François-Xavier Bellamy lance une pétition pour alerter contre les dérives du programme européen Erasmus+

Article publié initialement dans Valeurs Actuelles

L’Europe s’apprête-t-elle à accueillir par cohortes des étudiants algériens, tunisiens, syriens ou palestiniens dans ses amphithéâtres ? Tel est, en tout cas, le dessein porté par Bruxelles. Le 16 octobre, par la voix de la Haute Représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, l’Union européenne a détaillé, dans le cadre de son « Pacte pour la Méditerranée », sa proposition d’ouvrir Erasmus+ à plusieurs pays du Maghreb et du Moyen-Orient.

Sont concernés : l’Algérie, l’Égypte, la Jordanie, le Liban, la Lybie, le Maroc, la Palestine, la Syrie et la Tunisie. Depuis 1987, plus de seize millions d’étudiants – majoritairement européens – ont profité de ce dispositif d’échange et de partenariat universitaire.

Selon nos informations, le vice-président exécutif des Républicains et sa collègue Céline Imart s’apprêtent ainsi à lancer une pétition pour dénoncer ce nouveau tour de force bruxellois et alerter face à la nocivité d’un élargissement du programme : « L’enjeu est tellement important qu’on souhaite mettre tout le poids de la voix de tous les Français dans la balance pour, demain, retourner devant la Commission européenne avec le plus de signatures possibles et leur faire comprendre que le maintien de cette proposition serait totalement inacceptable. »

François-Xavier Bellamy poursuit : « L’immigration étudiante est devenue le premier vecteur de délivrance de titres de séjour pour un pays comme la France. Le risque majeur, c’est que des étudiants qui ont reçu un visa étudiant ne repartent pas à l’issue de leur visaSi on a des pays qui refusent de reprendre leurs ressortissants en situation irrégulière sur notre sol, la réponse de la Commission européenne ne peut pas être d’accorder davantage de visas. »

Le scandale algérien

L’intégration de l’Algérie concentre notamment les crispations. « Quand on a un pays comme l’Algérie qui retient encore en prison deux de nos compatriotes français, Boualem Sansal et Christophe Gleizes, parce qu’ils ont eu le tort de penser librement et de faire leur métier d’écrivain et de journaliste, on ne peut pas considérer avoir une communauté de valeurs sur le plan universitaire et académique avec un pays comme celui-là », explique l’eurodéputé siégeant au sein du groupe du PPE.

D’autant plus que le gouvernement français n’a pas attendu une éventuelle intégration algérienne au programme Erasmus+ pour accorder des faveurs à Alger. En 2025, la France a accordé plus de8 000 visas aux étudiants algériens, soit plus de 1000 par rapport à l’année précédente.

Les inquiétudes s’appuient aussi sur des précédents peu rassurants. En Turquie, l’université islamique de Gaziantep, intégrée à Erasmus+ depuis 2022, est dirigée par un recteur théologien relayant la propagande du Hamas, et pratique le boycott des entreprises et produits israéliens au nom du supposé « génocide » en cours à Gaza. Cela n’a pas empêché les instances européennes de la subventionner à plus de 250 000 euros.

Dès lors, peut-on confier à la Commission le soin de filtrer avec rigueur les établissements qui, en Égypte ou en Libye, pourraient bénéficier d’un élargissement d’Erasmus+ ? « Nous avons déjà aujourd’hui, à Bruxelles, des associations qui, au motif de défendre les valeurs de l’éducation, de l’inclusion, de l’antiracisme, sont en réalité les vecteurs de l’islamisme et de l’islam politique, met en garde François-Xavier Bellamy. Ces structures ont pignon sur rue au sein des instances, et rien n’est fait pour limiter leurs influences. »

Une politique migratoire à revoir ?

Au-delà de la polémique immédiate, c’est la doctrine même de l’immigration étudiante que plusieurs voix, à Paris comme à Bruxelles, invitent à revisiter. La France accueille plus de 400 000 étrangers dans ses universités et grandes écoles.

Une politique intenable ? « Je le dis comme professeur moi-même : je pense que le fait d’accueillir des étudiants étrangers peut être une très grande chance et un élément très important du rayonnement culturel d’un pays comme la France, conclut François-Xavier Bellamy. Mais nous n’avons plus les moyens d’accueillir autant d’étudiants au vu du délabrement de notre filière universitaire. La sélection doit se faire dans l’optique d’une stratégie d’excellence académique. Et ce n’est pas en étant contraints par la Commission européenne de recruter massivement des étudiants libyens ou syriens qu’on va servir cet objectif… »

Bellamy : « Non à l’Algérie, la Palestine et la Syrie dans Erasmus ! »


Entretien initialement publié dans Le Point.

Le choix de la pétition est assez surprenant de la part de deux élus. Pourquoi ce format ?

Ce n’est pas notre manière habituelle de procéder, en effet. Nous avons déjà tenté de secouer la Commission en mobilisant tous les moyens parlementaires. Hélas, la prise de conscience n’est ni assez forte ni assez large. Indépendamment de toute dimension partisane ou électorale, notre objectif avec Céline Imart est d’offrir une plateforme permettant au plus grand nombre de Français d’exprimer leur opposition, afin d’imposer à la Commission de renoncer à ce projet. Lancée le 3 novembre, la pétition a déjà recueilli plus de 18 000 signatures.

Pourquoi vous opposez-vous à l’extension d’Erasmus+ aux pays du « pacte pour la Méditerranée » ?

Cette extension dénature le projet Erasmus. Conçu pour permettre aux étudiants européens de séjourner dans un autre pays de l’Union au cours de leur formation, ce programme verrait ici sa nature profondément altérée, d’une façon qui me semble à la fois contraire à nos principes universitaires et dangereuse pour nos pays.

Contraire à nos principes universitaires, parce qu’Erasmus est fondé sur une convergence des modèles académiques. Et dangereuse, car son extension inclurait des régimes autoritaires, parfois instables, comme la Libye ; gangrenés par l’islam politique, comme la Syrie et la Palestine ; ou explicitement hostiles aux intérêts de nos pays, comme l’Algérie.

La Commission européenne a récemment suspendu sa coopération avec plusieurs établissements hongrois alors qu’elle souhaite s’ouvrir à la Palestine. Récemment, les universitaires Xavier-Laurent Salvador et Leonardo Orlando ont écrit qu’« Aux yeux de la Commission européenne, la fréquentation d’Orban est pire que celle du Hamas ». On compris l’idée, mais n’est-ce pas un peu caricatural ?

Aujourd’hui, factuellement, la Commission semble considérer que les valeurs européennes sont mieux respectées à Gaza qu’à Budapest. Quant au Hamas, il est déjà lié à certaines universités dont l’Union européenne est partenaire. C’est le cas à Gaziantep, en Turquie, dont la Commission européenne a confirmé la subvention, alors qu’elle est intégralement pilotée par le régime d’Erdogan, que son président s’est félicité des attaques terroristes du 7 octobre et qu’elle prend officiellement parti sur son site Internet en faveur du Hamas. Quand nous avons déposé un amendement au Parlement européen pour arrêter ce financement, la gauche s’y est massivement opposée… La réalité est là, sous nos yeux. Et l’actualité récente dans nos universités prouve que le monde étudiant est déjà une cible prioritaire pour l’islam politique y compris en France, avec l’appui de l’extrême-gauche.

Dans l’énoncé de votre pétition, vous craignez qu’Erasmus devienne un nouveau vecteur d’immigration en Europe. Pourquoi ?

Il y a, dans l’extension d’Erasmus aux pays méditerranéens, une dimension migratoire parfaitement évidente. Prenons le cas de la France. L’immigration étudiante est déjà l’un des premiers motifs de délivrance de titres de séjour. Or cela touche directement à la question de l’immigration illégale. Une personne peut être en situation irrégulière de deux façons : en entrant illégalement sur le territoire européen, ou en entrant légalement puis en restant au-delà de la durée de son visa. C’est précisément le risque lié à la multiplication des visas étudiants. Beaucoup d’étrangers en situation irrégulière en France sont entrés avec un visa étudiant, censés rester quelques mois, et ne sont jamais repartis.

Vu de France, cette extension d’Erasmus incluant l’Algérie paraît pour le moins baroque…

Bien sûr : pour la raison que nous venons de donner, il devrait être inenvisageable d’accorder des visas étudiants à des pays qui refusent de reprendre leurs ressortissants. Et c’est le cas de l’Algérie aujourd’hui. Dans l’état actuel du droit et de nos relations diplomatiques, une personne qui viendrait au titre d’un visa étudiant en provenance d’Algérie, et qui déciderait de ne pas rentrer, n’aurait aucune chance d’être reconduite dans son pays. Tout partenariat, en particulier dans ce domaine, devrait reposer sur une coopération absolument irréprochable en matière de lutte contre l’immigration irrégulière.

La Commission européenne a-t-elle oublié Boualem Sansal en imaginant ce projet ?

L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, comme le journaliste Christophe Gleizes, sont toujours détenus pour le seul fait d’avoir exercé leur liberté de penser, leur liberté d’expression, leur liberté d’écriture et d’enquête… Ouvrir – en échange – à un régime qui se rend si manifestement coupable d’atteintes aux libertés fondamentales la porte de notre modèle universitaire me semble, évidemment, totalement contradictoire avec le principe même d’Erasmus.

Ce projet donne l’impression d’une commission européenne hors sol. Comment analysez-vous la situation ?

