En Espagne, François-Xavier Bellamy exhorte les alliés européens de la droite française à ne pas « subir » leur avenir

Article initialement paru dans Le Figaro

À l’occasion du 29e congrès du Parti populaire européen organisé à Valence, le chef de la délégation française a annoncé, mardi soir, la volonté pour Les Républicains de revenir « plus forts que jamais » pour participer à la reconstruction de l’Europe.

«Retrouver les moyens de décider plutôt que subir notre avenir». Mardi soir, lors d’une prise de parole en plénière du 29econgrès du Parti populaire européen (PPE) organisé à Valence, en Espagne, François-Xavier Bellamy a invité les droites européennes à trouver les moyens de changer l’Europe en posant la maîtrise du destin au centre de leurs objectifs. De la crise migratoire aux enjeux industriels, le député européen, président de la délégation française et vice-président du groupe PPE, a vanté la construction de solutions européennes. «Pour ceux qui créent aujourd’hui en Europe, le premier problème n’est plus de faire face à la concurrence, le premier problème est d’affronter une réglementation trop souvent inadaptée». Se plaçant du côté des agriculteurs et des pêcheurs, l’eurodéputé a défendu ceux qui «assurent la sécurité des pays européens pour les biens les plus essentiels». Rebondissant sur le chaos électrique vécu la veille par l’Espagne et le Portugal, François-Xavier Bellamy a rappelé les enjeux de l’énergie et le devoir pour l’Union européenne de «reconstruire les filières les plus importantes».

Démocratie et civilisation

Associant la reprise du destin européen à la notion de démocratie, l’élu français a insisté sur les fondamentaux de l’Union. «L’Europe, chers amis, n’est pas une organisation internationale parmi d’autres, l’Europe n’est pas seulement un grand marché parmi d’autres. L’Europe, c’est un héritage de civilisation. L’Europe, c’est cette aspiration à la liberté, c’est cette volonté de transmettre ce que nous avons reçu d’une histoire vieille de plus de 2500 ans et qui se joue aujourd’hui dans les décisions que nous prendrons ».

Pour atteindre ces objectifs, le député a estimé que le premier groupe du parlement européen avait désormais «les moyens d’agir comme jamais auparavant», en saluant le «succès magnifique» de l’Allemand Friedrich Merz, qui montait à la tribune sous les applaudissements, quelques minutes après lui. Bellamy a émis le souhait de voir la droite française construire le même succès «dans les années qui viennent», estimant que personne d’autre que les élus réunis à Valencia mardi soir n’avaient les moyens d’agir sur le destin de l’Europe.

Se faisant le porte-voix de cette droite, l’eurodéputé a voulu partager «une bonne nouvelle» avec son auditoire en annonçant que «France» et les «Républicains» étaient prêts à prendre la responsabilité de cette reprise en mains du destin européen. «Avec notre délégation française, chère Roberta Metsola, tu sais que tu peux compter sur nous au Parlement européen», a-t-il encore insisté, en considérant que la droite en France avait retrouvé «l’attention, l’esprit et le cœur des Français», en revenant aux responsabilités. François-Xavier Bellamy a provoqué des applaudissements en saluant l’ex-premier ministre Michel Barnier, présent dans la salle. «Nous sommes prêts à revenir plus forts que jamais pour apporter notre élan, notre engagement, notre énergie, notre détermination au travail de nos formations politiques en Europe, du PPE tout entier, à l’avenir de la France et de l’Europe qui, plus que jamais aujourd’hui, sont liées », a conclu le chef d’orchestre de la délégation française, sous les encouragements.

À Washington, François-Xavier Bellamy prend la mesure du rapport de force avec les trumpistes

Article initialement paru dans Le Figaro

DÉCRYPTAGE – L’eurodéputé LR s’est rendu dans la capitale américaine aux côtés d’autres élus du Parti populaire européen (PPE). L’occasion de constater le grand écart avec ses homologues, et le « défi » qui attend l’Union européenne.

Depuis le Vieux Continent, ils sont six à avoir fait le voyage jusqu’à Washington. Une délégation de députés membres du Parti populaire européen (PPE), première force politique au Parlement européen, menée par François-Xavier Bellamy. En début de semaine, ils devaient rencontrer des élus républicains au Capitole. Rendez-vous annulé le jour même. Un peu abasourdi, le vice-président du PPE souffle : « À l’évidence, personne ne veut être pris en photo avec des Européens en ce moment… » La nouvelle Administration de Donald Trump, elle, reste inaccessible.

Et voilà une petite onde de choc qui percute le groupe d’eurodéputés. C’est une chose de lire ci et là combien l’Union européenne laisse (au mieux) indifférente le président des États-Unis. C’en est une autre de le vivre plus frontalement en foulant un sol américain fort secoué, brièvement visité cette semaine par Emmanuel Macron. Le premier des dirigeants européens à être reçu à la Maison-Blanche. « On ne saura si l’exercice a été réussi qu’en observant les conséquences, commente Bellamy. Même si les divergences se sont fait sentir. »

Quand le président de la République française martèle la nécessité de garantir la sécurité de l’Ukraine, Donald Trump, quelques jours plus tard, qualifie Volodymyr Zelensky de « dictateur »« Nous entrons dans un nouveau monde, avec de nouveaux rapports de force », constate Bellamy. Il avait pourtant été prévenu. « Vous allez voir : ça va être rude », glissait ce diplomate à l’eurodéputé LR avant son départ. Et pourtant, Bellamy l’admet : « Je ne m’attendais pas à cette ambiance. Pas à ce point. Je ne m’attendais pas au sentiment, largement partagé ici, d’un changement spectaculaire de l’ordre du monde. »

«Langage du deal»

Think-tanks, professeurs d’université, directeurs d’institut, ambassadeurs… La délégation du PPE a passé la semaine à rencontrer une partie de l’intelligentsia américaine. Ceux qui, de près ou de loin, tentent d’approcher, tout du moins d’étudier, la nouvelle Administration Trump, qu’ils décrivent comme étant particulièrement hostile à Bruxelles.

À l’un de ces interlocuteurs, François-Xavier Bellamy lâche : « Il est clair que, désormais, l’Europe est perçue comme un adversaire et non plus un allié. Le message est globalement répandu à Washington. Mais nous avons le devoir de maintenir le lien entre nos pays, parce que nous serons confrontés aux mêmes adversaires : il y a face à nous des compétiteurs globaux, des puissances qui veulent démontrer que la démocratie est faillie et que l’autoritarisme est l’avenir. »

Et cette réponse cinglante d’un membre de l’Atlantic Council, think-tank américain spécialisé dans les affaires internationales : « Je vois comment vous parlez depuis Bruxelles. Vous pensez que vous pouvez expliquer combien la relation entre l’UE et les États-Unis est importante et que tout le monde va vous suivre. Mais ce n’est pas le cas. Donald Trump, c’est le langage du deal. Il a une vision transactionnelle des choses. La seule question que vous avez à vous poser est la suivante : comment l’UE peut lui être utile ? »

Le principal intéressé a visiblement sa propre idée. « Soyons honnêtes : l’UE a été conçue pour embobiner les États-Unis. Et jusqu’à présent, ils ont fait du bon boulot. Mais maintenant, c’est moi le président », a récemment déclaré Donald Trump. Traduction par les actes : le président des États-Unis a annoncé taxer « prochainement » les produits européens à 25 %. « Je suis bien curieux de savoir comment Sarah Knafo peut défendre Trump devant les viticulteurs au Salon de l’agriculture », commente François-Xavier Bellamy.

