L’Union européenne empêchée in extremis de nommer un «anarcho communiste», obsédé par la «race», au sein d’une instance surveillant Europol

Article initialement paru dans Le Figaro

Sans l’intervention de l’eurodéputé François-Xavier Bellamy, ce membre d’une association proche des Frères musulmans, et pourtant subventionnée à hauteur de millions d’euros, aurait pu influer sur l’organisation d’Europol et avoir accès à des données de police ultrasensibles.

L’affaire est aussi tentaculaire que représentative des errances qui entravent le bon fonctionnement de l’Europe. Après avoir perdu la trace de 7,4 milliards d’euros de subventions à des ONG, et après avoir financé à hauteur de millions d’euros des associations poussant l’application de l’islam radical au sein des sociétés européennes, l’Union européenne a été empêchée in extremis de nommer un «anarcho communiste» au sein d’un forum chargé de surveiller et de contrôler les agissements d’Europol. Selon nos informations, le profil de cet individu, Emmanuel Achiri, a été mis au jour grâce à une mobilisation lancée par l’eurodéputé LR François-Xavier Bellamy.

Pour tout comprendre au dossier, il faut revenir à ses prémices. Depuis 2016, l’agence européenne de police criminelle, qui coordonne et soutient les services de police des 27 États membres de l’UE dans leur lutte contre le crime organisé, est surveillée par le GCPC, le «groupe de contrôle parlementaire conjoint».

Dépendant du Parlement européen, ce groupe «assure le contrôle politique des activités d’Europol dans l’accomplissement de sa mission, y compris en ce qui concerne leur incidence sur les libertés et les droits fondamentaux des personnes physiques», d’après le règlement officiel. L’objectif? «Assurer le juste équilibre entre la sécurité et les droits de l’homme», peut-on lire dans un autre document. Il est constitué de membres du Parlement européen mais aussi de parlements nationaux, comme les députées françaises à l’Assemblée nationale Marietta Karamanli (groupe Socialistes et apparentés) et Liliana Tanguy (Ensemble pour la République), ou la présidente de la commission des Lois du Sénat Muriel Jourda (Les Républicains).

Impact sur le budget et les missions d’Europol

Pour mener à bien ses contrôles, le GCPC peut être amené à consulter divers documents sensibles et à entendre des hauts fonctionnaires. Il peut également établir des recommandations adressées à Europol, et soumettre des conclusions sur les activités de l’agence au Parlement européen et aux parlements nationaux.

Le GCPC doit également être consulté pour établir le programme multi-annuel d’Europol, un document de quelque 200 pages qui liste en détail les missions prioritaires à accomplir dans les années à venir, dénombre les agents service par service, et établit le budget dont l’agence a besoin pour fonctionner. Par exemple, Europol indique dans son dernier programme que 15,7 millions d’euros ont été alloués en 2025 à la lutte contre le trafic de migrants. L’agence estime que ce budget devra atteindre les 19,6 millions d’euros en 2026, puis redescendre à 13,4 millions d’euros en 2027.

Le GCPC peut-il contraindre Europol à abaisser son budget et faire en sorte qu’il délaisse certaines missions pour d’autres? En théorie, non, puisque les recommandations du GCPC sont «non contraignantes». En pratique, le groupe de contrôle peut exercer suffisamment de pression sur l’agence pour qu’elle modifie ses priorités.

Un forum «consultatif» sur les «droits fondamentaux»

Pour assister l’organisme qui surveille Europol, le Parlement européen s’est mis en tête en 2023 qu’il fallait aussi créer un «forum consultatif». Composé d’un maximum de 11 personnes issues de la société civile, d’ONG ou d’agences, ce forum a pour mission de rendre des «avis» sur le respect ou non «des droits fondamentaux» par les forces de police, explique un document dédié. Il peut être «sollicité» à tout moment par le GCPC. Le forum peut ainsi avoir accès à des informations ou documents d’Europol relatifs au respect de la vie privée ou sur la protection des données à caractère personnel, ainsi qu’à d’autres types de données sensibles.

«Les membres du forum doivent posséder des qualifications attestées, une expertise ou être forts d’une expérience professionnelle dans le domaine des droits fondamentaux et de l’application des lois», poursuit le document. Ils doivent également être neutres, impartiaux, indépendants, et n’avoir aucune affiliation politique. Un appel à candidatures reprenant l’ensemble de ces principes a été lancé auprès de multiples organismes en 2024. Douze candidatures ont été reçues, et onze d’entre elles ont donc été retenues par le GCPC, décisionnaire des membres du forum.

Une candidature proposée par l’ENAR, «focalisée sur l’islamophobie»

Parmi ces candidatures retenues, celle d’Emmanuel Achiri, proposé par l’ENAR (Réseau européen contre le racisme), un organisme à l’agenda politique particulièrement trouble. Dans un précédent article, nous révélions que l’ENAR avait soutenu sans commune mesure le Collectif contre l’islamophobie en France – dissous par Gérald Darmanin pour «propagande islamiste» – et l’Alliance citoyenne, qui avait milité en 2022 pour le port du burkini dans les piscines de Grenoble. L’ENAR, ONG antiraciste «focalisée sur l’islamophobie et dont plusieurs cadres sont associés aux Frères musulmans» d’après la sénatrice de l’Oise Nathalie Goulet au Figaro, a aussi participé en 2023 à l’organisation de la «Semaine de l’antiracisme et de la diversité», au sein du Parlement européen. Plusieurs conférences portant sur l’«héritage raciste de la langue» ou la «justice raciale» y avaient été tenues. L’ENAR a également mené au fil des années plusieurs travaux de recherches, censés démontrer que les politiques de lutte antiterroristes de l’UE avaient renforcé les discriminations ethniques et religieuses, ou que la pandémie avait aggravé les discriminations «islamophobes» en Europe.

Tout un programme financé par l’Europe: entre 2014 et 2023, l’ENAR a reçu près de 12,5 millions d’euros de subventions, virés notamment par l’Agence exécutive de recherche européenne ou par la Direction générale de la justice et des consommateurs, selon nos informations. Rappelons que l’ancien dirigeant de l’ENAR, l’universitaire Michaël Privot, a un temps été membre de la Société des Frères musulmans – considérée comme terroriste par plusieurs pays dans le monde -, et que l’on a compté dans les rangs de l’organisation Intisar Kherigi, fille de Rached Ghannouchi, fondateur du parti tunisien islamiste Ennahda.

L’Europe «obsédée» par «une blancheur synthétique»

Sur le papier, Emmanuel Achiri a de nombreux atouts. Né au Cameroun en 1992, il est titulaire d’un doctorat en «politique et migration», obtenu à l’Eastern Mediterranean University de Chypre. Il est le co-fondateur de VOIS Cyprus, une organisation d’aide aux migrants à Chypre, et a siégé au sein d’un groupe de travail de l’EPIM (Initiation philanthropique européenne pour la migration), entre 2022 et 2023.

Mais lorsque l’on creuse son profil, l’on va de découverte en découverte: son université de Chypre propose, sur sa page d’accueil, des frais d’inscription réduits pour tous les étudiants de nationalité palestinienne ; dans l’un de ses anciens CV, il dit s’intéresser dans le cadre de ses recherches aux droits des réfugiés, aux droits de l’homme, à «la politique étrangère américaine au Moyen-Orient» et… au «terrorisme moderne et (au) rôle de l’Occident dans son émergence».

Sur le site de l’ENAR, qu’il a rejoint en tant qu’expert de la migration et de la sécurité, il est écrit dans son portrait que son travail porte sur «le maintien de l’ordre et le système pénal, à travers le prisme de la justice raciale, intersectionnelle et décoloniale ». On peut également lire: «Achiri affirme qu’il n’existe pas de “crise migratoire” à proprement parler; selon lui, la véritable crise réside dans la difficulté de l’Europe à se confronter à sa propre identité et dans son obsession pour une blancheur synthétique.» 

En juin 2024, lors d’un déplacement en Croatie, il est brièvement arrêté par les autorités du pays à l’aéroport de Zagreb. D’après l’ENAR qui raconte l’événement dans un article, il fait alors l’objet d’une «interpellation arbitraire»«Emmanuel, qui est noir, est la seule personne qui subit ce traitement, qui s’avère être un acte de profilage racial.» L’événement n’a été relaté que par l’organisation et Emmanuel Achiri, sur LinkedIn. «Ce n’est pas la première fois que je suis confronté au profilage racial. C’est malheureusement assez courant pour les personnes racisées en Europe», écrit-il sur le réseau social. «En général, j’ignore ce comportement raciste et je présente mes papiers. Mais cela fait deux jours que les horribles résultats des élections européennes sont tombés. La veille encore, je réfléchissais à comment résister à la montée de l’extrême droite et du fascisme en Europe. Je sais que c’est un cas de profilage racial».