Deux aspects se conjuguent dans ce projet porté par Kaja Kallas, vice-présidente (Renew) de la Commission européenne. D’abord, l’éternelle naïveté européenne, partagée par de nombreux décideurs, y compris dans nos pays. Souvenez-vous de la communication de l’ambassade de France en Algérie se félicitant de l’augmentation des visas étudiants, alors même que le régime algérien affiche en permanence ses marques d’hostilité. Ou encore de cette étudiante venue de Gaza, proche du Hamas, qui relayait sur Twitter/X les vidéos des discours d’Hitler appelant à tuer des juifs, et qui était accueillie par Sciences Po Lille et même hébergée chez son directeur…

La seconde raison de ce projet européen, c’est le mauvais calcul qui consiste toujours à croire qu’on résorbera notre déficit démographique en important une population venue d’ailleurs. Derrière cette approche de la Commission – explicitement assumée – se trouve l’idée de résoudre les tensions du marché du travail. Des dirigeants européens continuent d’espérer que des personnes venues du Moyen-Orient viendront travailler en Europe et compenseront le déficit de naissances qui pèse déjà sur l’emploi : c’est une erreur historique, que nous n’avons cessé de combattre.

 

 

 

 

François-Xavier Bellamy et Céline Imart : «Erasmus, nouveau laboratoire de la naïveté européenne»

Tribune publiée initialement dans Le Figaro.

TRIBUNE – En étendant le dispositif Erasmus+ à l’Algérie, pays qui retient pourtant arbitrairement les deux Français Boualem Sansal et Christophe Gleizes, l’Union européenne révèle son arrogance technocratique et s’efface en croyant se renforcer, analysent les deux eurodéputés LR.

L’Europe est faite de décisions qui, en apparence, n’ont l’air de rien. Elles s’annoncent dans un communiqué, se glissent dans une note diplomatique et, pourtant, elles disent davantage que les discours qui prétendent les expliquer. L’annonce faite par la vice-présidente de la Commission, Kaja Kallas (Renew), le 16 octobre dernier, d’étendre Erasmus+ à l’Algérie, à la Syrie, à la Libye, aux territoires palestiniens, dans le cadre d’un « pacte pour la Méditerranée », en est l’illustration la plus aboutie. Erasmus+ est l’un des rares succès incontestés de l’Union, une promesse tenue, un symbole de confiance.

Que pourrait-on bien faire pour en saper les fondements ? Sans débat public, sans mandat politique clair, sans la moindre préoccupation pour les réalités politiques et institutionnelles des pays concernés, au nom d’un idéal abstrait, la vice-présidente a une idée lumineuse : diluer Erasmus+ dans un projet bien plus vaste de pacte, qui entend notamment donner vie à un « espace méditerranéen commun », avec la création d’une Université méditerranéenne dotée de campus partagés, une intensification de la mobilité académique et une délivrance facilitée de visas. Il ne s’agit plus de simples échanges ponctuels, mais d’une véritable intégration de régimes dont les seules garanties de stabilité concernent la censure et la répression, bien suffisantes pour se voir récompensées d’un statut de partenaire académique protégé de l’Europe.

Erasmus+ reposant sur la liberté d’apprendre, l’échange et le débat démocratique, qui seraient les heureux élus de cette main tendue dans la logique de la cohérence bruxelloise ? L’Algérie, bien sûr ! qui emprisonne arbitrairement deux Français, l’écrivain Boualem Sansal et le journaliste Christophe Gleizes, pour avoir osé exercer ce droit fondamental. Ce mélange de naïveté et d’arrogance technocratique révèle une fascination absolue de l’UE pour le « soft power inversé », l’idée que l’Europe se renforce en s’effaçant et qu’elle convainc en se rendant vulnérable. La Commission préfère construire un partenariat éducatif avec la Syrie, devenue un État failli aux mains d’un ancien combattant djihadiste, mais annule son partenariat avec les universités hongroises, au nom de l’État de droit ! Puisque la Commission assure systématiquement qu’il y aura des garanties suffisantes pour mener à bien ce projet et diffuser les valeurs de l’UE, nous pouvons dormir sur nos deux oreilles.

Rappelez-vous du cas de l’université de Gaziantep, en Turquie, pays déjà associé à Erasmus+, dont le recteur a rendu hommage au Hamas, organisation que l’UE classe pourtant comme terroriste. Les financements ont été suspendus grâce à notre vigilance. La mise en œuvre du programme repose dans chaque pays associé à Erasmus+ sur une agence nationale, sans supervision directe de la Commission. Que présager d’une extension à des régimes non associés et instables ? Doutant du niveau optimal de sécurité que les geôliers de nos deux concitoyens français réserveraient à nos étudiants et universitaires et de la volonté de nos jeunes d’assurer un semestre à Gaza ou Damas, il faut en réalité croire qu’Erasmus ne sera plus un échange, mais une « ouverture académique » réservée aux mobilités entrantes. La Commission a en effet assumé que l’un des objectifs du pacte est de faciliter la délivrance des visas et d’ouvrir des voies légales pour répondre aux besoins de main-d’œuvre.

Forte du constat du chaos diplomatique qui existe entre Paris et Alger en matière de coopération migratoire, Alger n’acceptant de récupérer ses ressortissants en situation irrégulière en France depuis plusieurs mois, la Commission instaure donc un mécanisme de contournement migratoire, pensé pour être indiscutable et indolore, car enveloppé dans le papier cadeau Erasmus. Mais l’aveuglement idéologique ne s’arrête jamais à la frontière du principe, il exige toujours un budget ! Et, là encore, la logique est implacable, avec un rehaussement de 21 milliards d’euros du budget de la Commission destiné à la coopération avec les pays du sud de la Méditerranée, tandis qu’elle propose dans le même temps une diminution drastique de la PAC pour la France à hauteur de 25 %.

Une Europe qui traque au centime près les aides agricoles et exige de nos agriculteurs qu’ils justifient jusqu’à la moindre goutte d’eau utilisée, tout en coopérant sans garanties avec des régimes hostiles à la France, c’est une Europe qui se trompe de loyauté. La morale budgétaire a son propre sens de la géographie… Nous avons déposé une question écrite à la Commission pour nous opposer à cette extension d’Erasmus+, car l’ouverture ne peut jamais signifier l’abandon du discernement. Nous lançons une pétition européenne, car la Commission ne changera pas de cap d’elle-même : elle ne reculera que lorsqu’une pression claire s’exercera, celle des Français et de tous les citoyens européens. Nous comptons sur vous pour nous rejoindre dans ce combat.

François-Xavier Bellamy et la majorité de la délégation française du PPE ont voté l’une des motions de censure contre Ursula von der Leyen

Photo de François-Xavier Bellamy à la tribune du Parlement européen

Article publié dans Le Figaro

La présidente de la Commission européenne, qui a échappé à deux motions de censure ce jeudi, fait partie elle-même du parti de droite européen. Le vice-président de LR veut lancer un «avertissement clair» au sujet du Mercosur.

Petit tremblement de terre au sein de la droite européenne. Une partie de la délégation française du Parti populaire européen (PPE) a voté la censure contre Ursula von der Leyen. Deux motions de censure déposées contre la présidente de la commission européenne ont été soumises au vote et rejetées ce jeudi 9 octobre. Quatre députés sur six, François-Xavier Bellamy, Laurent Castillo, Christophe Gomart et Céline Imart ont voté celle qui avait été déposée par les Patriotes pour l’Europe, le groupe auquel appartient la délégation du Rassemblement national.

Cette motion de censure mentionnait notamment le Mercosur et a récolté 179 voix. L’autre motion de censure, portée par la gauche radicale, n’a eu que 133 voix. Dans les deux cas, un résultat très éloigné des 361 voix requises pour renverser la présidente de la Commission européenne. Le concours des députés du PPE n’aura pas permis de renverser le scrutin, mais envoie un signal, dans la mesure où la présidente de la Commission européenne appartient à la même famille politique européenne. Les deux derniers députés de la délégation n’ont pas voté la motion : Nadine Morano s’est abstenue et Isabelle Le Callennec n’a pas participé au vote.

«Faire entendre la voix des Français»

«C’est une motion qui n’avait aucune chance de passer», explique le chef de file de la délégation française du PPE François-Xavier Bellamy, par ailleurs vice-président de Les Républicains (LR). «Mais pour nous, c’est une manière de lancer un avertissement clair sur un sujet qui est critique pour nous : le Mercosur. C’est aussi une façon de demander le respect de nos démocraties puisque la motion évoquait que les parlements nationaux ne pourraient pas être associés à la ratification du Mercosur. C’est dans la droite ligne de la politique que nous défendons tous les jours ici avec Céline Imart pour la défense de nos agriculteurs.»

François-Xavier Bellamy dit ne pas craindre qu’un tel vote puisse fracturer le PPE, qui est au cœur de la coalition majoritaire au parlement européen. «Nous sommes totalement engagés au sein du PPE», souligne-t-il. «Nous obtenons des résultats tous les jours sur la simplification normative pour le monde agricole, sur la suppression des contraintes réglementaires pour les entreprises, sur l’immigration, etc. Mais je ne suis pas au PE pour faire entendre la voix de la commission européenne. Je suis là pour faire entendre la voix des Français auprès de la commission européenne.»