«Crise d’identité»

Le vice-président du PPE suit avec attention la manière dont l’eurodéputée issue du parti d’Éric Zemmour (Reconquête) donne à son courant nationaliste une couleur trumpiste. « Je comprends que cela puisse attirer des électeurs qui n’en peuvent plus du wokisme, avance Bellamy. Mais on ne combat pas une idéologie par une autre idéologie, faite de relativisme et de post-vérité. »

Et tandis que Sarah Knafo multiplie les allers-retours aux États-Unis pour cultiver son réseau au sein du cercle du président des États-Unis, Bellamy, lui, fustige : « Des élus viennent à Washington en espérant capitaliser sur la visibilité de l’environnement trumpiste. Je ne suis pas venu faire des selfies avec les nouvelles stars. Mon travail, c’est de défendre les intérêts des Français, et cela va supposer un dialogue serré et exigeant avec la nouvelle Administration, pour protéger nos agriculteurs, nos entreprises. Comme rapporteur sur notre programme d’industrie de défense, je sais combien il va falloir combattre pour notre souveraineté industrielle, quand Washington veut imposer sa dépendance à l’Europe. J’ai mené toute ma campagne européenne pour affirmer que nos pays doivent retrouver la maîtrise de leur destin. Je ne vais pas maintenant céder à la naïveté à cause d’un effet de mode. »

Ni « indigné », ni « fasciné » par le président des États-Unis, le vice-président Les Républicains y voit plutôt un « défi » pour l’UE. « L’occasion d’un réveil stratégique, détaille-t-il. Ce qui se passe aux États-Unis est un miroir qui réfléchit nos propres faiblesses. Les Européens pensaient qu’ils pouvaient dormir tranquilles parce que l’ordre global du monde était assuré par leur allié américain : c’est terminé. C’est une crise d’identité pour l’Europe, qui est à un carrefour existentiel : le monde n’est plus multilatéral. Les pays européens vont devoir reconstruire leur défense, leur politique commerciale, leurs priorités stratégiques. Et surtout redéfinir leur place et leur responsabilité dans le monde. »

Cet ancien conseiller de Trump rencontré à Washington soufflait d’ailleurs à Bellamy : « L’histoire des États-Unis, c’est une histoire de deals. Vous devez l’accepter. Trump va dealer avec Poutine, comme demain avec la Chine. » Charge aux Européens de reprendre leur destin en main.

«Petite traversée du désert»

Les professeurs de la prestigieuse Académie navale d’Annapolis ont une manière bien à eux de faire passer ce message. Aux eurodéputés visitant la prestigieuse institution, l’un d’entre eux glisse : « Ici, nous faisons faire à nos étudiants des “wargames”. » Des jeux de guerres qui s’étalent sur des semaines, façon Risk, où chacune des forces avance ses pions sur des cartes – souvent autour de la mer de Chine. « Vous devriez faire pareil, vous les Européens, sourit un professeur. Vous verrez, c’est très instructif. »

Voilà donc Bellamy au « pays de Trump », bien loin, naturellement, des préoccupations nationales. Et encore plus des batailles partidaires. Depuis les européennes, la route pour LR a été longue, semée d’embûches. Bellamy, lui, a voulu se concentrer sur son mandat. Un peu trop, au goût de certains chez LR. « Il fait du super boulot, ce n’est pas la question, estime-t-on au sommet du parti. Le problème, c’est que Bruxelles, ça isole. » Certains vont jusqu’à qualifier sa récente trajectoire politique de « petite traversée du désert ».

Un passage à vide qui, à en croire certaines sources, aurait commencé lors de la dernière « crise » des Républicains, quand Éric Ciotti annonçait son alliance avec Marine Le Pen lors des législatives anticipées. « Bellamy était particulièrement discret, voire ambigu », grince-t-on en évoquant les bruits d’une participation de l’eurodéputé à un gouvernement RN, l’été dernier. Une « rumeur » qui avait été immédiatement démentie par l’intéressé, dénonçant une « instrumentalisation » du Rassemblement national.

Se «remettre en question»

« J’ai été très clair à l’époque et je garde la même ligne : Éric Ciotti a parlé d’union des droites. Mais la réalité, c’est que Marine Le Pen n’en a jamais voulu. Comme le “en même temps” macroniste, elle refuse elle aussi d’assumer ce clivage. J’ai toujours pensé que reconstruire une droite cohérente, claire et courageuse était la seule voie pour pouvoir relever le pays. J’ai fait campagne avec Éric pendant des mois. Cela crée des liens bien sûr. Mais j’ai regretté le choix qu’il a fait, et je continuerai de maintenir la ligne que je défendais aux européennes. Partout, dans les pays qui nous entourent, ce sont nos alliés de droite qui gagnent aujourd’hui, après s’être reconstruits ; il n’y a aucune raison que ce ne soit pas le cas en France demain. »

Chez LR, l’on réplique : « S’il avait condamné Ciotti plus fermement, ces rumeurs n’auraient jamais existé. » Mais aujourd’hui, Bellamy l’assure : « Je ne crois pas aux brevets de républicanisme. Ce n’est pas avec des leçons de morale que nous retrouverons la confiance des électeurs. C’est à nous de nous remettre en question. »

Qu’à cela ne tienne, le calme estival a fini par gagner les rangs du parti. Avant un automne qui a bouleversé la place de la droite dans le paysage politique, tandis que Michel Barnier accédait à Matignon. Mais parmi les dix ministères concédés à des LR, aucun ne revient à Bellamy. Ni dans ce gouvernement, ni dans le suivant. De plus en plus, l’on rapporte chez LR la déception de l’eurodéputé, qui comptait sur Bruno Retailleau pour « pousser » son profil.

Lors du dernier remaniement, l’eurodéputé espérait encore jouer un rôle. « Mais où était-il, à ce moment-là ? L’a-t-on entendu ? », réplique un élu, proche du ministre de l’Intérieur. Un autre renchérit : « Deux choses : Retailleau et Bellamy dans un même gouvernement, ce n’est pas possible. C’est ton sur ton. Ensuite, Retailleau avait intérêt à ne pousser que pour des divisions 2. Il voulait être la seule tête de chez LR qui dépasse. »

«Jeux d’ego»

Encore aujourd’hui, Bellamy assure ne jamais avoir été « obsédé par l’idée d’être ministre ». « Je n’ai mis aucune pression pour l’être, je mesurais les contraintes. La France vaut plus que les jeux d’ego. La seule déception a été de constater qu’il ne suffit pas d’avoir tout risqué et tout donné pour tirer d’affaire ce parti aux européennes, et qu’on vous reconnaisse publiquement d’avoir permis le sursaut, pour être appelé au moment de revenir aux responsabilités. Mais ce n’est pas grave, j’apprends. » En attendant, poursuit-il, « je ne me sens pas exilé pour autant ».

« C’est vrai, je ne suis pas au cœur de l’actualité comme on peut l’être dans l’exécutif. Mais au Parlement, je mène tous les combats qui sont décisifs pour l’avenir du pays. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’un député m’appelle pour me partager une question qui touche sa circonscription et dont la solution est à Bruxelles. Le lien avec le terrain est constant. »

Et le lien avec le parti, aussi, promet-il. C’est d’autant plus le cas que l’eurodéputé a récemment déclaré son soutien à Bruno Retailleau, candidat à la présidence de LR. Le désenchantement d’hier est passé. « C’est une période encourageante pour la droite. Si Bruno peut gagner, alors on y va ! », assume Bellamy, qui fut l’un des premiers à encourager le Vendéen, dont il est un proche historique. Le 23 décembre dernier, alors que Bruno Retailleau venait d’être reconduit à l’Intérieur, l’eurodéputé lui glissait : « La prochaine étape, c’est le parti. »

« Ce qui serait impossible, intenable, indéfendable, ce serait de tenter une alliance avec la gauche » – Grand entretien dans Ouest-France

Article initialement paru dans Ouest-France.

Crédit photo Nicolas Marques – Ouest-France

Que vous inspire la chute du gouvernement Barnier ? Vous y attendiez-vous ? 

Je suis à la fois en colère et inquiet, comme beaucoup de Français. En colère devant des élus qui ont choisi d’accélérer le chaos. On a l’impression que ça les arrange de créer des problèmes supplémentaires. Veulent-ils sortir le pays de l’ornière ou l’enfoncer plus encore ? J’aimerais bien qu’on nous explique sérieusement comment faire tomber Michel Barnier pourrait améliorer la situation du pays. Au milieu des difficultés actuelles, je ne vois vraiment pas ; et j’observe que ceux qui ont voté cette censure n’ont aucune alternative crédible à proposer. 