Série de tweets anti-France

Une obsession pour la race et l’identité qui ne date pas d’aujourd’hui. Sur son compte X, Emmanuel Achiri se présente comme un «anarcho communiste anti raciste». Dans d’anciens tweets, il multiplie les sorties provocantes et controversées. En août 2016, en pleine polémique sur le burkini, il écrit en anglais: «Je ne comprends pas en quoi bannir le burkini aide. Les musulmans vont être aliénés encore un peu plus. La France et ses lois. Ils ont toujours été des gens stupides»«Nous devons avoir une discussion sérieuse sur les actes de la France durant les guerres coloniales», renchérit-il en 2018.

En octobre 2024, alors que l’Allemagne annonce la reprise de ses livraisons d’armes à Israël, il assure encore: «C’est toute l’histoire de l’Allemagne. Malheureusement, les fantômes du nazisme sont toujours vivants – (l’Allemagne) déshumanise les vies qu’elle considère moins humaines. C’est ce qui justifie la posture de l’Allemagne sur Gaza. Ce n’est pas à cause de leur “culpabilité” pour leur rôle dans l’Holocaust, mais parce que pour l’Allemagne, les Palestiniens ne sont pas humains.»

En janvier dernier, tandis qu’Emmanuel Macron évoque la situation africaine et estime que les pays du continent ont «oublié de dire merci»  à l’armée française pour ses opérations de sécurisation, Achiri écrit: «Pourquoi devrions-nous être reconnaissants envers la France déjà? Quelle audace de revendiquer que nos pays ne seraient pas souverains aujourd’hui sans l’armée française. Notre souveraineté est constamment entravée à cause de la France». Récemment, le doctorant partage à foison les publications de l’eurodéputée Rima Hassan, dont l’une qui estime que «ce que fait Israël à la Palestine n’est pas très différent de ce que la France faisait à l’Algérie ». Des publications qui s’avèrent bien lointaines de la «neutralité» nécessaire à une intégration au sein du forum consultatif.

Empêché in extremis

Ce qui n’a pas empêché la candidature d’Achiri d’être soutenue la semaine du 20 février dernier lors d’un vote informel par les groupes politiques de gauche du Parlement européen, à savoir l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), les Verts, et le Groupe de la Gauche (dont LFI fait partie), soit 235 des 720 sièges de l’organe politique.

Son nom a toutefois été rejeté par l’ensemble des groupes de droite et par Renew, grâce à la mobilisation de François-Xavier Bellamy, qui fait partie de la commission chargée de nommer les membres du forum. «Quand j’ai vu que l’ENAR avait déposé une candidature, j’ai immédiatement réagi, prévenu mon groupe (le Parti populaire européen, PPE, NDLR) et cherché le soutien des autres formations», précise-t-il auprès du Figaro. Et de tacler: «On a beau avoir alerté les socialistes, ça ne les a pas empêchés de maintenir leur vote. Et Renew a pas mal hésité.» Face à la bronca, le GCPC a finalement écarté la candidature d’Emmanuel Achiri, très récemment, selon nos informations.

«Il fallait 11 membres, et il y avait 11 candidatures retenues. Il aurait été nommé» sans l’intervention de la droite au Parlement européen, continue François-Xavier Bellamy. «Le fait est qu’il existe énormément de structures comme (le forum consultatif). Choisir les membres qui les intègrent ne paraît pas être une grande décision stratégique. Pourtant, nombre de cercles d’influence, qui connaissent les règlements, cherchent» à les infiltrer. «Et quand les décisionnaires voient sur le papier à signer que le candidat fait partie d’un réseau contre le racisme, ils ne se posent pas de question, et signent.» 

Bellamy : « Avec EDIP, nous renversons la logique de la dépendance militaire aux États-Unis »

Article initialement paru dans Le Point

Le Parlement européen adopte EDIP, le programme européen de l’industrie de défense pour sortir de la dépendance américaine. Les explications de son co-rapporteur, François-Xavier Bellamy.

L’élection de Donald Trump et son attitude belliqueuse ont sans doute beaucoup contribué à éveiller les esprits. Ce jeudi, le Parlement européena adopté le texte EDIP, sur l’industrie de défense européenne pour corriger cette dangereuse dépendance américaine. Un vote en commissions croisées assez en consensuel : 90 voix pour, 20 contre, et 5 abstentions. Un marathon de 80 heures de négociations. Ce n’est que le début d’un long processus qui prendra des années. Le Conseil, également saisi du texte, est resté bloqué lorsque l’Allemagne de Scholz a reculé. Le nouveau chancelier Merz devrait pouvoir reprendre la discussion.

Mais l’adoption d’EDIP ne s’est pas faite sans pénibles négociations de dernières minutes. À la veille du vote, les parlementaires polonais ont tenté une nouvelle fois de faire obstacle à la clause de préférence européenne, relançant les discussions à quelques heures du vote programmé. Leur ultime tentative de différer le vote au mois de juin a échoué en commission.

Les Français, paradoxalement, n’étaient pas tout à fait unis alors qu’ils ont tout à gagner. On notera ainsi l’absence d’implication du ministre français de la Défense, Sébastien Lecornu, réticent à toute initiative européenne dans ce domaine. « Il vaut mieux ne rien faire que de faire mal », avait-il déclaré au début de l’année.

Une position qui avait occasionné des tensions avec le Quai d’Orsay, chargé précisément de faire avancer les projets européens selon les directives du président Macron. Le faible poids de Matignon depuis que François Bayrou occupe le poste de Premier ministre ne permet pas de trancher entre les ministres, y compris sur un dossier aussi sensible que la défense… C’est dire.

Le Point : Vous êtes rapporteur du texte sur l’industrie de défense européenne (EDIP) depuis octobre dernier. Le compromis voté aujourd’hui a-t-il été difficile à établir ?

François-Xavier Bellamy : Ce compromis semblait impossible à obtenir il y a quelques mois. C’est une véritable trajectoire de rupture avec la dépendance actuelle, qui est le coeur du problème de sécurité des Européens. L’année dernière, les Européens ont acheté environ 79 % de leur équipement militaire hors de l’Union européenne, dont 63 % aux États-Unis. Cette dépendance n’était pas un accident, mais un choix géopolitique assumé. Nous avons réuni une majorité au Parlement pour renverser cette logique : un matériel militaire sera financé par EDIP s’il contient au minimum 70 % de composants européens. À travers ce programme industriel, nous commençons le travail pour retrouver la maîtrise de notre destin : c’était le coeur de la campagne que j’ai menée l’an dernier pour l’élection européenne.

Quelles sont les conditions exactes de cette clause de préférence européenne fixée dans ce texte ?

Le principe, c’est ce minimum de 70 % de contenu européen. Ce n’est qu’un minimum – il y a un bonus pour les industries qui vont au-delà. Et il y a par ailleurs d’autres conditions, qui sont cumulatives : ces produits de défense doivent aussi être conçus en Europe – beaucoup d’entreprises produisent actuellement sur le sol de nos pays des armements développés hors d’Europe.

Enfin, il y a un troisième critère déterminant : ces matériels ne doivent pas être soumis à une licence juridique extra-européenne. Concrètement, les États-Unis ont développé une licence appelée ITAR qui interdit d’utiliser un armement américain, ou contenant des composants américains, sans l’autorisation du gouvernement américain. On ne peut ni le revendre, ni l’exporter, ni le transformer sans leur autorisation. C’est une perte de souveraineté considérable.

Quand la France a décidé d’intervenir au Mali, par exemple, il a fallu demander en urgence aux États-Unis la permission d’utiliser des matériels que nous leur avions pourtant achetés et payés, mais qu’on n’avait pas le droit d’employer sans leur autorisation. Les trois critères que nous fixons permettront d’éviter cette situation de vulnérabilité.

Quels ont été les obstacles à surmonter pour parvenir à ce compromis ?

Il y a eu un très grand travail de conviction à faire, pour répondre à deux grandes inquiétudes. La première :notre industrie est-elle capable de produire pour atteindre cet objectif ? Est-ce que ce programme ne va pas se trouver privé de débouchés parce que nous ne sommes pas à l’échelle ? Ma réponse est que, sur ce sujet, si on veut, on peut. Ce qui a manqué à nos pays ces dernières décennies pour assurer plus souverainement leur défense, ce n’est pas la capacité technique, c’est la volonté politique.

Cela se lit dans cette seconde inquiétude : de nombreux pays européens, y compris la France, trouvent des garanties de sécurité importantes dans leur alliance avec les États-Unis. Quand je proposais cette ligne d’indépendance pour nos industries de défense, beaucoup ont craint que cela ne conduise à une rupture avec l’allié américain. Des Premiers ministres, des ministres de la Défense dans plusieurs pays m’ont partagé cette préoccupation. L’un d’entre eux m’a dit : « Si on dit aux Américains qu’on veut faire tout seuls, ils vont vraiment nous dire « faites tout seuls »… » Ce risque était tétanisant pour la politique européenne en matière d’industrie de défense.

Comment le dossier ukrainien s’est-il invité dans les conversations ?