Une motion de censure avait déjà été déposée en juillet contre Ursula von der Leyen mais le PPE en général et la délégation française en particulier n’y avaient pas apporté leur concours. «Elle n’était pas fondée sur des arguments valables», explique François-Xavier Bellamy. «De même, nous avons voté aujourd’hui contre la motion de censure qui reprochait à la Commission européenne de ne pas dénoncer un génocide à Gaza. Nous ne votons pas ce genre de motions pour le plaisir, ni de façon automatique.»

«L’Europe ne défendra pas ses principes à coups de formulaires administratifs»

Alors que de nombreuses normes étouffent déjà le continent européen, la directive du devoir de vigilance risque d’alourdir encore le poids de la surréglementation. Pour l’eurodéputé, il est urgent de rendre aux entreprises la liberté de produire, sans quoi l’économie européenne perdra définitivement pied.

Notre classe politique a-t-elle vraiment pris la mesure du décrochage économique majeur qui frappe la France et l’Europe ? Nous arrivons à un moment de vérité. Le ralentissement progressif du continent était déjà manifeste : à la veille de la crise de 2008, le PIB européen était supérieur au PIB américain ; quinze ans plus tard, il est 60 % inférieur. La richesse produite par habitant atteint aux États-Unis le double de la moyenne européenne. Les conséquences sont évidentes : appauvrissement des ménages, faible rémunération du travail, augmentation du chômage. Mais elles sont aussi tangibles sur le plan géopolitique : en décourageant l’investissement et l’initiative, nous nous condamnons à regarder l’innovation s’écrire ailleurs, et notre État, endetté et privé de marges de manœuvre, a perdu en capacité d’action sur la scène internationale.

Le déclin était perceptible, il s’accélère brutalement depuis quelques mois : les prévisions de croissance sont partout en recul en Europe, les plans sociaux se multiplient. Pour la France, la spirale de l’endettement et la fuite en avant fiscale deviennent un risque existentiel. Si nous voulons retrouver la maîtrise de notre destin, il faut agir d’urgence ; car nous avons les moyens d’agir. L’économie européenne est soumise à des tensions extérieures critiques, et rien ne pourra mettre un terme immédiat au nouveau cycle de turbulences géopolitiques initié par Washington et Pékin. Mais l’essentiel du risque ne vient pas d’abord de là : nos problèmes sont dans nos mains. Le premier danger pour nos entreprises, c’est le poids désormais intenable de la surréglementation qu’elles doivent affronter, dans ce contexte concurrentiel déjà fortement dégradé.

Les charges administratives coûtent chaque année 150 milliards d’euros aux entreprises en Europe, d’après Eurostat. Au-delà même de ce montant, elles sont autant de risques légaux imposés aux entrepreneurs, d’investissements empêchés, d’opportunités détruites, et surtout d’atouts offerts à nos concurrents sur nos propres marchés. Pendant le dernier mandat européen, nous n’avons cessé d’alerter sur la pente suicidaire que représentait l’agenda normatif intenable de beaucoup de textes du « Green Deal », sur l’agriculture, l’automobile, le logement, l’énergie… En cinq ans, l’UE a adopté 13.000 réglementations, dont un grand nombre n’ont même pas encore produit leur impact.

Il est temps de réagir avant qu’il ne soit trop tard, et le changement de majorité politique en Europe le permet enfin. La première décision porte sur deux textes particulièrement nocifs, les directives CSRD et devoir de vigilance (CS3D). Si la première impose aux entreprises de donner des informations extra-financières qu’il s’agit surtout de réduire et de simplifier drastiquement, la seconde est dans son principe inapplicable, en particulier pour le tissu industriel qui fait le cœur de la production dans nos pays. L’intention était simple : garantir que les entreprises travaillent avec des fournisseurs qui respectent les règles européennes. Mais aucune industrie n’a les moyens de faire la police de sa chaîne de valeur. Pour bien des entrepreneurs, qui respectent pourtant déjà les normes sociales et environnementales les plus exigeantes au monde, la seule alternative serait d’arrêter leur activité ou de prendre un risque pénal. Et tout cela pour n’obtenir aucun progrès : l’Europe ne défendra pas ses principes à coups de formulaires administratifs. Au contraire…

Pour nous, l’impératif est clair : simplifier CSRD ; supprimer CS3D. Les forces politiques en Europe, et nos gouvernements, doivent désormais se prononcer

Fraçois-Xavier Bellamy

Pour éviter le chaos, notre groupe parlementaire a proposé et obtenu la suspension immédiate de ces deux directives. Je m’y étais engagé dans la campagne européenne : promesse tenue. Ce délai d’un an doit permettre de faire un choix définitif. Pour nous, l’impératif est clair : simplifier CSRD ; supprimer CS3D. Les forces politiques en Europe, et nos gouvernements, doivent désormais se prononcer : ce premier choix révélera qui a vraiment compris, ou non, le moment critique auquel est arrivée l’économie européenne.

Le nouveau chancelier allemand, Friedrich Merz, a pris position il y a quelques jours pour l’abrogation totale de CS3D, confirmant notre analyse. Lui emboîtant le pas, le président Emmanuel Macron vient d’appeler à supprimer ce texte, que sa majorité a porté et voté il y a tout juste un an… Sous les applaudissements des patrons réunis au sommet Choose France, il a énergiquement demandé le retrait définitif de la directive : « Dehors ! » Après nous être opposés à l’adoption de ce texte, nous ne pouvons qu’être heureux de cette lucidité retrouvée : mieux vaut tard que jamais. Mais il reste encore une ambiguïté à lever : cette déclaration sera-t-elle désormais la position de la France, et du groupe macroniste, en Europe ? Bien des signaux indiquent aujourd’hui que le discours ne sera pas le même devant les patrons à Paris, et devant la Commission à Bruxelles…

Une telle ambivalence serait révoltante. Nous sommes au début d’un travail indispensable pour rendre enfin aux entreprises du continent la liberté de produire, d’innover, de conquérir. De cet effort dépend le fait que nous pourrons « rester libres », ou serons condamnés à subir. À tous les travailleurs qui ont tenu bon malgré les boulets que des politiques absurdes n’ont cessé de leur mettre aux pieds, nous devons enfin un choix clair, celui d’une simplification radicale, rapide, crédible. Le ministre de l’Économie en France, le groupe Renaissance à Strasbourg doivent sortir rapidement du silence en exigeant avec nous que la directive devoir de vigilance ne soit pas amendée, mais supprimée. Dans la crise que nous traversons, toute autre position serait un signe d’inconscience économique et d’inconséquence pour l’avenir.

L’Union européenne empêchée in extremis de nommer un «anarcho communiste», obsédé par la «race», au sein d’une instance surveillant Europol

Article initialement paru dans Le Figaro

Sans l’intervention de l’eurodéputé François-Xavier Bellamy, ce membre d’une association proche des Frères musulmans, et pourtant subventionnée à hauteur de millions d’euros, aurait pu influer sur l’organisation d’Europol et avoir accès à des données de police ultrasensibles.

L’affaire est aussi tentaculaire que représentative des errances qui entravent le bon fonctionnement de l’Europe. Après avoir perdu la trace de 7,4 milliards d’euros de subventions à des ONG, et après avoir financé à hauteur de millions d’euros des associations poussant l’application de l’islam radical au sein des sociétés européennes, l’Union européenne a été empêchée in extremis de nommer un «anarcho communiste» au sein d’un forum chargé de surveiller et de contrôler les agissements d’Europol. Selon nos informations, le profil de cet individu, Emmanuel Achiri, a été mis au jour grâce à une mobilisation lancée par l’eurodéputé LR François-Xavier Bellamy.

Pour tout comprendre au dossier, il faut revenir à ses prémices. Depuis 2016, l’agence européenne de police criminelle, qui coordonne et soutient les services de police des 27 États membres de l’UE dans leur lutte contre le crime organisé, est surveillée par le GCPC, le «groupe de contrôle parlementaire conjoint».

Dépendant du Parlement européen, ce groupe «assure le contrôle politique des activités d’Europol dans l’accomplissement de sa mission, y compris en ce qui concerne leur incidence sur les libertés et les droits fondamentaux des personnes physiques», d’après le règlement officiel. L’objectif? «Assurer le juste équilibre entre la sécurité et les droits de l’homme», peut-on lire dans un autre document. Il est constitué de membres du Parlement européen mais aussi de parlements nationaux, comme les députées françaises à l’Assemblée nationale Marietta Karamanli (groupe Socialistes et apparentés) et Liliana Tanguy (Ensemble pour la République), ou la présidente de la commission des Lois du Sénat Muriel Jourda (Les Républicains).

Impact sur le budget et les missions d’Europol

Pour mener à bien ses contrôles, le GCPC peut être amené à consulter divers documents sensibles et à entendre des hauts fonctionnaires. Il peut également établir des recommandations adressées à Europol, et soumettre des conclusions sur les activités de l’agence au Parlement européen et aux parlements nationaux.

Le GCPC doit également être consulté pour établir le programme multi-annuel d’Europol, un document de quelque 200 pages qui liste en détail les missions prioritaires à accomplir dans les années à venir, dénombre les agents service par service, et établit le budget dont l’agence a besoin pour fonctionner. Par exemple, Europol indique dans son dernier programme que 15,7 millions d’euros ont été alloués en 2025 à la lutte contre le trafic de migrants. L’agence estime que ce budget devra atteindre les 19,6 millions d’euros en 2026, puis redescendre à 13,4 millions d’euros en 2027.