 

Les Républicains, dont Laurent Wauquiez, ont-ils pleinement soutenu Michel Barnier ? Eux aussi, ont posé des « lignes rouges » contre son budget, au cours des débats… 

Les parlementaires LR ont contribué à rééquilibrer ce budget. Michel Barnier n’a eu que 15 jours pour la préparer, et il assumait lui-même qu’il fallait l’améliorer. Nous avons donc amendé ce budget pour baisser la pression fiscale, pour soutenir les agriculteurs, pour donner plus de moyens aux forces de l’ordre. Nous avons soutenu le travail du gouvernement sans abandonner nos convictions.

 

En donnant parfois l’impression qu’il n’y avait aucune unité dans le « socle commun »… 

C’est vrai, nous sommes des opposants au macronisme ; nous n’avons pas les mêmes priorités que ceux qui l’ont soutenu pendant des années. Nous ne nous sommes jamais reniés. Mais dans cette situation si difficile, nous étions prêts à travailler pour qu’un gouvernement puisse agir pour le pays. Sur la sécurité et l’immigration, sur l’agriculture, sur la santé, il y a tant d’urgences, et l’action avançait déjà, grâce à cet effort. Nous aurions pu jouer la division nous aussi, entretenir les jeux policitiens, et laisser nos institutions dans le chaos… Nous avons refusé cette irresponsabilité.

 

De quel côté est-elle, selon vous ? 

Du côté de la gauche et de Marine Le Pen. Ces élus voulaient en réalité censurer le gouvernement quoiqu’il arrive : personne n’y pouvait plus rien.

 

Vous pensez qu’elle avait prévu de voter la censure avant même de présenter ses exigences ? 

C’est très clair. Michel Barnier a entendu toutes les demandes d’ajustement qu’elle formulait. Sans effet.

 

Toutes ses demandes, sauf l’indexation de l’ensemble des retraites sur l’inflation au 1er janvier ? 

Six mois de décalage de l’indexation, ce serait donc la seule raison pour plonger le pays dans un chaos qui va coûter très cher à tous les Français ? Avec LR, nous avons été les premiers à dire que les retraités qui ont travaillé toute leur vie ne pouvaient pas être la variable d’ajustement des économies dont l’État a besoin, et c’est nous qui avons obtenu de préserver le montant des retraites. Mais en prétextant une exigence sur l’indexation à la dernière minute pour justifier ce grand saut dans l’inconnu, Marine Le Pen met bien plus en danger les retraités de ce pays.

 

Les partisans de la censure affirment qu’il n’y aura pas d’impact. Emmanuel Macron s’est montré plutôt rassurant sur ce point dans son allocution de jeudi. Qui a raison ? 

Est-ce que ces élus écoutent encore leurs électeurs ? Les Français qui ont voté RN pensaient-ils que leurs voix serviraient Jean-Luc Mélenchon ? Quand LFI s’enthousiasme que Bruno Retailleau ne soit plus ministre de l’Intérieur, sont-ils heureux que leurs députés y aient participé ? Ceux qui ont voté la censure entendent-ils les artisans, dont les carnets de commandes sont gelés ? Écoutent-ils les commerçants ? Les entrepreneurs ? Qui va oser investir aujourd’hui dans une France à ce point instable et incertaine ? Nos agriculteurs attendaient que deux textes essentiels pour améliorer leur situation soient votés par le Parlement. Ils étaient programmés dans quelques jours : tout cela tombe à l’eau. Les retraites agricoles devaient être augmentées jusqu’à 30 % : annulé. Ceux qui ont voté la censure doivent répondre de ces conséquences. Cela touche la vie des gens. La politique n’est pas un jeu.

 

On parle de Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin ou Bruno Retailleau comme de possibles successeurs de Michel Barnier à Matignon. Une nouvelle alliance entre centre et droite a pourtant toutes les chances de se refaire censurer ? 

Pour moi, ce qui serait impossible, intenable, indéfendable, ce serait de tenter une alliance avec la gauche. Le programme du NFP ferait s’effondrer le pays. Et mettrait en danger nos principes fondamentaux : rappelons que la France insoumise a organisé récemment un événement à l’Assemblée nationale avec l’un des financiers du Hamas… Contrairement à madame le Pen, moi, je sais avec qui je ne m’allierai jamais.

 

Que pensent nos voisins européens de la crise que nous traversons ? 

Le hasard a fait que nous accueillions nos collègues allemands (les députés européens de la CDU et de la CSU) mercredi soir, à l’Assemblée nationale. Ils ont assisté en direct à la censure. Ce basculement est une source de grande inquiétude pour eux. 

 

L’Allemagne traverse elle aussi une grande crise politique ? 

Oui, l’Europe donne des signes d’instabilité partout. Mais il y a une grande différence entre les Allemands et nous : leur dette publique est très maîtrisée, la nôtre est en plein dérapage. Cela rend notre pays bien plus vulnérable. 

 

Des personnalités, de gauche comme de droite, espèrent la démission du Président, même s’il a dit qu’il irait au bout de son mandat, en 2027. Et vous ? 

Je suis un opposant résolu d’Emmanuel Macron depuis le premier jour. J’ai toujours pensé que le « en même temps » était une confusion dangereuse, et son irresponsabilité budgétaire une menace pour le pays. Mais être un opposant ne veut pas dire être un pyromane. Je ne crois pas qu’on ait quoi que ce soit à gagner à mettre sous pression la stabilité de nos institutions, une des dernières choses qui tienne encore en France. Le temps de l’alternance viendra, c’est à cela que nous devons travailler.

 

Emmanuel Macron a évoqué la restauration de Notre-Dame dans son allocution de jeudi. Il a eu raison ? Un peu de fierté nationale, en ces temps troublés, peut faire du bien ? 

L’incendie de Notre-Dame a marqué tous les Français, parce que cette cathédrale dit l’âme de notre pays. Il est bouleversant de voir que le courage des sapeurs pompiers, la générosité de dizaines de milliers de dons, et le savoir faire incroyable de nos artisans, ont permis de sauver ces pierres et le sens qu’elles portent avec elles. C’est un message pour l’avenir de notre pays traversé par tant d’épreuves et de tensions : comme le disait Péguy, “tout ce qui élève unit.”

 

La Commission européenne avait validé la trajectoire de redressement de nos comptes publics, la semaine dernière. Le rejet de notre budget annule cette décision d’office ? 

La Commission réexaminera le prochain budget. Nous sommes dans la zone euro et nos choix ont des conséquences aussi pour nos voisins. Tous sont en train de se désendetter. Le Portugal fait des excédents budgétaires, la Grèce est à 1 % de déficit par rapport à son PIB et l’Espagne fait mieux que ses propres prévisions… Nous sommes les seuls à nous enliser. Mais ce n’est pas pour Bruxelles que nous devons impérativement redresser nos comptes : c’est d’abord pour nos enfants et nos petits-enfants. 

 

La France va devenir le nouvel « homme malade de l’Europe » ? 

Elle l’est déjà. Tous les indicateurs le montrent. L’Etat aura besoin d’emprunter 300 milliards l’an prochain, un record, non pas pour investir ou préparer l’avenir, juste pour pouvoir fonctionner au quotidien. Payer les retraites, les fonctionnaires, les intérêts de sa dette. C’est une dépendance dangereuse pour le pays. Je ne cherche pas à agiter des peurs artificielles, je rappelle simplement la réalité de notre situation. Si l’emprunt n’était plus accessible, nos organismes sociaux seraient en faillite en moins d’un mois. Michel Barnier l’a bien dit mercredi : la censure ne fait pas disparaître la dette. En 2017, la droite a fait campagne pour dire que l’État était en faillite et qu’il fallait redresser les comptes publics. Emmanuel Macron a été élu et a fait le choix de s’enfoncer encore plus dans l’irréalité, en prolongeant notamment le « quoi qu’il en coûte » bien au-delà du Covid. Les 1 000 milliards de dettes qu’il a créées vont peser très lourd sur les années à venir.

 

Ce vendredi, Ursula von der Leyen a annoncé qu’un accord avait été conclu avec le Mercosur, malgré l’opposition de la France. Notre voix ne compte plus ? 