Les Européens ont compris ces dernières semaines qu’ils n’avaient pas le choix. Cette dépendance n’est pas saine, et elle met en danger la souveraineté de nos pays, mais aussi potentiellement leur sécurité. Nous ne pouvons pas attendre le résultat d’une élection américaine pour savoir si nous serons toujours défendus. J’espère que les États-Unis resteront nos alliés – nous avons tellement à défendre ensemble, à commencer par le principe même de nos démocraties. Mais si nous voulons une alliance forte, il faut être des alliés forts. On ne peut plus rester dans cette situation où un pays fort assume la protection d’un continent dépendant. Il est temps de sortir de l’adolescence stratégique, et d’assumer nos responsabilités de manière adulte.

Justement, les États-Unis, qui ont longtemps combattu l’idée d’autonomie stratégique européenne, ont-ils exercé des pressions pendant les négociations ?

Oui. Mais il y a une contradiction dans le discours américain. L’administration nous dit : « Vous, Européens, avez été trop longtemps les passagers clandestins de notre effort de défense. » Et ils ont raison. Nous avons profité de la sécurité qu’ils payaient à notre place, ce qui nous a permis de financer nos modèles sociaux avec un moindre effort. Désormais, les États-Unis ont décidé que c’était « America first ». Mais puisqu’ils veulent que nous sortions de cette dépendance, ils ne peuvent pas exiger simultanément des pays européens qu’ils continuent à acheter leurs armements aux États-Unis. Ces deux injonctions sont contradictoires.

Il ne s’agit pas de couper les ponts, bien sûr. Je ne doute pas que de nombreux pays européens continueront d’acheter américain. Sur beaucoup de sujets, nous ne disposons pas des technologies ou des capacités de production en Europe. La France non plus n’est pas autosuffisante – les catapultes de notre prochain porte-avions sont américaines, parce qu’on ne fabrique pas soi-même des catapultes quand on fait un porte-avions tous les 40 ans.

Ce n’est pas un problème en soi d’avoir des échanges industriels et commerciaux avec un grand pays allié. En revanche, vivre sous l’injonction d’une dépendance structurelle, s’interdire de développer sa propre industrie de défense, c’est une faiblesse dont l’Europe doit sortir aujourd’hui.

Le programme lui-même, c’est 1,5 milliard du budget européen. Mais il y aurait 20 milliards en plus ? D’où viennent-ils ?

L’effort actuel en Europe en matière de défense est une fusée à trois étages : d’abord, l’instrument de flexibilité qui permet aux États d’aller au-delà des 3 % de déficit pour investir dans leur défense (environ 650 milliards attendus). Ensuite,l’instrument SAFE, à travers lequel la Commission emprunte 150 milliards pour les prêter aux États membres. Et enfin EDIP,qui a été programmé il y a longtemps pour fonctionner avec seulement 1,5 milliard d’euros. Or seul EDIP porte cet effet de levier décisif pour notre industrie européenne.À LIRE AUSSI Face à Trump et Poutine, l’Europe fait sa révolution militaire

Ce montant est évidemment insuffisant. Notre proposition est donc d’utiliser 20 milliards d’euros sur les 150 milliards d’euros de SAFE pour financer EDIP. La manière d’organiser concrètement ce financement doit encore être négociée avec le Conseil.

Au Conseil, il y a eu un blocage allemand sur la règle du contenu européen. Peut-on le dépasser avec le nouveau chancelier Merz qui arrive ?

Un compromis était sur le point d’être adopté,mais après que la Pologne a obtenu une dérogation pour fabriquer des obus sud-coréens sous licence, l’Allemagne a demandé au dernier moment la même dérogation, cette fois pour des missiles Patriots américains construits sur son territoire. C’est ce qui a bloqué, car il s’agit de produits très différents – les missiles comportent une dimension technologique bien plus forte, et engagent plus de souveraineté.

Ce mouvement était sans doute très lié au contexte électoral allemand, à l’approche des législatives de février. Je ne doute pas que la négociation pourra se débloquer maintenant. Puisque le Parlement a défini aujourd’hui sa position, le Conseil va sans doute avancer rapidement pour que nous puissions entrer dans les derniers ajustements du programme EDIP.

Comment avez-vous réussi à trouver un terrain d’entente avec Raphaël Glucksmann, votre co-rapporteur, sur un sujet aussi sensible que la défense ?

Nous avons eu une excellente coopération depuis qu’il a été nommé rapporteur. Nous avions bien sûr des divergences, mais nous partageons le sentiment que ce sujet engage l’avenir de la sécurité de nos pays et la protection de nos démocraties – un enjeu qui suppose de s’élever au-delà des clivages partisans.

Nous étions totalement alignés sur l’ambition de rendre l’Europe moins dépendante. Nos visions étaient plus distinctes sur les questions de gouvernance : je crois que ce sont les États membres qui doivent être les décideurs en dernier ressort, en matière d’industrie de défense, car ce sont eux qui gardent la responsabilité d’équiper leurs forces armées nationales. Raphaël Glucksmann penchait davantage pour un pouvoir accru de la Commission.

Dans la réaction européenne actuelle à l’urgence du réarmement, j’observe que ce sont les États qui restent en première ligne. Personne n’évoque aujourd’hui l’idée fantasmagorique d’une armée européenne. Ce qui se dessine correspond, je crois, à ce que l’Europe doit faire : renforcer les États membres dans leur responsabilité pour la défense du continent, avec la diversité de leurs approches stratégiques.

L’industrie française de défense est-elle la grande gagnante de ce texte ?

Mon objectif a toujours été que l’Europe soit moins dépendante. Tous nos pays ont intérêt à sortir d’une situation de vulnérabilité stratégique qui menace nos démocraties. Mais c’est un fait que l’agenda de l’EDIP correspond sans doute à ce que l’industrie française a pu porter, en suscitant parfois une forme d’incompréhension en Europe, au cours des dernières décennies.

Quand nos amis grecs ont décidé d’investir dans le Rafale, c’est parce qu’ils comprenaient qu’acheter des avions américains les aurait rendus plus vulnérables face à la Turquie, qui est la deuxième armée de l’Otan. Toute l’Europe a à gagner dans le fait que nos pays soient moins dépendants et plus souverains. Si c’est une occasion pour des entreprises françaises de tirer parti de leur investissement de long terme dans cet effort d’autonomie, je ne vais pas le regretter.

Ce qui est vrai, c’est que la France a besoin de gagner une meilleure compréhension des dynamiques européennes pour faire valoir ses intérêts. Nous nous trouvons trop souvent dans une situation d’auto-isolement par un regard très distant sur ce qui se décide à Bruxelles et à Strasbourg. Notre industrie de défense était la deuxième exportatrice au monde l’an dernier, mais elle exporte paradoxalement plus facilement dans le reste du monde qu’en Europe. Pourquoi ? Parce que nous n’écoutons pas suffisamment nos partenaires européens, leurs préoccupations, l’urgence dans laquelle ils se trouvent. Nous devons apprendre à partager notre vision dans leur propre vocabulaire. J’espère avoir montré avec ce vote sur EDIP que nous sommes capables, sans nous renier, d’emmener avec nous nos partenaires européens.

En Espagne, François-Xavier Bellamy exhorte les alliés européens de la droite française à ne pas « subir » leur avenir

Article initialement paru dans Le Figaro

À l’occasion du 29e congrès du Parti populaire européen organisé à Valence, le chef de la délégation française a annoncé, mardi soir, la volonté pour Les Républicains de revenir « plus forts que jamais » pour participer à la reconstruction de l’Europe.

«Retrouver les moyens de décider plutôt que subir notre avenir». Mardi soir, lors d’une prise de parole en plénière du 29econgrès du Parti populaire européen (PPE) organisé à Valence, en Espagne, François-Xavier Bellamy a invité les droites européennes à trouver les moyens de changer l’Europe en posant la maîtrise du destin au centre de leurs objectifs. De la crise migratoire aux enjeux industriels, le député européen, président de la délégation française et vice-président du groupe PPE, a vanté la construction de solutions européennes. «Pour ceux qui créent aujourd’hui en Europe, le premier problème n’est plus de faire face à la concurrence, le premier problème est d’affronter une réglementation trop souvent inadaptée». Se plaçant du côté des agriculteurs et des pêcheurs, l’eurodéputé a défendu ceux qui «assurent la sécurité des pays européens pour les biens les plus essentiels». Rebondissant sur le chaos électrique vécu la veille par l’Espagne et le Portugal, François-Xavier Bellamy a rappelé les enjeux de l’énergie et le devoir pour l’Union européenne de «reconstruire les filières les plus importantes».

Démocratie et civilisation

Associant la reprise du destin européen à la notion de démocratie, l’élu français a insisté sur les fondamentaux de l’Union. «L’Europe, chers amis, n’est pas une organisation internationale parmi d’autres, l’Europe n’est pas seulement un grand marché parmi d’autres. L’Europe, c’est un héritage de civilisation. L’Europe, c’est cette aspiration à la liberté, c’est cette volonté de transmettre ce que nous avons reçu d’une histoire vieille de plus de 2500 ans et qui se joue aujourd’hui dans les décisions que nous prendrons ».