Le GCPC peut-il contraindre Europol à abaisser son budget et faire en sorte qu’il délaisse certaines missions pour d’autres? En théorie, non, puisque les recommandations du GCPC sont «non contraignantes». En pratique, le groupe de contrôle peut exercer suffisamment de pression sur l’agence pour qu’elle modifie ses priorités.

Un forum «consultatif» sur les «droits fondamentaux»

Pour assister l’organisme qui surveille Europol, le Parlement européen s’est mis en tête en 2023 qu’il fallait aussi créer un «forum consultatif». Composé d’un maximum de 11 personnes issues de la société civile, d’ONG ou d’agences, ce forum a pour mission de rendre des «avis» sur le respect ou non «des droits fondamentaux» par les forces de police, explique un document dédié. Il peut être «sollicité» à tout moment par le GCPC. Le forum peut ainsi avoir accès à des informations ou documents d’Europol relatifs au respect de la vie privée ou sur la protection des données à caractère personnel, ainsi qu’à d’autres types de données sensibles.

«Les membres du forum doivent posséder des qualifications attestées, une expertise ou être forts d’une expérience professionnelle dans le domaine des droits fondamentaux et de l’application des lois», poursuit le document. Ils doivent également être neutres, impartiaux, indépendants, et n’avoir aucune affiliation politique. Un appel à candidatures reprenant l’ensemble de ces principes a été lancé auprès de multiples organismes en 2024. Douze candidatures ont été reçues, et onze d’entre elles ont donc été retenues par le GCPC, décisionnaire des membres du forum.

Une candidature proposée par l’ENAR, «focalisée sur l’islamophobie»

Parmi ces candidatures retenues, celle d’Emmanuel Achiri, proposé par l’ENAR (Réseau européen contre le racisme), un organisme à l’agenda politique particulièrement trouble. Dans un précédent article, nous révélions que l’ENAR avait soutenu sans commune mesure le Collectif contre l’islamophobie en France – dissous par Gérald Darmanin pour «propagande islamiste» – et l’Alliance citoyenne, qui avait milité en 2022 pour le port du burkini dans les piscines de Grenoble. L’ENAR, ONG antiraciste «focalisée sur l’islamophobie et dont plusieurs cadres sont associés aux Frères musulmans» d’après la sénatrice de l’Oise Nathalie Goulet au Figaro, a aussi participé en 2023 à l’organisation de la «Semaine de l’antiracisme et de la diversité», au sein du Parlement européen. Plusieurs conférences portant sur l’«héritage raciste de la langue» ou la «justice raciale» y avaient été tenues. L’ENAR a également mené au fil des années plusieurs travaux de recherches, censés démontrer que les politiques de lutte antiterroristes de l’UE avaient renforcé les discriminations ethniques et religieuses, ou que la pandémie avait aggravé les discriminations «islamophobes» en Europe.

Tout un programme financé par l’Europe: entre 2014 et 2023, l’ENAR a reçu près de 12,5 millions d’euros de subventions, virés notamment par l’Agence exécutive de recherche européenne ou par la Direction générale de la justice et des consommateurs, selon nos informations. Rappelons que l’ancien dirigeant de l’ENAR, l’universitaire Michaël Privot, a un temps été membre de la Société des Frères musulmans – considérée comme terroriste par plusieurs pays dans le monde -, et que l’on a compté dans les rangs de l’organisation Intisar Kherigi, fille de Rached Ghannouchi, fondateur du parti tunisien islamiste Ennahda.

L’Europe «obsédée» par «une blancheur synthétique»

Sur le papier, Emmanuel Achiri a de nombreux atouts. Né au Cameroun en 1992, il est titulaire d’un doctorat en «politique et migration», obtenu à l’Eastern Mediterranean University de Chypre. Il est le co-fondateur de VOIS Cyprus, une organisation d’aide aux migrants à Chypre, et a siégé au sein d’un groupe de travail de l’EPIM (Initiation philanthropique européenne pour la migration), entre 2022 et 2023.

Mais lorsque l’on creuse son profil, l’on va de découverte en découverte: son université de Chypre propose, sur sa page d’accueil, des frais d’inscription réduits pour tous les étudiants de nationalité palestinienne ; dans l’un de ses anciens CV, il dit s’intéresser dans le cadre de ses recherches aux droits des réfugiés, aux droits de l’homme, à «la politique étrangère américaine au Moyen-Orient» et… au «terrorisme moderne et (au) rôle de l’Occident dans son émergence».

Sur le site de l’ENAR, qu’il a rejoint en tant qu’expert de la migration et de la sécurité, il est écrit dans son portrait que son travail porte sur «le maintien de l’ordre et le système pénal, à travers le prisme de la justice raciale, intersectionnelle et décoloniale ». On peut également lire: «Achiri affirme qu’il n’existe pas de “crise migratoire” à proprement parler; selon lui, la véritable crise réside dans la difficulté de l’Europe à se confronter à sa propre identité et dans son obsession pour une blancheur synthétique.» 

En juin 2024, lors d’un déplacement en Croatie, il est brièvement arrêté par les autorités du pays à l’aéroport de Zagreb. D’après l’ENAR qui raconte l’événement dans un article, il fait alors l’objet d’une «interpellation arbitraire»«Emmanuel, qui est noir, est la seule personne qui subit ce traitement, qui s’avère être un acte de profilage racial.» L’événement n’a été relaté que par l’organisation et Emmanuel Achiri, sur LinkedIn. «Ce n’est pas la première fois que je suis confronté au profilage racial. C’est malheureusement assez courant pour les personnes racisées en Europe», écrit-il sur le réseau social. «En général, j’ignore ce comportement raciste et je présente mes papiers. Mais cela fait deux jours que les horribles résultats des élections européennes sont tombés. La veille encore, je réfléchissais à comment résister à la montée de l’extrême droite et du fascisme en Europe. Je sais que c’est un cas de profilage racial».

Série de tweets anti-France

Une obsession pour la race et l’identité qui ne date pas d’aujourd’hui. Sur son compte X, Emmanuel Achiri se présente comme un «anarcho communiste anti raciste». Dans d’anciens tweets, il multiplie les sorties provocantes et controversées. En août 2016, en pleine polémique sur le burkini, il écrit en anglais: «Je ne comprends pas en quoi bannir le burkini aide. Les musulmans vont être aliénés encore un peu plus. La France et ses lois. Ils ont toujours été des gens stupides»«Nous devons avoir une discussion sérieuse sur les actes de la France durant les guerres coloniales», renchérit-il en 2018.

En octobre 2024, alors que l’Allemagne annonce la reprise de ses livraisons d’armes à Israël, il assure encore: «C’est toute l’histoire de l’Allemagne. Malheureusement, les fantômes du nazisme sont toujours vivants – (l’Allemagne) déshumanise les vies qu’elle considère moins humaines. C’est ce qui justifie la posture de l’Allemagne sur Gaza. Ce n’est pas à cause de leur “culpabilité” pour leur rôle dans l’Holocaust, mais parce que pour l’Allemagne, les Palestiniens ne sont pas humains.»

En janvier dernier, tandis qu’Emmanuel Macron évoque la situation africaine et estime que les pays du continent ont «oublié de dire merci»  à l’armée française pour ses opérations de sécurisation, Achiri écrit: «Pourquoi devrions-nous être reconnaissants envers la France déjà? Quelle audace de revendiquer que nos pays ne seraient pas souverains aujourd’hui sans l’armée française. Notre souveraineté est constamment entravée à cause de la France». Récemment, le doctorant partage à foison les publications de l’eurodéputée Rima Hassan, dont l’une qui estime que «ce que fait Israël à la Palestine n’est pas très différent de ce que la France faisait à l’Algérie ». Des publications qui s’avèrent bien lointaines de la «neutralité» nécessaire à une intégration au sein du forum consultatif.

Empêché in extremis

Ce qui n’a pas empêché la candidature d’Achiri d’être soutenue la semaine du 20 février dernier lors d’un vote informel par les groupes politiques de gauche du Parlement européen, à savoir l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), les Verts, et le Groupe de la Gauche (dont LFI fait partie), soit 235 des 720 sièges de l’organe politique.

Son nom a toutefois été rejeté par l’ensemble des groupes de droite et par Renew, grâce à la mobilisation de François-Xavier Bellamy, qui fait partie de la commission chargée de nommer les membres du forum. «Quand j’ai vu que l’ENAR avait déposé une candidature, j’ai immédiatement réagi, prévenu mon groupe (le Parti populaire européen, PPE, NDLR) et cherché le soutien des autres formations», précise-t-il auprès du Figaro. Et de tacler: «On a beau avoir alerté les socialistes, ça ne les a pas empêchés de maintenir leur vote. Et Renew a pas mal hésité.» Face à la bronca, le GCPC a finalement écarté la candidature d’Emmanuel Achiri, très récemment, selon nos informations.

«Il fallait 11 membres, et il y avait 11 candidatures retenues. Il aurait été nommé» sans l’intervention de la droite au Parlement européen, continue François-Xavier Bellamy. «Le fait est qu’il existe énormément de structures comme (le forum consultatif). Choisir les membres qui les intègrent ne paraît pas être une grande décision stratégique. Pourtant, nombre de cercles d’influence, qui connaissent les règlements, cherchent» à les infiltrer. «Et quand les décisionnaires voient sur le papier à signer que le candidat fait partie d’un réseau contre le racisme, ils ne se posent pas de question, et signent.» 

