancipation de l’individu. Qui condamnait la transmission parce qu’elle engendrait de la ségrégation. Je ne blâme pas les professeurs, à qui on a volé leur métier : on leur a expliqué que l’élève doit produire ses propres représentations du monde, qu’il faut qu’il écrive son histoire, sa vie, qu’il n’y a aucune raison d’imposer à quelqu’un un carcan culturel. C’est cette dérive qui est en cause.

Marianne : Pourquoi vos familles politiques respectives ont-elles du mal à produire un discours qui prenne en compte l’ensemble des causalités de ces émeutes ?

Emmanuel Maurel : C’est normal qu’en tant qu’homme de gauche, je n’aie pas forcément la même lecture de la société qu’un homme de droite, même si on a en commun l’idée de sortir le pays du marasme dans lequel il est. Après, en tant qu’homme de gauche, je vois les tenants économiques, sociaux, géographiques et territoriaux de la crise. Je vois aussi la nécessité de mettre de l’ordre, et les problèmes rencontrés par l’intégration.

Marianne : La nécessité de mettre de l’ordre, ce n’est pas exactement le discours qui a été celui de la force majoritaire à gauche, la France Insoumise.

Emmanuel Maurel : D’accord, mais les électeurs de gauche et de nombreux partis de gauche étaient pour qu’on appelle au calme. Les principales personnes qui sont pénalisées par le désordre, ce sont les gens qui vivent dans des quartiers en question. Il est totalement possible de faire une analyse plurifactorielle. Ce qui compte, c’est de tracer une perspective progressiste, c’est à dire comment on fait pour remettre du service public ? Comment on fait pour réformer la police ? Comment on fait pour répondre à la crise éducative globale ? Comment on fait pour casser des ghettos ? C’est ça qui est intéressant. Et pour l’instant, le gouvernement n’a rien dit du tout là-dessus.

Marianne : Il faut réformer à la police ?

François-Xavier Bellamy : Il faut améliorer tout ce qui doit l’être dans la police. Il y a certainement des choses qui dysfonctionnent, mais je suis révolté de voir que des élus sont capables de reprendre à leur compte des slogans aussi lamentables que « Tout le monde déteste la police » ou bien « La police tue, la police assassine. » Il n’y a pas un policier de France qui se lève le matin en disant : « Je vais aller tuer un jeune aujourd’hui pour le plaisir. » Et s’il y avait du racisme structurel dans la police, honnêtement, le pays ne serait pas dans l’état où il est aujourd’hui.
Le sujet, c’est aussi la justice. On est l’un des pays d’Europe qui sous-financent le plus sa justice. L’état de la justice contribue à ce que des policiers, et je ne les excuse pas pour autant, soient amenés à considérer qu’ils sont les agents d’une sorte de justice immanente, parce que les gens qu’ils arrêtent, finalement, ne seront pas réellement sanctionnés. Je regrette par ailleurs que certains à droite pensent qu’on s’en sortira en mettant de la police partout, des caméras vidéo de surveillance, en rentrant dans une vraie société policière. On ne mettra pas un policier derrière l’épaule de chaque Français. À la fin, la clé est donc toujours éducative.

Ces gamins-là subissent une discrimination majeure qui est qu’ils sont ceux qui payent le prix fort de l’échec de l’école. Aujourd’hui, la France est un pays rempli d’opportunités, si on ne veut pas vivre dans la misère, on n’y est pas condamné à condition d’avoir reçu, et c’est là où je reviens à la question scolaire, des connaissances fondamentales et une culture en héritage. Cela a été la grande folie de nos dirigeants de considérer que l’école devait d’abord donner des compétences professionnelles aux enfants.

« L’état de la justice contribue à ce que des policiers, et je ne les excuse pas pour autant, soient amenés à considérer qu’ils sont les agents d’une sorte de justice immanente, parce que les gens qu’ils arrêtent, finalement, ne seront pas réellement sanctionnés. » François-Xavier Bellamy

Emmanuel Maurel : Ce que vous dites est à rebours de tout le discours de la droite depuis 30 ans.

François-Xavier Bellamy : De la gauche aussi. Mais je suis d’accord, la droite n’a pas été à la hauteur sur le sujet. La clé, c’est de donner aux enfants une culture générale essentielle qui leur permette ensuite de trouver leur place dans la vie de la société, y compris, mais pas seulement, dans la vie économique. C’est le seul sujet qui devrait compter aujourd’hui.

Les deux causes profondes de cette éruption

déni de réalité migratoire

Entretien initialement paru dans le Figaro. Propos recueillis par Emmanuel Galiero.

Quel bilan faites-vous des émeutes ?

François-Xavier BELLAMY. – Ces violences sont une partie visible du prix que paient les Français pour des années d’irresponsabilité politique. Le déni de réalité migratoire et l’effondrement éducatif sont les deux causes profondes de cette éruption. Rien ne serait pire que de se laisser endormir par les communiqués officiels qui rêvent d’une situation apaisée. Cet épisode n’était que l’émergence d’une lame de fond qu’il faut enfin affronter maintenant, si nous refusons qu’elle menace la survie même de la France.

Que vous inspire la réponse du ministre de l’Intérieur quand il refuse d’établir un lien entre ces événements et l’immigration ?

Le ministre de l’Intérieur tente encore de nous aveugler… Comme la gauche l’a fait longtemps, il s’abrite derrière des naturalisations récentes pour affirmer que les « émeutiers » sont français. Mais naturalisation ne veut pas dire assimilation, et cet épisode le prouve encore. Quand ces délinquants crient leur haine de la France et brûlent son drapeau, quand les quartiers qui font sécession sont ceux qui concentrent le plus de population d’origine immigrée, quand l’Algérie ou la Turquie demandent ironiquement que leurs ressortissants soient protégés des policiers français, comment Gérald Darmanin peut-il refuser de voir l’évidence ?