Qu’est-ce qui fait qu’elle a pu signer tranquillement, à votre avis ? Nous n’avons plus de gouvernement pour nous y opposer ! Elle n’aurait pas pu conclure face à une France capable de défendre solidement ses positions. Michel Barnier devait se rendre jeudi dernier en Italie, pays qui, en s’opposant formellement au Mercosur avec la France et la Pologne, pouvait nous permettre de constituer une minorité de blocage au Conseil de l’Union européenne. Il est tombé le mercredi. Sans Premier ministre, plus de négociations pour faire alliance. Les partisans du Mercosur peuvent remercier Madame Le Pen ! 

 

Le Parlement européen pourrait s’opposer à la ratification du traité ? 

Oui, et nous y travaillons d’arrache pied. Avec Céline Imart, nous avons déjà démarché les députés des pays qui partagent nos inquiétudes. Réunir une majorité sera difficile, mais c’est possible, et nous devons ce combat à nos agriculteurs, qui font vivre notre pays.

À propos du nouveau collège des commissaires européens

Ce mercredi 27 novembre était soumise au vote du Parlement européen la liste des membres composant le “collège” des commissaires européens. Il s’agit de la deuxième étape, après celle de la nomination d’Ursula von der Leyen comme présidente de la Commission, nomination que les députés LR n’avaient pas soutenue, comme ils s’y étaient engagés, lorsqu’elle a eu lieu, en juillet dernier.

Ce collège des commissaires est composé des personnalités désignées par les Etats membres de l’UE (un candidat par pays) aux fonctions de commissaire. Chaque commissaire désigné reflète donc la couleur politique de son gouvernement.

Notre opposition à la nomination de Teresa Ribera

Au Parlement européen, lors des auditions des candidats désignés par leur pays, le groupe PPE dont font partie les députés LR s’est fermement opposé à la nomination de Teresa Ribera, désignée par le gouvernement socialiste espagnol.

Les députés LR ont dénoncé le choix du gouvernement espagnol comme une honte et François-Xavier Bellamy l’a fait savoir pendant les auditions pour trois raisons principales :

  • d’une part, à cause de l’agenda politique de gauche radicale qu’elle défend (multiplication des contraintes environnementales pesant sur les producteurs et agriculteurs, opposition à l’énergie nucléaire, etc.) ;
  • d’autre part, à cause des violations de l’état de droit par le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez auquel dans lequel elle était une membre particulièrement éminente ;
  • enfin, à cause de son refus total d’être tenue comptable des conséquences dramatiques des inondations en Espagne alors même que ses fonctions de ministre incluaient la gestion de celles-ci.

Devant le maintien de la désignation de Teresa Ribera par son gouvernement, le PPE a obtenu qu’elle devrait démissionner immédiatement si elle devait finalement être mise en examen dans le cadre des accusations de corruption et de violations de l’état de droit en Espagne.

Pour combattre les mesures idéologiques portées par Teresa Ribera, la délégation LR présidée par François-Xavier Bellamy, avec tous les autres députés du PPE, pèsera de tout son poids et votera sur les textes à venir avec des principes clairs : la réduction du nombre de contraintes inutiles ou contre-productives, la simplification des procédures, le retour de la confiance et le refus des dépenses publiques inefficaces. Les députés du PPE continueront de défendre la remise en cause des textes du Green Deal, et la mise en œuvre de politiques qui intègrent enfin de manière rationnelle l’énergie nucléaire, élément absolument stratégique de notre avenir.

L’extrême-gauche, les verts et la gauche française opposés aux commissaires de droite

Un bras de fer a opposé la droite et la gauche de l’hémicycle durant le vote de ce mercredi portant sur l’ensemble des commissaires désignés par leurs pays. Ce nouveau collège comporte 16 commissaires de droite sur 27 au total. L’extrême-gauche avec des députés verts et socialistes ont voté contre et des députés du groupe des élus macronistes ont également refusé de soutenir, en particulier parce qu’ils s’opposaient à plusieurs candidats désignés par la droite.

Les députés du PPE ont pour leur part décidé de donner sa chance à ce nouveau collège, non sans réserve mais afin de permettre qu’une politique ferme, notamment sur les plans économique et migratoire, puisse être mise en œuvre, malgré la nomination par d’autres Etats membres de commissaires socialistes ou issus du centre-gauche.

Les députés LR sont au travail depuis cet été, et agissent au cœur de la force politique européenne qui, du Conseil à la Commission en passant par le Parlement, a désormais les plus importants leviers pour agir, et pour obtenir enfin le changement de cap dont l’Europe a besoin en partant de ce que la droite défend. La responsabilité est immense et tous ont conscience de l’exigence que cela suppose. Comptez sur eux pour maintenir un niveau d’engagement quotidien à la mesure de cette responsabilité, afin de faire entendre votre voix et les priorités portées pendant toute la campagne.

 

 

La COP29 à Bakou est un scandale absolu

Photo de François-Xavier Bellamy à la tribune du Parlement européen

Entretien paru dans Le Point, propos recueillis par Emmanuel Berretta. Photo : Alexis Haulot © Union européenne | Source : EP

Le Point : Que pensez-vous de l’organisation de la COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan ?

C’est un scandale absolu. La France a fait le bon choix en n’envoyant qu’une délégation purement technique à Bakou. Mais le seul fait que cette conférence pour le climat soit organisée là-bas est déjà en soi une faute grave. Comment le commissaire européen socialiste Nicolas Schmit peut-il dire que cette COP à Bakou est « une opportunité pour parler de démocratie », quand elle revient à cautionner un régime qui assassine ses opposants jusque dans nos pays ?

En effet, l’Azerbaïdjan vient de nouveau de faire parler de lui, ici, après l’ assassinat d’ un opposant à Mulhouse…

J’ai accueilli son frère au Parlement européen au lendemain de l’enterrement. Vidadi Isgandarli était un ancien procureur de 62 ans, réfugié politique en France. Il a été assassiné le 1 er octobre chez lui, à Mulhouse. Ilham Aliev règle ses comptes sur notre sol, sans même s’en cacher. Cet assassinat en est l’illustration : le commando qui est venu tuer cet opposant n’a rien volé. C’est clairement signé. C’est un message envoyé à tous les opposants : même en exil, où que vous soyez, on vous retrouvera. Mahammad Mirzali, qui est devenu un ami, a été victime de plusieurs tentatives d’assassinat sur le sol français.

Vous évoquez aussi d’autres types de menaces sur le territoire français…

Il s’agit aussi de notre propre sécurité, et de la souveraineté de la France. Il est parfaitement établi que l’Azerbaïdjan a été directement impliqué dans les violences meurtrières qui ont touché la Nouvelle-Calédonie. Des moyens ont été déployés pour organiser la désinformation sur les réseaux sociaux, stimuler les destructions, et des contacts ont même eu lieu pour livrer des armes sur place. Les émeutiers affichaient le drapeau azerbaïdjanais avec leurs propres banderoles… Par volonté d’affaiblir la France, le régime d’Aliev a signé des accords avec les dirigeants indépendantistes kanaks. C’est une opération de déstabilisation à grande échelle contre la France. Elle est d’autant plus révoltante que l’Azerbaïdjan a revendiqué son « intégrité territoriale » pour organiser une véritable épuration ethnique contre les Arméniens du Haut-Karabakh.

Il s’agit aussi de notre propre sécurité, et de la souveraineté de la France.

L’Europe prend-elle suffisamment la mesure de ces agissements ?

Non. Nous avons voté un projet de résolution très radicale au Parlement européen le 24 octobre, mais pour l’instant la Commission et les États membres n’agissent pas. Nous exigeons la suspension de l’accord gazier avec l’Azerbaïdjan et des sanctions contre le régime d’Aliev. L’Europe peut le faire reculer, à condition d’être déterminée. Il faut agir maintenant, en particulier pour soutenir l’Arménie, qui est désormais directement menacée. Ce n’est pas seulement une exigence de solidarité, c’est aussi un enjeu de sécurité pour l’Europe qui doit la conduire à tout mettre en oeuvre pour empêcher Aliev de lancer une nouvelle guerre, et pour obtenir le retour des réfugiés du Haut-Karabakh ; nous n’avons pas le droit de les oublier.

Ce n’est pas seulement une exigence de solidarité, c’est aussi un enjeu de sécurité pour l’Europe.

Le gaz azerbaïdjanais ne rend-il pas l’Europe trop conciliante ?