Bellamy : « Avec EDIP, nous renversons la logique de la dépendance militaire aux États-Unis »

Article initialement paru dans Le Point

Le Parlement européen adopte EDIP, le programme européen de l’industrie de défense pour sortir de la dépendance américaine. Les explications de son co-rapporteur, François-Xavier Bellamy.

L’élection de Donald Trump et son attitude belliqueuse ont sans doute beaucoup contribué à éveiller les esprits. Ce jeudi, le Parlement européena adopté le texte EDIP, sur l’industrie de défense européenne pour corriger cette dangereuse dépendance américaine. Un vote en commissions croisées assez en consensuel : 90 voix pour, 20 contre, et 5 abstentions. Un marathon de 80 heures de négociations. Ce n’est que le début d’un long processus qui prendra des années. Le Conseil, également saisi du texte, est resté bloqué lorsque l’Allemagne de Scholz a reculé. Le nouveau chancelier Merz devrait pouvoir reprendre la discussion.

Mais l’adoption d’EDIP ne s’est pas faite sans pénibles négociations de dernières minutes. À la veille du vote, les parlementaires polonais ont tenté une nouvelle fois de faire obstacle à la clause de préférence européenne, relançant les discussions à quelques heures du vote programmé. Leur ultime tentative de différer le vote au mois de juin a échoué en commission.

Les Français, paradoxalement, n’étaient pas tout à fait unis alors qu’ils ont tout à gagner. On notera ainsi l’absence d’implication du ministre français de la Défense, Sébastien Lecornu, réticent à toute initiative européenne dans ce domaine. « Il vaut mieux ne rien faire que de faire mal », avait-il déclaré au début de l’année.

Une position qui avait occasionné des tensions avec le Quai d’Orsay, chargé précisément de faire avancer les projets européens selon les directives du président Macron. Le faible poids de Matignon depuis que François Bayrou occupe le poste de Premier ministre ne permet pas de trancher entre les ministres, y compris sur un dossier aussi sensible que la défense… C’est dire.

Le Point : Vous êtes rapporteur du texte sur l’industrie de défense européenne (EDIP) depuis octobre dernier. Le compromis voté aujourd’hui a-t-il été difficile à établir ?

François-Xavier Bellamy : Ce compromis semblait impossible à obtenir il y a quelques mois. C’est une véritable trajectoire de rupture avec la dépendance actuelle, qui est le coeur du problème de sécurité des Européens. L’année dernière, les Européens ont acheté environ 79 % de leur équipement militaire hors de l’Union européenne, dont 63 % aux États-Unis. Cette dépendance n’était pas un accident, mais un choix géopolitique assumé. Nous avons réuni une majorité au Parlement pour renverser cette logique : un matériel militaire sera financé par EDIP s’il contient au minimum 70 % de composants européens. À travers ce programme industriel, nous commençons le travail pour retrouver la maîtrise de notre destin : c’était le coeur de la campagne que j’ai menée l’an dernier pour l’élection européenne.

Quelles sont les conditions exactes de cette clause de préférence européenne fixée dans ce texte ?

Le principe, c’est ce minimum de 70 % de contenu européen. Ce n’est qu’un minimum – il y a un bonus pour les industries qui vont au-delà. Et il y a par ailleurs d’autres conditions, qui sont cumulatives : ces produits de défense doivent aussi être conçus en Europe – beaucoup d’entreprises produisent actuellement sur le sol de nos pays des armements développés hors d’Europe.

Enfin, il y a un troisième critère déterminant : ces matériels ne doivent pas être soumis à une licence juridique extra-européenne. Concrètement, les États-Unis ont développé une licence appelée ITAR qui interdit d’utiliser un armement américain, ou contenant des composants américains, sans l’autorisation du gouvernement américain. On ne peut ni le revendre, ni l’exporter, ni le transformer sans leur autorisation. C’est une perte de souveraineté considérable.

Quand la France a décidé d’intervenir au Mali, par exemple, il a fallu demander en urgence aux États-Unis la permission d’utiliser des matériels que nous leur avions pourtant achetés et payés, mais qu’on n’avait pas le droit d’employer sans leur autorisation. Les trois critères que nous fixons permettront d’éviter cette situation de vulnérabilité.

Quels ont été les obstacles à surmonter pour parvenir à ce compromis ?

Il y a eu un très grand travail de conviction à faire, pour répondre à deux grandes inquiétudes. La première :notre industrie est-elle capable de produire pour atteindre cet objectif ? Est-ce que ce programme ne va pas se trouver privé de débouchés parce que nous ne sommes pas à l’échelle ? Ma réponse est que, sur ce sujet, si on veut, on peut. Ce qui a manqué à nos pays ces dernières décennies pour assurer plus souverainement leur défense, ce n’est pas la capacité technique, c’est la volonté politique.

Cela se lit dans cette seconde inquiétude : de nombreux pays européens, y compris la France, trouvent des garanties de sécurité importantes dans leur alliance avec les États-Unis. Quand je proposais cette ligne d’indépendance pour nos industries de défense, beaucoup ont craint que cela ne conduise à une rupture avec l’allié américain. Des Premiers ministres, des ministres de la Défense dans plusieurs pays m’ont partagé cette préoccupation. L’un d’entre eux m’a dit : « Si on dit aux Américains qu’on veut faire tout seuls, ils vont vraiment nous dire « faites tout seuls »… » Ce risque était tétanisant pour la politique européenne en matière d’industrie de défense.

Comment le dossier ukrainien s’est-il invité dans les conversations ?

Les Européens ont compris ces dernières semaines qu’ils n’avaient pas le choix. Cette dépendance n’est pas saine, et elle met en danger la souveraineté de nos pays, mais aussi potentiellement leur sécurité. Nous ne pouvons pas attendre le résultat d’une élection américaine pour savoir si nous serons toujours défendus. J’espère que les États-Unis resteront nos alliés – nous avons tellement à défendre ensemble, à commencer par le principe même de nos démocraties. Mais si nous voulons une alliance forte, il faut être des alliés forts. On ne peut plus rester dans cette situation où un pays fort assume la protection d’un continent dépendant. Il est temps de sortir de l’adolescence stratégique, et d’assumer nos responsabilités de manière adulte.

Justement, les États-Unis, qui ont longtemps combattu l’idée d’autonomie stratégique européenne, ont-ils exercé des pressions pendant les négociations ?

Oui. Mais il y a une contradiction dans le discours américain. L’administration nous dit : « Vous, Européens, avez été trop longtemps les passagers clandestins de notre effort de défense. » Et ils ont raison. Nous avons profité de la sécurité qu’ils payaient à notre place, ce qui nous a permis de financer nos modèles sociaux avec un moindre effort. Désormais, les États-Unis ont décidé que c’était « America first ». Mais puisqu’ils veulent que nous sortions de cette dépendance, ils ne peuvent pas exiger simultanément des pays européens qu’ils continuent à acheter leurs armements aux États-Unis. Ces deux injonctions sont contradictoires.

Il ne s’agit pas de couper les ponts, bien sûr. Je ne doute pas que de nombreux pays européens continueront d’acheter américain. Sur beaucoup de sujets, nous ne disposons pas des technologies ou des capacités de production en Europe. La France non plus n’est pas autosuffisante – les catapultes de notre prochain porte-avions sont américaines, parce qu’on ne fabrique pas soi-même des catapultes quand on fait un porte-avions tous les 40 ans.

Ce n’est pas un problème en soi d’avoir des échanges industriels et commerciaux avec un grand pays allié. En revanche, vivre sous l’injonction d’une dépendance structurelle, s’interdire de développer sa propre industrie de défense, c’est une faiblesse dont l’Europe doit sortir aujourd’hui.

Le programme lui-même, c’est 1,5 milliard du budget européen. Mais il y aurait 20 milliards en plus ? D’où viennent-ils ?

L’effort actuel en Europe en matière de défense est une fusée à trois étages : d’abord, l’instrument de flexibilité qui permet aux États d’aller au-delà des 3 % de déficit pour investir dans leur défense (environ 650 milliards attendus). Ensuite,l’instrument SAFE, à travers lequel la Commission emprunte 150 milliards pour les prêter aux États membres. Et enfin EDIP,qui a été programmé il y a longtemps pour fonctionner avec seulement 1,5 milliard d’euros. Or seul EDIP porte cet effet de levier décisif pour notre industrie européenne.À LIRE AUSSI Face à Trump et Poutine, l’Europe fait sa révolution militaire

Ce montant est évidemment insuffisant. Notre proposition est donc d’utiliser 20 milliards d’euros sur les 150 milliards d’euros de SAFE pour financer EDIP. La manière d’organiser concrètement ce financement doit encore être négociée avec le Conseil.

Au Conseil, il y a eu un blocage allemand sur la règle du contenu européen. Peut-on le dépasser avec le nouveau chancelier Merz qui arrive ?

Un compromis était sur le point d’être adopté,mais après que la Pologne a obtenu une dérogation pour fabriquer des obus sud-coréens sous licence, l’Allemagne a demandé au dernier moment la même dérogation, cette fois pour des missiles Patriots américains construits sur son territoire. C’est ce qui a bloqué, car il s’agit de produits très différents – les missiles comportent une dimension technologique bien plus forte, et engagent plus de souveraineté.

Ce mouvement était sans doute très lié au contexte électoral allemand, à l’approche des législatives de février. Je ne doute pas que la négociation pourra se débloquer maintenant. Puisque le Parlement a défini aujourd’hui sa position, le Conseil va sans doute avancer rapidement pour que nous puissions entrer dans les derniers ajustements du programme EDIP.