Comment les autorités françaises devraient-elles répondre aux critiques de l’ONU sur « les profonds problèmes de racisme et de discrimination parmi les forces de l’ordre » en France ?

Ce communiqué est révoltant. Les policiers et les gendarmes risquent leur vie chaque jour pour protéger tous les Français ; en attaquant les forces de l’ordre, l’ONU, comme LFI et certains médias, encouragent un chaos dont les plus vulnérables sont les premières victimes. Si ce Haut-Commissariat s’intéresse vraiment aux droits de l’homme, qu’il s’inquiète d’abord de l’enfer subi chaque jour par les habitants des quartiers soumis à l’emprise des islamistes et des trafiquants.

Quel sera l’impact de ces émeutes sur le texte immigration ?

Pourquoi attendre la rentrée ? Il n’y a pas une minute à perdre pour fermer les vannes d’une immigration hors de contrôle qui déstabilise en profondeur notre société. Les Républicains ont une proposition législative claire et complète pour y parvenir tout de suite. Avec Éric Ciotti, Olivier Marleix et Bruno Retailleau, nous avons demandé une rencontre avec le président de la République pour pouvoir la mettre à l’agenda le plus rapidement possible : il n’a jamais répondu. Alors que les enquêtes montrent que plus de 70 % des Français soutiennent nos propositions, il est révoltant que ce soient le président et sa majorité qui empêchent le pays d’avancer.

Avez-vous le sentiment que le chef de l’État répondra à ces urgences ?

Je ne peux que l’espérer pour mon pays mais je constate que le déni prime toujours. Au Parlement européen, les députés macronistes ont mené une croisade contre nous parce que nous avons obtenu que l’Europe finance les infrastructures protégeant nos pays des flux migratoires illégaux. La majorité ne veut pas affronter ce sujet, peut-être aussi pour échapper à sa responsabilité… Sous la présidence d’Emmanuel Macron, la France a délivré plus de titres de séjour que jamais auparavant : près de 500 000 personnes sont arrivées l’an dernier. Impossible de ne pas faire le lien avec les récentes émeutes… Il suffit d’écouter les maires des villes saccagées pour mesurer le problème. L’un d’entre eux me confiait que des dégradations avaient été commises par des mineurs isolés placés dans sa commune où ils ne cessent d’arriver chaque semaine. Comment ces quartiers pourraient-ils échapper à une déstabilisation très profonde ? Tout le monde voit qu’il est urgent d’agir, sauf la gauche et le gouvernement, unis pour empêcher toute reprise de contrôle…

Ces violences ne sont que l’émergence d’une lame de fond qu’il faut enfin affronter maintenant, si nous refusons qu’elle menace la survie même de la France.

Comprenez-vous la déception de nombreux maires après leur réception à l’Élysée ?

Tous ces maires ont passé des jours et des nuits sans dormir, avec les forces de l’ordre et les pompiers, pour protéger leurs villes et tenter d’éviter le pire. J’ai été impressionné, en retrouvant plusieurs d’entre eux, par leur courage malgré l’épreuve immense qu’ils ont traversée. Ils sont les héros discrets et fidèles d’une France qui tient grâce à eux, cette fois encore. Mais ils ont été écœurés de cette rencontre : le président les a fait parler sans jamais rien leur répondre… Cette réunion de pure communication, c’était la mise en scène de l’abandon des élus désormais seuls en première ligne.

Vous aviez pointé l’importance du problème de l’éducation comme moteur des violences, quelle est la solution ?

Je tente d’alerter depuis plus de dix ans, parmi bien d’autres professeurs ; mais rien ne change. Nos dirigeants savent tout, et ne font rien. D’après les statistiques publiques, un jeune sur cinq à 18 ans lit difficilement le français. Des millions de jeunes grandissent dans ce pays sans apprendre à le connaître, sans maîtriser les savoirs les plus fondamentaux. Comment cela pouvait-il aboutir à une autre conséquence que cette désintégration absolue ?

Tant que l’obsession du gouvernement sera la dispersion des savoirs fondamentaux, l’éducation sexuelle et l’éco-certification des élèves, nous perdrons un temps vital.

Maintenant, l’essentiel n’est pas seulement de reconstruire les dizaines d’écoles brûlées, mais de leur rendre leur mission : transmettre à tous les enfants les éléments essentiels de la culture, de la connaissance, des repères moraux nécessaires pour une vie civilisée et une participation utile à la vie de la société. Il faudra du courage, de la lucidité, de la persévérance, mais cette urgence du long terme est seule primordiale. Tant que l’obsession du gouvernement sera la dispersion des savoirs fondamentaux, l’éducation sexuelle et l’éco-certification des élèves, nous perdrons un temps vital.

Des réseaux sociaux aux cagnottes, l’influence grandissante des plateformes numériques inquiète. Comment gérer ces évolutions ?

Là aussi, c’est un sujet d’éducation. Le monde de l’immédiateté a pris la place du travail de la transmission. L’écran remplace le livre. Et un moment comme celui-ci montre le potentiel de violence que déchaîne cette déculturation, l’abrutissement et la brutalisation qui naissent de cette fascination pour l’immédiat. Ce serait une erreur d’accuser l’outil au lieu de voir qu’il n’est que le symptôme d’un effondrement éducatif. Lutter contre l’asservissement de l’attention des jeunes aux écrans suppose de comprendre qu’il est le résultat du vide intérieur que l’échec de l’école a laissé prospérer.

