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Débat chez « Zemmour et Naulleau » avec la secrétaire d’État aux affaires européennes

François-Xavier Bellamy était l’invité d’Anaïs Bouton sur Paris Première dans l’émission Z&N le 3 juin 2020, avec Eric Zemmour et Eric Naulleau. Il débattait notamment avec Amélie de Montchalin, secrétaire d’État aux Affaires européennes. Extraits.

François-Xavier Bellamy chez Zemmour et Naulleau – Extrait n°1

« Il faut dire la vérité aux Français : pendant qu’Emmanuel Macron parle de souveraineté, il veut créer une dette commune européenne, qui n’est qu’une manière de transférer notre responsabilité budgétaire. »

#ZENPP • Débat entre François-Xavier Bellamy et Amélie de Montchalin chez Zemmour et Naulleau (1)

Il faut dire la vérité aux Français : pendant qu'Emmanuel Macron parle de souveraineté, il veut créer une dette commune européenne, qui n'est qu'une manière de transférer notre responsabilité budgétaire.

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Jeudi 4 juin 2020

François-Xavier Bellamy chez Zemmour et Naulleau – Extrait n°2

« Si l’Union européenne ne change pas son rapport à la mondialisation, si nous continuons d’imposer à nos entreprises une concurrence déloyale permanente, alors cette nouvelle dette que vous faites peser sur les générations futures ne servira qu’à aider la relance chinoise. »

#ZENPP • Débat entre François-Xavier Bellamy et Amélie de Montchalin chez Zemmour et Naulleau (2)

Si l'Union européenne ne change pas son rapport à la mondialisation, si nous continuons d'imposer à nos entreprises une concurrence déloyale permanente, alors cette nouvelle dette que vous faites peser sur les générations futures ne servira qu'à aider la relance chinoise. #ZENPP

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Jeudi 4 juin 2020

François-Xavier Bellamy chez Zemmour et Naulleau – Extrait n°3

« Il y a de quoi être révolté par ce double discours permanent : derrière les belles postures d’aujourd’hui, vous créez les grands problèmes de demain, y compris pour l’Europe que vous dites défendre. »

#ZENPP • Débat entre François-Xavier Bellamy et Amélie de Montchalin chez Zemmour et Naulleau (3)

Il y a de quoi être révolté par ce double discours permanent : derrière les belles postures d'aujourd'hui, vous créez les grands problèmes de demain, y compris pour l'Europe que vous dites défendre. #ZENPP

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Jeudi 4 juin 2020

Sur le projet de plan de relance de la Commission européenne

Projet de plan de relance de la commission européenne

…pour les générations futures ?

« Bonjour à tous, heureux de vous retrouver depuis Bruxelles à la fin de cette semaine particulièrement importante, car elle a été l’occasion de discuter du plan de relance proposé par la Commission européenne.

Ce plan de relance correspond à une nécessité car, bien sûr, l’Europe doit agir face à la crise économique devant laquelle nous sommes placés. Mais il me semble pourtant que ce plan pose un problème majeur. Il est fondé sur le fait que, pour la première fois, l’Union européenne va s’endetter en notre nom à tous. Et cela pose au moins deux grandes questions.

La première, c’est : qui va rembourser cette dette ? Personne de sérieux ne pense qu’on peut créer de l’argent gratuitement. Ce qui est emprunté aujourd’hui doit être remboursé demain. Or l’Union européenne n’a pas, dans son budget, les moyens de rembourser cet emprunt. On nous explique que ce remboursement commencera en 2028 et qu’il s’achèvera probablement autour de 2060, mais sans nous expliquer comment. C’est tellement facile d’obliger ceux qui nous suivrons à payer nos propres problèmes… L’ironie de l’histoire, c’est que ce plan de relance s’appelle « Next Generation EU » : pour « l’Europe de la nouvelle génération ». Mais pour moi, c’est très clair : applaudir – comme beaucoup le font – que l’on vote une dette sans même savoir comment elle sera remboursée, c’est évidemment trahir les générations futures, et je ne veux pas m’en rendre complice.