Comment avez-vous réussi à trouver un terrain d’entente avec Raphaël Glucksmann, votre co-rapporteur, sur un sujet aussi sensible que la défense ?

Nous avons eu une excellente coopération depuis qu’il a été nommé rapporteur. Nous avions bien sûr des divergences, mais nous partageons le sentiment que ce sujet engage l’avenir de la sécurité de nos pays et la protection de nos démocraties – un enjeu qui suppose de s’élever au-delà des clivages partisans.

Nous étions totalement alignés sur l’ambition de rendre l’Europe moins dépendante. Nos visions étaient plus distinctes sur les questions de gouvernance : je crois que ce sont les États membres qui doivent être les décideurs en dernier ressort, en matière d’industrie de défense, car ce sont eux qui gardent la responsabilité d’équiper leurs forces armées nationales. Raphaël Glucksmann penchait davantage pour un pouvoir accru de la Commission.

Dans la réaction européenne actuelle à l’urgence du réarmement, j’observe que ce sont les États qui restent en première ligne. Personne n’évoque aujourd’hui l’idée fantasmagorique d’une armée européenne. Ce qui se dessine correspond, je crois, à ce que l’Europe doit faire : renforcer les États membres dans leur responsabilité pour la défense du continent, avec la diversité de leurs approches stratégiques.

L’industrie française de défense est-elle la grande gagnante de ce texte ?

Mon objectif a toujours été que l’Europe soit moins dépendante. Tous nos pays ont intérêt à sortir d’une situation de vulnérabilité stratégique qui menace nos démocraties. Mais c’est un fait que l’agenda de l’EDIP correspond sans doute à ce que l’industrie française a pu porter, en suscitant parfois une forme d’incompréhension en Europe, au cours des dernières décennies.

Quand nos amis grecs ont décidé d’investir dans le Rafale, c’est parce qu’ils comprenaient qu’acheter des avions américains les aurait rendus plus vulnérables face à la Turquie, qui est la deuxième armée de l’Otan. Toute l’Europe a à gagner dans le fait que nos pays soient moins dépendants et plus souverains. Si c’est une occasion pour des entreprises françaises de tirer parti de leur investissement de long terme dans cet effort d’autonomie, je ne vais pas le regretter.

Ce qui est vrai, c’est que la France a besoin de gagner une meilleure compréhension des dynamiques européennes pour faire valoir ses intérêts. Nous nous trouvons trop souvent dans une situation d’auto-isolement par un regard très distant sur ce qui se décide à Bruxelles et à Strasbourg. Notre industrie de défense était la deuxième exportatrice au monde l’an dernier, mais elle exporte paradoxalement plus facilement dans le reste du monde qu’en Europe. Pourquoi ? Parce que nous n’écoutons pas suffisamment nos partenaires européens, leurs préoccupations, l’urgence dans laquelle ils se trouvent. Nous devons apprendre à partager notre vision dans leur propre vocabulaire. J’espère avoir montré avec ce vote sur EDIP que nous sommes capables, sans nous renier, d’emmener avec nous nos partenaires européens.

En Espagne, François-Xavier Bellamy exhorte les alliés européens de la droite française à ne pas « subir » leur avenir

Article initialement paru dans Le Figaro

À l’occasion du 29e congrès du Parti populaire européen organisé à Valence, le chef de la délégation française a annoncé, mardi soir, la volonté pour Les Républicains de revenir « plus forts que jamais » pour participer à la reconstruction de l’Europe.

«Retrouver les moyens de décider plutôt que subir notre avenir». Mardi soir, lors d’une prise de parole en plénière du 29econgrès du Parti populaire européen (PPE) organisé à Valence, en Espagne, François-Xavier Bellamy a invité les droites européennes à trouver les moyens de changer l’Europe en posant la maîtrise du destin au centre de leurs objectifs. De la crise migratoire aux enjeux industriels, le député européen, président de la délégation française et vice-président du groupe PPE, a vanté la construction de solutions européennes. «Pour ceux qui créent aujourd’hui en Europe, le premier problème n’est plus de faire face à la concurrence, le premier problème est d’affronter une réglementation trop souvent inadaptée». Se plaçant du côté des agriculteurs et des pêcheurs, l’eurodéputé a défendu ceux qui «assurent la sécurité des pays européens pour les biens les plus essentiels». Rebondissant sur le chaos électrique vécu la veille par l’Espagne et le Portugal, François-Xavier Bellamy a rappelé les enjeux de l’énergie et le devoir pour l’Union européenne de «reconstruire les filières les plus importantes».

Démocratie et civilisation

Associant la reprise du destin européen à la notion de démocratie, l’élu français a insisté sur les fondamentaux de l’Union. «L’Europe, chers amis, n’est pas une organisation internationale parmi d’autres, l’Europe n’est pas seulement un grand marché parmi d’autres. L’Europe, c’est un héritage de civilisation. L’Europe, c’est cette aspiration à la liberté, c’est cette volonté de transmettre ce que nous avons reçu d’une histoire vieille de plus de 2500 ans et qui se joue aujourd’hui dans les décisions que nous prendrons ».

Pour atteindre ces objectifs, le député a estimé que le premier groupe du parlement européen avait désormais «les moyens d’agir comme jamais auparavant», en saluant le «succès magnifique» de l’Allemand Friedrich Merz, qui montait à la tribune sous les applaudissements, quelques minutes après lui. Bellamy a émis le souhait de voir la droite française construire le même succès «dans les années qui viennent», estimant que personne d’autre que les élus réunis à Valencia mardi soir n’avaient les moyens d’agir sur le destin de l’Europe.

Se faisant le porte-voix de cette droite, l’eurodéputé a voulu partager «une bonne nouvelle» avec son auditoire en annonçant que «France» et les «Républicains» étaient prêts à prendre la responsabilité de cette reprise en mains du destin européen. «Avec notre délégation française, chère Roberta Metsola, tu sais que tu peux compter sur nous au Parlement européen», a-t-il encore insisté, en considérant que la droite en France avait retrouvé «l’attention, l’esprit et le cœur des Français», en revenant aux responsabilités. François-Xavier Bellamy a provoqué des applaudissements en saluant l’ex-premier ministre Michel Barnier, présent dans la salle. «Nous sommes prêts à revenir plus forts que jamais pour apporter notre élan, notre engagement, notre énergie, notre détermination au travail de nos formations politiques en Europe, du PPE tout entier, à l’avenir de la France et de l’Europe qui, plus que jamais aujourd’hui, sont liées », a conclu le chef d’orchestre de la délégation française, sous les encouragements.

À Washington, François-Xavier Bellamy prend la mesure du rapport de force avec les trumpistes

Article initialement paru dans Le Figaro

DÉCRYPTAGE – L’eurodéputé LR s’est rendu dans la capitale américaine aux côtés d’autres élus du Parti populaire européen (PPE). L’occasion de constater le grand écart avec ses homologues, et le « défi » qui attend l’Union européenne.

Depuis le Vieux Continent, ils sont six à avoir fait le voyage jusqu’à Washington. Une délégation de députés membres du Parti populaire européen (PPE), première force politique au Parlement européen, menée par François-Xavier Bellamy. En début de semaine, ils devaient rencontrer des élus républicains au Capitole. Rendez-vous annulé le jour même. Un peu abasourdi, le vice-président du PPE souffle : « À l’évidence, personne ne veut être pris en photo avec des Européens en ce moment… » La nouvelle Administration de Donald Trump, elle, reste inaccessible.

Et voilà une petite onde de choc qui percute le groupe d’eurodéputés. C’est une chose de lire ci et là combien l’Union européenne laisse (au mieux) indifférente le président des États-Unis. C’en est une autre de le vivre plus frontalement en foulant un sol américain fort secoué, brièvement visité cette semaine par Emmanuel Macron. Le premier des dirigeants européens à être reçu à la Maison-Blanche. « On ne saura si l’exercice a été réussi qu’en observant les conséquences, commente Bellamy. Même si les divergences se sont fait sentir. »

Quand le président de la République française martèle la nécessité de garantir la sécurité de l’Ukraine, Donald Trump, quelques jours plus tard, qualifie Volodymyr Zelensky de « dictateur »« Nous entrons dans un nouveau monde, avec de nouveaux rapports de force », constate Bellamy. Il avait pourtant été prévenu. « Vous allez voir : ça va être rude », glissait ce diplomate à l’eurodéputé LR avant son départ. Et pourtant, Bellamy l’admet : « Je ne m’attendais pas à cette ambiance. Pas à ce point. Je ne m’attendais pas au sentiment, largement partagé ici, d’un changement spectaculaire de l’ordre du monde. »

«Langage du deal»

Think-tanks, professeurs d’université, directeurs d’institut, ambassadeurs… La délégation du PPE a passé la semaine à rencontrer une partie de l’intelligentsia américaine. Ceux qui, de près ou de loin, tentent d’approcher, tout du moins d’étudier, la nouvelle Administration Trump, qu’ils décrivent comme étant particulièrement hostile à Bruxelles.