Comment ces troubles français sont-ils perçus chez nos voisins européens ?

Avec une vraie et grande inquiétude. Ces violences auront, une fois de plus, beaucoup coûté à l’image de notre pays, à son économie, à son attractivité ; et je pense aux commerçants, aux entrepreneurs, aux travailleurs qui paient cet affaiblissement au prix fort.


À La Verrière, dégoût et colère.

Dégoût et colère. J’étais à la Verrière aujourd’hui, une commune qui comme tant d’autres a subi la violence inouïe des dernières nuits, avec le maire Nicolas Dainville qui se démène sans compter, les soignants dont l’hôpital a été attaqué, les enseignants qui ont vu leur école brûler…

Dégoût devant la lâcheté de ces « émeutiers », devant ce déferlement stupide et destructeur. Qu’est-ce qui peut excuser qu’on brûle une école ? Un jeune a été tué, l’auteur du tir est en prison – ça n’arrive pas si souvent. Rien ne justifie qu’on ajoute de la violence à ce drame.

Colère devant l’injustice absolue infligée à des enfants privés d’école, à des familles traumatisées, à des commerçants pillés, à ceux qui tiennent les services publics essentiels envers et contre tout, aux élus qui voient détruits en un instant des années d’efforts patients…

Colère d’entendre des élus s’acheter une clientèle en attisant le pire, et des commentateurs qui s’obstinent à raconter que ce délire a quelque chose à voir avec la mort de Nahel. On porte le deuil en volant des baskets et en tronçonnant des distributeurs de billets, vraiment ?

Dégoût et colère devant les années de folie migratoire et de faillite éducative qui ont conduit à cette impasse. Parmi les jeunes qui ont brûlé ces bancs, certains y sont resté assis des années. Comment avons-nous laissé mépriser et haïr à ce point ce qui devait y être transmis ?

Sidération enfin de voir nos dirigeants tergiverser face à ce défi lancé à l’Etat. Comptent-ils abandonner longtemps les policiers, gendarmes, pompiers devant la violence qui promet de se répéter chaque nuit ? Qu’attendent-ils exactement pour déclarer l’état d’urgence ? Combien de blessés chez les forces de l’ordre, combien d’écoles, de mairies, de magasins détruits avant que les mesures soient prises pour empêcher enfin que la brutalité s’organise ? Le président fait appel à la responsabilité des parents ; il faut aussi qu’il assume la sienne.


Revoir l’intervention de François-Xavier Bellamy au lendemain du drame de Nanterre

Lutter contre l’exposition des mineurs à la pornographie, désormais massive

Les professionnels de l’enfance alertent sur l’exposition des mineurs à la pornographie, désormais massive, et la gravité de ses conséquences. Les plateformes qui contournent la loi peuvent être contraintes à l’échelle européenne. François-Xavier Bellamy propose au parlement un texte pour y parvenir. Explications.


Répartir l’échec ou reconstruire enfin l’école ?

Fabien Clairefond - François-Xavier Bellamy au sujet des annonces de Pap Ndiaye pour répondre à « l'évitement scolaire »

Tribune parue dans Le Figaro le 16 avril 2023

Rien n’est plus dangereux pour un patient que le médecin qui tenterait de supprimer le symptôme plutôt que la maladie. Pap Ndiaye se souvient-il de cet avertissement de Georges Canguilhem ? Il s’y prend en tous les cas à rebours pour traiter ce grand corps malade qu’est devenue l’Éducation nationale, en annonçant, dans un entretien au Figaro, qu’il se prépare à imposer des ratios de mixité sociale dans les établissements privés. Même si le ministre est trop pudique pour nommer clairement la contrainte, trouvant que « le terme de quota est un peu rigide », c’est bien de cela qu’il s’agit…

Le système scolaire français est devenu l’un des plus inégalitaires au monde

Le mal est en effet profond. Les indicateurs effarants se succèdent sur l’effondrement de notre école. D’après le ministère lui-même, à peine la moitié des élèves de sixième a le niveau de lecture requis pour le collège, et un tiers est en grande difficulté. Sur les matières scientifiques, alors que la France se classait dans le premier tiers de l’OCDE en 2000 selon le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa), elle a reculé derrière la plupart des pays européens – très loin des pays asiatiques.

Mais cette faillite collective n’est pas payée au même prix par toute la société française. Les données convergent pour montrer que le système scolaire français est devenu l’un des plus inégalitaires au monde. En 2013, l’enquête Pisa révélait que « l’école française est aujourd’hui celle des pays de l’OCDE où l’origine sociale des enfants pèse le plus lourd dans les résultats scolaires ». Cette trahison absolue de la promesse du mérite, qui constituait pourtant en France le cœur même de l’aspiration démocratique, n’a cessé de s’aggraver depuis.

Punir, sous couvert de grands principes, ceux qui reçoivent encore un enseignement de qualité, c’est avouer qu’on a renoncé à enrayer le déclin de l’enseignement public.

Un jeune majeur sur cinq en grande difficulté de lecture

Il me semble d’ailleurs évident que cette distribution inégalitaire des conséquences de l’effondrement scolaire explique largement l’étrange inertie qu’il suscite. Les milieux dirigeants sachant leurs enfants globalement protégés du naufrage éducatif – voire avantagés par le fait que les élèves issus des milieux défavorisés, et même de la classe moyenne, n’ont plus les moyens de leur contester les places dans les filières les plus valorisées de l’enseignement supérieur. Comment ne sombreraient-ils pas dans un confortable déni ? Combien de ministres, d’élus, de patrons, de journalistes, ont crié au scandale quand, en 2020, l’enquête TIMMS a classé nos élèves derniers d’Europe en mathématiques ?