C’est encore plus vrai si l’Union européenne n’assume pas de sortir de sa naïveté dans la mondialisation, et de changer enfin les règles du jeu. Aujourd’hui nous le voyons bien : nous fixons des règles très exigeantes à nos entreprises européennes sans imposer les mêmes règles à celles qui viennent sur le marché européen en important. Si nous investissons à travers cette dette commune pour pouvoir financer notre activité d’aujourd’hui sans changer ce rapport à la mondialisation, alors il est parfaitement clair qu’en réalité, nous financerons avec cette dette la relance de l’activité chinoise ou de l’activité de pays asiatiques à moindre coût. Et c’est ce qui est en train de se passer dans la nouvelle étape de la tragédie qui frappe par exemple Renault, et qui touche notre industrie depuis tellement longtemps maintenant.

Le deuxième problème que pose ce plan de relance à travers cet endettement commun, c’est que, qui dit endettement commun dit aussi responsabilité budgétaire commune. Aujourd’hui, le budget de l’Union européenne est construit à partir de la contribution des États : chacun apporte les moyens qui correspondent à ses ressources à cette action collective. SI demain l’Union européenne, pour la première fois, va sur les marchés pour s’endetter, cela veut dire qu’elle assume une responsabilité budgétaire qui nous lie les uns aux autres d’une manière beaucoup plus forte que ce n’est le cas aujourd’hui. Et je crois que nous ne sommes pas légitimes pour, à la faveur d’une crise majeure qui préoccupe nos concitoyens, imposer une nouvelle étape de l’intégration vers une responsabilité budgétaire qui ne correspond pas à un véritable échelon de la responsabilité démocratique.

Il me semble qu’il est catastrophique que certains profitent de cet épisode pour faire avancer un agenda qui ne dit pas son nom. Et je crois qu’il y a là, évidemment, probablement un potentiel de désamour encore plus fort pour l’Union européenne dans les années qui viendront, lorsqu’elle nous demandera, au nom de cette responsabilité budgétaire commune, de faire des réformes ou de changer nos attributions budgétaires à l’intérieur de nos pays. Non parce que ce serait bon pour nos pays ou parce que nous l’aurions décidé, mais parce que ce serait nécessaire du point de vue de cette responsabilité budgétaire que constituerait cet emprunt. Il y a là donc un débat fondamental. Nous allons nous y impliquer évidemment avec beaucoup d’énergie et je reviendrai vers vous très bientôt pour vous donner plus de nouvelles. Merci beaucoup. »

Pour aller plus loin

Responsabilité budgétaire et souveraineté

Il est vital aujourd’hui de reconstruire une alternative crédible.

François-Xavier Bellamy au Parlement européen

Entretien paru dans Le Figaro le 27 mai 2020. Propos recueillis par Emmanuel Galiero.

LE FIGARO – Au terme de votre première année de mandat, le PPE vous a désigné pour conduire une réflexion sur la droite. De quoi s’agit-il ?

François-Xavier BELLAMY – Dans un paysage politique de plus en plus fragmenté, la droite n’a plus la vision, la stratégie d’ensemble qui lui permettraient d’être audible. Elle doit se remettre à travailler sur le fond pour retrouver une parole claire. En échangeant avec des élus d’autres pays européens, je vois à quel point la décomposition politique que nous connaissons en France se vérifie ailleurs, en Italie, en Espagne, en Allemagne même : partout on observe le développement de partis contestataires qui concentrent une colère impuissante, la poussée d’un mouvement “vert” qui semble souvent servir une idéologie plus qu’une véritable écologie, ou d’un progressisme totalement déconnecté des aspirations populaires, qui n’arrive qu’à accroître encore les tensions sociales. Dans ce contexte, les partis politiques de droite ne peuvent survivre si leur vision reste incertaine, ambiguë, paresseuse. Beaucoup de nos alliés européens font face comme nous à de vraies difficultés. Après un long débat sur le sujet avec les chefs des délégations nationales du PPE, notre président, Manfred Weber, m’a demandé de conduire un travail de fond pour redéfinir l’identité de la droite en Europe, et notre groupe m’a élu pour mener à bien cette mission. Avec une équipe de députés européens, auquel nous associerons des parlementaires nationaux, nous allons maintenant travailler méthodiquement pour affronter toutes les questions auxquelles la droite n’a pas toujours su faire face. Le but est de produire un texte de fond qui doit être discuté et adopté en novembre, avec l’ambition de contribuer à un nouveau départ, et de parler largement au grand public en Europe. Cela sera un signal fort envoyé à tous ceux qui ont perdu confiance en notre famille politique parce qu’elle semblait incapable de se remettre en question : il est vital aujourd’hui de reconstruire une alternative crédible qui puisse redonner espoir.