Sans doute. Pourtant Bakou dépend bien plus de son commerce avec l’Europe que nos pays ne dépendent de lui. Le gaz qu’il nous vend est largement russe : nous payons donc le prix fort pour contourner nos propres sanctions… Et c’est ce pays qui deviendrait, le temps d’une COP, capitale de la transition écologique ? C’est pour protéger nos démocraties de ces dépendances dangereuses, en même temps que préserver le climat et faire baisser nos factures d’énergie, que j’ai tant combattu au Parlement européen en faveur de notre filière nucléaire, qui garantit notre souveraineté. Importer notre énergie nous rend vulnérables.

Tous les pays ne sont pas intéressés par le gaz de Bakou, alors comment expliquez-vous cette passivité européenne ?

Nos adversaires jouent sur nos divisions. Pourquoi M. Mariani, député du Rassemblement national au Parlement européen, a-t-il été l’un des seuls à Strasbourg à refuser de voter la résolution d’octobre contre le régime d’Aliev, avant de se rendre à Bakou pour la COP29 ? C’est bien la souveraineté de la France qu’il s’agit de défendre aujourd’hui dans ce combat.

La création d’une dette commune européenne était une fuite en avant inutile et dangereuse

Entretien initialement paru dans Valeurs actuelles, propos recueillis par Marie de Greef. Crédit photo : Groupe PPE

Le déficit français va atteindre 6,1% fin 2024 (contre 4,5% anticipé par le précédent gouvernement). La Commission européenne a-t-elle trop longtemps fermé les yeux sur ce mal français ?

Le vrai électrochoc, c’est d’abord le dérapage, le décalage répété entre les prévisions budgétaires du gouvernement et la réalité. Deux fois de suite, la France a annoncé que son déficit serait bien supérieur à la prévision initiale. L’histoire nous apprendra un jour pourquoi. Il serait parfaitement malhonnête d’accuser la Commission européenne sur ce point : ce sont les dirigeants français qui sont responsables de cette faillite budgétaire.

Pendant la crise du Covid, tous les États se sont endettés. Il avait été convenu en urgence que les règles ordinaires de maîtrise des déficits seraient temporairement suspendues pour permettre aux États membres de réagir à l’immense crise économique provoquée par les mesures sanitaires. Mais une fois la pandémie derrière nous, nos voisins ont baissé leur dépense publique, pendant que la France continuait de s’endetter, complètement à contre-cycle. Le rétablissement des règles budgétaires normales devait conduire mécaniquement à placer le pays en procédure de déficit excessif.

Diriez-vous que la France a perdu tout ou partie de sa crédibilité à Bruxelles ?

Elle a perdu beaucoup de sa crédibilité, depuis des années. Non seulement à cause de son déficit budgétaire mais aussi, et ce n’est pas assez évoqué, à cause de son déficit commercial, qui me paraît être le symptôme le plus préoccupant de notre fragilité économique. N’oublions pas que les pays européens affichent en moyenne un excédent commercial : ils exportent plus qu’ils n’importent. Pendant ce temps, la France accumule les déficits budgétaires et des déficits commerciaux records : concrètement, cela veut dire que nous ne produisons plus, et que nous finançons notre consommation de produits importés avec de la dette publique. Comment notre État peut-il prétendre ensuite être crédible auprès de ses partenaires européens ?

Si elle veut retrouver sa compétitivité, la France doit baisser le coût du travail, simplifier le code du travail, abroger les 35 heures, diminuer massivement les contraintes sur les activités de production, de l’industrie à l’agriculture… Elle doit redevenir un pays qui valorise le travail au lieu d’entretenir un modèle social fondé sur le déni de réalité.

Selon l’iFrap, la dette européenne va atteindre 1 300 milliards d’euros. Ursula von der Leyen n’est-elle pas en train de faire à Bruxelles ce qu’Emmanuel Macron et Bruno Le Maire ont fait à la France ?

C’est une réalité : l’Union européenne s’est lancée dans une fuite en avant, avec une dette qui ne cesse d’augmenter. La première étape a été le grand emprunt souscrit au moment du plan de relance post-covid. J’ai voté contre ce projet, comme toute ma délégation. Je n’ai cessé d’affirmer que cette dette commune était inutile : puisqu’aucun État membre de l’Union européenne n’a eu de difficultés d’accès au crédit pendant cette période, il n’y avait aucune raison de créer une dette à l’échelle européenne pour les soutenir. Et elle était surtout dangereuse : personne ne sait aujourd’hui comment s’effectuera le remboursement.

La Cour des comptes européenne a confirmé notre analyse, en montrant que beaucoup de ces fonds n’avaient en réalité jamais été engagés.

La Cour des comptes européenne a confirmé notre analyse, en montrant que beaucoup de ces fonds n’avaient en réalité jamais été engagés. Mais même s’il était superflu, cet emprunt va désormais coûter très cher. Il y a eu une forme de lâcheté collective de la part des États-membres ; ils se sont mis d’accord sur un plan de 750 milliards d’euros tombé du ciel, sans décider dès le départ des modalités de son remboursement. Il va maintenant falloir trancher la question pour le prochain budget. Il y a trois mauvaises solutions : demander aux États-membres d’augmenter leur contribution au budget de l’Union – et on imagine ce que cela veut dire pour un pays comme la France qui est en train de se battre avec sa propre dette ; ou bien sabrer de manière très violente dans les politiques structurelles – par exemple diminuer massivement le budget de la politique agricole, en pleine crise majeure pour nos paysans… La dernière option serait d’emprunter à nouveau, ce qui signifierait de poursuivre cette fuite en avant.

Maintenant, ce devrait être le moment de sortir notre pays de ce cercle infernal, pas d’y plonger l’Europe tout entière.

Que pensez-vous du rapport de Mario Draghi, ancien président de la BCE, qui propose d’émettre des Eurobonds pour financer les investissement futurs de l’Union par des capitaux privés ?

Les 400 pages de ce rapport ne se limitent pas à cette proposition, loin de là. Mario Draghi veut favoriser l’union des marchés de capitaux. Je pense aussi que le déclin de la finance européenne par rapport à la finance américaine est un sujet très préoccupant pour le financement de notre économie. Mais je ne crois pas du tout que ce soit en créant de la dette que l’on parviendra à affronter ce problème. S’il suffisait de créer de la dette publique pour permettre la puissance et la prospérité, la France serait le pays le plus riche et puissant d’Europe ; elle est en réalité le plus vulnérable, et ses citoyens paient le record d’impôts et de taxes de l’OCDE. Maintenant, ce devrait être le moment de sortir notre pays de ce cercle infernal, pas d’y plonger l’Europe tout entière.

Une majorité pour rompre avec cette fuite en avant migratoire

Entretien paru dans Le Figaro le 17 octobre 2024, propos recueillis par Emmanuel Galiero.

LE FIGARO .- Comment observez-vous les premières semaines de Bruno Retailleau au ministère de l’Intérieur face à la question migratoire ?

François-Xavier BELLAMY .- Le défi est existentiel, pour notre pays comme pour l’Europe. Car c’est par l’Europe qu’une grande partie de la solution passera. Nous en avons parlé avec Bruno Retailleau après son passage à Luxembourg pour la réunion des ministres de l’intérieur européens. Si nos États ne retrouvent pas la maîtrise de l’immigration, leur impuissance condamnera nos démocraties. La bonne nouvelle, c’est qu’avec la victoire du PPE en Europe, nous avons enfin une majorité pour rompre avec cette fuite en avant.

Manfred Weber, président du PPE, se réjouit de pouvoir compter sur Michel Barnier, premier ministre français. Quel est le message de sa visite à Paris durant laquelle il rencontré plusieurs figures de la droite ?