Ces chiffres, parmi tant d’autres, auraient dû provoquer un électrochoc national. S’il n’en a rien été, c’est parce que nos décideurs ne se représentent pas ce qu’ils veulent dire concrètement pour tant de Français, qui voient leurs enfants condamnés à la relégation scolaire. Toutes nos statistiques en matière d’éducation doivent être lues avec ce prisme : quand le ministère compte chaque année un jeune majeur sur cinq en grande difficulté de lecture, il faut comprendre qu’ils sont en réalité majoritaires dans certains établissements, et totalement absents dans d’autres.

Évitement scolaire : les contraindre ou les comprendre ?

Pap Ndiaye ne peut éviter ce problème, mais il le prend à l’envers. Il dénonce « l’évitement scolaire » qui conduit ceux qui le peuvent à rejoindre l’enseignement privé. Mais plutôt que de les contraindre, l’urgence serait de les comprendre – d’avoir enfin le courage de reconnaître ce qui fait que tant de Français sont prêts à tout pour « éviter » à leurs enfants l’enseignement public. Monsieur le Ministre, cela ne devrait pas être trop difficile pour vous, qui scolarisez vos propres enfants dans l’établissement sans doute le plus sélectif et le plus élitaire qui soit dans l’enseignement privé parisien… Inutile de chercher trop loin : dans le collège de vos enfants, le latin est par exemple obligatoire en cinquième – vous savez, cette langue ancienne qui a été supprimée de l’enseignement public par la gauche dont vous vous revendiquez. Un exemple parmi bien d’autres.

L’enseignement privé est devenu un refuge

Ironie de l’histoire, l’un des rares soutiens qu’avait reçu la réforme de Mme Vallaud Belkacem qui décidait cette suppression, ainsi que la diminution des cours par discipline au profit d’« enseignements pratiques » incertains, avait été l’enseignement catholique – quand toutes les organisations éducatives et les syndicats enseignants combattaient ce nouveau recul. Si l’enseignement privé est devenu un refuge, ce n’est pas parce qu’il cultiverait par lui-même une vision bien plus solide. L’engagement des équipes éducatives y est tout aussi méritoire que dans l’enseignement public, mais les structures n’y sont pas moins défaillantes, et la formation des professeurs y est souvent plus désastreuse encore.

Le privé tire profit de son statut d’oasis scolaire essentiellement parce qu’il réunit majoritairement des foyers plus aisés, plus familiers de la culture scolaire, plus attentifs et exigeants, plus susceptibles de donner un cadre de travail favorable à leurs enfants et de financer les cours de soutien garantissant leur maintien à flot. La France est d’ailleurs, on le comprendra aisément, championne d’Europe de ce business. C’est d’abord pour cette raison qu’il reste plus de chances qu’un enfant y reçoive des connaissances que l’on devrait pouvoir apprendre dans toutes les écoles de France.

Imposer à tous de prendre part au naufrage ? 

Car là est le vrai choix à faire, une fois posé l’aveu d’échec absolu qu’est le constat de « l’évitement scolaire » : décider s’il faut imposer à tous de prendre part au naufrage, ou s’il faut refonder l’enseignement public pour que plus personne ne cherche à le fuir. Bourdieu avait attaqué le principe même de la transmission exigeante d’une culture commune comme moyen offert aux élèves de s’élever au-delà de leur milieu social. Mais par son oeuvre et sa réception presque unanime, il a produit exactement l’école qu’il dénonçait, la plus injuste de toutes. En condamnant l’héritage, l’Éducation nationale a fait tant de déshérités – et notre classe dirigeante s’est si longtemps accommodée de ce scandale moral absolu.

Pap Ndiaye poursuit exactement dans cette voie, en s’attaquant à ceux qui reçoivent encore le plus au lieu de s’inquiéter de ceux qui n’ont plus rien.

Le quinquennat précédent avait déjà vu reculer comme jamais le principe de la liberté scolaire ; celui-ci prend donc le chemin d’une coercition supplémentaire. Avec une telle logique, il faudra finir de détruire tout ce qui tient encore debout pour faire semblant de ne plus voir que l’enseignement public est à terre. Mais de cet effondrement auquel personne ne veut enfin faire face, c’est l’avenir de la France qui ne se relèvera pas.

 

A lire aussi : 30 propositions de François-Xavier Bellamy pour sauver l’école

 

Grand débat avec Alain Finkielkraut

Débat avec Alain Finkielkraut pour Le Figaro Magazine. Propos recueillis par Alexandre Devecchio et Pierre-Alexis Michau

Vous partagez le même diagnostic concernant la crise de l’école et plus largement concernant la faillite de la transmission. Tous deux, vous tentez de réhabiliter la notion d’héritage en opposition notamment aux thèses de Pierre Bourdieu…

Alain Finkielkraut – Le livre de Bourdieu et Passeron Les Héritiers, publié en 1964, a eu un retentissement énorme, et une influence qui se fait encore sentir sur l’institution scolaire, à travers les réformes qui y sont menées sans trêve depuis bientôt cinquante ans. Le titre lui-même a porté un coup terrible aux idéaux républicains. La République avait imaginé de répondre à la cooptation bourgeoise par la sélection des meilleurs, fondée sur l’égalité des chances. Or, Bourdieu est venu dire que cette égalité des chances est en vérité un leurre, le faux-nez de la hiérarchie sociale. Il affirme, statistiques à l’appui, que cette opposition entre mérite et héritage est mensongère et qu’elle permet aux dominants de légitimer leur domination par le biais des inégalités scolaires. Selon lui, ce sont les mieux lotis, les bien-nés qui réussissent à l’école ; et ceux qui viennent des milieux les plus défavorisés sont conduits à penser qu’ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes de leur destin social, car ils n’obtiennent pas de bonnes notes.