Dans ce contexte, les partis politiques de droite ne peuvent survivre si leur vision reste incertaine, ambiguë, paresseuse. Beaucoup de nos alliés européens font face comme nous à de vraies difficultés. Manfred Weber, m’a demandé de conduire un travail de fond pour redéfinir l’identité de la droite en Europe.

Chez Les Républicains, la définition du libéralisme fait débat. Qu’en pensez-vous ?

Il y a en effet un problème de définition. Mais il est difficile d’admettre que notre pays, champion des normes et des prélèvements obligatoires, souffre d’être trop “libéral”. Prétendre que la défaillance de l’Etat dans ses missions régaliennes pourrait être réglée en augmentant la dépense publique, alors que nous sommes déjà les premiers au monde en la matière, relève d’une forme de paresse intellectuelle… En vérité, malgré le dévouement des acteurs de terrain, nous subissons surtout les effets d’une incroyable désorganisation de l’Etat, d’une hyper-administration contre-productive, de la complexité du millefeuille territorial, qui asphyxient l’initiative et déresponsabilisent les corps intermédiaires. Nous devons avoir ce débat sans céder à la démagogie ou au simplisme, mais en osant regarder la vérité en face.

Beaucoup pensent que la droite retrouvera une voix en France quand elle aura trouvé son candidat pour 2022. Quel est votre avis ?

La première urgence, qui concerne le travail de fond, afin de retrouver une ligne claire et solide à proposer demain à la France. Christian Jacob a réuni des équipes thématiques pour avancer sur chaque sujet : sur les questions européennes par exemple, nous échangeons régulièrement avec nos collègues de l’Assemblée et du Sénat, avec des experts… C’est la priorité aujourd’hui. La question de l’incarnation sera bien sûr déterminante, et elle devra évidemment être tranchée le moment venu ; mais ce n’est pas la priorité aujourd’hui.

Que pouvez-vous dire sur le fonctionnement de l’Union européenne aujourd’hui ?

Au bout d’un an de mandat, j’observe que toutes les grandes intuitions de notre campagne se sont vérifiées : nous voulions d’une Europe qui ne se contente plus de créer des normes et des règles de concurrence, mais qui respecte une véritable subsidiarité, tout en retrouvant une vision stratégique dans la mondialisation. Cette perspective est plus urgente que jamais ! Mais je mesure l’ampleur du changement qu’il faut réussir à imposer… Au milieu d’une crise qui a montré que notre autonomie alimentaire était un enjeu crucial, c’est à Greta Thunberg que la Commission demande des conseils pour réformer la politique agricole commune. Et au moment où il apparaît plus nécessaire que jamais de protéger notre marché européen pour retrouver une capacité de produire, le commissaire au commerce extérieur parle de nouveaux accords de libre-échange avec les Etats-Unis ou le Mercosur… L’Union européenne est encore piégée par une vision idéalisée et naïve de la mondialisation : certains nous expliquent que, pour ne plus manquer de masques à l’avenir, il n’est pas nécessaire de retrouver les moyens d’en fabriquer, mais simplement s’assurer d’avoir plusieurs fournisseurs. Au lieu de ne plus dépendre enfin d’autres acteurs, on nous propose de multiplier cette dépendance, comme si les chocs globaux et les rapports de force n’existaient plus ! Les dirigeants européens peinent à prendre conscience que l’histoire est de retour, et qu’il faut se préparer pour ne pas subir les crises futures et la puissance croissante des autres acteurs. L’épidémie actuelle est un avertissement clair : l’avenir de l’Europe dépend des leçons qu’elle saura en tirer.