Pour atteindre ces objectifs, le député a estimé que le premier groupe du parlement européen avait désormais «les moyens d’agir comme jamais auparavant», en saluant le «succès magnifique» de l’Allemand Friedrich Merz, qui montait à la tribune sous les applaudissements, quelques minutes après lui. Bellamy a émis le souhait de voir la droite française construire le même succès «dans les années qui viennent», estimant que personne d’autre que les élus réunis à Valencia mardi soir n’avaient les moyens d’agir sur le destin de l’Europe.

Se faisant le porte-voix de cette droite, l’eurodéputé a voulu partager «une bonne nouvelle» avec son auditoire en annonçant que «France» et les «Républicains» étaient prêts à prendre la responsabilité de cette reprise en mains du destin européen. «Avec notre délégation française, chère Roberta Metsola, tu sais que tu peux compter sur nous au Parlement européen», a-t-il encore insisté, en considérant que la droite en France avait retrouvé «l’attention, l’esprit et le cœur des Français», en revenant aux responsabilités. François-Xavier Bellamy a provoqué des applaudissements en saluant l’ex-premier ministre Michel Barnier, présent dans la salle. «Nous sommes prêts à revenir plus forts que jamais pour apporter notre élan, notre engagement, notre énergie, notre détermination au travail de nos formations politiques en Europe, du PPE tout entier, à l’avenir de la France et de l’Europe qui, plus que jamais aujourd’hui, sont liées », a conclu le chef d’orchestre de la délégation française, sous les encouragements.

À Washington, François-Xavier Bellamy prend la mesure du rapport de force avec les trumpistes

Article initialement paru dans Le Figaro

DÉCRYPTAGE – L’eurodéputé LR s’est rendu dans la capitale américaine aux côtés d’autres élus du Parti populaire européen (PPE). L’occasion de constater le grand écart avec ses homologues, et le « défi » qui attend l’Union européenne.

Depuis le Vieux Continent, ils sont six à avoir fait le voyage jusqu’à Washington. Une délégation de députés membres du Parti populaire européen (PPE), première force politique au Parlement européen, menée par François-Xavier Bellamy. En début de semaine, ils devaient rencontrer des élus républicains au Capitole. Rendez-vous annulé le jour même. Un peu abasourdi, le vice-président du PPE souffle : « À l’évidence, personne ne veut être pris en photo avec des Européens en ce moment… » La nouvelle Administration de Donald Trump, elle, reste inaccessible.

Et voilà une petite onde de choc qui percute le groupe d’eurodéputés. C’est une chose de lire ci et là combien l’Union européenne laisse (au mieux) indifférente le président des États-Unis. C’en est une autre de le vivre plus frontalement en foulant un sol américain fort secoué, brièvement visité cette semaine par Emmanuel Macron. Le premier des dirigeants européens à être reçu à la Maison-Blanche. « On ne saura si l’exercice a été réussi qu’en observant les conséquences, commente Bellamy. Même si les divergences se sont fait sentir. »

Quand le président de la République française martèle la nécessité de garantir la sécurité de l’Ukraine, Donald Trump, quelques jours plus tard, qualifie Volodymyr Zelensky de « dictateur »« Nous entrons dans un nouveau monde, avec de nouveaux rapports de force », constate Bellamy. Il avait pourtant été prévenu. « Vous allez voir : ça va être rude », glissait ce diplomate à l’eurodéputé LR avant son départ. Et pourtant, Bellamy l’admet : « Je ne m’attendais pas à cette ambiance. Pas à ce point. Je ne m’attendais pas au sentiment, largement partagé ici, d’un changement spectaculaire de l’ordre du monde. »

«Langage du deal»

Think-tanks, professeurs d’université, directeurs d’institut, ambassadeurs… La délégation du PPE a passé la semaine à rencontrer une partie de l’intelligentsia américaine. Ceux qui, de près ou de loin, tentent d’approcher, tout du moins d’étudier, la nouvelle Administration Trump, qu’ils décrivent comme étant particulièrement hostile à Bruxelles.

À l’un de ces interlocuteurs, François-Xavier Bellamy lâche : « Il est clair que, désormais, l’Europe est perçue comme un adversaire et non plus un allié. Le message est globalement répandu à Washington. Mais nous avons le devoir de maintenir le lien entre nos pays, parce que nous serons confrontés aux mêmes adversaires : il y a face à nous des compétiteurs globaux, des puissances qui veulent démontrer que la démocratie est faillie et que l’autoritarisme est l’avenir. »

Et cette réponse cinglante d’un membre de l’Atlantic Council, think-tank américain spécialisé dans les affaires internationales : « Je vois comment vous parlez depuis Bruxelles. Vous pensez que vous pouvez expliquer combien la relation entre l’UE et les États-Unis est importante et que tout le monde va vous suivre. Mais ce n’est pas le cas. Donald Trump, c’est le langage du deal. Il a une vision transactionnelle des choses. La seule question que vous avez à vous poser est la suivante : comment l’UE peut lui être utile ? »

Le principal intéressé a visiblement sa propre idée. « Soyons honnêtes : l’UE a été conçue pour embobiner les États-Unis. Et jusqu’à présent, ils ont fait du bon boulot. Mais maintenant, c’est moi le président », a récemment déclaré Donald Trump. Traduction par les actes : le président des États-Unis a annoncé taxer « prochainement » les produits européens à 25 %. « Je suis bien curieux de savoir comment Sarah Knafo peut défendre Trump devant les viticulteurs au Salon de l’agriculture », commente François-Xavier Bellamy.

«Crise d’identité»

Le vice-président du PPE suit avec attention la manière dont l’eurodéputée issue du parti d’Éric Zemmour (Reconquête) donne à son courant nationaliste une couleur trumpiste. « Je comprends que cela puisse attirer des électeurs qui n’en peuvent plus du wokisme, avance Bellamy. Mais on ne combat pas une idéologie par une autre idéologie, faite de relativisme et de post-vérité. »

Et tandis que Sarah Knafo multiplie les allers-retours aux États-Unis pour cultiver son réseau au sein du cercle du président des États-Unis, Bellamy, lui, fustige : « Des élus viennent à Washington en espérant capitaliser sur la visibilité de l’environnement trumpiste. Je ne suis pas venu faire des selfies avec les nouvelles stars. Mon travail, c’est de défendre les intérêts des Français, et cela va supposer un dialogue serré et exigeant avec la nouvelle Administration, pour protéger nos agriculteurs, nos entreprises. Comme rapporteur sur notre programme d’industrie de défense, je sais combien il va falloir combattre pour notre souveraineté industrielle, quand Washington veut imposer sa dépendance à l’Europe. J’ai mené toute ma campagne européenne pour affirmer que nos pays doivent retrouver la maîtrise de leur destin. Je ne vais pas maintenant céder à la naïveté à cause d’un effet de mode. »

Ni « indigné », ni « fasciné » par le président des États-Unis, le vice-président Les Républicains y voit plutôt un « défi » pour l’UE. « L’occasion d’un réveil stratégique, détaille-t-il. Ce qui se passe aux États-Unis est un miroir qui réfléchit nos propres faiblesses. Les Européens pensaient qu’ils pouvaient dormir tranquilles parce que l’ordre global du monde était assuré par leur allié américain : c’est terminé. C’est une crise d’identité pour l’Europe, qui est à un carrefour existentiel : le monde n’est plus multilatéral. Les pays européens vont devoir reconstruire leur défense, leur politique commerciale, leurs priorités stratégiques. Et surtout redéfinir leur place et leur responsabilité dans le monde. »

Cet ancien conseiller de Trump rencontré à Washington soufflait d’ailleurs à Bellamy : « L’histoire des États-Unis, c’est une histoire de deals. Vous devez l’accepter. Trump va dealer avec Poutine, comme demain avec la Chine. » Charge aux Européens de reprendre leur destin en main.

«Petite traversée du désert»

Les professeurs de la prestigieuse Académie navale d’Annapolis ont une manière bien à eux de faire passer ce message. Aux eurodéputés visitant la prestigieuse institution, l’un d’entre eux glisse : « Ici, nous faisons faire à nos étudiants des “wargames”. » Des jeux de guerres qui s’étalent sur des semaines, façon Risk, où chacune des forces avance ses pions sur des cartes – souvent autour de la mer de Chine. « Vous devriez faire pareil, vous les Européens, sourit un professeur. Vous verrez, c’est très instructif. »

Voilà donc Bellamy au « pays de Trump », bien loin, naturellement, des préoccupations nationales. Et encore plus des batailles partidaires. Depuis les européennes, la route pour LR a été longue, semée d’embûches. Bellamy, lui, a voulu se concentrer sur son mandat. Un peu trop, au goût de certains chez LR. « Il fait du super boulot, ce n’est pas la question, estime-t-on au sommet du parti. Le problème, c’est que Bruxelles, ça isole. » Certains vont jusqu’à qualifier sa récente trajectoire politique de « petite traversée du désert ».