Son message est simple : la droite a gagné les leviers pour agir ; cela implique une immense responsabilité. Maintenant il faut un vrai changement, des solutions concrètes. Sur le sujet migratoire, nous ne réussirons que par une réponse coordonnée. Prenez le lien avec les pays de départs : certains refusent de reprendre leurs ressortissants entrés illégalement dans nos pays, alors même que nous leur délivrons chaque année des visas et des aides au développement. Quand la France suspend ses visas, les ressortissants de ces pays les obtiennent d’autres États européens pour contourner l’obstacle : l’effet dissuasif est annulé. Depuis des années, nous demandons que ce soient tous les visas européens qui soient conditionnés à une vraie coopération des pays tiers en matière migratoire. Nous pouvons y parvenir aujourd’hui. Ces réponses coordonnées pour les expulsions, comme sur la prévention des entrées illégales ou la lutte contre les passeurs, sont la condition pour reprendre le contrôle de nos frontières.

Que pensez-vous de la reprise du projet immigration par le gouvernement en France ?

C’est absolument nécessaire. Michel Barnier est premier ministre, Bruno Retailleau est ministre de l’Intérieur : cela ne peut que se traduire concrètement par un changement de politique. J’ai condamné l’incapacité du macronisme à se saisir de ces sujets, et nous l’avons vécu très concrètement avec le jeu de dupes sur cette loi immigration. Maintenant, il faut montrer que tout a changé.

Le premier ministre a parlé de rupture : c’est la condition pour mériter la confiance des Français. Avec Bruno Retailleau, nous avons combattu le « en-même-temps » macroniste ; je suis sûr qu’il saura mettre en œuvre un cap clair. Sur cette question migratoire comme sur le reste, il n’y aura pas d’action efficace sans le courage et la cohérence que les Français attendent de nous.

Le PPE met-il en place une nouvelle stratégie d’alliances au sein de l’UE sur cette question migratoire ?

Nous vivons surtout une nouvelle donne politique en Europe. Au Parlement, le PPE a grandi, et il a gagné une position incontournable, alors que la gauche a beaucoup diminué. Pendant le dernier mandat, une alliance régulière réunissait contre nous des élus allant de Renew (parti macroniste) jusqu’à l’extrême gauche, pour imposer la décroissance environnementale, l’inflation normative, l’impuissance migratoire… Désormais, cette alliance de gauche n’a plus de majorité. Dans cette position de force, nous avons une occasion inédite de permettre enfin un changement profond en Europe.

N’existe-t-il pas un risque pour le PPE de s’allier avec des partis jugés « populistes » ou « extrémistes » ?

Au Parlement, nous défendons simplement notre ligne. J’ai pris des engagements clairs pendant la campagne européenne, et avec les élus de notre délégation, nous allons désormais décliner notre projet. Nous mettrons nos propositions sur la table, et chacun assumera son vote. Ma seule obsession est d’agir et d’obtenir des résultats. Si la gauche refuse encore de voir la réalité du défi migratoire, elle continuera de se couper des classes populaires. Libre à elle de persister dans le déni ; mais personne ne pourra nous reprocher de défendre nos idées, et de tenir parole devant les Français.

Que retenez-vous de vos échanges musclés avec l’Insoumise Rima Hassan au parlement européen ?

Malgré les menaces dont j’ai fait l’objet, je ne lâcherai rien. Je crois toujours à la possibilité de concilier la fermeté et le respect. Les élus de la France Insoumise ont choisi la stratégie du chaos ; mais ils ne doivent pas nous faire dévier de notre ligne. J’observe que leur complaisance avec l’islamisme et l’antisémitisme provoque un vrai malaise chez leurs propres alliés européens.

C’est plus que jamais sur nous, au sein du PPE, que repose l’influence française en Europe. […] Même en étant moins nombreux que par le passé, nous avons, en travaillant sans relâche, une place centrale au sein de la première force politique du continent, pour gagner les batailles que les Français attendent.

Quel est le sens de la présence de Michel Barnier jeudi au sommet du PPE ?

L’attente est très grande. Michel Barnier hérite d’un pays qui semble avoir perdu le contrôle sur le plan budgétaire. Cette situation suscite une profonde inquiétude en Europe : une crise majeure chez nous pourrait déstabiliser toute la zone euro. Nous évoquerons également les enjeux migratoires, qui sont une priorité absolue pour le PPE.

Le même jour Emmanuel Macron participe au sommet de Renew. Quid du macronisme au niveau européen ?

En 2019, Emmanuel Macron appartenait à une force politique importante en Europe ; elle s’est effondrée en cinq ans. Le groupe Renew est devenu le cinquième au Parlement européen, et le président de la République est désormais très isolé. Cette fin de cycle se paie cher pour la France. C’est plus que jamais sur nous, au sein du PPE, que repose l’influence française en Europe.

On vous dira que la droite s’est aussi affaiblie au sein du PPE…

La droite française a tout à reconstruire pour rejoindre la dynamique qui traverse toute l’Europe. Mais dès aujourd’hui, même en étant moins nombreux que par le passé, nous avons, en travaillant sans relâche, une place centrale au sein de la première force politique du continent, pour gagner les batailles que les Français attendent.


Pourquoi je dépose plainte aujourd’hui contre Rima Hassan.

Profondément attaché à la liberté d’expression, au pluralisme démocratique, au débat d’idées, je n’ai jamais voulu céder à la judiciarisation de la vie publique. Je suis aujourd’hui pourtant contraint de déposer plainte.

Parce que j’assume d’avoir fait obstacle à son élection comme vice-présidente de la Commission des droits de l’homme du Parlement européen, Mme Rima Hassan, élue sur la liste de LFI, a publié hier, mercredi 24 juillet sur le réseau social X (ex-Twitter), un message qui me vise directement, en des termes qu’il est impossible de ne pas comprendre comme des menaces physiques directes. En réponse à une série de messages où elle mêlait injures et intimidations, je lui avais proposé publiquement un débat, dans le média et au moment qu’elle souhaiterait ; elle répond donc en me désignant nommément à la vindicte des milieux islamistes, dont elle a à plusieurs reprises légitimé les actions violentes.

La menace, envers tout citoyen comme envers un élu, ne peut être tolérée dans une société démocratique ; considérant l’écho qu’elle a reçu, le fait qu’elle semble prise au sérieux, et avec le soutien de nombreux collègues parlementaires, j’ai décidé de demander à mon avocat Maître Thibault de Montbrial de déposer plainte entre les mains de Madame la Procureure de la République de Paris.

Je saisis cette occasion pour dire combien j’espère que, au-delà de la diversité de nos engagements politiques, nous saurons tous partager, pour l’avenir de notre démocratie, la ferme volonté de défendre les principes qui la fondent : l’attachement à la liberté, l’exigence du respect, le goût de la discussion, et le refus absolu de la violence.

François-Xavier Bellamy

Lettre aux Français


Chers amis, chers Français,

La campagne s’achève. J’ai tout donné. Mais je ne pouvais pas finir sans évoquer ce qu’il me reste encore à vous dire.

Pendant ces derniers mois, ces dernières années, j’ai vécu de grandes joies, des succès partagés, et des rencontres qui m’ont marqué pour toujours ; comme bien des épreuves aussi, et des moments de doute où j’aurais pu tout arrêter.

Si j’ai continué, c’est simplement parce que j’ai fait comme vous. Parce qu’aujourd’hui chaque Français de bonne volonté, dans son quotidien, doit décider de continuer, quand il y aurait mille raisons d’être épuisé et d’arrêter. Continuer à y croire, à se lever, travailler, faire son devoir, continuer à défendre ses valeurs même à contre-courant, face à l’adversité.

Si je n’ai rien lâché, c’est parce que l’enjeu est essentiel. C’est le pouvoir d’agir demain, plutôt que de continuer à subir tout ce qui arrive au pays. C’est la volonté de transmettre ce que nous avons reçu, et que nous savons profondément fragilisé. C’est l’espérance de sortir du déclin, et de rendre à notre pays, à notre civilisation, l’élan qui les a fondés.

De ce combat, beaucoup se joue maintenant. Vous qui me lisez, vous avez le pouvoir de faire vivre cet effort commun, bien au-delà du 9 juin.

Pour qui allez-vous voter ?

Je pourrais vous dire que le 9 juin, vous allez voter pour que la droite soit le plus grand parti du parlement européen et serve de meilleur rempart aux dérives politiques qui fragilisent notre pays.

Je pourrais vous dire que le 9 juin, vous allez voter pour l’équipe de combattants que j’ai l’honneur d’emmener, et qui iront au front chaque jour pour défendre votre voix.