L’Union européenne est encore piégée par une vision idéalisée et naïve de la mondialisation. Les dirigeants européens peinent à prendre conscience que l’histoire est de retour, et qu’il faut se préparer pour ne pas subir les crises futures et la puissance croissante des autres acteurs.

Ces « dogmes » sont-ils les moteurs de l’élargissement défendu par certains ?

Oui, et c’est d’ailleurs un autre exemple de cette absence de lucidité… En plein milieu de la crise du Coronavirus, Emmanuel Macron a accepté le processus d’élargissement pour l’Albanie et la Macédoine du Nord. Après avoir promis de s’y opposer pendant toute la campagne européenne… C’est un pas de plus dans l’impasse qui a condamné l’Union à tant de paralysie et de dangereuses tensions, notamment sur le plan migratoire, économique, ou même démocratique !

Comment la complexité des institutions européennes s’illustre-t-elle ?

Le Parlement négocie en permanence avec la Commission et le Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement, pour déterminer la législation. Dans cette mécanique institutionnelle, il faut vraiment être un combattant si l’on veut obtenir des avancées. Avec notre délégation, nous avons parfois emporté la décision, par exemple avec la désignation de Thierry Breton au sein de la Commission : malgré les critiques d’Emmanuel Macron, nous avons rendu un vrai service à la crédibilité de la France, qui aurait été fortement atteinte si la commissaire que le Président avait désignée avait été confirmée. Mais dans l’effet d’inertie de cet univers complexe, toute bataille remportée suppose un engagement total.

Malgré ses pesanteurs, l’Union européenne vous semble-t-elle prête à se réformer ?

C’est la grande question. Soit l’Europe changera, soit elle disparaîtra. Si les Européens ne prennent pas toute la mesure de leur vulnérabilité aujourd’hui, ils sortiront de l’histoire. Une Europe obligée d’aller quémander en Chine les produits nécessaires à sa survie, ou dépendante technologiquement des plateformes numériques américaines est une Europe sans avenir, parce qu’elle se rend otage de puissances extérieures qui décideront de son destin.

Avec 500 milliards d’emprunt, le plan de relance franco-allemand vous semble-t-il à la hauteur des enjeux ?

En réalité, ce plan est issu d’un projet que la commission construisait depuis plusieurs semaines. Ce que l’on a beaucoup évoqué, c’est un accord entre la France et l’Allemagne sur ce projet ; mais mettre en scène une discussion à deux ne suffit pas à convaincre les 25 autres… Et quand j’entends Nathalie Loiseau faire la leçon aux pays qui osent s’inquiéter d’un dérapage budgétaire incontrôlé, de la part d’un Etat qui n’a pas su faire un budget à l’équilibre depuis près de cinquante ans, je me dis que décidément LREM n’est pas près d’aider les Français à passer enfin pour moins arrogants, ni plus crédibles… Concernant ce projet d’emprunt européen, je suis très réticent : qui dit emprunt dit responsabilité budgétaire ! Nous rêvons d’asseoir notre endettement sur les excédents de l’Allemagne et des pays nordiques. Mais si nous créons cette solidarité budgétaire, cela impliquera de soumettre nos politiques nationales à un contrôle encore plus étroit de l’échelon européen. La fourmi ne prêtera pas à la cigale sans vérifier qu’elle va arrêter de chanter. Quand on voit le rejet que suscite la règle des 3%, imposée par la simple solidarité monétaire, on comprend qu’Emmanuel Macron n’ait pas parlé aux Français des conditions déjà exigées par l’Allemagne à ce plan de relance… Or s’il nous faut faire des réformes, ce doit être à notre initiative et pour préparer notre avenir, et non sous l’injonction d’une autorité extérieure. La décision budgétaire est l’expression la plus concrète de la responsabilité démocratique : elle ne peut pas être transférée sans une atteinte absolue à la souveraineté d’un pays. Ceux qui voient ici l’occasion de ressusciter le vieux rêve fédéraliste en créant un contrôle de fait des Etats à travers un endettement commun, courent le risque de constituer une nouvelle pomme de discorde, susceptible à terme de faire exploser l’Union européenne. Je crois à une Europe qui renforce nos pays, et non qui les remplace ; de ce point de vue, je le dis depuis plusieurs semaines, il me semble infiniment préférable de mobiliser rapidement le budget européen avec un effet de levier pour que les Etats et les entreprises financent des besoins concrets et urgents, plutôt que de provoquer de longs débats et des tensions profondes sur un endettement commun.