Un passage à vide qui, à en croire certaines sources, aurait commencé lors de la dernière « crise » des Républicains, quand Éric Ciotti annonçait son alliance avec Marine Le Pen lors des législatives anticipées. « Bellamy était particulièrement discret, voire ambigu », grince-t-on en évoquant les bruits d’une participation de l’eurodéputé à un gouvernement RN, l’été dernier. Une « rumeur » qui avait été immédiatement démentie par l’intéressé, dénonçant une « instrumentalisation » du Rassemblement national.

Se «remettre en question»

« J’ai été très clair à l’époque et je garde la même ligne : Éric Ciotti a parlé d’union des droites. Mais la réalité, c’est que Marine Le Pen n’en a jamais voulu. Comme le “en même temps” macroniste, elle refuse elle aussi d’assumer ce clivage. J’ai toujours pensé que reconstruire une droite cohérente, claire et courageuse était la seule voie pour pouvoir relever le pays. J’ai fait campagne avec Éric pendant des mois. Cela crée des liens bien sûr. Mais j’ai regretté le choix qu’il a fait, et je continuerai de maintenir la ligne que je défendais aux européennes. Partout, dans les pays qui nous entourent, ce sont nos alliés de droite qui gagnent aujourd’hui, après s’être reconstruits ; il n’y a aucune raison que ce ne soit pas le cas en France demain. »

Chez LR, l’on réplique : « S’il avait condamné Ciotti plus fermement, ces rumeurs n’auraient jamais existé. » Mais aujourd’hui, Bellamy l’assure : « Je ne crois pas aux brevets de républicanisme. Ce n’est pas avec des leçons de morale que nous retrouverons la confiance des électeurs. C’est à nous de nous remettre en question. »

Qu’à cela ne tienne, le calme estival a fini par gagner les rangs du parti. Avant un automne qui a bouleversé la place de la droite dans le paysage politique, tandis que Michel Barnier accédait à Matignon. Mais parmi les dix ministères concédés à des LR, aucun ne revient à Bellamy. Ni dans ce gouvernement, ni dans le suivant. De plus en plus, l’on rapporte chez LR la déception de l’eurodéputé, qui comptait sur Bruno Retailleau pour « pousser » son profil.

Lors du dernier remaniement, l’eurodéputé espérait encore jouer un rôle. « Mais où était-il, à ce moment-là ? L’a-t-on entendu ? », réplique un élu, proche du ministre de l’Intérieur. Un autre renchérit : « Deux choses : Retailleau et Bellamy dans un même gouvernement, ce n’est pas possible. C’est ton sur ton. Ensuite, Retailleau avait intérêt à ne pousser que pour des divisions 2. Il voulait être la seule tête de chez LR qui dépasse. »

«Jeux d’ego»

Encore aujourd’hui, Bellamy assure ne jamais avoir été « obsédé par l’idée d’être ministre ». « Je n’ai mis aucune pression pour l’être, je mesurais les contraintes. La France vaut plus que les jeux d’ego. La seule déception a été de constater qu’il ne suffit pas d’avoir tout risqué et tout donné pour tirer d’affaire ce parti aux européennes, et qu’on vous reconnaisse publiquement d’avoir permis le sursaut, pour être appelé au moment de revenir aux responsabilités. Mais ce n’est pas grave, j’apprends. » En attendant, poursuit-il, « je ne me sens pas exilé pour autant ».

« C’est vrai, je ne suis pas au cœur de l’actualité comme on peut l’être dans l’exécutif. Mais au Parlement, je mène tous les combats qui sont décisifs pour l’avenir du pays. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’un député m’appelle pour me partager une question qui touche sa circonscription et dont la solution est à Bruxelles. Le lien avec le terrain est constant. »

Et le lien avec le parti, aussi, promet-il. C’est d’autant plus le cas que l’eurodéputé a récemment déclaré son soutien à Bruno Retailleau, candidat à la présidence de LR. Le désenchantement d’hier est passé. « C’est une période encourageante pour la droite. Si Bruno peut gagner, alors on y va ! », assume Bellamy, qui fut l’un des premiers à encourager le Vendéen, dont il est un proche historique. Le 23 décembre dernier, alors que Bruno Retailleau venait d’être reconduit à l’Intérieur, l’eurodéputé lui glissait : « La prochaine étape, c’est le parti. »

« Ce qui serait impossible, intenable, indéfendable, ce serait de tenter une alliance avec la gauche » – Grand entretien dans Ouest-France

Article initialement paru dans Ouest-France.

Crédit photo Nicolas Marques – Ouest-France

Que vous inspire la chute du gouvernement Barnier ? Vous y attendiez-vous ? 

Je suis à la fois en colère et inquiet, comme beaucoup de Français. En colère devant des élus qui ont choisi d’accélérer le chaos. On a l’impression que ça les arrange de créer des problèmes supplémentaires. Veulent-ils sortir le pays de l’ornière ou l’enfoncer plus encore ? J’aimerais bien qu’on nous explique sérieusement comment faire tomber Michel Barnier pourrait améliorer la situation du pays. Au milieu des difficultés actuelles, je ne vois vraiment pas ; et j’observe que ceux qui ont voté cette censure n’ont aucune alternative crédible à proposer. 

 

Les Républicains, dont Laurent Wauquiez, ont-ils pleinement soutenu Michel Barnier ? Eux aussi, ont posé des « lignes rouges » contre son budget, au cours des débats… 

Les parlementaires LR ont contribué à rééquilibrer ce budget. Michel Barnier n’a eu que 15 jours pour la préparer, et il assumait lui-même qu’il fallait l’améliorer. Nous avons donc amendé ce budget pour baisser la pression fiscale, pour soutenir les agriculteurs, pour donner plus de moyens aux forces de l’ordre. Nous avons soutenu le travail du gouvernement sans abandonner nos convictions.

 

En donnant parfois l’impression qu’il n’y avait aucune unité dans le « socle commun »… 

C’est vrai, nous sommes des opposants au macronisme ; nous n’avons pas les mêmes priorités que ceux qui l’ont soutenu pendant des années. Nous ne nous sommes jamais reniés. Mais dans cette situation si difficile, nous étions prêts à travailler pour qu’un gouvernement puisse agir pour le pays. Sur la sécurité et l’immigration, sur l’agriculture, sur la santé, il y a tant d’urgences, et l’action avançait déjà, grâce à cet effort. Nous aurions pu jouer la division nous aussi, entretenir les jeux policitiens, et laisser nos institutions dans le chaos… Nous avons refusé cette irresponsabilité.

 

De quel côté est-elle, selon vous ? 

Du côté de la gauche et de Marine Le Pen. Ces élus voulaient en réalité censurer le gouvernement quoiqu’il arrive : personne n’y pouvait plus rien.

 

Vous pensez qu’elle avait prévu de voter la censure avant même de présenter ses exigences ? 

C’est très clair. Michel Barnier a entendu toutes les demandes d’ajustement qu’elle formulait. Sans effet.

 

Toutes ses demandes, sauf l’indexation de l’ensemble des retraites sur l’inflation au 1er janvier ? 

Six mois de décalage de l’indexation, ce serait donc la seule raison pour plonger le pays dans un chaos qui va coûter très cher à tous les Français ? Avec LR, nous avons été les premiers à dire que les retraités qui ont travaillé toute leur vie ne pouvaient pas être la variable d’ajustement des économies dont l’État a besoin, et c’est nous qui avons obtenu de préserver le montant des retraites. Mais en prétextant une exigence sur l’indexation à la dernière minute pour justifier ce grand saut dans l’inconnu, Marine Le Pen met bien plus en danger les retraités de ce pays.

 

Les partisans de la censure affirment qu’il n’y aura pas d’impact. Emmanuel Macron s’est montré plutôt rassurant sur ce point dans son allocution de jeudi. Qui a raison ? 

Est-ce que ces élus écoutent encore leurs électeurs ? Les Français qui ont voté RN pensaient-ils que leurs voix serviraient Jean-Luc Mélenchon ? Quand LFI s’enthousiasme que Bruno Retailleau ne soit plus ministre de l’Intérieur, sont-ils heureux que leurs députés y aient participé ? Ceux qui ont voté la censure entendent-ils les artisans, dont les carnets de commandes sont gelés ? Écoutent-ils les commerçants ? Les entrepreneurs ? Qui va oser investir aujourd’hui dans une France à ce point instable et incertaine ? Nos agriculteurs attendaient que deux textes essentiels pour améliorer leur situation soient votés par le Parlement. Ils étaient programmés dans quelques jours : tout cela tombe à l’eau. Les retraites agricoles devaient être augmentées jusqu’à 30 % : annulé. Ceux qui ont voté la censure doivent répondre de ces conséquences. Cela touche la vie des gens. La politique n’est pas un jeu.

 

On parle de Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin ou Bruno Retailleau comme de possibles successeurs de Michel Barnier à Matignon. Une nouvelle alliance entre centre et droite a pourtant toutes les chances de se refaire censurer ? 