Le mot de « sélection » est dès lors devenu absolument interdit :

Bourdieu, avec cette réflexion, a traumatisé l’institution scolaire. Celle-ci, pour répondre à sa critique, a voulu bannir le processus de sélection, au moins dans l’enseignement secondaire. Le mot de « sélection » est dès lors devenu absolument interdit. Mais comme on a abandonné toute sélection, on a fini par accueillir des élèves plus faibles dans des classes plus avancées, et on a donc dû réviser les exigences à la baisse afin de s’adapter à ces jeunes. Cela explique l’effondrement de l’École que l’on connaît depuis des années. Et parce qu’on a appliqué les thèses de Bourdieu, ce sont justement les élèves des milieux les plus aisés qui parviennent à s’en sortir, car ils ont les moyens de pallier la chute du niveau scolaire qu’il a provoquée, en allant dans le privé, dans des lycées d’excellence, ou en bénéficiant du soutien scolaire. Ce livre a donc déclenché une véritable catastrophe, et mis en place le processus même qu’il prétendait critiquer. Bourdieu semblait penser que les héritiers, les enfants de la bourgeoisie, n’avaient besoin de fournir aucun effort, qu’ils trouvaient leur diplôme dans le berceau, ce qui est complètement absurde. Quelle que soit notre famille, si on veut entrer à l’ENS ou à Polytechnique, il faut travailler jour et nuit.

Il ne s’agit donc plus, aujourd’hui, d’apprendre et de transmettre, mais de mettre en examen et de déconstruire :

Après Les Héritiers, les choses ont encore empiré, car on en est venu à remettre en question l’héritage lui-même. Au départ, on a dénoncé le monopole de la bourgeoisie sur le capital culturel mais, par la suite, on a questionné la valeur même de ce capital. Bourdieu et Passeron parlaient encore de la « bonne volonté culturelle » de la petite bourgeoisie. Par la suite, dans La Reproduction, Bourdieu désignait la culture générale sous le nom « d’arbitraire culturel ». Ainsi, le contenu de la culture transmise par la bourgeoisie n’a plus de valeur particulière, ce n’est qu’une culture parmi d’autres, qui s’impose parce qu’elle est dominante. Et puis ce mouvement s’est encore radicalisé avec le phénomène woke, et la mise en cause des DWEMS (les Dead White European Males), ces représentants d’une culture non seulement dominante, mais sexiste et raciste. Il ne s’agit donc plus, aujourd’hui, d’apprendre et de transmettre, mais de mettre en examen et de déconstruire. Le malheur de notre temps est précisément cette grande répudiation de l’héritage, par un présent arrogant, qui pense avoir trouvé la solution du problème humain dans la chasse à toutes les formes de discrimination.

François-Xavier Bellamy – Je partage absolument le diagnostic que vient de poser Alain Finkielkraut. En réalité, Pierre Bourdieu a produit l’école qu’il dénonçait : en disqualifiant l’héritage, il a fait des déshérités. Je l’ai vécu comme professeur dans le secondaire pendant une dizaine d’années : aujourd’hui, selon que l’on vient d’une famille favorisée ou d’une famille aux marges du « capital culturel », les chances de s’en sortir ne sont pas du tout les mêmes.

« Lorsqu’on est victime de l’injustice scolaire, on n’a même pas les mots pour dire, ni pour penser, la privation que l’on a vécue. »

Nous avons le système scolaire le plus inégalitaire de tous les pays de l’OCDE. Ce simple fait devrait tous nous empêcher de dormir, car c’est la plus grave des injustices. Lorsqu’on est victime d’une injustice économique, on peut s’en plaindre et demander réparation ; lorsqu’on est victime d’une injustice politique, on peut la contester publiquement ; mais lorsqu’on est victime de l’injustice scolaire, on n’a même pas les mots pour dire, et pour penser, la privation que l’on a vécue. Tant de jeunes Français sont aujourd’hui condamnés à cette relégation, qui détruit de l’intérieur le principe même de la vie civique.

 

 

Pourquoi avoir choisi de faire de la politique plutôt que de continuer à enseigner la philosophie ?

François-Xavier Bellamy – Je n’avais pas prévu de faire de la politique. Mais la vie m’a donné des occasions imprévues de m’engager, et j’ai accepté cette mission ; quand on s’inquiète d’un monde qui semble en train de se défaire, comment renoncer à une chance d’agir pour reconstruire ? En entrant dans le champ politique, j’espère prolonger mon travail de professeur d’une autre manière.

L’enseignement reste néanmoins essentiel ; et je voudrais dire toute ma reconnaissance envers mes collègues qui continuent d’enseigner, malgré le moment de délire dans lequel est plongée l’Éducation nationale, à force de déni de réalité. Le ministre Pap Ndiaye est actuellement en train de présenter son « pacte » aux enseignants, qui consiste à leur demander un travail supplémentaire incompréhensible, révélateur de l’artifice complet qu’est devenu le monde éducatif, où l’on parle de tout sauf d’enseigner. Ce « pacte » atteint un sommet de fiction tragique, ou comique, comme on voudra : il est désormais question de distribuer des « demi-pactes », ou des « pactes et demi », en fonction des choix que feront les professeurs. Tout cela n’a plus aucun sens ; et beaucoup de mes collègues sont piégés dans un douloureux sentiment d’absurde. La faillite de l’école est, à bien des égards, comparable à d’autres effondrements que nous connaissons aujourd’hui, par exemple celui de l’hôpital public. La seule différence, c’est qu’à l’école, on ne voit pas des gens mourir sur des brancards ; il est donc plus facile d’oublier la gravité de la crise qu’elle traverse. La question éducative semble toujours au dernier plan de nos préoccupations collectives. C’est dramatique, car c’est notre avenir qui se joue là.