Mais ce que je veux vous dire surtout, c’est que le 9 juin au soir, ils compteront nos voix. Ce vote sera une épreuve de vérité. Les médias, le pouvoir, tous attendent de savoir : la droite a-t-elle renoncé à ses combats ?

Répondez-leur : il existe une droite forte, fière, prête à parler à tous les Français. Une droite qui vient de loin, qui a le visage de nos parents, de nos grands-parents, de toutes les forces du pays. Une droite qui sait mener des batailles, et qui refuse de s’enfermer, de se laisser exclure des choix qui décideront de l’avenir.

Une droite qui veut relever la France. Rendre à l’Europe son sens. Sortir de l’impuissance de l’État. Retrouver nos frontières, et notre sécurité. Sortir du déclin et de l’appauvrissement, qui n’ont rien d’une fatalité. Et pour cela, d’abord, libérer les Français qui travaillent, et leur rendre leur dignité.

Un ami me demandait hier : crois-tu encore qu’un discours de vérité a une chance de survivre dans la démagogie ambiante ? Oui, mille fois oui, parce que les Français sont revenus de tout, sauf de ce devoir de courage, de loyauté, et de vérité.

Alors je compte sur vous maintenant. Parce que chacun d’entre vous doit compter dans un tel moment. Pour convaincre, pour entraîner, pour rendre une raison d’espérer à ceux qui n’y croient plus. C’est sans doute à quelques voix que va se jouer le sens qui sera donné au vote du 9 juin. Et ces quelques voix, vous seul pouvez aller les chercher – en partageant ce message autour de vous, pour commencer, si comme moi vous refusez de renoncer.

Le 9 juin est aussi votre jour. Je m’en remets à vous.
Je crois en la France, et au sursaut qui nous attend.

À très bientôt,

Supprimer l’image mise en avantFrançois-Xavier Bellamy


Lire aussi : Grand entretien au Figaro – « Il y a une relève à droite qui refuse les débauchages et les reniements »



« Il y a une relève à droite qui refuse les débauchages et les reniements. » – Grand entretien dans le Figaro

Photo : François Bouchon / Le Figaro

Grand entretien publié dans Le Figaro, propos recueillis par Emmanuel Galiero et Claire Conruyt.


Télécharger l’entretien

LE FIGARO .- A cinq jours du scrutin, qu’avez-vous envie de dire aux électeurs ?

FRANCOIS-XAVIER BELLAMY — Je veux leur dire : malgré toutes les épreuves que traverse le pays, nous avons bien des raisons d’espérer. Les Français que j’ai rencontrés, pendant ces mois de campagne et ces années de ce mandat, ont un courage, une énergie, une volonté qui forcent l’admiration. Et il y a une relève à droite qui a la détermination nécessaire pour relever le pays. Pour le défendre en Europe d’abord : dans quelques jours, le parti de la droite européenne auquel j’appartiens deviendra la première force politique en Europe. C’est nous qui aurons enfin les leviers pour agir, pour que l’Europe retrouve un cap clair. Mais l’autre enjeu de cette élection, c’est bien sûr de sortir la France de la crise. Le duel Macron / Le Pen a vécu sur la défiance suscitée par les vieux partis de gouvernement. Je comprends les déceptions passées ; mais l’élection du 9 juin est l’occasion de tourner une page. Je ne me suis pas engagé pour refaire l’histoire, mais pour écrire l’avenir d’une droite renouvelée, sérieuse, cohérente. Votre vote peut donner l’élan dont nous avons besoin pour reconstruire.

Dans quelques jours, le parti de la droite européenne auquel j’appartiens deviendra la première force politique en Europe. C’est nous qui aurons enfin les leviers pour agir, pour que l’Europe retrouve un cap clair. Mais l’autre enjeu de cette élection, c’est bien sûr de sortir la France de la crise.

N’est-ce pas une mission impossible de faire campagne pour un parti LR fortement affaibli par la dernière présidentielle (4,78%) dans un contexte où beaucoup d’électeurs de droite semblent toujours méfiant à l’égard de votre famille politique ?

Aucune mission n’est impossible quand l’avenir en dépend. En m’engageant dans cette campagne, je savais parfaitement que je ne faisais pas le choix du confort, du calcul ou de l’opportunisme. Certains changent de camp pour l’intérêt de leur carrière. Pour ma part je n’ai sans doute pas fait le choix de la facilité, mais le choix dont le pays a besoin : celui de la clarté et de la cohérence. Bien sûr, je mesure la difficulté. Mais je mesure surtout l’attente. Le rôle que nous devons assumer, personne d’autre ne le remplira. Si l’on en croit les sondages, je vois qu’un électorat de gauche veut faire de cette élection l’occasion de reconstruire une proposition socialiste, alors qu’elle paraissait définitivement disqualifiée. Je veux dire aux électeurs de droite qu’ils n’ont aucune raison de taire leurs convictions, de renoncer à défendre leurs idées, de reconstruire leur maison. C’est le moment de refonder cette famille politique qui peut seule répondre aux aspirations du pays.

Je veux dire aux électeurs de droite qu’ils n’ont aucune raison de taire leurs convictions, de renoncer à défendre leurs idées, de reconstruire leur maison.

Quels événements les plus marquants de cette campagne retiendrez-vous ?

La campagne a commencé avec le mouvement de révolte des agriculteurs. Leur colère, je l’ai exprimée depuis cinq ans au parlement européen. Ils subissent comme tous les Français les conséquences des choix politiques aberrants qui minent notre pays. Cette révolte, je l’ai entendue si souvent : artisans, commerçants, chefs d’entreprises, professionnels de santé, enseignants, policiers et gendarmes… C’est partout le même sentiment d’asphyxie auquel semble condamné tout un peuple qui travaille dur et qui n’arrive plus à s’en sortir. Des Français qui vivent en permanence sous la pression des contraintes, des contrôles, des charges, des normes et qui disent simplement : laissez-nous travailler ! Laissez-nous faire, laissez-nous vivre. Céline Imart, deuxième de notre liste, a fait partie de ces agriculteurs qui ont crié qu’ »on marche sur la tête » ; les Français refusent de se résigner. Nous aurons été les seuls dans cette campagne à dire cette exigence de liberté, que je crois être la première condition pour sortir du déclin.

Quels adversaires jugez-vous les plus redoutables dans cette bataille ?

Mon adversaire le plus redoutable, c’est la mise en scène une nouvelle fois imposée aux Français pour leur voler cette élection, avec l’idée absurde que le débat opposerait populistes et progressistes. Ce théâtre d’ombres n’a pas d’autre but que de cacher le vrai enjeu de ce scrutin. Au parlement européen, le clivage oppose les deux forces politiques majeures que sont les socialistes et la droite, le PPE, auquel nous appartenons. Le vrai sujet est de savoir si nous parviendrons à sortir enfin de la majorité de gauche, à laquelle les élus macronistes et les écologistes ont participé pendant cinq ans. La France ne peut pas être condamnée à vivre ce perpétuel deuxième tour de l’élection présidentielle, dont la seule fonction est d’exonérer le macronisme de son bilan.

Que répondez-vous à Emmanuel Macron quand il soutient que ceux qui lui ont imposé le RN comme adversaire sont les Français ?

C’est faux. Les enquêtes d’opinion le montrent aujourd’hui : moins de la moitié des Français se reconnaît dans le débat entre le RN et lui. Nous ne sommes pas dupes de ce duo, dont les deux partenaires s’aident l’un l’autre à écraser le débat. Les Français ne sont pas dupes non plus. Je le vois au nombre de ceux, de tous bords, qui me remercient d’avoir exprimé ce qu’ils ressentaient après le débat entre M. Attal et M. Bardella. Si cette réaction a eu autant d’écho, c’est peut-être que j’ai été ce jour-là le porte-voix d’une France qui refuse de se laisser imposer cette fausse alternative.

Quelles sont les principales différences avec votre campagne de 2019 ?