Pour moi, ce qui serait impossible, intenable, indéfendable, ce serait de tenter une alliance avec la gauche. Le programme du NFP ferait s’effondrer le pays. Et mettrait en danger nos principes fondamentaux : rappelons que la France insoumise a organisé récemment un événement à l’Assemblée nationale avec l’un des financiers du Hamas… Contrairement à madame le Pen, moi, je sais avec qui je ne m’allierai jamais.

 

Que pensent nos voisins européens de la crise que nous traversons ? 

Le hasard a fait que nous accueillions nos collègues allemands (les députés européens de la CDU et de la CSU) mercredi soir, à l’Assemblée nationale. Ils ont assisté en direct à la censure. Ce basculement est une source de grande inquiétude pour eux. 

 

L’Allemagne traverse elle aussi une grande crise politique ? 

Oui, l’Europe donne des signes d’instabilité partout. Mais il y a une grande différence entre les Allemands et nous : leur dette publique est très maîtrisée, la nôtre est en plein dérapage. Cela rend notre pays bien plus vulnérable. 

 

Des personnalités, de gauche comme de droite, espèrent la démission du Président, même s’il a dit qu’il irait au bout de son mandat, en 2027. Et vous ? 

Je suis un opposant résolu d’Emmanuel Macron depuis le premier jour. J’ai toujours pensé que le « en même temps » était une confusion dangereuse, et son irresponsabilité budgétaire une menace pour le pays. Mais être un opposant ne veut pas dire être un pyromane. Je ne crois pas qu’on ait quoi que ce soit à gagner à mettre sous pression la stabilité de nos institutions, une des dernières choses qui tienne encore en France. Le temps de l’alternance viendra, c’est à cela que nous devons travailler.

 

Emmanuel Macron a évoqué la restauration de Notre-Dame dans son allocution de jeudi. Il a eu raison ? Un peu de fierté nationale, en ces temps troublés, peut faire du bien ? 

L’incendie de Notre-Dame a marqué tous les Français, parce que cette cathédrale dit l’âme de notre pays. Il est bouleversant de voir que le courage des sapeurs pompiers, la générosité de dizaines de milliers de dons, et le savoir faire incroyable de nos artisans, ont permis de sauver ces pierres et le sens qu’elles portent avec elles. C’est un message pour l’avenir de notre pays traversé par tant d’épreuves et de tensions : comme le disait Péguy, “tout ce qui élève unit.”

 

La Commission européenne avait validé la trajectoire de redressement de nos comptes publics, la semaine dernière. Le rejet de notre budget annule cette décision d’office ? 

La Commission réexaminera le prochain budget. Nous sommes dans la zone euro et nos choix ont des conséquences aussi pour nos voisins. Tous sont en train de se désendetter. Le Portugal fait des excédents budgétaires, la Grèce est à 1 % de déficit par rapport à son PIB et l’Espagne fait mieux que ses propres prévisions… Nous sommes les seuls à nous enliser. Mais ce n’est pas pour Bruxelles que nous devons impérativement redresser nos comptes : c’est d’abord pour nos enfants et nos petits-enfants. 

 

La France va devenir le nouvel « homme malade de l’Europe » ? 

Elle l’est déjà. Tous les indicateurs le montrent. L’Etat aura besoin d’emprunter 300 milliards l’an prochain, un record, non pas pour investir ou préparer l’avenir, juste pour pouvoir fonctionner au quotidien. Payer les retraites, les fonctionnaires, les intérêts de sa dette. C’est une dépendance dangereuse pour le pays. Je ne cherche pas à agiter des peurs artificielles, je rappelle simplement la réalité de notre situation. Si l’emprunt n’était plus accessible, nos organismes sociaux seraient en faillite en moins d’un mois. Michel Barnier l’a bien dit mercredi : la censure ne fait pas disparaître la dette. En 2017, la droite a fait campagne pour dire que l’État était en faillite et qu’il fallait redresser les comptes publics. Emmanuel Macron a été élu et a fait le choix de s’enfoncer encore plus dans l’irréalité, en prolongeant notamment le « quoi qu’il en coûte » bien au-delà du Covid. Les 1 000 milliards de dettes qu’il a créées vont peser très lourd sur les années à venir.

 

Ce vendredi, Ursula von der Leyen a annoncé qu’un accord avait été conclu avec le Mercosur, malgré l’opposition de la France. Notre voix ne compte plus ? 

Qu’est-ce qui fait qu’elle a pu signer tranquillement, à votre avis ? Nous n’avons plus de gouvernement pour nous y opposer ! Elle n’aurait pas pu conclure face à une France capable de défendre solidement ses positions. Michel Barnier devait se rendre jeudi dernier en Italie, pays qui, en s’opposant formellement au Mercosur avec la France et la Pologne, pouvait nous permettre de constituer une minorité de blocage au Conseil de l’Union européenne. Il est tombé le mercredi. Sans Premier ministre, plus de négociations pour faire alliance. Les partisans du Mercosur peuvent remercier Madame Le Pen ! 

 

Le Parlement européen pourrait s’opposer à la ratification du traité ? 

Oui, et nous y travaillons d’arrache pied. Avec Céline Imart, nous avons déjà démarché les députés des pays qui partagent nos inquiétudes. Réunir une majorité sera difficile, mais c’est possible, et nous devons ce combat à nos agriculteurs, qui font vivre notre pays.

À propos du nouveau collège des commissaires européens

Ce mercredi 27 novembre était soumise au vote du Parlement européen la liste des membres composant le “collège” des commissaires européens. Il s’agit de la deuxième étape, après celle de la nomination d’Ursula von der Leyen comme présidente de la Commission, nomination que les députés LR n’avaient pas soutenue, comme ils s’y étaient engagés, lorsqu’elle a eu lieu, en juillet dernier.

Ce collège des commissaires est composé des personnalités désignées par les Etats membres de l’UE (un candidat par pays) aux fonctions de commissaire. Chaque commissaire désigné reflète donc la couleur politique de son gouvernement.

Notre opposition à la nomination de Teresa Ribera

Au Parlement européen, lors des auditions des candidats désignés par leur pays, le groupe PPE dont font partie les députés LR s’est fermement opposé à la nomination de Teresa Ribera, désignée par le gouvernement socialiste espagnol.

Les députés LR ont dénoncé le choix du gouvernement espagnol comme une honte et François-Xavier Bellamy l’a fait savoir pendant les auditions pour trois raisons principales :

  • d’une part, à cause de l’agenda politique de gauche radicale qu’elle défend (multiplication des contraintes environnementales pesant sur les producteurs et agriculteurs, opposition à l’énergie nucléaire, etc.) ;
  • d’autre part, à cause des violations de l’état de droit par le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez auquel dans lequel elle était une membre particulièrement éminente ;
  • enfin, à cause de son refus total d’être tenue comptable des conséquences dramatiques des inondations en Espagne alors même que ses fonctions de ministre incluaient la gestion de celles-ci.

Devant le maintien de la désignation de Teresa Ribera par son gouvernement, le PPE a obtenu qu’elle devrait démissionner immédiatement si elle devait finalement être mise en examen dans le cadre des accusations de corruption et de violations de l’état de droit en Espagne.

Pour combattre les mesures idéologiques portées par Teresa Ribera, la délégation LR présidée par François-Xavier Bellamy, avec tous les autres députés du PPE, pèsera de tout son poids et votera sur les textes à venir avec des principes clairs : la réduction du nombre de contraintes inutiles ou contre-productives, la simplification des procédures, le retour de la confiance et le refus des dépenses publiques inefficaces. Les députés du PPE continueront de défendre la remise en cause des textes du Green Deal, et la mise en œuvre de politiques qui intègrent enfin de manière rationnelle l’énergie nucléaire, élément absolument stratégique de notre avenir.

L’extrême-gauche, les verts et la gauche française opposés aux commissaires de droite

Un bras de fer a opposé la droite et la gauche de l’hémicycle durant le vote de ce mercredi portant sur l’ensemble des commissaires désignés par leurs pays. Ce nouveau collège comporte 16 commissaires de droite sur 27 au total. L’extrême-gauche avec des députés verts et socialistes ont voté contre et des députés du groupe des élus macronistes ont également refusé de soutenir, en particulier parce qu’ils s’opposaient à plusieurs candidats désignés par la droite.

Les députés du PPE ont pour leur part décidé de donner sa chance à ce nouveau collège, non sans réserve mais afin de permettre qu’une politique ferme, notamment sur les plans économique et migratoire, puisse être mise en œuvre, malgré la nomination par d’autres Etats membres de commissaires socialistes ou issus du centre-gauche.

Les députés LR sont au travail depuis cet été, et agissent au cœur de la force politique européenne qui, du Conseil à la Commission en passant par le Parlement, a désormais les plus importants leviers pour agir, et pour obtenir enfin le changement de cap dont l’Europe a besoin en partant de ce que la droite défend. La responsabilité est immense et tous ont conscience de l’exigence que cela suppose. Comptez sur eux pour maintenir un niveau d’engagement quotidien à la mesure de cette responsabilité, afin de faire entendre votre voix et les priorités portées pendant toute la campagne.