La décision budgétaire est l’expression la plus concrète de la responsabilité démocratique : elle ne peut pas être transférée sans une atteinte absolue à la souveraineté d’un pays. Ceux qui voient ici l’occasion de ressusciter le vieux rêve fédéraliste en créant un contrôle de fait des Etats à travers un endettement commun, courent le risque de constituer une nouvelle pomme de discorde

Comment avez-vous vécu l’épisode du Brexit en janvier ?

Pour la première fois, un Etat membre a choisi de quitter l’Union européenne. On a trop vite oublié ce que cela signifiait. Beaucoup se sont rassurés en affirmant que le Brexit avait gagné grâce à des “fake news”; il y en a eu, comme dans bien des campagnes hélas, et sans doute dans chaque camp. Mais si une majorité de Britanniques a voté pour sortir de l’Union, c’est qu’elle considérait qu’appartenir à l’Union européenne fragilisait leur pays au lieu de le renforcer. Si les Européens ne comprennent pas cela, il y aura d’autres Brexit.

Quelle réflexion vous inspirent Emmanuel Macron et Bruno Le Maire quand ils parlent de « souveraineté nationale » ?

Quelle incroyable contradiction avec ce qui était au coeur même de la vision d’En Marche ! Durant les élections européennes, le responsable du pôle Idées de LREM, Aurélien Taché expliquait que le projet de son mouvement était de transférer la souveraineté française à l’échelle européenne. Un an plus tard, on nous explique qu’il faut repenser la souveraineté nationale. Emmanuel Macron déclarait en 2017 que « le protectionnisme, c’est la guerre » ; maintenant il affirme que délocaliser a été une folie… Il voudrait nous faire croire qu’il se réinvente. En réalité, il me fait l’effet d’un comédien changeant de texte après avoir constaté que la pièce d’avant ne marchait pas. Malheureusement, personne ne peut croire ces revirements. Et la principale victime de ces zigzags idéologiques, c’est la clarté du débat démocratique… Je le répète depuis l’apparition d’En Marche : l’inconsistance du “en même temps” rend impossible une conversation civique claire, qui puisse servir le discernement des Français et exprimer la réalité des clivages qui traversent la société. En adoptant, pour tout projet politique, de médiocres stratégies de communication qui se succèdent dans une incohérence absolue, Emmanuel Macron a profondément dévitalisé notre démocratie, et alimente ainsi les colères qui menacent désormais de la déborder.

Emmanuel Macron voudrait nous faire croire qu’il se réinvente. En réalité, il me fait l’effet d’un comédien changeant de texte après avoir constaté que la pièce d’avant ne marchait pas.

Il vous reste quatre années de mandat européen. Quelles sont vos ambitions ?

Notre boussole est le projet que nous avons défendu pendant la campagne, qui est plus que jamais d’actualité : une Union européenne qui se concentre enfin sur ses missions fondamentales, qui créé les conditions d’une vraie autonomie stratégique pour nos pays dans les secteurs essentiels, restaurant ainsi la capacité de l’Europe à agir face aux crises futures et aux autres puissances mondiales. Pour ne plus subir ce qui lui arrive, comme nous le vivons aujourd’hui, l’Europe doit se souvenir qu’elle n’est pas un projet pour cogérer le déclin, mais une civilisation millénaire indispensable à l’équilibre du monde de demain. Je le crois plus que jamais.

L’État s’est occupé de tout, sauf de ses missions régaliennes.

François-Xavier Bellamy au Parlement européen « L’Etat est aujourd’hui partout, dans les plus petits détails de notre vie, mais il est absent de ses missions régaliennes ».

Entretien initialement paru dans L’Express le 22 avril 2020, disponible à ce lien. Propos recueillis par Camille Vigogne-Le Coat.


L’Express : Vous êtes professeur de philosophie. Seriez-vous prêt à reprendre les cours le 11 mai devant une classe ?