À l’un de ces interlocuteurs, François-Xavier Bellamy lâche : « Il est clair que, désormais, l’Europe est perçue comme un adversaire et non plus un allié. Le message est globalement répandu à Washington. Mais nous avons le devoir de maintenir le lien entre nos pays, parce que nous serons confrontés aux mêmes adversaires : il y a face à nous des compétiteurs globaux, des puissances qui veulent démontrer que la démocratie est faillie et que l’autoritarisme est l’avenir. »

Et cette réponse cinglante d’un membre de l’Atlantic Council, think-tank américain spécialisé dans les affaires internationales : « Je vois comment vous parlez depuis Bruxelles. Vous pensez que vous pouvez expliquer combien la relation entre l’UE et les États-Unis est importante et que tout le monde va vous suivre. Mais ce n’est pas le cas. Donald Trump, c’est le langage du deal. Il a une vision transactionnelle des choses. La seule question que vous avez à vous poser est la suivante : comment l’UE peut lui être utile ? »

Le principal intéressé a visiblement sa propre idée. « Soyons honnêtes : l’UE a été conçue pour embobiner les États-Unis. Et jusqu’à présent, ils ont fait du bon boulot. Mais maintenant, c’est moi le président », a récemment déclaré Donald Trump. Traduction par les actes : le président des États-Unis a annoncé taxer « prochainement » les produits européens à 25 %. « Je suis bien curieux de savoir comment Sarah Knafo peut défendre Trump devant les viticulteurs au Salon de l’agriculture », commente François-Xavier Bellamy.

«Crise d’identité»

Le vice-président du PPE suit avec attention la manière dont l’eurodéputée issue du parti d’Éric Zemmour (Reconquête) donne à son courant nationaliste une couleur trumpiste. « Je comprends que cela puisse attirer des électeurs qui n’en peuvent plus du wokisme, avance Bellamy. Mais on ne combat pas une idéologie par une autre idéologie, faite de relativisme et de post-vérité. »

Et tandis que Sarah Knafo multiplie les allers-retours aux États-Unis pour cultiver son réseau au sein du cercle du président des États-Unis, Bellamy, lui, fustige : « Des élus viennent à Washington en espérant capitaliser sur la visibilité de l’environnement trumpiste. Je ne suis pas venu faire des selfies avec les nouvelles stars. Mon travail, c’est de défendre les intérêts des Français, et cela va supposer un dialogue serré et exigeant avec la nouvelle Administration, pour protéger nos agriculteurs, nos entreprises. Comme rapporteur sur notre programme d’industrie de défense, je sais combien il va falloir combattre pour notre souveraineté industrielle, quand Washington veut imposer sa dépendance à l’Europe. J’ai mené toute ma campagne européenne pour affirmer que nos pays doivent retrouver la maîtrise de leur destin. Je ne vais pas maintenant céder à la naïveté à cause d’un effet de mode. »

Ni « indigné », ni « fasciné » par le président des États-Unis, le vice-président Les Républicains y voit plutôt un « défi » pour l’UE. « L’occasion d’un réveil stratégique, détaille-t-il. Ce qui se passe aux États-Unis est un miroir qui réfléchit nos propres faiblesses. Les Européens pensaient qu’ils pouvaient dormir tranquilles parce que l’ordre global du monde était assuré par leur allié américain : c’est terminé. C’est une crise d’identité pour l’Europe, qui est à un carrefour existentiel : le monde n’est plus multilatéral. Les pays européens vont devoir reconstruire leur défense, leur politique commerciale, leurs priorités stratégiques. Et surtout redéfinir leur place et leur responsabilité dans le monde. »

Cet ancien conseiller de Trump rencontré à Washington soufflait d’ailleurs à Bellamy : « L’histoire des États-Unis, c’est une histoire de deals. Vous devez l’accepter. Trump va dealer avec Poutine, comme demain avec la Chine. » Charge aux Européens de reprendre leur destin en main.

«Petite traversée du désert»

Les professeurs de la prestigieuse Académie navale d’Annapolis ont une manière bien à eux de faire passer ce message. Aux eurodéputés visitant la prestigieuse institution, l’un d’entre eux glisse : « Ici, nous faisons faire à nos étudiants des “wargames”. » Des jeux de guerres qui s’étalent sur des semaines, façon Risk, où chacune des forces avance ses pions sur des cartes – souvent autour de la mer de Chine. « Vous devriez faire pareil, vous les Européens, sourit un professeur. Vous verrez, c’est très instructif. »

Voilà donc Bellamy au « pays de Trump », bien loin, naturellement, des préoccupations nationales. Et encore plus des batailles partidaires. Depuis les européennes, la route pour LR a été longue, semée d’embûches. Bellamy, lui, a voulu se concentrer sur son mandat. Un peu trop, au goût de certains chez LR. « Il fait du super boulot, ce n’est pas la question, estime-t-on au sommet du parti. Le problème, c’est que Bruxelles, ça isole. » Certains vont jusqu’à qualifier sa récente trajectoire politique de « petite traversée du désert ».

Un passage à vide qui, à en croire certaines sources, aurait commencé lors de la dernière « crise » des Républicains, quand Éric Ciotti annonçait son alliance avec Marine Le Pen lors des législatives anticipées. « Bellamy était particulièrement discret, voire ambigu », grince-t-on en évoquant les bruits d’une participation de l’eurodéputé à un gouvernement RN, l’été dernier. Une « rumeur » qui avait été immédiatement démentie par l’intéressé, dénonçant une « instrumentalisation » du Rassemblement national.

Se «remettre en question»

« J’ai été très clair à l’époque et je garde la même ligne : Éric Ciotti a parlé d’union des droites. Mais la réalité, c’est que Marine Le Pen n’en a jamais voulu. Comme le “en même temps” macroniste, elle refuse elle aussi d’assumer ce clivage. J’ai toujours pensé que reconstruire une droite cohérente, claire et courageuse était la seule voie pour pouvoir relever le pays. J’ai fait campagne avec Éric pendant des mois. Cela crée des liens bien sûr. Mais j’ai regretté le choix qu’il a fait, et je continuerai de maintenir la ligne que je défendais aux européennes. Partout, dans les pays qui nous entourent, ce sont nos alliés de droite qui gagnent aujourd’hui, après s’être reconstruits ; il n’y a aucune raison que ce ne soit pas le cas en France demain. »

Chez LR, l’on réplique : « S’il avait condamné Ciotti plus fermement, ces rumeurs n’auraient jamais existé. » Mais aujourd’hui, Bellamy l’assure : « Je ne crois pas aux brevets de républicanisme. Ce n’est pas avec des leçons de morale que nous retrouverons la confiance des électeurs. C’est à nous de nous remettre en question. »

Qu’à cela ne tienne, le calme estival a fini par gagner les rangs du parti. Avant un automne qui a bouleversé la place de la droite dans le paysage politique, tandis que Michel Barnier accédait à Matignon. Mais parmi les dix ministères concédés à des LR, aucun ne revient à Bellamy. Ni dans ce gouvernement, ni dans le suivant. De plus en plus, l’on rapporte chez LR la déception de l’eurodéputé, qui comptait sur Bruno Retailleau pour « pousser » son profil.

Lors du dernier remaniement, l’eurodéputé espérait encore jouer un rôle. « Mais où était-il, à ce moment-là ? L’a-t-on entendu ? », réplique un élu, proche du ministre de l’Intérieur. Un autre renchérit : « Deux choses : Retailleau et Bellamy dans un même gouvernement, ce n’est pas possible. C’est ton sur ton. Ensuite, Retailleau avait intérêt à ne pousser que pour des divisions 2. Il voulait être la seule tête de chez LR qui dépasse. »

«Jeux d’ego»

Encore aujourd’hui, Bellamy assure ne jamais avoir été « obsédé par l’idée d’être ministre ». « Je n’ai mis aucune pression pour l’être, je mesurais les contraintes. La France vaut plus que les jeux d’ego. La seule déception a été de constater qu’il ne suffit pas d’avoir tout risqué et tout donné pour tirer d’affaire ce parti aux européennes, et qu’on vous reconnaisse publiquement d’avoir permis le sursaut, pour être appelé au moment de revenir aux responsabilités. Mais ce n’est pas grave, j’apprends. » En attendant, poursuit-il, « je ne me sens pas exilé pour autant ».

« C’est vrai, je ne suis pas au cœur de l’actualité comme on peut l’être dans l’exécutif. Mais au Parlement, je mène tous les combats qui sont décisifs pour l’avenir du pays. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’un député m’appelle pour me partager une question qui touche sa circonscription et dont la solution est à Bruxelles. Le lien avec le terrain est constant. »

Et le lien avec le parti, aussi, promet-il. C’est d’autant plus le cas que l’eurodéputé a récemment déclaré son soutien à Bruno Retailleau, candidat à la présidence de LR. Le désenchantement d’hier est passé. « C’est une période encourageante pour la droite. Si Bruno peut gagner, alors on y va ! », assume Bellamy, qui fut l’un des premiers à encourager le Vendéen, dont il est un proche historique. Le 23 décembre dernier, alors que Bruno Retailleau venait d’être reconduit à l’Intérieur, l’eurodéputé lui glissait : « La prochaine étape, c’est le parti. »

« Ce qui serait impossible, intenable, indéfendable, ce serait de tenter une alliance avec la gauche » – Grand entretien dans Ouest-France

Article initialement paru dans Ouest-France.

Crédit photo Nicolas Marques – Ouest-France

Que vous inspire la chute du gouvernement Barnier ? Vous y attendiez-vous ? 