 

 

La COP29 à Bakou est un scandale absolu

Photo de François-Xavier Bellamy à la tribune du Parlement européen

Entretien paru dans Le Point, propos recueillis par Emmanuel Berretta. Photo : Alexis Haulot © Union européenne | Source : EP

Le Point : Que pensez-vous de l’organisation de la COP29 à Bakou, en Azerbaïdjan ?

C’est un scandale absolu. La France a fait le bon choix en n’envoyant qu’une délégation purement technique à Bakou. Mais le seul fait que cette conférence pour le climat soit organisée là-bas est déjà en soi une faute grave. Comment le commissaire européen socialiste Nicolas Schmit peut-il dire que cette COP à Bakou est « une opportunité pour parler de démocratie », quand elle revient à cautionner un régime qui assassine ses opposants jusque dans nos pays ?

En effet, l’Azerbaïdjan vient de nouveau de faire parler de lui, ici, après l’ assassinat d’ un opposant à Mulhouse…

J’ai accueilli son frère au Parlement européen au lendemain de l’enterrement. Vidadi Isgandarli était un ancien procureur de 62 ans, réfugié politique en France. Il a été assassiné le 1 er octobre chez lui, à Mulhouse. Ilham Aliev règle ses comptes sur notre sol, sans même s’en cacher. Cet assassinat en est l’illustration : le commando qui est venu tuer cet opposant n’a rien volé. C’est clairement signé. C’est un message envoyé à tous les opposants : même en exil, où que vous soyez, on vous retrouvera. Mahammad Mirzali, qui est devenu un ami, a été victime de plusieurs tentatives d’assassinat sur le sol français.

Vous évoquez aussi d’autres types de menaces sur le territoire français…

Il s’agit aussi de notre propre sécurité, et de la souveraineté de la France. Il est parfaitement établi que l’Azerbaïdjan a été directement impliqué dans les violences meurtrières qui ont touché la Nouvelle-Calédonie. Des moyens ont été déployés pour organiser la désinformation sur les réseaux sociaux, stimuler les destructions, et des contacts ont même eu lieu pour livrer des armes sur place. Les émeutiers affichaient le drapeau azerbaïdjanais avec leurs propres banderoles… Par volonté d’affaiblir la France, le régime d’Aliev a signé des accords avec les dirigeants indépendantistes kanaks. C’est une opération de déstabilisation à grande échelle contre la France. Elle est d’autant plus révoltante que l’Azerbaïdjan a revendiqué son « intégrité territoriale » pour organiser une véritable épuration ethnique contre les Arméniens du Haut-Karabakh.

Il s’agit aussi de notre propre sécurité, et de la souveraineté de la France.

L’Europe prend-elle suffisamment la mesure de ces agissements ?

Non. Nous avons voté un projet de résolution très radicale au Parlement européen le 24 octobre, mais pour l’instant la Commission et les États membres n’agissent pas. Nous exigeons la suspension de l’accord gazier avec l’Azerbaïdjan et des sanctions contre le régime d’Aliev. L’Europe peut le faire reculer, à condition d’être déterminée. Il faut agir maintenant, en particulier pour soutenir l’Arménie, qui est désormais directement menacée. Ce n’est pas seulement une exigence de solidarité, c’est aussi un enjeu de sécurité pour l’Europe qui doit la conduire à tout mettre en oeuvre pour empêcher Aliev de lancer une nouvelle guerre, et pour obtenir le retour des réfugiés du Haut-Karabakh ; nous n’avons pas le droit de les oublier.

Ce n’est pas seulement une exigence de solidarité, c’est aussi un enjeu de sécurité pour l’Europe.

Le gaz azerbaïdjanais ne rend-il pas l’Europe trop conciliante ?

Sans doute. Pourtant Bakou dépend bien plus de son commerce avec l’Europe que nos pays ne dépendent de lui. Le gaz qu’il nous vend est largement russe : nous payons donc le prix fort pour contourner nos propres sanctions… Et c’est ce pays qui deviendrait, le temps d’une COP, capitale de la transition écologique ? C’est pour protéger nos démocraties de ces dépendances dangereuses, en même temps que préserver le climat et faire baisser nos factures d’énergie, que j’ai tant combattu au Parlement européen en faveur de notre filière nucléaire, qui garantit notre souveraineté. Importer notre énergie nous rend vulnérables.

Tous les pays ne sont pas intéressés par le gaz de Bakou, alors comment expliquez-vous cette passivité européenne ?

Nos adversaires jouent sur nos divisions. Pourquoi M. Mariani, député du Rassemblement national au Parlement européen, a-t-il été l’un des seuls à Strasbourg à refuser de voter la résolution d’octobre contre le régime d’Aliev, avant de se rendre à Bakou pour la COP29 ? C’est bien la souveraineté de la France qu’il s’agit de défendre aujourd’hui dans ce combat.

La création d’une dette commune européenne était une fuite en avant inutile et dangereuse

Entretien initialement paru dans Valeurs actuelles, propos recueillis par Marie de Greef. Crédit photo : Groupe PPE

Le déficit français va atteindre 6,1% fin 2024 (contre 4,5% anticipé par le précédent gouvernement). La Commission européenne a-t-elle trop longtemps fermé les yeux sur ce mal français ?

Le vrai électrochoc, c’est d’abord le dérapage, le décalage répété entre les prévisions budgétaires du gouvernement et la réalité. Deux fois de suite, la France a annoncé que son déficit serait bien supérieur à la prévision initiale. L’histoire nous apprendra un jour pourquoi. Il serait parfaitement malhonnête d’accuser la Commission européenne sur ce point : ce sont les dirigeants français qui sont responsables de cette faillite budgétaire.

Pendant la crise du Covid, tous les États se sont endettés. Il avait été convenu en urgence que les règles ordinaires de maîtrise des déficits seraient temporairement suspendues pour permettre aux États membres de réagir à l’immense crise économique provoquée par les mesures sanitaires. Mais une fois la pandémie derrière nous, nos voisins ont baissé leur dépense publique, pendant que la France continuait de s’endetter, complètement à contre-cycle. Le rétablissement des règles budgétaires normales devait conduire mécaniquement à placer le pays en procédure de déficit excessif.

Diriez-vous que la France a perdu tout ou partie de sa crédibilité à Bruxelles ?

Elle a perdu beaucoup de sa crédibilité, depuis des années. Non seulement à cause de son déficit budgétaire mais aussi, et ce n’est pas assez évoqué, à cause de son déficit commercial, qui me paraît être le symptôme le plus préoccupant de notre fragilité économique. N’oublions pas que les pays européens affichent en moyenne un excédent commercial : ils exportent plus qu’ils n’importent. Pendant ce temps, la France accumule les déficits budgétaires et des déficits commerciaux records : concrètement, cela veut dire que nous ne produisons plus, et que nous finançons notre consommation de produits importés avec de la dette publique. Comment notre État peut-il prétendre ensuite être crédible auprès de ses partenaires européens ?

Si elle veut retrouver sa compétitivité, la France doit baisser le coût du travail, simplifier le code du travail, abroger les 35 heures, diminuer massivement les contraintes sur les activités de production, de l’industrie à l’agriculture… Elle doit redevenir un pays qui valorise le travail au lieu d’entretenir un modèle social fondé sur le déni de réalité.

Selon l’iFrap, la dette européenne va atteindre 1 300 milliards d’euros. Ursula von der Leyen n’est-elle pas en train de faire à Bruxelles ce qu’Emmanuel Macron et Bruno Le Maire ont fait à la France ?

C’est une réalité : l’Union européenne s’est lancée dans une fuite en avant, avec une dette qui ne cesse d’augmenter. La première étape a été le grand emprunt souscrit au moment du plan de relance post-covid. J’ai voté contre ce projet, comme toute ma délégation. Je n’ai cessé d’affirmer que cette dette commune était inutile : puisqu’aucun État membre de l’Union européenne n’a eu de difficultés d’accès au crédit pendant cette période, il n’y avait aucune raison de créer une dette à l’échelle européenne pour les soutenir. Et elle était surtout dangereuse : personne ne sait aujourd’hui comment s’effectuera le remboursement.

La Cour des comptes européenne a confirmé notre analyse, en montrant que beaucoup de ces fonds n’avaient en réalité jamais été engagés.

La Cour des comptes européenne a confirmé notre analyse, en montrant que beaucoup de ces fonds n’avaient en réalité jamais été engagés. Mais même s’il était superflu, cet emprunt va désormais coûter très cher. Il y a eu une forme de lâcheté collective de la part des États-membres ; ils se sont mis d’accord sur un plan de 750 milliards d’euros tombé du ciel, sans décider dès le départ des modalités de son remboursement. Il va maintenant falloir trancher la question pour le prochain budget. Il y a trois mauvaises solutions : demander aux États-membres d’augmenter leur contribution au budget de l’Union – et on imagine ce que cela veut dire pour un pays comme la France qui est en train de se battre avec sa propre dette ; ou bien sabrer de manière très violente dans les politiques structurelles – par exemple diminuer massivement le budget de la politique agricole, en pleine crise majeure pour nos paysans… La dernière option serait d’emprunter à nouveau, ce qui signifierait de poursuivre cette fuite en avant.