François-Xavier Bellamy : Il faut évidemment s’y préparer pour que cette reprise puisse arriver le plus rapidement possible. Pour les Français les plus défavorisés, le fait de devoir suivre les cours à distance constitue une difficulté supplémentaire. Le système français est le plus inégalitaire de l’OCDE, et laisse beaucoup de décrocheurs au bord du chemin. Dans ces conditions, le confinement, bien que nécessaire, a aussi des conséquences dramatiques.

J’ai plus de mal à comprendre la cacophonie, 24 heures seulement après l’intervention du Président de la République, avec un ministre de l’Éducation nationale qui a déjà eu l’occasion de le désavouer en affirmant qu’il n’était pas question de reprendre le 11 mai. Nous comprenons tous que la situation est compliquée, mais nous avons besoin que ceux qui nous dirigent aient des messages clairs et cohérents. Cette confusion ne peut que créer de l’anxiété.

Emmanuel Macron n’agit-il pas trop en solitaire en fixant ce début de déconfinement ?

Ce qui est stupéfiant, c’est d’avoir l’impression que les acteurs du sujet découvrent ses messages en même temps que les Français. Plus on est plongé dans ce que les militaires appellent ‘le brouillard de la guerre‘ et plus on a besoin de capitaines capables de parler d’une voix claire et cohérente. Le sentiment que les ministres et acteurs de la chaîne gouvernementale sont peu informés des décisions du chef de l’Etat ne peut pas contribuer à apporter la sérénité nécessaire dans ce moment chaotique.

« Dans les prochaines semaines, avec toutes les composantes de notre nation, je tâcherai de dessiner [le] chemin », a déclaré le chef de l’Etat. Êtes-vous prêt à participer à une union nationale ?

Je ne crois absolument pas à un gouvernement qui rassemblerait des gens venus de partout, comme si pour faire face à la crise il fallait renoncer à la vie démocratique. L’union nationale est une nécessité. Mais dans une démocratie l’union ne signifie pas l’uniformité.

Cela nous ramène au tout début du macronisme, et à la promesse du ‘en même temps‘. Je n’ai jamais cru à la fin des clivages. La démocratie suppose une diversité de visions qui reflète le pluralisme de la société. C’est important – y compris dans un moment comme celui-ci – qu’il y ait un exécutif qui gouverne, mais c’est aussi important qu’il y ait une opposition démocratique qui s’exprime.

Avec trois ans de recul, on peut tirer le bilan du ‘en même temps‘ : à la place de la fin des clivages, nous avons un pays divisé, fracturé, où les tensions sont plus vives que jamais. C’est à cause de cette confusion démocratique que les colères s’expriment désormais dans la rue. Les Gilets jaunes sont l’exact corollaire de l’illusion de cette promesse initiale.

Quelle est la principale leçon politique que l’on peut d’ores et déjà tirer de l’épreuve que nous vivons ?

Celle de l’incroyable fragilité de l’Etat, du dénuement de la puissance publique face à une crise comme celle-ci. De façon générale, nous observons aussi la vulnérabilité du monde occidental, qui pendant quelques décennies s’est offert le luxe d’oublier que l’histoire est faite de risques, de menaces et de chocs. Je suis inquiet de ce que serait notre capacité de réaction si nous étions réellement en guerre. Nous n’avons même pas les éléments indispensables à notre propre survie, que nous devons mendier en Chine. Et ce n’est ‘qu’une’ pandémie, qui ne remet pas en cause l’existence de notre nation. Dans un contexte de conflit, combien de temps tiendrions-nous ? Il ne faut pas seulement réorienter l’Etat, il faut le reconstruire.

Faut-il faire le procès du libéralisme ?

Incriminer le libéralisme dans l’impuissance de l’Etat serait une aberration. D’abord, parce que la France n’est pas un pays libéral au sens économique du terme. Nous sommes l’un des pays du monde où les taux de prélèvement obligatoires sont les plus importants ; nous consacrons 56 % de notre PIB à la dépense publique. Et pourtant nous n’avons pas de quoi donner des masques à nos infirmières ! Où est passé l’Etat ? Il n’a pas disparu : il s’est dispersé, dans un millefeuille administratif qui a paralysé les décideurs et les acteurs de terrain, dans l’empilement de dispositifs sociaux compliqués, qui sans réussir à sortir les plus modestes de la précarité, ont réduit notre capacité à agir et produire. L’Etat est aujourd’hui partout, dans les plus petits détails de notre vie, mais il est absent de ses missions régaliennes.