Je suis à la fois en colère et inquiet, comme beaucoup de Français. En colère devant des élus qui ont choisi d’accélérer le chaos. On a l’impression que ça les arrange de créer des problèmes supplémentaires. Veulent-ils sortir le pays de l’ornière ou l’enfoncer plus encore ? J’aimerais bien qu’on nous explique sérieusement comment faire tomber Michel Barnier pourrait améliorer la situation du pays. Au milieu des difficultés actuelles, je ne vois vraiment pas ; et j’observe que ceux qui ont voté cette censure n’ont aucune alternative crédible à proposer. 

 

Les Républicains, dont Laurent Wauquiez, ont-ils pleinement soutenu Michel Barnier ? Eux aussi, ont posé des « lignes rouges » contre son budget, au cours des débats… 

Les parlementaires LR ont contribué à rééquilibrer ce budget. Michel Barnier n’a eu que 15 jours pour la préparer, et il assumait lui-même qu’il fallait l’améliorer. Nous avons donc amendé ce budget pour baisser la pression fiscale, pour soutenir les agriculteurs, pour donner plus de moyens aux forces de l’ordre. Nous avons soutenu le travail du gouvernement sans abandonner nos convictions.

 

En donnant parfois l’impression qu’il n’y avait aucune unité dans le « socle commun »… 

C’est vrai, nous sommes des opposants au macronisme ; nous n’avons pas les mêmes priorités que ceux qui l’ont soutenu pendant des années. Nous ne nous sommes jamais reniés. Mais dans cette situation si difficile, nous étions prêts à travailler pour qu’un gouvernement puisse agir pour le pays. Sur la sécurité et l’immigration, sur l’agriculture, sur la santé, il y a tant d’urgences, et l’action avançait déjà, grâce à cet effort. Nous aurions pu jouer la division nous aussi, entretenir les jeux policitiens, et laisser nos institutions dans le chaos… Nous avons refusé cette irresponsabilité.

 

De quel côté est-elle, selon vous ? 

Du côté de la gauche et de Marine Le Pen. Ces élus voulaient en réalité censurer le gouvernement quoiqu’il arrive : personne n’y pouvait plus rien.

 

Vous pensez qu’elle avait prévu de voter la censure avant même de présenter ses exigences ? 

C’est très clair. Michel Barnier a entendu toutes les demandes d’ajustement qu’elle formulait. Sans effet.

 

Toutes ses demandes, sauf l’indexation de l’ensemble des retraites sur l’inflation au 1er janvier ? 

Six mois de décalage de l’indexation, ce serait donc la seule raison pour plonger le pays dans un chaos qui va coûter très cher à tous les Français ? Avec LR, nous avons été les premiers à dire que les retraités qui ont travaillé toute leur vie ne pouvaient pas être la variable d’ajustement des économies dont l’État a besoin, et c’est nous qui avons obtenu de préserver le montant des retraites. Mais en prétextant une exigence sur l’indexation à la dernière minute pour justifier ce grand saut dans l’inconnu, Marine Le Pen met bien plus en danger les retraités de ce pays.

 

Les partisans de la censure affirment qu’il n’y aura pas d’impact. Emmanuel Macron s’est montré plutôt rassurant sur ce point dans son allocution de jeudi. Qui a raison ? 

Est-ce que ces élus écoutent encore leurs électeurs ? Les Français qui ont voté RN pensaient-ils que leurs voix serviraient Jean-Luc Mélenchon ? Quand LFI s’enthousiasme que Bruno Retailleau ne soit plus ministre de l’Intérieur, sont-ils heureux que leurs députés y aient participé ? Ceux qui ont voté la censure entendent-ils les artisans, dont les carnets de commandes sont gelés ? Écoutent-ils les commerçants ? Les entrepreneurs ? Qui va oser investir aujourd’hui dans une France à ce point instable et incertaine ? Nos agriculteurs attendaient que deux textes essentiels pour améliorer leur situation soient votés par le Parlement. Ils étaient programmés dans quelques jours : tout cela tombe à l’eau. Les retraites agricoles devaient être augmentées jusqu’à 30 % : annulé. Ceux qui ont voté la censure doivent répondre de ces conséquences. Cela touche la vie des gens. La politique n’est pas un jeu.

 

On parle de Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin ou Bruno Retailleau comme de possibles successeurs de Michel Barnier à Matignon. Une nouvelle alliance entre centre et droite a pourtant toutes les chances de se refaire censurer ? 

Pour moi, ce qui serait impossible, intenable, indéfendable, ce serait de tenter une alliance avec la gauche. Le programme du NFP ferait s’effondrer le pays. Et mettrait en danger nos principes fondamentaux : rappelons que la France insoumise a organisé récemment un événement à l’Assemblée nationale avec l’un des financiers du Hamas… Contrairement à madame le Pen, moi, je sais avec qui je ne m’allierai jamais.

 

Que pensent nos voisins européens de la crise que nous traversons ? 

Le hasard a fait que nous accueillions nos collègues allemands (les députés européens de la CDU et de la CSU) mercredi soir, à l’Assemblée nationale. Ils ont assisté en direct à la censure. Ce basculement est une source de grande inquiétude pour eux. 

 

L’Allemagne traverse elle aussi une grande crise politique ? 

Oui, l’Europe donne des signes d’instabilité partout. Mais il y a une grande différence entre les Allemands et nous : leur dette publique est très maîtrisée, la nôtre est en plein dérapage. Cela rend notre pays bien plus vulnérable. 

 

Des personnalités, de gauche comme de droite, espèrent la démission du Président, même s’il a dit qu’il irait au bout de son mandat, en 2027. Et vous ? 

Je suis un opposant résolu d’Emmanuel Macron depuis le premier jour. J’ai toujours pensé que le « en même temps » était une confusion dangereuse, et son irresponsabilité budgétaire une menace pour le pays. Mais être un opposant ne veut pas dire être un pyromane. Je ne crois pas qu’on ait quoi que ce soit à gagner à mettre sous pression la stabilité de nos institutions, une des dernières choses qui tienne encore en France. Le temps de l’alternance viendra, c’est à cela que nous devons travailler.

 

Emmanuel Macron a évoqué la restauration de Notre-Dame dans son allocution de jeudi. Il a eu raison ? Un peu de fierté nationale, en ces temps troublés, peut faire du bien ? 

L’incendie de Notre-Dame a marqué tous les Français, parce que cette cathédrale dit l’âme de notre pays. Il est bouleversant de voir que le courage des sapeurs pompiers, la générosité de dizaines de milliers de dons, et le savoir faire incroyable de nos artisans, ont permis de sauver ces pierres et le sens qu’elles portent avec elles. C’est un message pour l’avenir de notre pays traversé par tant d’épreuves et de tensions : comme le disait Péguy, “tout ce qui élève unit.”

 

La Commission européenne avait validé la trajectoire de redressement de nos comptes publics, la semaine dernière. Le rejet de notre budget annule cette décision d’office ? 

La Commission réexaminera le prochain budget. Nous sommes dans la zone euro et nos choix ont des conséquences aussi pour nos voisins. Tous sont en train de se désendetter. Le Portugal fait des excédents budgétaires, la Grèce est à 1 % de déficit par rapport à son PIB et l’Espagne fait mieux que ses propres prévisions… Nous sommes les seuls à nous enliser. Mais ce n’est pas pour Bruxelles que nous devons impérativement redresser nos comptes : c’est d’abord pour nos enfants et nos petits-enfants. 

 

La France va devenir le nouvel « homme malade de l’Europe » ? 

Elle l’est déjà. Tous les indicateurs le montrent. L’Etat aura besoin d’emprunter 300 milliards l’an prochain, un record, non pas pour investir ou préparer l’avenir, juste pour pouvoir fonctionner au quotidien. Payer les retraites, les fonctionnaires, les intérêts de sa dette. C’est une dépendance dangereuse pour le pays. Je ne cherche pas à agiter des peurs artificielles, je rappelle simplement la réalité de notre situation. Si l’emprunt n’était plus accessible, nos organismes sociaux seraient en faillite en moins d’un mois. Michel Barnier l’a bien dit mercredi : la censure ne fait pas disparaître la dette. En 2017, la droite a fait campagne pour dire que l’État était en faillite et qu’il fallait redresser les comptes publics. Emmanuel Macron a été élu et a fait le choix de s’enfoncer encore plus dans l’irréalité, en prolongeant notamment le « quoi qu’il en coûte » bien au-delà du Covid. Les 1 000 milliards de dettes qu’il a créées vont peser très lourd sur les années à venir.

 

Ce vendredi, Ursula von der Leyen a annoncé qu’un accord avait été conclu avec le Mercosur, malgré l’opposition de la France. Notre voix ne compte plus ? 

Qu’est-ce qui fait qu’elle a pu signer tranquillement, à votre avis ? Nous n’avons plus de gouvernement pour nous y opposer ! Elle n’aurait pas pu conclure face à une France capable de défendre solidement ses positions. Michel Barnier devait se rendre jeudi dernier en Italie, pays qui, en s’opposant formellement au Mercosur avec la France et la Pologne, pouvait nous permettre de constituer une minorité de blocage au Conseil de l’Union européenne. Il est tombé le mercredi. Sans Premier ministre, plus de négociations pour faire alliance. Les partisans du Mercosur peuvent remercier Madame Le Pen ! 

 

Le Parlement européen pourrait s’opposer à la ratification du traité ? 

Oui, et nous y travaillons d’arrache pied. Avec Céline Imart, nous avons déjà démarché les députés des pays qui partagent nos inquiétudes. Réunir une majorité sera difficile, mais c’est possible, et nous devons ce combat à nos agriculteurs, qui font vivre notre pays.