Vous êtes tous les deux des Européens attachés à l’identité nationale. Mais l’UE est-elle aujourd’hui compatible avec la nation ?

François-Xavier Bellamy – Il ne s’agit pas de savoir s’il faudrait plus d’Europe ou plus de nation. Une union authentiquement européenne commencerait par reconnaître la singularité de son propre modèle de civilisation. L’Europe n’est pas une construction, un projet, une structure administrative ou institutionnelle, c’est une civilisation qui a commencé il y a plus de vingt-cinq siècles. Ainsi, nous sommes liés ensemble, pas seulement par une proximité géographique ou par des intérêts communs, mais d’abord par des principes que nous héritons de cette histoire millénaire. Et c’est cela qui pourrait donner son sens à l’union européenne. Mais parce qu’elle se refuse à penser cette histoire, l’Union européenne se tourne contre ses propres racines. La Commission, il y a un an, voulait interdire à ses fonctionnaires de souhaiter « joyeux Noël », pour être inclusive ; et en même temps, également au nom de l’inclusion, elle finançait une campagne de publicité affirmant que « La liberté est dans le hijab »… Cette commission mérite bien peu d’être appelée européenne.

« L’Europe n’est pas une construction, un projet, une structure administrative ou institutionnelle, c’est une civilisation qui a commencé il y a plus de vingt-cinq siècles. »

L’Europe ne peut être un grand tout uniformisateur ; nous ne serons jamais la Chine ou les États-Unis, qui sont chacun liés, par exemple, par une langue commune. Nos pays européens ont une civilisation en commun, mais chacun une culture propre. Ces singularités sont l’indice de la fécondité de notre civilisation, qui a partie liée avec la pluralité. Face à une mondialisation qui se réorganise, à des défis technologiques inédits, à la rivalité d’empires immenses en devenir, l’Europe doit être à la hauteur de sa mission historique. Fondée sur le triple héritage d’Athènes, de Rome et de Jérusalem, elle a quelque chose à dire au monde sur la raison et la liberté, sur le sens du bien commun, et sur la dignité infinie de la personne humaine.

 

 

Alain Finkielkraut – L’Union européenne s’est conçue, dès l’origine, non comme une civilisation, mais précisément comme une construction, ce qui pose des problèmes. Elle a voulu faire table rase du passé européen, du passé de guerre, de conflits nationaux exacerbés… Elle s’est donc voulue, d’entrée de jeu, post-nationale. Les bâtisseurs de l’Europe se sont pensés non comme des héritiers, mais exclusivement comme des innovateurs. Le modèle absolu de ce comportement était la culpabilité allemande. Les plus européistes des Européens sont des philosophes et sociologues allemands, tels que Jürgen Habermas qui entend substituer au patriotisme substantiel un patriotisme constitutionnel, c’est-à-dire l’amour exclusif des normes, des lois et des valeurs. On retrouve là encore le thème de la répudiation de l’héritage. Nous avons été jusqu’à envisager la candidature de la Turquie dans l’Union européenne. Pour croire que la Turquie fait partie de l’Europe, il faut que l’Europe elle-même ne fasse plus partie de l’Europe.

La convention citoyenne sur la fin de vie va rendre ses conclusions fin mars, et va sans doute ouvrir la porte à ce que certains appellent le droit de mourir dans la dignité, et d’autres, l’euthanasie. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Alain Finkielkraut – Je n’aime pas l’idée de « mourir dans la dignité ». Ceux qui choisissent de vivre jusqu’au bout, ne sont pas pour autant indignes. Mais je n’aime pas non plus qu’on adopte une position de principe au nom du serment d’Hippocrate ou du « Tu ne tueras point ». On peut prendre l’exemple d’une personne qui est au bout du bout de l’Alzheimer, de la démence sénile. Elle ne communique plus, ne parle presque plus, son visage est inexpressif, et un jour, en murmurant, elle demande à un proche de l’aider à partir. Que faire face à une demande pareille ? Pour moi, la morale n’est pas le souci de la morale, mais le souci d’autrui. Il ne faut pas se réfugier dans le cinquième commandement, mais prendre ce cas pour ce qu’il est, aider cette personne en lui accordant une mort miséricordieuse. La médecine peut tout réparer aujourd’hui, le corps est devenu un appareil, sauf le cerveau. Par conséquent, comme l’a écrit la neurologue Anne-Laure Boch, la médecine fabrique des handicapés, des nonagénaires vivants mais déments. Je crois qu’il faut se mettre à l’écoute de leurs demandes, c’est la conception que je me fais de la morale.