Faire croire que le libéralisme est la cause de nos échecs, c’est entretenir les problèmes qui nous ont conduit dans l’impasse. Il faut redonner à l’Etat les moyens d’une action efficace sur les sujets régaliens, sur les questions d’éducation, de santé, de justice. Et cela implique simultanément de sortir de cette hyperadministration qui paralyse la France.

Et la mondialisation, faut-il la remettre en cause ?

Il faut faire le procès de notre passivité dans la mondialisation, sans aucun doute. Pendant trop longtemps nous avons laissé faire une mondialisation déséquilibrée et dérégulée, construite uniquement à coups de calculs économiques de court terme. Il y a 30 ans, on fabriquait 80 % des principes actifs de médicaments, aujourd’hui on en importe 80 %. Pourquoi ? Parce qu’on a construit notre rapport à la mondialisation à partir de la seule figure du consommateur, pour lui apporter le produit le moins coûteux quelles que soient les conséquences.

Faut-il refonder l’Union européenne comme dit Emmanuel Macron ?

C’était exactement notre slogan de campagne pendant les élections européennes, ‘refonder l’Europe. Nous ne partagions pas le déni de réalité macronien sur ce sujet. L’Europe a bien besoin d’une refondation, en effet. Elle s’est construite dans un monde où le tragique était oublié. La doctrine de la concurrence a été au cœur de la matrice européenne, comme si la consommation était notre horizon essentiel. Aujourd’hui, il est urgent d’affirmer que l’Europe ne peut pas être simplement un marché. Elle n’aura de sens que si elle contribue à nous donner une capacité d’agir dans la mondialisation, plutôt que de subir notre destin.

Concrètement ?

Concrètement, il faudra, sur le plan industriel, identifier des chaînes de valeurs stratégiques sur lesquelles on accepte d’investir, ce que l’Union Européenne a longtemps écarté. Assumer de défendre nos intérêts, par exemple dans le domaine de la santé. Mais surtout, ne nous contentons pas de ce sujet, il ne sert à rien de préparer les crises passées ! Demain, la crise sera peut-être sécuritaire, alimentaire… Il faut une politique agricole qui permette de produire ce que nous consommons. Enfin, il faut accepter le modèle de société qui va avec. Produire nous-mêmes des masques veut dire les payer un peu plus cher. Cela suppose de remettre le travail au cœur de la société. Ne plus se contenter d’acheter au moindre coût, et donc repenser notre modèle social.

Qui est le plus démuni face à cette crise ? Le politique ou le philosophe ?

C’est beaucoup plus inquiétant pour le politique que pour le philosophe ! Le philosophe a l’habitude d’être démuni, le vertige de la page blanche fait partie de l’expérience philosophique à part entière.

En revanche, le grand défi pour le politique est d’agir dans une situation d’incertitude essentielle. La parole publique est attendue comme jamais, comme le montrent les records d’audience pour écouter le président ; et en même temps elle est sujette à un discrédit qui créé une immense vulnérabilité collective.

D’où la nécessité d’avoir de la constance et de la précision dans l’expression. Le manque de clarté, de vérité parfois dans la communication du gouvernement, met en danger la confiance envers notre démocratie elle-même. Il est urgent de revenir à une parole prudente et maîtrisée !

Avec André Bercoff et les auditeurs de Sud Radio

Entretien avec André Bercoff

Accéder à l’intégrale (dont les questions-réponses avec les auditeurs)


Réponses aux auditeurs de Sud Radio

François-Xavier Bellamy répond à André Bercoff et aux auditeurs de Sud Radio

🎙️ Invité hier de Sud Radio, pour répondre aux questions d'André Bercoff et des auditeurs.

Publiée par François-Xavier Bellamy sur Jeudi 16 avril 2020