Maintenant, ce devrait être le moment de sortir notre pays de ce cercle infernal, pas d’y plonger l’Europe tout entière.

Que pensez-vous du rapport de Mario Draghi, ancien président de la BCE, qui propose d’émettre des Eurobonds pour financer les investissement futurs de l’Union par des capitaux privés ?

Les 400 pages de ce rapport ne se limitent pas à cette proposition, loin de là. Mario Draghi veut favoriser l’union des marchés de capitaux. Je pense aussi que le déclin de la finance européenne par rapport à la finance américaine est un sujet très préoccupant pour le financement de notre économie. Mais je ne crois pas du tout que ce soit en créant de la dette que l’on parviendra à affronter ce problème. S’il suffisait de créer de la dette publique pour permettre la puissance et la prospérité, la France serait le pays le plus riche et puissant d’Europe ; elle est en réalité le plus vulnérable, et ses citoyens paient le record d’impôts et de taxes de l’OCDE. Maintenant, ce devrait être le moment de sortir notre pays de ce cercle infernal, pas d’y plonger l’Europe tout entière.

Une majorité pour rompre avec cette fuite en avant migratoire

Entretien paru dans Le Figaro le 17 octobre 2024, propos recueillis par Emmanuel Galiero.

LE FIGARO .- Comment observez-vous les premières semaines de Bruno Retailleau au ministère de l’Intérieur face à la question migratoire ?

François-Xavier BELLAMY .- Le défi est existentiel, pour notre pays comme pour l’Europe. Car c’est par l’Europe qu’une grande partie de la solution passera. Nous en avons parlé avec Bruno Retailleau après son passage à Luxembourg pour la réunion des ministres de l’intérieur européens. Si nos États ne retrouvent pas la maîtrise de l’immigration, leur impuissance condamnera nos démocraties. La bonne nouvelle, c’est qu’avec la victoire du PPE en Europe, nous avons enfin une majorité pour rompre avec cette fuite en avant.

Manfred Weber, président du PPE, se réjouit de pouvoir compter sur Michel Barnier, premier ministre français. Quel est le message de sa visite à Paris durant laquelle il rencontré plusieurs figures de la droite ?

Son message est simple : la droite a gagné les leviers pour agir ; cela implique une immense responsabilité. Maintenant il faut un vrai changement, des solutions concrètes. Sur le sujet migratoire, nous ne réussirons que par une réponse coordonnée. Prenez le lien avec les pays de départs : certains refusent de reprendre leurs ressortissants entrés illégalement dans nos pays, alors même que nous leur délivrons chaque année des visas et des aides au développement. Quand la France suspend ses visas, les ressortissants de ces pays les obtiennent d’autres États européens pour contourner l’obstacle : l’effet dissuasif est annulé. Depuis des années, nous demandons que ce soient tous les visas européens qui soient conditionnés à une vraie coopération des pays tiers en matière migratoire. Nous pouvons y parvenir aujourd’hui. Ces réponses coordonnées pour les expulsions, comme sur la prévention des entrées illégales ou la lutte contre les passeurs, sont la condition pour reprendre le contrôle de nos frontières.

Que pensez-vous de la reprise du projet immigration par le gouvernement en France ?

C’est absolument nécessaire. Michel Barnier est premier ministre, Bruno Retailleau est ministre de l’Intérieur : cela ne peut que se traduire concrètement par un changement de politique. J’ai condamné l’incapacité du macronisme à se saisir de ces sujets, et nous l’avons vécu très concrètement avec le jeu de dupes sur cette loi immigration. Maintenant, il faut montrer que tout a changé.

Le premier ministre a parlé de rupture : c’est la condition pour mériter la confiance des Français. Avec Bruno Retailleau, nous avons combattu le « en-même-temps » macroniste ; je suis sûr qu’il saura mettre en œuvre un cap clair. Sur cette question migratoire comme sur le reste, il n’y aura pas d’action efficace sans le courage et la cohérence que les Français attendent de nous.

Le PPE met-il en place une nouvelle stratégie d’alliances au sein de l’UE sur cette question migratoire ?

Nous vivons surtout une nouvelle donne politique en Europe. Au Parlement, le PPE a grandi, et il a gagné une position incontournable, alors que la gauche a beaucoup diminué. Pendant le dernier mandat, une alliance régulière réunissait contre nous des élus allant de Renew (parti macroniste) jusqu’à l’extrême gauche, pour imposer la décroissance environnementale, l’inflation normative, l’impuissance migratoire… Désormais, cette alliance de gauche n’a plus de majorité. Dans cette position de force, nous avons une occasion inédite de permettre enfin un changement profond en Europe.

N’existe-t-il pas un risque pour le PPE de s’allier avec des partis jugés « populistes » ou « extrémistes » ?

Au Parlement, nous défendons simplement notre ligne. J’ai pris des engagements clairs pendant la campagne européenne, et avec les élus de notre délégation, nous allons désormais décliner notre projet. Nous mettrons nos propositions sur la table, et chacun assumera son vote. Ma seule obsession est d’agir et d’obtenir des résultats. Si la gauche refuse encore de voir la réalité du défi migratoire, elle continuera de se couper des classes populaires. Libre à elle de persister dans le déni ; mais personne ne pourra nous reprocher de défendre nos idées, et de tenir parole devant les Français.

Que retenez-vous de vos échanges musclés avec l’Insoumise Rima Hassan au parlement européen ?

Malgré les menaces dont j’ai fait l’objet, je ne lâcherai rien. Je crois toujours à la possibilité de concilier la fermeté et le respect. Les élus de la France Insoumise ont choisi la stratégie du chaos ; mais ils ne doivent pas nous faire dévier de notre ligne. J’observe que leur complaisance avec l’islamisme et l’antisémitisme provoque un vrai malaise chez leurs propres alliés européens.

C’est plus que jamais sur nous, au sein du PPE, que repose l’influence française en Europe. […] Même en étant moins nombreux que par le passé, nous avons, en travaillant sans relâche, une place centrale au sein de la première force politique du continent, pour gagner les batailles que les Français attendent.

Quel est le sens de la présence de Michel Barnier jeudi au sommet du PPE ?

L’attente est très grande. Michel Barnier hérite d’un pays qui semble avoir perdu le contrôle sur le plan budgétaire. Cette situation suscite une profonde inquiétude en Europe : une crise majeure chez nous pourrait déstabiliser toute la zone euro. Nous évoquerons également les enjeux migratoires, qui sont une priorité absolue pour le PPE.

Le même jour Emmanuel Macron participe au sommet de Renew. Quid du macronisme au niveau européen ?

En 2019, Emmanuel Macron appartenait à une force politique importante en Europe ; elle s’est effondrée en cinq ans. Le groupe Renew est devenu le cinquième au Parlement européen, et le président de la République est désormais très isolé. Cette fin de cycle se paie cher pour la France. C’est plus que jamais sur nous, au sein du PPE, que repose l’influence française en Europe.

On vous dira que la droite s’est aussi affaiblie au sein du PPE…

La droite française a tout à reconstruire pour rejoindre la dynamique qui traverse toute l’Europe. Mais dès aujourd’hui, même en étant moins nombreux que par le passé, nous avons, en travaillant sans relâche, une place centrale au sein de la première force politique du continent, pour gagner les batailles que les Français attendent.


Pourquoi je dépose plainte aujourd’hui contre Rima Hassan.

Profondément attaché à la liberté d’expression, au pluralisme démocratique, au débat d’idées, je n’ai jamais voulu céder à la judiciarisation de la vie publique. Je suis aujourd’hui pourtant contraint de déposer plainte.

Parce que j’assume d’avoir fait obstacle à son élection comme vice-présidente de la Commission des droits de l’homme du Parlement européen, Mme Rima Hassan, élue sur la liste de LFI, a publié hier, mercredi 24 juillet sur le réseau social X (ex-Twitter), un message qui me vise directement, en des termes qu’il est impossible de ne pas comprendre comme des menaces physiques directes. En réponse à une série de messages où elle mêlait injures et intimidations, je lui avais proposé publiquement un débat, dans le média et au moment qu’elle souhaiterait ; elle répond donc en me désignant nommément à la vindicte des milieux islamistes, dont elle a à plusieurs reprises légitimé les actions violentes.

La menace, envers tout citoyen comme envers un élu, ne peut être tolérée dans une société démocratique ; considérant l’écho qu’elle a reçu, le fait qu’elle semble prise au sérieux, et avec le soutien de nombreux collègues parlementaires, j’ai décidé de demander à mon avocat Maître Thibault de Montbrial de déposer plainte entre les mains de Madame la Procureure de la République de Paris.

Je saisis cette occasion pour dire combien j’espère que, au-delà de la diversité de nos engagements politiques, nous saurons tous partager, pour l’avenir de notre démocratie, la ferme volonté de défendre les principes qui la fondent : l’attachement à la liberté, l’exigence du respect, le goût de la discussion, et le refus absolu de la violence.

François-Xavier Bellamy