François-Xavier BellamyLa question de l’euthanasie ne peut appeler simplement des réponses de principe, qui feraient l’économie de la grande difficulté des situations vécues. L’essentiel me semble être de se demander, comme l’a fait Alain Finkielkraut, ce que nous devons répondre lorsque s’exprime auprès de nous, personnellement ou comme société, la demande de la mort. Il y a bien sûr ces fins de vie extrêmement difficiles – mais l’appel de la mort ne se limite pas à ces situations : en Belgique, l’euthanasie est possible pour les souffrances physiques comme psychologiques ; pourquoi la douleur de jeunes atteints de dépression ne serait-elle pas prise au sérieux ? Mais en réalité, quand quelqu’un demande à mourir, il y a deux manières de réagir : la première consiste à l’aider à partir. La deuxième consiste à se demander où nous avons échoué pour qu’elle en arrive là… Si un ami me demande de l’aider à en finir, je crois que mon devoir n’est pas de le tuer, mais de tout faire pour qu’il retrouve la vie. Quand la médecine accompagne vraiment ceux qui souffrent, la demande de la mort disparaît, parce que le vivant, par nature, ne veut pas mourir. Pour qu’il en arrive à vouloir mourir, il faut un immense échec de la société, qui a manqué d’entourer et de soigner comme il le faudrait.

« Quand la médecine accompagne vraiment ceux qui souffrent, la demande de la mort disparaît, parce que le vivant, par nature, ne veut pas mourir. »

C’est trop souvent le cas aujourd’hui, dans notre système de soins tellement fragilisé. Vingt-six départements en France n’ont aucun service de soins palliatifs ; si on apprenait qu’il y avait un seul département en France sans commissariat de police, il serait construit dans la semaine ! Comment accepte-t-on qu’il y ait autant de lieux où l’on meurt mal en France ? Ce n’est pas les mourants qu’on abandonne qui perdent leur dignité, mais la société qui préfère encore leur offrir de mourir au lieu de se donner les moyens d’accompagner, d’entourer, de soulager la vie, jusqu’au bout.

Nomination au poste de vice-président exécutif des Républicains

François-Xavier Bellamy

Cette semaine, Eric Ciotti a annoncé sa volonté de me nommer vice-président exécutif des Républicains, ainsi qu’Aurélien Pradié. Je le remercie de sa confiance, et de la responsabilité importante qu’il me donne ; il sait pouvoir compter sur mon engagement total pour l’épauler dans sa mission à la tête de notre parti. Ma volonté est toujours la même, celle de tout donner pour que la droite offre à la France l’espérance dont elle a tant besoin ; et je serai heureux d’y travailler à ses côtés.

Je voudrais bien sûr redire ma reconnaissance fidèle à Bruno Retailleau : après sa très belle campagne, il n’a rien voulu obtenir pour lui-même, cherchant seulement à assurer que son équipe, et les adhérents qui l’ont soutenu, soient pleinement représentés dans la direction du parti. Demain, avec tant d’amis qui l’ont suivi, nous travaillerons pour faire vivre au sein de notre famille politique la volonté de renouvellement profond qu’il a incarnée dans cette campagne, au service de la refondation dont la droite française a tant besoin.

Il ne s’agit pas de faire vivre des divisions, dont notre camp a déjà tellement souffert, mais au contraire d’agir tous ensemble pour reconstruire une alternative sérieuse et crédible, dans un moment critique pour la vie démocratique de notre pays. La France a besoin d’une droite claire, solide, intelligente, enracinée et inventive, qui puisse lui redonner confiance en l’avenir. Le défi est immense – non pas pour notre parti, mais pour notre pays. C’est avec chacun d’entre vous, chers amis, que nous le relèverons.

Message à la veille de l’élection du président des Républicains

Nous voilà arrivés à la veille de cette élection pour la présidence des Républicains. Ces semaines de campagne auront été intenses : au milieu d’une activité parlementaire toujours soutenue à Strasbourg et à Bruxelles, nous avons parcouru la France, pour rencontrer les électeurs de droite, ceux qui croient encore à ce parti et ceux, nombreux, qui n’y croient plus. Partout, je vous ai entendu partager les mêmes déceptions, les mêmes doutes. Comment ne pas vous comprendre ? Et pourtant, nous avons encore des raisons d’y croire.

La raison d’être de notre parti, c’est de réunir tous les Français de droite, ceux qui croient à la transmission, à la liberté, à l’autorité de l’Etat, à la dignité de la personne. Ils n’ont jamais été aussi nombreux à partager nos convictions, nos aspirations, nos inquiétudes ; ils n’ont jamais été aussi peu nombreux à voter pour le parti qui devrait les représenter. Ce discrédit profond est au cœur de la crise démocratique que traverse notre pays. Nous n’en sortirons pas sans que ce parti ne se remette en question, et ne soit enfin solidement refondé. Pour cela il faudra d’abord revenir aux idées, et retrouver l’essentiel – l’exigence dans la vision, la clarté dans les convictions, la fidélité dans les combats. Il faudra reconstruire un parti travailleur, inventif, méthodique, uni. Et pour commencer, il faudra vous redonner la parole, parce que tout cela n’existe que pour relayer votre voix ; et parce que, pour le dire simplement, vous aurez toujours le courage et la lucidité qui ont souvent fait défaut à ceux qui parlent en votre nom.

C’est ce renouvellement profond que propose Bruno Retailleau – non pas depuis quelques mois, mais depuis des années. En faisant campagne avec lui, avec Julien, Othman, Laurence, Antoine, Pierre, et tant d’autres, j’ai pu mesurer chaque jour encore plus la force de conviction qui l’anime, la liberté et la ténacité avec lesquelles il s’est engagé dans cette bataille. Et sa certitude profonde que ce qui compte d’abord, ce n’est pas de maintenir notre parti, mais de relever notre pays, qui a tant besoin d’une alternative politique crédible, cohérente, enthousiasmante, pour rompre enfin avec la spirale du déclin.