La principale différence, c’est que maintenant tout le monde doit assumer son bilan. En 2019, beaucoup pouvaient croire encore qu’Emmanuel Macron allait réformer le pays, pour éviter le déclin. Mais force est de constater aujourd’hui qu’Emmanuel Macron est le déclin ! La dégradation de la note de la France par S&P confirme brutalement que le macronisme a aggravé l’enlisement du pays dans la spirale de la dette, de l’impôt, de l’appauvrissement économique et du dérapage budgétaire. Quant au RN, lui aussi a un bilan : on ne peut pas faire comme si le parti de Marine Le Pen était en apesanteur. Il a gagné l’élection européenne de 2019, comme celle de 2014 : qu’a-t-il fait de la confiance des Français depuis dix ans ? Avec trois fois plus d’élus que nous, il n’aura pas changé une virgule dans un seul texte européen. Les élus du RN n’ont ni gagné, ni même mené une seule bataille pour la France en Europe.

Dans ce cas, pourquoi le RN bat-il tous les records dans les sondages à la veille du scrutin ?

En mettant en scène ce duel, Emmanuel Macron a offert au RN les détresses du pays. C’est un mensonge : la France qui peine à joindre les deux bouts n’est pas représentée par un parti qui refuse de revaloriser le travail, de réformer le RSA, de rééquilibrer les retraites, et qui refuse lui-même de travailler ! Car en Europe, le RN est l’opposition fantôme qui arrange ce président. Il sait que nous sommes le vrai contre-pouvoir qui pèsera demain, au sein du PPE, pour empêcher de nouvelles étapes de sa fuite en avant – la création de dette et d’impôts européens, qu’il a proposés dans son dernier discours de la Sorbonne.

Force est de constater aujourd’hui qu’Emmanuel Macron est le déclin ! La dégradation de la note de la France par S&P confirme brutalement que le macronisme a aggravé l’enlisement du pays. Quant au RN, il a gagné l’élection européenne de 2019, comme celle de 2014 : qu’a-t-il fait de la confiance des Français depuis dix ans ?

Certaines de vos interventions, contre les blocages de Sciences Po ou contre le débat Attal/Bardella, ont été perçues comme des réussites. Pourquoi n’ont-elles pas eu d’impact sur les sondages qui n’ont cessé d’estimer votre score entre 7% et 8% ?

Seul le vote du 9 juin comptera. Ce que je sais, c’est que partout en France, le regard des Français a changé avec cette campagne. Beaucoup m’ont dit qu’elle leur avait redonné de l’intérêt, de l’envie, de la fierté. Face à l’extrême-gauche, à la montée de l’antisémitisme, au relativisme qui menace notre débat démocratique, nous avons montré qu’il ne fallait rien céder. Une campagne sert aussi à cela.

Votre parti oscille entre une coalition avec le macronisme et une droite plus radicale incarnée par le RN et Reconquête. L’identité de LR ne s’est-elle pas diluée depuis l’élection d’Emmanuel Macron ?

Non, la droite n’oscille pas. Ces rumeurs ne se fondent sur rien et n’ont pour but que de nous déstabiliser dans ces derniers jours de campagne. Il y a sept ans qu’Emmanuel Macron est à l’Elysée : tous ceux qui sont engagés chez LR auraient eu cinquante occasions de basculer du côté du pouvoir. Les opportunistes sont partis ; ceux qui restent ont tenu bon, parce qu’ils savent que notre devoir est d’incarner une alternative. Le débat a été tranché : nous ne résoudrons pas les problèmes du pays avec ceux qui les créent. Pendant cinq ans, au parlement européen, je me suis confronté durement aux élus macronistes, premiers alliés de la gauche pour fragiliser nos frontières, saborder le nucléaire, organiser la décroissance agricole ou la dérive budgétaire, et même fermer les yeux sur l’entrisme islamiste qui menace nos institutions… Pendant ce temps, le RN était aux abonnés absents. Ceux qui veulent le statu quo peuvent voter pour ce duo. Moi, je veux le changement de cap.

Nicolas Sarkozy ne souhaite pas dévoiler quel sera son choix pour cette élection mais il a exprimé « beaucoup de sympathie » à votre égard. Recevez-vous ces mots comme un soutien ?

Je suis heureux si la campagne que je mène lui inspire de la sympathie. Je respecte le choix d’un ancien président qui ne souhaite pas rentrer sur le terrain électoral. Je comprends aussi nos différences de point de vue, puisque Nicolas Sarkozy continue de défendre la perspective d’une coalition avec le pouvoir, en laquelle je n’ai jamais cru.

Nous ne résoudrons pas les problèmes du pays avec ceux qui les créent. Pendant cinq ans, au parlement européen, je me suis confronté durement aux élus macronistes

Que dites-vous aux LR qui considèrent que vous n’avez pas été suffisamment soutenu par votre famille politique dans ce combat ?

Au contraire, cette campagne a été un moment d’unité pour la droite. En 2019, mon arrivée avait suscité quelques expressions de dissension ou d’incertitude. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, après cinq années de travail partout en France. Dans ce combat, j’ai eu la chance de compter sur la confiance et le soutien d’Eric Ciotti, de nos parlementaires, mais aussi de milliers de maires, d’élus qui pour certains ont choisi de revenir à cette occasion vers notre famille politique.

Dans quelle mesure le niveau de votre résultat dimanche sera-t-il déterminant pour l’avenir de LR ? Que ferez-vous après, si le score est décevant ?

On ne mène pas la bataille en se demandant ce qui arrive si on la perd. Si nous parvenons à retrouver les voix qui nous manquent pour reprendre notre élan, nous changerons l’histoire des années qui viennent. Pas celle d’un parti, mais celle du pays.

Oui, il faut un nouveau départ. Il y une relève à droite, qui a refusé le cynisme des débauchages et des reniements, qui veut la clarté dont la France a besoin, et qui sait gagner des batailles. Nous ne pouvons plus vivre à l’ombre d’un bilan qui n’est pas le nôtre.

Les Républicains devront-ils opérer un acte de rupture avec tout ce que la droite a été, une fois le 9 juin prochain passé ? Une sorte de « nouveau départ »…

Oui, il faut un nouveau départ. Il y une relève à droite, qui a refusé le cynisme des débauchages et des reniements, qui veut la clarté dont la France a besoin, et qui sait gagner des batailles. Nous ne pouvons plus vivre à l’ombre d’un bilan qui n’est pas le nôtre. Après avoir changé de pied en trois jours sur la Nouvelle-Calédonie, Marine Le Pen m’a reproché la position de la droite sur les accords de Nouméa : quand ils ont été signés, j’avais douze ans… Je ne me sens ni juge, ni comptable du bilan. Le passé est fait de succès comme de déceptions. Avec quelques années d’engagement, je ne crois pas que mon devoir soit de distribuer les bons ou les mauvais points, mais de regarder lucidement cet héritage pour pouvoir reconstruire. Ce nouveau départ, je veux m’y consacrer. Il est la condition pour le relèvement du pays. Et pour le mener à bien, nous n’avons besoin que du soutien de tous les Français qui aspirent à voir se relever un mouvement politique clair sur ses valeurs et exigeant dans son action. Je veux leur dire : vous me connaissez, vous savez que je n’ai jamais varié. Si vous voulez reconstruire, c’est maintenant que cela se joue.

Lors de votre dernière scène à l’Olympia, vous citiez Platon : « les philosophes perdent toujours les élections… »

Platon croit qu’il faut mentir pour arriver au pouvoir car la foule est trop folle pour entendre la sagesse. Je pense le contraire. Aristote affirme que « tout homme, par nature, désire savoir ». Et puisque l’esprit humain est tourné vers la quête du vrai et du juste, que l’on peut parier qu’à la fin, la vérité finit par l’emporter. C’est le pari que je veux faire.

Et à ceux qui vous diront que c’est un pari fou ?

Je réponds qu’il n’y en a pas d’autre. La mission essentielle de l’Europe, c’est de montrer que la liberté est le seul choix qui soit à la fois fidèle à la dignité humaine et en même temps, efficace sur le long terme. Nous sommes face à des modèles autoritaires, voire totalitaires, comme la Chine, ou l’islamisme international. Comme dans les années 30, certains sont tentés de croire que l’efficacité est du côté de la centralisation autoritaire, de la suppression des droits de la personne, de la conscience. Notre défi est de montrer, une nouvelle fois dans notre histoire, que seule la liberté peut faire vivre une société.

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