Les statistiques, écrivait Vaclav Havel dans son premier discours présidentiel, sont souvent utiles pour mesurer la gravité d’une crise. Mais, ajoutait-il, nos résultats inquiétants ne sont pas le plus grave : « Le principal, c’est que nous traversons une crise intérieure, car nous nous sommes habitués à dire une chose tout en pensant autrement. » Avec Bruno et toute son équipe, mais aussi avec vous tous, quel qu’ait été votre choix au premier tour, nous avons devant nous la tâche immense de redonner tout son sens à la parole et à l’action de notre parti, pour réunir demain une majorité de Français et reconstruire notre pays. « Il est permis d’espérer », écrivait encore Havel. C’est pour ce renouvellement et cette espérance que je voterai pour Bruno Retailleau demain.

François-Xavier Bellamy

Il reste quelques heures pour saisir une occasion unique d’agir.

Chers amis,

Il reste quelques heures pour saisir une occasion unique d’agir, et de préparer l’avenir.

Depuis plusieurs semaines, je parcours la France pour venir vous rencontrer et parler avec vous de la campagne que nous menons, avec Bruno Retailleau et toute son équipe, pour la présidence des Républicains.

Vous êtes nombreux à me partager votre espoir, et à vous engager. Mais parmi vous, nombreux sont aussi ceux qui doutent, ceux qui n’y croient plus. C’est à vous que je voudrais parler une fois encore.

Vous avez voté pour la droite dans le passé ; mais ces derniers mois, ces dernières années, vous avez été de déception en déception. Et nous héritons ensemble, vous comme moi, de cette situation de défiance accumulée depuis des années. Les électeurs de droite se sont divisés, d’autres partis se sont crées, la confusion s’est installée ; et le bilan de tout cela, c’est que nous n’avons cessé de perdre des batailles pourtant essentielles.

J’en suis profondément convaincu, et je crois que nous pouvons tous partager ce constat, quel que soit notre regard sur la situation actuelle : la France irait mieux si tous les électeurs de droite pouvaient enfin se sentir représentés par le parti politique qui devait les rassembler, et qui a manqué à sa responsabilité. Aujourd’hui, nous ne redonnerons pas une majorité à nos convictions si ce parti ne retrouve pas le sens de sa mission. Vous pouvez lui faire beaucoup de reproches, et vous aurez raison ; mais maintenant nous avons besoin de reconstruire ce parti politique, en nous appuyant sur les forces uniques qu’il garde – des milliers d’élus, le plus important ancrage local, la majorité au Sénat, des dizaines de parlementaires, un groupe central au Parlement européen… Quoiqu’il arrive, ce socle sera indispensable pour pouvoir, demain, construire la majorité qui relèvera notre pays.

C’est pour cela que je me suis engagé derrière Bruno Retailleau. Il appelle depuis toujours à cette nécessaire refondation. Il a gardé, dans bien des batailles difficiles, la fidélité à nos convictions. Et aujourd’hui, il veut vous rendre ce parti, qui n’a pas d’autre sens que de vous appartenir et de vous ressembler.

Il ne suffira pas pour cela de slogans et de belles promesses ; il faut s’en donner concrètement les moyens. Nous voulons réformer les statuts du parti pour que demain vous décidiez des grandes orientations politiques qu’il suivra – pour qu’il cesse de dériver parce que quelques dirigeants préfèrent suivre leurs propres calculs que de représenter leurs électeurs. Nous voulons que vous puissiez arbitrer sur les candidats que le parti désignera pour les prochaines élections, pour qu’obtenir votre confiance soit une condition absolue pour défendre nos couleurs. Nous voulons refaire un parti de droite qui respecte ses électeurs ; et nous avons présenté depuis plusieurs semaines les changements concrets que nous proposons pour le garantir.

Nous voulons vous redonner ce parti. Mais pour cela, il faut que vous veniez nous aider. Il vous reste quelques heures pour adhérer aux Républicains. Ne le faites pas parce que vous approuvez tout ce que ce parti a fait ; adhérez pour venir dire ce que vous attendez de lui, de nos institutions, pour l’avenir de notre pays.

Je sais : certains d’entre vous se sont promis de ne plus jamais prendre leur carte chez LR. D’autres parmi vous n’y ont jamais adhéré, et peut-être n’imaginaient pas le faire un jour. C’était mon cas aussi : en 2019, j’ai rejoint les Républicains, non parce que tout m’y convainquait, mais parce qu’il me semblait nécessaire de faire de mes déceptions une raison de s’engager plutôt que de commenter les reculs successifs de nos convictions, et de notre pays. Vous êtes nombreux à m’écrire, à me dire votre soutien, et je ne vous dirai jamais assez ma reconnaissance pour votre confiance, qui me touche profondément, dans ce temps de défiance généralisée. Si vous avez partagé parfois les batailles que j’ai pu mener, alors venez relever avec nous le grand défi qui nous attend, celui de la refondation qui, avec Bruno Retailleau, redonnera enfin à ce parti sa mission, et qui nous permettra d’y croire à nouveau.

N’hésitez pas à partager largement ce message à tous vos amis. Plus nous serons nombreux, plus nous aurons de chances de retrouver un cap clair. Nous avons une occasion unique, dans l’histoire de la droite française, de reprendre ensemble la main, pour préparer l’espérance dont la France a tant besoin. Aidez-nous. Adhérez.

Je compte vraiment sur vous.

Fx Bellamy

 

Pour pouvoir voter pour Bruno Retailleau en décembre, il vous faut adhérer aux Républicains d’ici jeudi 3 novembre.

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